lundi 30 janvier 2006

J - 9 : le temps des adieux qui arrive

Week end chargé, occupé. Je n'ai pas eu trop de temps pour m'occuper de chez moi, mais c'est finalement beaucoup mieux ainsi. Vendredi, j'ai donc retrouvé cette "bande des années 90", Alain, Nicolas et Stéphane, ces fidèles alliés de mes temps difficiles, quand je tentais de remonter la pente difficile de ma dépression des années 92. Alain, que je connaissais d'avant, du Parti Socialiste et qui s'est installé tranquilement, discrètement dans le cercle de mes intimes. Nicolas, le pionnier de nos années Spont'ex, Paris I, la cour de la Sorbonne, le CIP, les grèves et les manifestations et puis la section Montesquieu, et puis progressivement la vie tout court, des affinités et des différences qui se racontent et se partagent, un ami posé qui a la tê^te sur les épaules et qui me rassure, extrèmement proche. Stéphane, rencontré par Nicolas, lui aussi arrivé discrètement dans ma vie aux gré de circonstances divers qui vont des études à des soirées mémorables où ils me dépassait en terme de "débit" en passant par des évènements plus personnels où j'ai enfin percé l'homme qui se cachait derrière ce garçon à l'esprit cartésien. Il est même devenu mon chauffeur officiel après avoir longtemps été postier (mode privé on !). J'aime bien son visage poupin quand il rit, et j'adore son côté "droit au but", carré. Politiquement, je suis extrèmement explorateur, défricheur d'idée et je crois très bien synthétiser, mais je n'ai pas de rigueur du tout. Stéphane a beaucoup plus de rigueur que moi. Je dis cela car maintenant Stéphane s'est rapproché des activités politiques. Moi, je le confesse, je peux très bien évoluer, me contredire (pas sur le fond, heureusement), bref, changer mes options. Par exemple, ne me demandez pas ce que je pense de Mitterrand, car je vous répondrait que je m'en moque autant que de la culture de la béterave dans le marais Poitevin ! Stéphane est plus constant. Ca m'amuse, de le voir membre du PS, lui qui était si distant vis à vis de la Section Montesquieu (dont il fut toutefois membre fondateur...)
Soirée sympathique, mais brève, et ce fut rapidement le départ... Stéphane qui me racompagne chez moi, au revoir, je sors, er-au revoir à Alain, et là je réalise que je vais ainsi me séparer de mes amis, un par un, et pour longtemps. A quarante ans, on est une personne ayant déjà une bonne vie derrière elle, et quitter des amis reviens à se détacher de cette vie déjà longue qui nous a façonner. Désormais, leur quotidien se fera loin de moi, sans moi. Désormais, mon quotidien se fera loin d'eux, sans eux. Comment nous supporterons-nous ? Comment nous épaulerons nous, comment nous raconterons-nous ? Nous partagerons nous encore comme avant ? C'est désormais une nouvelle étape de nos existence qui se joue. J'ai quitté Alain, qui est remonté dans la voiture de Stéphane. J'ai ouvert le porche, je pleurais. J'ai marché dans le couloir et l'espace d'un instant, j'étais dans Tôkyô, et j'étais tout seul.
Je me suis réveillé vers sept heure, recouché, levé vers neuf heures, et ce fut le samedi. Le matin, vendre encore des livres et encore des livres. Encore un peu de Japon, beaucoup de dix'huitième siècle, Balzac, et puis plein d'autres. Puis ce fut le temps de la platine MD, du discman et de la flûte traversière. Pas de peine, cette fois-ci. Chez Cashconverter. Je suis allé ensuite chez Merson acheter de l'argent. Et je suis rentré. Il était quatorze heures. J'ai retrouvé Yoshinobu comme tous les samedis, au Centre-Ville. Et puis ce fut la course pour arriver chez Kintaro pour la soirée Japon.org dont j'étais cette fois-ci l'hôte. La dernière fois, c'étais il y a deux/trois ans, c'étais Maruchan qui s'en allait. On était dans la même arrière salle qu'hier soir. Nous nous sommes retrouvés quinze, et ça fait plaisir. Il y a ceux que je connais peu, et ceux plus ancien comme Sly ou TB que je connais des anciennes soirées voire de l'Inalco. Ou Antoni, de ses aventures "panique à Tôkyô". Internet créé des liens incroyables. Ce n'est pas le lieu du virtuel dont on nous a rabaché les oreilles. C'est aussi un autre lieu de partage, une autre occasion de se connaître, ailleurs qu'au travail, en dehors du local, en fonction de ses centres d'intérêts. C'est peut être pour cela que tant de gens sont effrayés par le net. En tout cas, je suis heureux qu'il y ait eu ce site car lejapon.org m'a accompagné dans cette démarche qui me conduira à m'installer au Japon. Non pas activement, mais comme une bobliothèque, comme un carrefour d'échange d'idées, de conseils et surtout comme le lieu où d'autres ont raconté leur expérience du Japon.
On s'est quitté tard. Je me suis réveillé tôt. Freddie est passée vers 12h30, on a filé sur Bobigny, on a fait un tour par Bondy, Frémin (Renoir), l'Eglise, la place de la Mairie, l'avenue Pasteur, l'allée des paquerettes où j'ai grandi, la nationale, Chemin de Groslay, Tarika. Comme je disais à Freddie, désormais, je peux partir. J'ai mon mon histoire bien dans ma tête, bien ordonnée. Pas de fouilli, tout est clair. Je ne laisse rien de trouble, tout est très simple. Mes amis sont avec moi, je les ai préparés. Je ne quitte pas mes amis comme à sept ans quand je suis parti chez mon oncle et ma tante pour les vacances, sans savoir que nous déménagions et que je ne les reverrais pas. Je pars seul, je sais où je vais, et je reverrai tout le monde, car le monde est petit et je ne compte pas me cacher. Je suis bien.
Il y avait Dul chez Tarika, ainsi que Nadim le mari de Tarika. Le départ a été difficile. Tarika s'inquiète, c'est un peu ma petite/grande soeur. On a traversé beaucoup d'aventures tous les deux, on s'est beaucoup épaulé et chacun a toujours été là quand l'autre a flanché. On ne s'est pas choisi les voies toute tracées. Elle est danseuse de Bharata Natyam, une grande danseuse, brillante. Et comme je lui ai dit en plaisantant alors qu'elle était triste au moment de mon départ, elle nous quittait bien autrefois pendant près de six mois... Mon départ est nécessaire. Et je lui souhaite à elle de recommencer à voler vers l'Inde car je sais qu'elle y a toute sa place. Tarika et moi nous connaissons depuis près de 25 ans. Freddie et moi près de 28 ans. Mes au revoirs à la France, ça me raconte aussi un peu, finalement. Mais que chacun se rassure, je ne flancherai pas et malgré ce que cela me coûte, je partirai le sourire sur le visage parce qu'au fond de moi, je suis extrèmement heureux, extrèmement bien et libéré de beaucoup de choses. Ce départ, c'est aussi le résultat d'un très long et très difficile travail. Désormais, c'est un autre travail qui commence. Pour la première fois de ma vie, je ne vais plus avoir cette envie de partir en moi. Cela ouvre bien des perspectives...
Chez moi, c'est désormais un endroit hanté. Hanté par mon histoire, par Siouxsie ma chatte morte il y a six ans, par ma mère, jeune, qui y plaçait tous ses espoirs et me les a transmis au point de ne pouvoir quitter cet endroit. Il y a ici la mémoire de Tarika, de Freddie, et Snuff compagnon de Métal Urbain (crève salope, ta vie vaut pas cent balle, 1977 !!), Nathalie, Olivier, Tim, les Loisel, la Turkheim, mes amants, mon frère et Lipstick, mon père, qu'est qu'il y en a, de visages à être passés par ici. Il y a eu Denis, et qu'il me soit permi d'écrire qu'il fut mon meilleurs souvenir. Un amant rare. Que j'ai vraiment aimé. Et il y a eu Jacques, ah, Jacques... C'est aussi toute cette époque qui s'achève. Au revoir, Jacques...
Bon, ben, encore une semaine au travail.
Dans l'avion, je ne sais trop si je vais avoir trop le sourire, je ne sais pas. Je suis tellement impatient, aussi. C'est quand même un rêve de gosse, qui se réalise... Je suis content, être un adulte qui ose regarder l'enfant qu'il fut dans les yeux, c'est formidable, non ? Je suis fier de moi car JE ME fais plaisir. J'ai bien fait, de ne pas baisser les bras, il y a trois ans... On se remet de tout. Au contraire, j'ai tenu à démentir cette "fatalité".
Je commence à avoir quelques envies. J'en ai une, très nulle. Le Tokyo-Dome, enfin, le parc d'attractions ! Si si... C'est con, hein ? Mais un dimanche de glande, passer son temps dans la grande roue, le jet-coaster, etc... sympa. C'est, à pieds, à 20 mn de la maison...
De Paris, troublé mais heureux,
Suppaiku

vendredi 27 janvier 2006

J - 11 Je suis bien...

ce matin, avant de partir pour le travail. Je suis dans ma période "je me trouve beau"
Le temps se met à passer vite et lentement à la fois, vite en soirée, lentement en journée. Le matin, je me force à décoller de mon lit où je me sens si bien, malgré le fait que je sois éveillé avant que le réveil ne sonne. Au contraire, je pense que je ne m'éveille que pour l'entendre sonner et ainsi mieux me rendormir, comme ce matin où je me suis assoupi jusque près de 8h30... Comme je n'ai plus ni chaine, ni radio, je me contente d'internet. Le site de Radio France ayant déclaré la guerre aux utilisateurs de MacIntosh, je me contente de Radio-Classique, cette radio qui me rappelle à quel point notre monde est dominé par la finance. La Pub phare en ce moment, c'est "Carmignac Gestion" qui veille à "réveiller votre épargne", jugée trop "zen". La belle affaire... Sur Radio Classique, les pauvres ne sont pauvres que parce que le monde n'est pas assez libéral... Je ne sais pas pourquoi j'écoute Radio Classique, finalement, puisque jusque 9 heures, il n'y a pas du tout de musique.
achetées la semaine dernière, portées aujourd'hui pour la première fois... jolies, mes bottines, hein ?
Bref, je me dépèche de me préparer, je m'habille et je déjeune, et je prends mes médicaments, et je me lave les dents. La tranche horaire 9 heures/ 11 heures de Radio Classique démarre, lamentable. On se croierait sur une sorte de France Inter du classique pour ménagère de moins de 50 ans. Ce matin, l'Ouverture de Don Giovanni, une interprétation poussive, lente à souhait comme on n'en fait plus depuis Harnoncourt ou Gardiner. D'ailleurs, côté Mozart il y a pire, le voilà réduit à l'état de people puisque la chaine a décidé de l'interviewer tous les jours. Pire que nul... Après je file. Mais comme il fait très beau (et méga froid, environ -3/-4), je vais au travail à pied, le casque sur les oreilles. Et puis il y a le bureau... J'ai lancé l'invitation à mon petit déjeuner où j'apporterai des trucs de La Bague de Kenza. Je vois pas pourquoi je me prépare à dépenser EUR50 pour une sorte de pot, mais en même temps, c'est gentil...
Je suis méga pris ce week end... La semaine prochaine ça va être la souffrance, au travail...
J'ai hâte de partir, maintenant. Vraiment très hâte. C'est beaucoup trop long.
De Paris,
Suppaiku

jeudi 26 janvier 2006

J - 12 moins de 2 semaines

à bord de l'avion, le repas japonais
Ma vie continue et ça sent bien la fin. Au travail, mon énergie se réduit au stricte minimum, désormais. Quand je parle avec mes amis au téléphone, je parviens à saisir une certaine émotion, ou peut être est-ce moi qui réalise à quel point leur proximité me manquera. Mais aussi, je suis si heureux de partir que je sais bien qu'ils sont eux même très heureux pour moi. Stéphane m'a dit lundi soir que je réalisais un rêve, que je pouvais être heureux, que j'avais bien de la chance et que tout le monde n'a pas ainsi la chance de réaliser ce type de rêve. Et le plus fou, c'est que c'est vrai. J'impose par ma simple présence cette cruelle évidence à mes collègues. En tout cas, aux plus sympathiques d'entre eux.
je suis resté dans cette chambre que je retrouve le 8 février, il y a un peu plus d'un an... le bonheur
Hier soir, c'était un peu fainéantise, j'ai achevé ma "redifusion" de やまとなでしこ après avoir été chercher de l'argent, j'ai relu ce que j'avais écrit en soirée et déploré, fainéant, l'abondance des fautes d'orthographe de ces premiers jets.
Je continue ainsi à accumuler ce petit pécule qui me permettra de vivre un temps. A Iidabashi. Ce soir, je jette. J'ai plein de truc à jeter et, comme demain soir je sors, comme samedi après midi et le soir aussi, ainsi que le dimanche après midi, je suis pris, alors ce soir est le bon soir. J'y verrai plus clair, débarrassé de ce qui ne sert à rien. Et qui s'est révélé au fur et à mesure de la semaine. demain soir, Nicolas devrait passer, peut être Alain aussi, j'aimerai que donc ce qui reste chez moi soit "lisible".
pour la première fois, la "Sibérie" devrait devenir une partie de plaisir
Le but est aussi de pouvoir commencer à remplir cette (gigantesque, 110 l!) valise. Je me demande d'ailleurs si je n'ai pas visé "trop gros", mais bon... En jetant, ce soir, je vais également "descendre" mes livres, mes vêtements (en jetant également ce qui ne partira pas). Je veux que ce week end soit l'entrée dans une "dernière ligne droite". Mais c'est bien amorcé, finalement, et bien que ce soit un peu le bazard, il ne me reste vraiment que les livres à liquider. ET ma platine miniMD, mon téléphone portable. A ce sujet, mon abonnement I-mode/ Bouygues est terminé. Un conseil, allez tous chez Bouygues, ils sont beaucoup plus serviables et conciliant que Orange, qui me fait des explications dans tous les sens. Et comme leur 3G qui marche mal ne me plaisait pas...
la 3G sans I-mode, c'est comme les programmes de distraction dans les avions : sophistiqué, avec des films merdiques
Je vais voir Alain et Nicolas ainsi que Stéphane demain soir, je vois Yoshinobu samedi après midi, j'organise un repas japon.org samedi soir et je retrouve Tarika, Freddie et Dul dimanche midi... Je dois trouver donc, dans le samedi matin et le début d'après midi, le temps d'aller à Joseph Gibert, Gibert Jeune et Cash Converter. C'est la première fois que j'en fais autant avant un départ... Mais il faut avouer, quel départ...
ce que je mangerai à bord
Mes pensées sont pricipalement tournées vers ce départ. J'ai une idée de ce qui me reste ici à faire, j'espère juste que la journée d'action syndicale, justifiée mais qui sera forcément un échec, ne viendra pas perturber mon départ. Je sais que j'arriverai à Tokyo, que j'irai chercher mes clef et signer mon bail, que je souffrirai à cause de cette valise lourde de 30 kilos et gigantesque, du sac de cabine de 10 kilos, et que s'il pleut, ce sera l'horreur. Non pas de l'aéroport (sauf si je subis une fouille) à Shinjuku (l'agence), mais après Shinjuku jusque chez moi... Après... Impossible de rêver, impossible de faire de quelquonques projets... Enfin, si, mais c'est quand même très vague. Il y aura de nouvelles personnes et des nouveaux lieux familiers, comme la vie me l'a jusqu'à présent enseigné. Mais c'est vrai que cela reste très vague.
on dirait presque quelque chose de bon
Le monde sera un peu lointain au début, certainement. Le Proche Orient du Hammas, le Liban et la Syrie, les population en danger au Cachemire ou au Timor, les prix du pétrole et le retour du nucléaire, la menace iranienne, le libéralisme triomphant malgré ses scories, les nouveaux populismes "de gauche" d'Amérique centrale, les "babs altermondialistes" et les nouveaux populismes "de droite" en Europe, les grèves qui conduisent nul part, la percée de Villepin et la tronche de Besanceneau, les socialistes médiatiques, les querelles littéraires médiatiques, les idées subversives médiatiques, les people médiatiques... Ou je serai, le monde s'arrêtera pour moi un temps, jusqu'au tremlement de terre, ou bien en attendant que j'ai de nouveau, vraiment, envie de m'y intéresser, sans avoir rien à prouver à quiquonque ni aucun compte à régler ni avec ma vie, ni avec la fortune des autres. dodo...
Juste parce que ça peut valoir le coup. Alors je vais emmener de la littérature. Cet été, j'ai aimé lire, pendant le typhon numéro 13, à Kyoto. Je vous fournirai la liste de ces classiques que je vais emmener. D'abord des classiques. Je compte désormais enfin terminer La mise à mort, d'Aragon. C'est aussi le moment. Je compte même commencer avant le départ.
Je sais que mercredi, en fin de journée, je vais faire des courses, acheter des trucs et des machins, et que j'irai certainement manger un kareraisu en soirée. Que j'achèterai mon vélo ce jour là, aussi, pourquoi trainer. A moins que je ne me décide à profiter du billet "Bus limousine + métro" en promo à 円 3,100...
Vous voyez, au fur et à mesure que le temps se rapproche, mes désirs se dissipent derrière les contingences... C'est tant mieux comme ça...
De Paris,
Suppaiku

J - 13 Je vous aime tous... si si si

14h36, devant l'ambassade du Japon, avec mon passeport
Je ne poste guère, je crois que vous l'avez tous remarqué. C'est que mes journées sont désormais monotones, bien que très excitantes. Si je vous racontais tout cela au jour le jour, je crois que je finirais par vous perdre. J'en ai pas trop envie, parce que je vous aime bien, vous, ceux qui me lisent un peu, beaucoup ou tout le temps. Amis et anonymes, connaissances lointaines ou plus proches, intimes. Frédérique ou Nicolas, Marc ou Thomas, et puis les autres moins connus mais tout aussi assidus et qui me postent leurs impressions de temps en temps. Ca me fait plaisir, si ça vous fait plaisir.
Et comme je suis sur le point de partager avec vous tous mon grand transbahutement de l'occident vers l'Orient extrème, je ne tiens pas à gacher.
Alors, quoi de neuf ? Eh bien d'abord mon chez moi a bien changé, il a même changé de chez changer. Plus de chaîne, plus de TV, plus de graveur DVD ni de scanner ou d'imprimante. Ma bibliothèque s'est vidée d'un tiers. Un aspirateur dans un coin et une valise dans une autre, fini la table, le bureau. L'endroit se vide.
Mes disques aussi, ont disparu. Tous transformés en mp3, ou plutôt en AAC. Mes DVD ont quitté leurs boîtiers, ils sont dans une pochette.
Mon frère est passé dimanche dernier. J'ai eu ma mère au téléphone. Je vends mes livres. J'ai fait du change et je m'apperçois que mes 3 premiers mois vont être serrés (toute proportion gardée, car en fait, c'est du au fait que mon 1er mois je ne travaille que 1 semaine, et que je devrai payer mon loyer une semaine avant d'être payé... Bref, en février, je devrai déjà mettre de côté mes loyers de mars et avril... tout en payant février !
mon working visa !
Je vais habiter à Iidabashi, Kagurazaka, plus exactement, dans la même guesthouse qu'il y a un an. La chambre s'est libéré il y a 10 jours... J'en rêvais, et ça s'est fait. Je veillerai juste à ne pas me mettre un gaisen du genre de Takeshi dans les pattes. Mais quelque part, tant mieux que ça me soit déjà arrivé, l'histoire n'aura duré qu'un mois. e vais retrouver mon sentô, mes obaasan de voisines, les commerces du quartiers, un peu cher mais avec des produits français "abordables". Avec un vélo, enfin, je serai à côté de tout. Bref, je quitte Strasbourg Saint Denis pour une sorte d'équivalent géographique. La proximité de la Maison Franco-japonaise enfin me permettra de profiter de la bibliothèque.
Je suis un être heureux dans un monde où le malheur domine, et je serai bien idiot de me plaindre, de ne pas profiter. Je vais quitter la Banque et ses métiers que je n'ai jamais cherchés. Je vais quitter mes collègues que j'ai apprécié et ceux aussi qui me sortent par les trous de nez. Mais c'est vrai que j'en ai eu, de la chance, ici car la plupart de ces collègues sont de vraies crèmes, serviables, patients. Ma collègue Odile continuera ici le travail que nous avons accompli en commun, mais je ne serai plus là. Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas rapproché à ce point d'un(e) collègue. Mais malgré des désaccords qui se seraient manisfestés si nous avions créusés, je crois que nous avons été heureux de trouver l'un chez l'autre de la culture et de la curiosité, et aussi une réelle personnalité. Travailler au milieu de la paperasse avec quelqu'un qui aime Bach, qui aime le 18ème siècle, même si cette personne est catholique pratiquante, conservatrice, eh bien cela me fut infiniment plus réconfortant et agréable que travailler avec quelqu'un qui m'aurait saoulé avec le foot, les filles, les soirées à l'Hyppopotamus... Et quelle culture de son métier, et quelle vivacité, encore, malgré une maladie qui avance lentement en elle. Bref, je me suis senti proche de ma collègue, et là aussi j'ai eu beaucoup de chance. Je regretterai Odile car apprécier un collègue proche, c'est rare. J'ai entr'apperçu la personne.
Ces 3 années m'ont véritablement transformé. Je suis content de partir maintenant, c'est le bon moment.
Et je suis heureux de prendre enfin du plaisir à donner tout ce qui me passe par la tête. Allez, j'y vais...

lundi 16 janvier 2006

Par le vide.... suite

ici, il y avait un amplificateur NAD 330BBE, une platine CD Philips CD723, un tuner Dual (encadrées de 2 enceintes MISSION S-31), un téléviseur 36 cm, un magnétoscope HiFi, le lot de télécommandes assorties...
J'ai livré ma chaine mercredi soir dernier, et cet après midi, ce fut le tour du téléviseur. En ce moment où je vous écris, je suis en train d'"importer" mes CD dans mon iTunes... En fond sonore, le qanun et la voix magique de Aicha Reddouane, ma chanteuse arabe favorite toute catégories. C'est un travail magnifique, reconstituer la sonorité de la musique arabe de la fin du 19ème siècle, avant le grand afadissement des années 30, les orchestres tentaculaires, les sonorités mielleuses... Ici, un qanun, un violon, une percusion, un ud... et cette voix féminine, la diction de l'arabe classique, ces textes qui chantent l'amour, l'alcool qui tourne la tête et rend mélancolique. C'est une hérésie, voici cet enregistrement fabuleux compressé en AAC... Je compresse Vivaldi, Bach, Couperin, Lulli... C'est la vie, mais ça me plait comme ça. Les originaux, je vais les donner ou les jeter.
Je déconsomme. Reste l'essentiel. La voix de Aicha Reddouane. Le violon de Chiara Bianchini. Le clavecin de Pierre Hantai.
le cul de la TV, un lot d'environ 30 VHS que j'ai données à Yoshinobu
Sinon, quoi de neuf si ce n'est que mon départ approche... Je ne vais vous confier les informations, désormais, qu'une fois celles ci vérifiées. J'ai une piste pour mon point de chute. C'est en négociation. Cher, normal puisque c'est une "guesthouse", mais ça me plairait bien. Central. Côté news validées, je ne commencerai à travailler que le 20... Une semaine de vacance. Pas payées, mais bon... Vacances à Tôkyô. Le temps d'acheter le vélo, ouvrir le compte en banque, avoir la carte consulaire, enclencher mes démarches administratives, me promener, retrouver Ginza...
Vendredi soir, c'était la soirée BNP Paribas Paris Back-Office Crédits Dérivés... Les pontes s'étaient déplacés de Londres. J'ai ENORMEMENT BU... Malade, j'ai vomi sur le quai du métro (véridique, ça ne m'était jamais arrivé, un truc comme ça... J'ai honte !). Petits fours, champagne... (je devrais mettre un s à champagne, tiens...). Musique lamentable. J'ai fini par parler "mec" avec les filles. Certains ont été un peu surpris. Je suis rentré à pied à la maison, car il n'y avait plus de métros. Un calvaire. Samedi, gueule de bois, obligé de d'abord colmater la digestion avec beaucoup de pain, puis beaucoup d'eau et du sommeil. Bref, je n'ai pris mes médicaments que vers onze heures... Mais j'aurais l'air bête, si je les avait vômi.
T'as pas honte, Suppaiku ?
Non ! J'ai pas fini au Dépôt !
Parce que finir au Dépôt, c'est la honte ?
Ben ouais, c'est crade, à la limite, vaut mieux allez zoner du côté de la Villette, vers les anciens entrepôts !
...
Ben oui, quitte à "avoir des envies", autant que ce soit en plein air, au propre ! Enfin, bon, quoi, je suis rentré chez moi, La Villette, j'ai pas mis les pieds depuis longtemps... Mais baiser le long du Canal de l'Ourq, c'est rigolo, surtout au petit matin, en juillet...
?????
(fin du hors sujet)
Il y a des tas comme ça un peu partout
Je suis rentré chez moi, donc, de la soirée, à pied, avec au moins 5 grammes d'alcool dans le sang, je ne sais pas trop comment j'ai fait, c'est ce que j'appelle opération survie. Le cerveau calé sur son programme de secours appelé "maison". Hier a donc été ramolo, mais cela ne m'a pas empêché de passer la soirée chez Stéphane avec Véro, Nicolas et Alain.
Aujourd'hui, encore un peu ramollo. Je recule les échéances, quoi. Ai reçu ma résiliation chez Free. Ca se précise quand même... J'ai sorti mes CD de leur "cachette". Opération "compression".
De Paris,
Occupé et impatient,
mais un peu dépassé par ses propres évènement
Suppaiku (content)

J'allais oublier de vous parler de mon médecin. J'ai ses compliments. Je pars, le coeur content, comme disait Barbara.

jeudi 12 janvier 2006

...Par le vide

FNAC Les Halles, vers 18h00, service Carte FNAC
Qui paie ses dettes s'enrichit ! Bon, je ne sais pas ce qu'il en est, mais j'ai remboursé mon crédit à la FNAC. Un monde, dans le Forum, ce soir... 1er jour des soldes. Moi, je dé-consomme. Après avoir laché plus de EUR 500, je suis rentré chez moi. Ouf, je reçois ma désouscription à ma mutuelle... Ca avance. Ce matin, message dans mon mail venant du Japon. Me voilà rassuré, je commence à comprendre le mécanisme de la prise en charge là bas... Tout va bien.
Rentré chez moi en vitesse, répondu à mon employeur au sujet de ma date de début et au sujet de mon logement. Je crois que j'ai pas mal de chance. Disons aussi que je l'aide bien (j'ai écrit à des assoc il y a un mois, en japonais bien sûr; je visite le site de Sakurahouse régulièrement car je souhaite rester dans la Gaijinhouse où j'étais il y a un an... etc.
Juste eu le temps de préparer ma chaîne, Stéphane appelle, on a filé chez Mulgon Melta. Ca y est, ma chaine est vendu.
Même pas triste. Ca se rapproche.
Les nouveaux mac sont sortis. Temps à la pluie.
De Paris, à 27 jours du départ,
Suppaiku

mercredi 11 janvier 2006

INDETECTABLE

photo Yoshimura Noriyuki, Kyôto, Heian Jingu le 1er janvier
Ca y est, enfin. Ma charge virale est indétectable. C'était le résultat recherché par mon médecin. J'ai une composition sanguine à faire pâlir d'envie un puceau hétérosexuel. Nicquel, "comme si de rien n'était". Bon, un peu moins de CD4, ce doit être l'hiver, mais dans des proportions correctes. Mais un virus en quantité insignifiante, c'est un grand "ouf"... moi qui ait eu des pics à 100 000... Je le vois jeudi...
Bon, allez, je fais rapide. Vu Yoshinobu samedi après midi. Il va rester en France et travaillera pour Takada Kenzo. Je me suis marré : je lui ai montré des photos de Kenzo au Palace il y a 27 ans... Ca l'a fait rire ! Je lui livre TV et scope ce week end. Retrouvé Stéphane dimanche après midi, ballade dans le centre de Paris jusque Solférino pour l'hommage à Tonton. Bof, je n'aime pas cette foule de pics asiettes qui attendaient sous la tente. Mais en revanche, sympathie pour la foule anonyme qui recherchait qualque chose dans toutes ces photos, dans ces discours en fond sonore... On est rentré chez lui assez rapidement, non sans avoir acheté sur le chemin une galette des Rois...
Lundi calme et mardi aussi. Je me prépare petit à petit. Demain soir, je vends ma chaîne... Reçu des nouvelles de Noriyuki. Je vous offre sa la photo de heian Jingu qu'il m'a envoyé avec son mail.
De Paris, fainéant et impatient,
Suppaiku (qui commence la lecture de l'homme aux 20 visages, de Rampo... en japonais !)
Paris, bord de Seine, ce dimanche

vendredi 6 janvier 2006

Vider les lieux

Je ne parviens pas à y voir très clair, dans mon opération remise à zéro. Je dois vider une bibliothèque, c'est pourtant simple, non... Eh ben non ! Le soir, après le travail, c'est pas évident, j'ai besoin du jour. C'est logique, de ne pas réussir à y voir clair, avec une tingstène, non ? Peut être j'éxagère... Mais en tout cas, hier soir, impossible, encore. Bref demain, gros sac, je remplis, je descends le tout de la bibliothèque, il y en a pour une heure ! Quand tout sera en bas (chez moi, c'est très haut de plafond donc il y a une mézanine un peu comme en duplex mais seulement mézanine car la hauteur de plafond est 1,50. Bref, il y a mes vêtements, mes livres, mon lit, mes vidéos, etc... Je suis décidé à vider tout cela demain matin. J'y verrai plus clair et il me sera alors beaucoup plus facile de me débarrasser des livres comme cela, quand ils seront "de plein pied". Restera à aller les vendre, et ça c'est une autre histoire...
Je dois également "livrer" la TV et le scope à Yoshinobu, j'en parlerai demain après midi avec lui. Et également aller livrer Mulgon Melta à qui je vends ma chaîne (super giga méga total sniff/chagrin), mon micro-onde, et une passoire ! Je dois enfin poster mes courriers de résiliation Bouygues/Orange/Free... Le vital EdF/France Télécom sont à faire un peu plus tard, c'est beaucoup plus simple. Comme je suis décidé à garder ma sécu pendant un an encore, je vais "déménager", et j'en profiterai pour faire de même avec ma banque et mon employeur (qui dois m'envoyer ma participation en juin). Ca, c'est quand même des trucs faciles à faire. Mais je me sentirai mieux quand ce sera fait.
Je vais m'acheter une valise, un truc plus grand, bref un truc qui transportera non pas 20 mais 30 kilos (business class oblige). Je pourrai ainsi y mettre mes costumes ainsi que quelques livres. Côté DVD, je vais en emmener certains, mais sans leur pochette, inutile. Ca ne pèsera rien du tout. Dans un mois jour pour jour, je serai fin prêt. Je suis un peu angoissé sur les bords, mais à la moindre photo apperçue sur Trekearth, je me sens happé, attiré, excité. La peur, mauvaise conseillère, continue de distiller ses mauvais conseils (tu ne devrais pas partir, voyons, ce n'est pas raisonnable, dans ton état), mais c'est drôle, c'est mon réalisme qui me ramène à cette évidence de base : entre 2 visites chez mon médecin, j'ai une vie, une vie normale. Et comme je suis en route vers la visite tous les (globalement) 6 mois..., je vais pas me frustrer, hein ? Pour le coup, je me retrouverai à dépérir très rapidement...
Regardez comme je me remets à écrire dès que le Japon se rapproche de moi... et quand j'y suis ! Marrant, non ? Je ne me suis pas remis de mon retour en France en 2000, après être revenu de Londres. Je ne me suis pas retrouvé une place. Pire, je me suis retrouvé à une place, professionellement, qui ne devait être que provisoire. Et encore pire, à habiter une place que j'aurais du libérer depuis bien longtemps. Même vis à vis de mes amis, je me suis retrouvé mal en place car je ne me suis pas fait de nouveaux amis -ce qui, en ce qui me concerne, est assez étonnant. Je ne me suis plus impliqué dans le monde comme avant, arrêté la politique, mon travail m'a handicapé dans la poursuite d'études. Au final, il a fallu que je multiplie les rencontres comme jamais et que je me retrouve contaminé... C'est malin...
J'ai retrouvé la pêche grace à mon premier séjour. Pour le coup, c'était de vraies vacances, plus que méritées. Un goût étrange, un goût de pas assez et à Kyôto, le poids du virus. Kyôto est une ville triste, mélancolique. Kamis et Bouddhas la hantent de toute part, énergie et recueillement se chevauchent et invitent à l'introspection. Mon pays natal japonais, c'est Kyôto. C'est à Kyôto que je suis revenu à la vie. Mon deuxième séjour, à Kyôto, justement, c'était un vrai voyage, instrospection et visites, ennui, curiosité. J'ai retrouvé mes sentiments et sensation engourdies dans mon travail et l'angoisse d'une santé qui ne se stabilisait toujours pas. Quel choc quand, en août, 1 mois avant le départ, j'ai eu ce pic de 100 000 répliques du virus...
C'est histoire ancienne...
L'histoire nouvelle, c'est une multitude de signes qui me font du bien. Tôkyô est une ville magique : je ne la connais quasiment pas !
C'est dur, cette distance, cette Sibérie qui n'en finit pas, et qui commence en une bibliothèque à vider, des biens à se séparer, des abonnements à interrompre. Il y aura finalement une pièce vide, une grande valise lourde et qui roule, les adieux à l'aéroport, un 747-400, une business class, un repas, j'en suis sûr le sommeil enfin durant la réelle Sibérie et au réveil, ben ce sera peut être la Chine ou la Corée, un repas encore et puis l'arrivée à Narita, la Douane, la fouille certainement... Après, tout ce que je sais est que je recevrai un courrier tous les mois d'un ami qui ne me souhaite que du bien. C'est la seule certitude que j'ai. Le reste, ce sont des lieux et des couleurs inconnus... Mais la simple vision d'une photo, d'un lieu connu, c'est un bien être indéfinissable.
Bon, faut donc que j'attaque cette fichue Sibérie, ma bibliothèque...
Partout, on ne parle que de Sharon qui est dans le comas. Moi, dimanche, je vais retrouver Solférino pour saluer Tonton... Ca peut vous paraître con, mais j'ai particulièrement besoin de dire définitivement Au Revoir à cette partie la de ma vie aussi.
J'ai eu trop de vies, je crois...
De Paris,
où il fait très très froid (période Sibérie aussi)
Suppaiku

jeudi 5 janvier 2006

Sexe, peur et rock and roll

Allez, trève de nostalgie miterrandienne (j'ai 2 posts à corriger, il faut toujours que je me trompe quand j'écris son nom...). J'ai juste eu depuis l'indélicatesse de froisser une collègue qui ne l'a guère apprécié, c'est le moins qu'on puisse dire. Sur le sujet, je suis assez sensible, mais j'avoue toutefois que si j'avais un gros plat de soupe qui me disait qu'il aimait, lui aussi, François Miterrand, je serais pire encore que le nabot qui dégobille.

Allez, on passe à autre chose.
Temps gris, vaguement neigeux, froid et un peu venteux. C'est l'hiver à Paris, et on a presque l'impression que cela fait des années que l'on n'a pas connu ce temps là.
Ce matin, c'était prise de sang. PEUR. C'est quoi, vivre dans un pays d'économie libérale quand on est étranger et séropositif ? J'ai bien du culot, finalement. Peur, non pas d'être malade, mais plutôt peur de devoir rentrer au bout d'un an parce que plus, ça ne sera pas possible. Peur et ambition d'y parvenir tout de même. Cette peur avive mes appréhensions. Il va falloir que je déménage vite fait car je crains d'être éxilé en grande banlieue, d'avoir des colocataires Américains dans un immeuble grisatre. Peur et courage, courage et ambition, ambition et détermination, détermination et patience. Eh ben, je me brutalise bien, en cette quarantaine. Fichtre, j'ai eu bien raison de vouloir ressentir mes quarantes ans.

Que vais-je faire au Japon. SEXE. Non pas le truc qui pendouille et se redresse durant ses heures de loisir, mais la libido, le désir, les envies, la curiosité, les odeurs, les goûts. Les sens. Le Plaisir. Je comprends cette remarque faite au sujet du salaire, là bas : oui, à l'étranger, les envies, les désirs sont démultipliés. Sexe, c'est donc gérer les pulsion pour qu'elles restent vivables et concourent à la vie, et ne viennent pas entretenir la peur. Sexe, la tentation, la beauté, écrire, photographier, créer, raconter, aimer. Ouvrir les vannes fermées et contenues depuis trop longtemps, et rapprendre à s'en foutre aussi. Sexe, plaisir, goûter à tout sans retenue, et me débarrasser de ce lien trop vite fait entre ce qui se paie et ce qui créé la joie. Ne pas consommer, baiser ! Aimer ! (Pour le reste, je vous invite à relire Freud)

Mais alors, si je veux rouvrir les vannes sans avoir peur... ROCK AND ROLL ! Ben oui, je vais au Japon parce que j'y prends mon pied, à tous les niveaux ! Une promenade sur Ginza, c'est sympa quand il fait beau, que les gens marchent lentement, que c'est dimanche et qu'il n'y a pas de voitures. tre fauché au Japon, ou faire comme si, ce n'est pas frustrant (je me souviens en 2003, avoir compressé mes dépenses de peur de mourir de faim, et j'ai fait la même chose à Kyôto... Résultat, je mangeais à la maison, c'est moins cher et c'est ce que je fais à Paris, et j'ai eu plein de sous pour m'acheter plein de trucs, et j'ai fait plein de photos, de belles ballades, ce que je ne fais plus à Paris !). Bref, ROCK AND ROLL, advienne que pourra, le principal est que j'en profite.

On est avant le départ. En moi, comme avant le premier voyage, la peur domine. Je suis devenu un homme lucide, réaliste. Mes désirs de Japon sont informulés de nouveau, je ne sais plus bien pourquoi je souhaite y vivre. La page qui va s'ouvrir est toute blanche, parfaite, elle m'attend, et j'en suis l'acteur principal. C'est à moi qu'il revient d'y écrire. Ce que je souhaite. Y être mon propre acteur, mon propre sujet, quel suspens. Comme j'en suis heureux, même si ce bonheur est impalpable...
A suivre...

On entend beaucoup un titre de ColdPlay, en ce moment. C'est joli, avec un joli clip... Mais ça ne m'empêche pas de penser que c'est très facile de faire une jolie chanson en utilisant la musique d'une autre chanson. C'est un tube en forme d'hommage, ou le contraire, je ne sais pas... La jolie chanson, c'est bien entendu Computer World, de KRAFTWERK, un disque sorti en 1979/1980, résultat de 5 ans de travail d'échantillonnage au KLIX-KLANG Studio, LE laboratoire de Kraftwerk. Leur album le plus abouti, parfait, portant l'idéal conceptuel d'un monde délivré de tout labeur humain, robotisé, informatisé, standardisé, aseptisé, uniformisé, moderne et élégant. Je ne sais pas combien d'entre vous comprendront que cela puisse représenter L'idéal fascinant de l'Age Radieux. L'idéal NÖVÖ, qui a submergé la New-Wave à peine née, sorte d'années 50 de synthèse, nourrie de film de science-fiction de série B, enfin à notre portée. C'est une esthétique que j'ai adorée, ce mélange de glamour plasticisé, glacé. Il y a un disque de XTC qui a beaucoup marché en ce növötique tournant de décénnie. Vêtements en plastiques... Alors, cette reprise du thème avec guitare, chair, cheveux... Je trouve ça bizarre. Le robot est lui même assez pathétique, à l'image de notre époque qui n'a même plus foi en sa modernité... Il est grand temps de réécouter Kraftwerk, pas parce que "il faut", ou parce que "c'est bien". Mais parce que c'est un groupe terriblement mélancolique, romantique. Allemand. Du pays de Goethe, Schiller, Novalis. Il y a beaucoup de tendresse derrière chaque mélodie, chaque morceau. Non ?
Je vous laisse méditer sur ce texte écrit en 1979. Il est à l'image du monde d'aujourd'hui.
Interpol and Deutsche Bank, FBI and Scotland Yard
Interpol and Deutsche Bank, FBI and Scotland Yard
Business, Numbers, Money, People
Business, Numbers, Money, People
Computer World
Computer World
Interpol and Deutsche Bank, FBI and Scotland Yard
Interpol and Deutsche Bank, FBI and Scotland Yard
Business, Numbers, Money, People
Business, Numbers, Money, People
Computer World
Computer World
Interpol and Deutsche Bank, FBI and Scotland Yard
Interpol and Deutsche Bank, FBI and Scotland Yard
Crime, Travel, Communication, Entertainment
Crime, Travel, Communication, Entertainment
Computer World
Computer World

Ce même thème musical décliné dans tous les thèmes humains visite également l'amour, et nous sommes définitivement rentrés en cet âge du "computer love".
Computer love
Computer love
Another lonely night
Stare at the TV screen
I don't know what to do
I need a rendezvous
Computer love
Computer love
I call this number
For a data date
I don't know what to do
I need a rendezvous
Computer love
Computer love
J'ai toujours ressenti une profonde nostalgie dans la musique de Kraftwerk. A bien y repenser, j'en comprends le sens. Le paradis perdu, l'innocence définitivement évanouie de la modernité. En nos chambres solitaires commercialisées et meublées par la Finance Mondiale Informatisée, nous attendons l'Amour en regardant nos écrans d'ordinateur. Et nous ne sommes même plus élégants.
De Paris,
Libéré,
Suppaiku

mardi 3 janvier 2006

Mitterrand et moi

Nous allons "fêter", cette semaine, le dixième anniversaire d'un personnage ambigu, en certains points détestable, en d'autres des plus admirables. Il sera de bon ton, à droite, de vanter le brio de ses manigances, et certains ne manqueront pas de rappeler "les affaires". A gauche, c'est sur un ton gêné qu'on s'en souviendra, entre rappel des "grandes réformes" et "part d'ombre". Le célèbre droit d'inventaire. L'extrème gauche ne participera pas à la fête, éventuellement à la curée : honnètement pour Lutte Ouvrière qui n'a jamais caché sa haine du personnage, malhonnètement pour la LCR qui a concouru à son ascension (mais après tout, cette dernière est habituée aux amitiés douteuses, comme Layatollah Khomeiny ou Tarik Ramadan...). Rocard en profitera encore une fois peut être pour tirer sur le corbillard comme il sait le faire avec brillot avant d'aller assister à un énième bal chez les Seillières : c'est tellement plus facile d'être mondain que de prendre le pouvoir. Il y a chez lui cette aigreur du perdant propre aux incapables dont il fait parti. Un intellectuel brillant ne rime pas forcément avec un bon politique et, dans le cas du nabot Rocard, il s'évertue non sans un certain succès à intégrer ce monde de la grande bourgeoisie que Miterrand a détesté profondément pour l'avoir fréquenté, connu et contemplé dans sa bassesse et ses compromissions. Mitterrand détestait les bourgeois, et je crois que c'est un peu pour cela que j'ai de l'affection pour cet homme que tout, pourtant, m'invitait à haïr.
De sa jeunesse sans courage, de droite extrème, catholique. De son ambition sans borne qui lui fait hanter tous les cabinets ministériels de la IVème république. De son incompréhension totale de Mai 68, de son inimitié intime envers Pierre Mendès France, le raté sublime de la politique, aux antipodes du nabot Rocard, un loser magnifique, tendre, honnète. De ses jeux à géométrie variable qui le conduisent à se prendre d'abord pour Allende puis épouser le virage de la "rigueur" avec une apparente désinvolture, comme quelque chose qui va de soi, sans avoir à aucun moment le sentiment qu'il ait des comptes à rendre à personne. De ses amitiés louches, suspectes envers d'anciens collaborateurs. De son rôle pendant la guerre d'indépendance algérienne.
La liste serait longue...
Eh bien non. Cet homme ambigu, trouble, j'ai appris à l'aimer. J'ai appris à l'aimer car jusqu'à son dernier souffle il a fait vivre un espoir dont nous sommes aujourd'hui orphelin. Le message de François Mitterrand, c'est qu'il y a toujours un possible pour l'homme pourvu qu'il ne varie pas dans ses choix et qu'il en paie le prix. Mitterrand nous aurait empêché de voter Chirac, au nom de cet espoir. Il nous aurait fait rêver la Constitution comme un moment majeur de l'histoire de la rance, celui où notre peuple rejoint l'universel,se dépasse et invite les autres peuples à bâtir quelque chose qui dépasse les Etats. Une nouvelle Nation, Europe. Je n'invente pas, il est celui qui a su convertir les Européens à l'Europe. Sans démagogie, mais à la Française : en voyant grand, en voyant large. En chef d'état.
Mitterrand a accompagné la gauche de gouvernement. C'est vrai que Rocard avait "raison", mais Rocard ne porte aucun rêve. Il a lâché tous ces intellectuels brillants (Martinet, Julliard, Rosanvallon...) qui le suivaient et leur a préféré les politiques mornes et technocrates, les Sapin, Valls, Petit-Demange, Trautmann, Dreyfus... Mitterrand a choisi son camp, avec brillot. Il a lâché la bourgeoisie et sa suffisance pour s'entourer des plus grands esprits de son époque. Architectes, écrivains, philosophes, tous l'ont nourri avant qu'il ne les nourrisse à son tour, en triplant ici le budget de la Culture, en commandant là des Grands Travaux, en libérant radio, télévision, en se faisant le promoteur d'une culture ouverte, pluraliste, cosmopolite et profondément démocratique.
Ce n'est pas Mittérand qui est responsable du malaise de la social-démocratie française. Ce serait trop facile. Mitterrand avait en lui ce quelque chose contre la droite que les socialistes n'ont plus depuis longtemps. Peut être Jospin, peut être Allègre, certainement Mauroy. Mais Strauss-Kahn, Rocard, Aubry et tous les autres, hormis l'envie de faire une politique "plus sociale", qu'est ce que le "socialisme", à leurs yeux. Chez Mitterrand, pétrit de culture catholique à la base, l'argent était sale. Plus tard, il a appris ce qu'est le monde du travail, et je pense que son contact avec le "peuple" dans les années 60/70 l'a touché au bon endroit. Je crois qu'il a alors vraiment partagé la même détestation de ceux qui se croient tout permis du fait de leur naissance que chez les militant communistes ou socialiste de cette décénnie de grèves et de luttes de classe. Et que cette expérience du partage d'un ressenti l'a changé jusqu'au dernier moment, malgré l'isolement du pouvoir. Je pense même que c'est dans cette fidélité qu'il atteind la grandeur. Ce sont les socialistes qui n'ont pas su profiter de lui, de son endurance à durer malgré la haine de la droite. Oui, la haine, la vraie haine. Pourquoi n'ont ils pas brandi leur indépendance face à lui pour moderniser leur politique, leurs idées, militer, être vivant ... ? A la soupe, ils sont allés. Rappelons nous l'époque du si vertueux Michel Rocard, ce ballet de Renault 25 avec escortes dans Paris. Par 3, qu'elles roulaient. Et ces gueuletons dans les ministères, en l'honneur des clubs... Ce n'est pas Mitterrand qui a perverti les socialistes, ils se sont pervertis eux même, comme des grands. Et le "honnète" Michel Rocard a été le premier ministre de l'époque la plus décadente et la plus détestable en la matière.
Je suis intimement persuadé que les effets de la crise économique, en France, ont été infiniment moins pires pour les pauvres avec lui qu'à l'étranger où dominaient l'offensive libérale. Le pouvoir d'achat du SMIG a augmenté de 25%, celui des différentes allocations de 50%. Indexés sur l'inflation, ces minimas ont augmenté réellement. L'inflation, de toute façon, est passée de 14% (81) à moins de 2% (86). C'est vrai que le chômage est passé de 1.7millions à 2.2millions (selon la même statistique, aujourd'hui on est environ à 5millions de chômeurs...), mais en Grande Bretagne, on passait dans le même temps à 4millions de chômeurs... et avec des revenus qui baissent. Le temps de travail a baissé, modestement, mais il a a baissé, et on a eu une 5ème semaine de congés. Décentralisation, première grande loi d'égalité professionelle Homme-femme, remboursement de l'IVG, liberté des médias audiovisuels (contrôlés auparavant par un ministère de l'information!), dépénalisation de l'homosexualité (si, si! c'était passible de prison avant 81, pour atteinte à l'ordre publique... il y avait même un fichier au ministère de l'intérieur...), construction Européenne... Le bilan du 1er septennat est impressionnant, et cela, sans avoir ruiné la France. Ni même les bourgeois, d'ailleurs... Mais ceux ci ne l'ont détesté que plus encore. C'est dans les quartiers bourgeois, les villes bourgeoises que Le Pen a fait son apparition en 1983/1984. A Paris, le 7ème arrondissement a eu son maire Front National. La droite a réécrit son histoire depuis, mais c'est en son sein que Le Pen est sorti. De cette bourgeoisie qui haissait celui des leurs qui les avait trahit, François Mitterrand.
J'ai appris à le pardonner dans la tourmente des années 90, quand tout le monde s'est mis à le détester. J'ai commencer à le trouver "classe". J'ai vu la grandeur d'un homme qui était plus grand que les bourgeois qui le détestaient et les apprentis bourgeois du socialisme français. Un homme que la presse financière anglo-saxonne apris pour cible à partir de 1989. "Affaire Cresson" (une interview en 1986, coupée à dessein pour la faire passer pour idiote), "affaire Beregovoy" (et en fait, à l'arrivée, pas d'affaire du tout), "affaire BERD", le "marbre dans l'entrée" pour couler Jacques Attali (en fait, couler une banque financée par les états pour faire des trucs pas rentables...), "affaire URBA" (en fait, un truc comme tous les autres ont fait, mais à la différence des marchés publiques en Ile de France, sans enrichissement personnel et... sans déplacement des juges qui travaillent dessus), "affaire Mazarine"... Rien n'a été épargné pour affaiblir un homme dont la diplomatie avait fini par être la seule rivale de la diplomatie américaine... Impardonnable.
Les puristes du socialisme démocratique continueront toujours de préférer le gentil Mendès, le généreux Jaurès voire même le caricatural Mollet ou l'asceptisé Rocard. Des hommes qui n'ont finalement rien construit et ne sont pour rien dans l'élévation de notre niveau de vie, de protection sociale et d'élévation culturelle. Tout au plus ont ils su incarner l'essence de leur époque, le bouillonement culturel, intellectuel, les luttes sociales. A mes yeux de social démocrate, Rocard ne vaut finalement pas mieux qu'Arlette Laguillier, tous deux n'ont rien changé. Mais la différence profonde est qu'Arlette Laguillier ne gène pas le social démocrate que je suis, elle ne me concerne pas. Rocard fait pipi dans la soupe qui l'a nourri, et cela me concerne beaucoup plus car sa soupe est aussi ma soupe. Qui donc nourrira le débat sur l'échec de la deuxième gauche qui finalement, n'a pu exercer le pouvoir que grace à la victoire et à l'obstination de la première gauche réconstituée autours de François Mitterrand ?
La droite le déteste toujours, elle tolère la gauche sociale. Mitterrand a donné des mots très forts au socialisme quand Rocard s'est contenté de briser les rêves sans en formuler de nouveaux.
Qu'importent les échecs et les renoncements, et qu'importe le dégobillé du nimbot et le vomis facile de la droite. Quand je pense à François Mitterrand, je repense au visage barré d'un immense sourire, le visage de mon père, un soir de Mai 1981. Ce père qui m'avait déjà appris qui était cet homme, son rôle dans la guerre en Algérie. Mais ce sourire, ces transports de joie d'un peuple tout entier, le peuple du travail, pas celui de la propriété, le peuple de la Culture, pas celui des préjugés, le peuple de l'ouverture, pas celui du terroir, cette nuit battue par la chaleur de l'orage, ces danses folles Place de la Bastille noire de monde, moi qui monte cet escalier en colimaçon qui va tout en haut de la Colonne, mon doigt qui me brûle -je m'éclaire avec un briquet, il fait noir- et puis toute cette foule vue d'en haut, partout, De Toutes Les Forces de la France, et qu'est-ce qu'elle en avait, de la force, ce soir là. Tous les possibles à la porté, démultipliés, ce lendemain sans voix au lycée, le proviseur qui tire la tronche, les profs qui chantent l'Internationale... Mitterrand nous a offert tout cela, et qu'importe si le résultat fut forcément modéré. Il n'en reste pas moins qu'il a redonné vie à l'idée que nous sommes les plus forts, ensembles, et que nos rêves méritent d'être défendus. Dans les beaux quartiers, ce soir là, on a eu peur du peuple. On a haït Mitterrand au point de ne jamais le lui pardonner. Ils ont fait des rides, les bourgeois. Ils ont fait des cheveux blancs...
Il n'y a pas eu de révolution. Juste une grande modernisation. La France a rajeunie, a épousé son temps, s'est débloqué, le temps de 2 septennats.
Pour tout cela, je ne pourrai jamais tirer sur l'ambulance. Le destin de François Mitterrand est aussi le miens, le nôtre. Le bilan de la 2ème gauche ressemble à s'y méprendre au bilan du Chiraquisme. Un échec total.
Le bilan de Mitterrand est à la hauteur, pour la gauche, du bilan de De Gaulle. Tous deux n'ont pas gouverné comme leur électorat le souhaitait, mais tous deux ont défendu bec et oncle le coeur même de ce qui motivait leur électorat. Mitterrand nous est resté fidèle envers et contre tout. C'est à nous et à nous seul qu'il faut s'en prendre de n'avoir su profiter de cette éclaircie libérale dans un monde dominé par la naissance.
Ce post est à suivre. Il m'est impossible d'en finir avec cet homme qui a porté si haut des espoir aussi peu évidents.

lundi 2 janvier 2006

Et petit à petit...

Hier, c'était dimanche. Hier, c'était le premier janvier.
Levé généreusement vers 9 heures trente, j'ai fait mon dernier petit déjeuner généreux de l'hivers. C'est normal, pour un dimanche. Depuis ce matin, c'est retour à la case "léger". Je suis aidé en cela par un temps radouci et un ciel extrèmement lumineux, quelle chance. Sentiment de bien commencer l'année. L'an dernier me semble lointain, très lointain, du temps d'avant le champagne de ma quarantaine et de mon blog, des voeux envoyés après minuit. De la brume alcoolisée agréablement, de la fenètre grande ouverte pour chasser les vilains esprits qui pouvaient encore se loger chez moi et accueillir ceux, favorables, de la nouvelle année, au son de la petite chochette japonaise suspendue à ma fenètre, ding..., ding...
Donc, pour le premier janvier, début du "grand ménage". Les Japonais le réserves aux derniers jours de l'année, mais je pense que dans mon cas, cela eut fait un peu désordre. Commencer son déménagement de février à la fin de décembre, quelle idée absurde! Hier, me plonger dans cette poussière de derrière ces revues, ces livres a été comme une manifestation de la bienveillance de cette nouvelle année. C'était comme un bain de jouvence alors qu'en commençant avant, j'aurais été nostalgique, rivé au passé. Hier, plus j'avançais et plus je prenais conscience du temps, de mon histoire que ces objets, bien maladroitement, continuent de raconter. L'autre Journal (magazine littéraire dirigé par Michel Butel), 1ère mouture de 1986 : Duras/Mittérand, l'interview. Les 12 premiers numéros. L'autre Journal, 2ème mouture de 1990, des pavés de 400 pages qui racontent le monde juste après la chute du mur. Un testament littéraire de cette France Mittérandienne morte dans les sables de la 1ère guerre du Golfe. De sa force, de son esprit ouvert, cosmopolite, intelligent et ludique à la fois, grave mais lucide. Le plus beau magazine que la France ait jamais connu. Après, de toute façon, tout s'est cassé la gueule. Il y a eu la guerre, Rocard est parti, Cresson est passée avant Bérégovoy, Mittérand a vieilli d'un coup, on a parlé du sang contaminé, des fausses factures. Fin de règne à tous les étages, Balladur et la récession. En 89, nous avions vu le monde nous regarder, Goude faire avancer Jessie Norman sur les Champs Elysées, on faisait 5% de croissance et notre président était l'homme politique le plus populaire de la planète avec Gorbatchev. En 1992, le premier, il mettait fin aux essais nucléaires. L'Autre journal, version 1990, c'était le magazine de cette transformation fulgurante de la France, tournée vers l'avenir. Chirac est passé et Mittérand est mort. L'Autre journal a fait faillite en 1992 après une hypothétique nouvelle formule. Mais les gens de ma génération étaient fatigués.
Les Inrockuptibles, magazine beau et moderne des années 80 est alors devenu hebdomadaire et s'est pris de passon pour la chose publique. C'est devenu un truc ronchon comme les anciens jeunes que nous sommes. Aucune énergie, "toutes des concierges", disait Léo Ferré.
J'ai revu, mais n'y ait pas touché, tous ces livres de littérature du XVIIIème siècle. Les romans, le théatre, les essais. J'ai apperçu mes livres d'ethnographie, de sociologie. Mes livres d'histoire du droit, mes livres d'histoire. Et puis mes romans japonais, mes livres sur le Japon.
Allez, oust, du vent, du balai... ! Ca ne va pas être facile, se séparer de tout cela. Mais il n'y a qu'à les racheter ou les emprunter en bibliothèque, où est donc le problème ? Ces livres me ramènent à Télégraphe essentiellement. A la très belle lumière de cet appartement du 20ème appartement. Petit, mais sympa. Les fêtes avec Julien, le marché le dimanche matin... Ma pièce de théatre... Qu'est ce que je lisais, à cette époque ! Qu'est ce que j'écrivais !
J'ai laissé le déblayage de tous ces bouquins à plus tard, peut être ce week end, tiens! J'ai un acquéreur pour ampli/enceintes etc...
A mon départ, il ne restera que du concentré de moi même, et notamment mes archives. Mes années de journal. Mes tentatives de roman, de théatre. Mes dessins. Spont'ex (à scanner d'urgence). Le reste est il si important ???? C'est une mue, quand on quitte sa vieille peau. Je mue.
Je vais emporter la chose la plus importante qui soit à mes yeux. Moi-même. Mes désirs, ma culture, mon histoire. Mes rêves. Mon virus. Mes goûts, mes projets. Mes ambitions. Mon réalisme. Ma persévérance. Moi, quoi !
Pour le moment je suis au travail, le ciel est toujours très bleu, lumineux.
Une bouteille de champagne me sépare de 2005. On me l'avait offerte pour mes 40 ans. Un Shell Flat seat me sépare de Tôkyô. Ca, je me le suis payé. Etre entièrement au Japon, c'est le plus beau cadeau que je puisse offrir à mon futur à venir.
De Paris,
Suppaiku

dimanche 1 janvier 2006

みなさん、新年あけましておめでとうございます


Je vous souhaite à tous une très bonne année. Puissent vos voeux se réaliser.
J'ai bu ce soir la bouteille de champagne que mon ami Tomo m'avait offerte en septembre pour mon anniversaire. Du champagne français dans une bouteille en japonais, reçue au Japon et bue en france... Quel voyage... Je l'ai bue tout seul, ce soir, quand j'ai entendu le traditionel concert de pétard qui suit le changement d'année. cette année, je n'ai pas "fêté", comme cela m'arrive tous les 3/4 ans. Je ne m'en porte pas plus mal. J'ai fini l'année en regardant 2 épisodes de ランチの女王/La reine du déjeuner (dorama de 2004). Puis vers 23 h 30, j'ai commencé à changer d'activité, envoyé des voeux. A minuit, ce fut donc le champagne de mes 40 ans, que j'ai photographié en digital et en argentique. J'ai écrit à mon correspondant Noriyuki, ce garçon rencontré à Kyôto la veille de mon départ... le plus amusant, c'est que ce soir en faisant le ménage dans mon email Yahoo Japan, je suis tombé sur un mail qu'il m'avait écrit en réponse à une annonce que j'avait passé dans Mensnet... J'ai donc profité de mes voeux pour lui dire que j'avais trouvé cette réponse et que j'étais allé visiter sa page sur Gaydar.
Hier soir, j'ai passé la soirée chez Stéphane avec Nicolas et un autre M... qui donc s'appelle comme moi ! Rare. Et en plus, il faut qu'il soit gay. On a pris un taxi ensemble au retour, moi je suis descendu à République vu que j'habite à Strasbourf Saint Denis, lui a continué jusque "Etienne Marcel". J'aurais du lui dire "tu vas là?", mais bon, c'est sa vie. Moi, le Dépôt... c'est bon, j'ai donné ! J'aurais pu aussi tenter quelque chose avec l'autre Suppaiku - pas du tout mon type physiquement, mais de très beaux yeux et certainement intéressant-, mais d'un autre côté j'en avais pas envie : on peut succomber au charme d'une personne sans pour autant ressentir de désir. A 40 ans on devient plus sage. C'est bien à tout point de vue, et ça évite les pannes...
Au Dépôt, j'ai rencontré Nobu il y a 5 ans. Mais j'avoue que le recroiser dans un sauna de Shinjuku, c'était plus classe... et 100 000 fois plus propre.
Bon, en tout cas la soirée chez Stéphane était agréable, opulente à tous égars.
Je ne suis pas allé travailler hier. Le matin, encore ces fichues courbatures et un vague mal de tête. J'ai bien dormi dans la journée, je suis resté au chaud. Je commence 2006 en pleine forme. Prêt à faire mes cartons !
Je n'ai même plus de problèmes existentiels avec mes médicaments. Je me suis compliqué la vie. JE VAIS FAIRE COMME TOUT LE MONDE.
En gros, je vous annonce que je compte rester au Japon un certain temps, et donc au minimum un temps certain. C'est avec mon médecin, qu'il faut que je passe un contrat.
Je commence 2006 le coeur léger, solide. Mon coeur balance entre Ginza et Iidabashi. Un esprit blagueur dénommé Capray sur le site lejapon.org fait le pari que je vais souffrir le martyr financièrement. je trouve le défi intéressant. On en rediscutera.
Revu Hakuchi, le film de Tezuka, ainsi que Postman blues de Sabu. Revu également Café lumière de Hu Sao Sien avec le beau Asano Tadanobu, et Tôkyô qui est peut être le vrai personnage secondaire de cet hommage éliptique à Ozu. Et dans la foulée, re-re-re-...-revu Fleurs d'équinoxes de Ozu. Je vais emmener des DVD avec moi, en abandonnant les boîtes toutefois, elles ne servent à rien du tout.
Bien. Janvier commence. Je vais donc vider ma bibliothèque dans les jours qui viennent. Je vais donner ma TV à Yoshinobu, mettre en vente tout ce que j'ai. Je n'ai plus peur du tout. Je ressens une certaine excitation à l'idée que dans moins de 40 jours, j'aurai changé de décors.
Entendu cette semaine sur France Culture un débat sur la nouvelle traduction des Mille et une nuit. Ca m'a rappelé que je m'étais arrêté à la moitié du second tome (édition de 1705, trad. de Galland) (sentiment que c'est toujours un peu la même chose...).
Vu l'émission de la 5 sur Le Palace. Je vais finir par dire que je détestais cet endroit, je ne supporte plus cette ambiance "hommage".
Je vous embrasse, je vous salue et je vous souhaite une très belle année.
De Paris,
Suppaiku