jeudi 30 mars 2006

Considérations diverses et variées (cliquez)

J'aime ces passantes en kimono, elles introduisent un décallage intéressant. Cette semaine, un élève au physique quelquonque est arrivé en kimono, et d'un seul coup il était beau, plus à l'aise que dans ses T-shirts sans forme qu'il ne porte que parce que ça se porte...

C'est depuis l'enfance que m'est venue la passion du Japon. C'est il y a très longtemps, finalement, et être ici, ce n'est finalement pas si étonnant que cela n'y parait. C'est ne pas y être qui le serait même plus... Bref, je suis heureux d'être au Japon et partager avec vous cette aventure est un vrai plaisir.
Il y a ici des choses fantastiques, il y a aussi des trucs redoutables. Je ne vais pas vous faire un ruc du genre "retoutable d'abord" et garder le meilleurs pour la fin... Non! On va plutôt tâcher de répartir et considérer que ce blog est une tartine.
Hier, je me suis acheté du Nutella...
Ginza, vers la gare 有楽町駅/Yûrakuchô. Un 薬屋/Kusuriya, drugstore. Bonimenteur vendant des produits... Shiseidô...
Le Japon est le pays du commerce
Il doit bien y avoir d'autres pays très experts mais le Japon étant surdéveloppé, cela prend ici des proportions assez hallucinantes. J'explique.
Il y a dans ce pays une présence du commerce qui n'existe pas en France ni même en Europe. Néons, sonorisation des magasins et boutiques ouvertes comme déversant leurs produits sur la chaussée font ici le quotidien. Plus ! Ici, le racollage est banal : vous marchez, un homme vous accoste, il a la carte du restaurant, du karaoke, du bar et vous détaille menu, les attraction et bien sûr l'éternelle promotion, le 食べ放題/nourriture à volonté, 飲み放題/boisson à volonté, et finit toujours par le sempiternel よろしいでしょうか/ ça vous va ?, de rigueur et qui me rappelle toujours, chez Cortal, le "et c'est bien ce que vous recherchez, n'est-ce pas?"... Il y a également tous ces magazines de coupons (il y en a même un qui s'appelle Coupon Land...), magazines gratuits et distribués dans la rue par des jeunes filles s'écriant よろしいでしょうか... Cet univers ultra commercial et extrèmement bruyant se retrouve jusqu'au supermarché du très chic Mitsukoshi, l'équivalent de nos Bon Marché/ Galeries Lafayettes/ Printemps... Là, pour la nourriture, c'est narines déployées et oreilles à l'affût qu'il faut s'aventurer : les vendeuses vous appellent, vous montrent les plats, irasshai'irasshai', vous proposent de déguster, yoroshiideshouka, et cela à tous les stands...
Ginza, vers la gare 有楽町駅/Yûrakuchô. Le même...
Cela compose un tableau original, celui de la survivance dans le Japon de la fibre optique 光/hikari -la lumière-, de la culture de l'ancienne capitale, Edo (江戸)(devenue 東京/Tôkyô, capitale de l'Est en 1868 à la suite du rebaptème de l'ancienne capitale 都/miyako, autrefois 平安京/ Heiankyô- en 京都/Kyôto, capitale "capitale").
Ce fait un de ces bouquant... La prmière fois que je suis venu au Japon, c'était le troisième jour, je suis allé à Shibuya, j'ai cru que je voulais repartir, je ne pouvais plus. Pas des décibels, non. Des tonnes de décibels! Pas des rabateurs, non. Mais des racolleurs parfois munis de porte voix qui vous hurlent dans les oreilles leurs formules de politesses (vous êtes un client, on vous doit quand même le respect, même si on vous explose le tympan...). Et puis je m'y suis fait, et c'est ce truc là qui me manque des fois à Paris, à Kyôto ou dans mon quartier, si calme, de 神楽坂/飯田橋. Mais maintenant, en un coup de vélo, et je suis au Paradis du bruit, à 新宿/Shinjuku, et puis je redescend la grande avenue, 原宿/代々木/渋谷-Harajuku, Yoyogi, Shibuya, et le bruit, même s'il se calme vers Yoyogi et ne réapparait que vers Harajuku, est là, il m'enveloppe, et je me sens bien, pris en charge, entourré des mes semblables dans la plus gigantesque Mégalopole du monde, 東京. Et je me prends même à rêver à Paris centre illuminée de néon, brillant de milles feux de ses boulevards au cafés ouverts 7/7 et 24h/24, avec ses commerces ouverts de même, des théatres encore plus, et plein de restaurants et, sitôt le boulevard quitté, le calme réconfortant de nos quartiers reconquis... Ici, ainsi va la ville, et non loin de l'agitation bruyante des grandes artères se perpétue le calme de petites ruelles où l'été, se reposent les chats...
Ma proprio m'a dit qu'à 靖国神社/Sanctuaire Yasukuni, on avait les plus beaux cerisiers. J'y suis allé le jeudi 23 mars
Terriblement conformistes
En automne, j'avais parcouru la ville de Kyôto à la recherche de Momiji, l'érable rougit. Cette "folie Momiji", je m'y étais presque résigné mais j'en ai finalement tiré un de mes meilleurs souvenirs de cet automne dans ma ville chérie (vous avez toujours les photos disponibles, (cliquez ici) ou encore (cliquez là) ). Dans ce pays, tout le monde est emporté dans le rythme ambiant, principalement guidé par les saisons (et même si le commerce essaie de supplanter ces rythmes saisonniers, avec les バレンタイン/Saint Valentin etワイトデー/White day, les femmes offrent des chocolats aux hommes le 14 février, les hommes "retournent" 2 à 3 fois la valeur des chocolats reçus le 14 mars... Après, c'est génial, il y a des chocolats en solde partout !). En ce moment, donc, c'est la folie des cerisiers auquel je ne participe que modestement : je travaille le week end ! Toutefois, samedi dernier j'ai traversé le Parc impérial et les ai regardés, et samedi prochain je remets ça... ! Qui a dit que les Japonais sont conformistes ?
et voici le "célèbre sanctuaire", en effet très beau
J'ai demandé à Jun s'il allait déjeuner avec des collègues dans un parc, à l'ombre des cerisiers. Il m'a dit que c'était vraiment pas son truc. Et qu'en fait personne n'aimait trop ça mais personne ne refusait, finalement. Bref, les Japonais ne sont pas si conformistes que cela. Peut-être est-ce plutôt le système hiérarchique mis en place dans les entreprises après 1945, basé sur le modèle du commandement militaire d'avant 1945 qui est responsable de cette obeissance à des rites par ailleurs martelés à coup de télévision et de publicité. il faut aimer les cerisiers. Et dans ce pays dirigé par la droite nationaliste depuis 60 ans, ne pas aimer les cerisiers, c'est un peu comme ne pas aimer le Japon. Au fond de moi, je pense des fois à Sei Shonagon, à Dame Murasaki, ces 2 femmes de 平安/Heian l'ancienne Kyôto du 10/11ème siècle, et je suis persuadé qu'elles fuieraient comme la peste ces 花見/月見/紅葉/Hanami, regarder les fleurs/tsukimi, regarder la lune/momiji, feuilles d'érables... qu'elles popularisèrent involontairement en écrivant leur journal intime, par la suite publié, commenté, glosé et enfin érigés au rang de chef d'oeuvres nationaux. Je doute pourtant que le rot alcoolisé d'un picniqueur de Ueno durant le hanami des cerisiers soit très comparable à ces promenades aristocratiques dans des habits de soie...
Européens: à leurs coupes de cheveux et à leur manière de vouloir tout photographier, j'ai compris tout de suite ce qu'ils aimaient dans ce sanctuaire de Yasukuni... Pauvres Kamis du Japon... pauvre Kitsune... pauvres Japonais...
Je crois ainsi que ma propriétaire ne pense qu'aux cerisiers, au sujet de ce sanctuaire. C'est normal, il est à côté de chez nous. Mais bon, moi, je préfère mon petit sanctuaire derrière chez moi, plus tranquile et moins couru malgrés ses très beaux cerisiers en fleurs !
Je pense que je savourerai mieux les cerisiers l'an prochain, car cette année n'est qu'un round d'observation où je m'imprègne du rythme, des saisons. Et pour tout dire, même si je sais l'été insupportable, c'est lui que j'attends avec impatience pour enfin reprendre l'habitude perdue de sortir le soir et errer la nuit dans une ville désertée. C'est à Tôkyô un vrai délice, malgré la pluie, malgré la sueur : la ville est immense.
Autre passante un jour de soleil, sur Ginza. C'est cela que j'aime, au Japon, plus que tout. Cet art de cultiver la vraie culture, pas la tradition, non, mais l'amour d'un savoir faire ancien, un peu contraignant mais où s'exprime le goût et l'âme d'un peuple. Le savoir s'habiller fait partie, à mon sens, du vrai savoir vivre et il suffit de voir comment les Français s'habillent pour comprendre à quel point, appauvris financièrement et culturellement, ils ont perdu ce "truc" qui faisait pourtant leur réputation à travers le monde. Le chic. L'élégance. Pas une question d'argent, non. Une question de goût. L'élégance de Ginza me réchauffe le coeur et, me cultivant sur 大正時代/ L'époque Taishô (1912-1925), je prépare mon look d'été, terriblement japonais, terriblement occidental, terriblement Taishô...
De Tôkyô,
fichtrement Parigot, euh, Tôkyôgot...
Suppaiku

BRAVO !

Vous me mettez du baume au coeur, notre pays la France va tellement pas bien... Bonne continuation à tous. Le problème n'est pas le CPE, mais ce que nous faisons ensembles. Aussi, je n'écrierai pas plus cette fois-ci, je laisse l'actualité se faire, mais j'espère juste que des amphithéatres et des bureaux, une fois la colère exprimée et passée, celle qui s'exprima également à partir du 21 avril 2002 au soir, mais aussi aux élections régionales remportées par la gauche, mais aussi lors du scrutin référendaire du 29 mai 2005, mais aussi lors des "émeutes" de l'automne dernier, j'espère que ce mal être purement contestataire inspirera à certains l'envie non de s'opposer, ce qui est stérile, mais l'envie de construire.
Le Royaume-Uni est "re-né" avec un renouveau de sa Pop dans les années 90 et son esthétique aujourd'hui domine. La France ne renaitra qu'avec le retour de son intelligence et de son esprit car c'est là qu'elle brille et c'est là qu'elle est attendue.
Bonne chance,
de Tôkyô,
Suppaiku

mercredi 29 mars 2006

Premier videocast disponible (cliquez!)

Il est dors et déjà disponible par flux RSS et sur iTunes Music Store.
Ce n'est qu'un training et pour tout vous dire je me sens plus à l'aise devant ma webcam que devant l'ordinateur...
A bientôt,
Suppaiku

Bonjour, et toutes mes excuses...


J'ai enfin regardé la troisième série 大奥ー華の乱/Ôoku-Hana no ran. Très belle réalisation, costumes et décors somptueux, suspens bien amené, et surtout le vrai grand retour de Fujiwara Norika, dans un rôle enfin un peu moins pétassier et même, sur la fin, presque surprenante ! images FujiTV 2005
... pour cette longue abscence dans mon blog. Votre Suppaiku traverse en ce moment une période "songeur", introspective. Et ce n'est pas le nouveau plug-in Flip4Mac qui m'en empêchera, au contraire... Pour ceux qui ne le savaient pas, WindowsMediaPlayer a toujours mal fonctionné avec OSX, mais depuis Tiger, il ne fonctionnait plus du tout. De plus, Microsoft a décidé de ne plus actualiser son logiciel. Afin, certainement, d'éviter un procès, la société a racheté les droits à une petite société qui avait développé un plug-in permettant de lire les fichiers WMP. Un plug-in gratuit est donc désormais disponible et, depuis quelques semaines celui ci a été nettement amélioré : on peut désormais (enfin) écouter le direct de Radio France et regarder France Télévision. Pour France Culture, c'est fantastique car les rediffusions de la nuit sont souvent passionnantes et rien ne vaut un direct : le podcast, je ne parviens pas à m'y faire vraiment, j'aime l'enchainement des programmes, le bouton qu'on tourne et le son qui sort... le podcast, c'est comme écouter un disque, et savoir que le "Concordance des temps" que j'écoute a été diffusé à une autre heure un autre jour me donne toujours une drôle d'impression. Je suis d'une autre époque, ou plutôt je suis à cheval entre deux âges...

...costumes superbe, méchanceté à son comble contenue par une politesse de marbre. image FujiTV 2005
Dans un autre âge, on attendait le début du programme, aujourd'hui, on le télécharge et on l'écoute dans le métro. La parole et la philosophie ramenées au rand d'easy-listening, de bruit de fond. Ca me fait penser à ce wagon, hier, sur la Ômiya-sen, hier. Un wagon entier sponsorisé par Softbank (Yahoo Japan, Japan Telecom...). Des écrans plasma partout avec des images de la nature, du Fuji, des cerisiers en fleur... J'ai pensé à Blade Runner, j'ai été effrayé, et la perspective d'un tremblement de terre soudain m'a presque fait sourire. La nature "marketing" rattrapée par la vraie, la sauvage, pas domestiquée, l'énergie des Kamis du Japon... Le Podcast des émissions de radio me fait un peu penser à cela. Bien sûr, c'est formidable, accéder à un programme de Radio, en l'occurence France Culture, quand on le veut, pouvoir même aisément l'archiver en mp3 (en attendat un service d'abonnement au serveur de Radio France permettant l'accès illimité au fond sonore). C'est un peu un rêve. Mais quel cauchemard, ce monde qui dissout toujours plus la réalité du temps, de l'espace. Plus de "rendez-vous" avec un programme...
... tout le Japon de mon enfance et mon adolescence, vastes demeures de bois, superpositions de kimonos magnifiques, rigidité des gestes. image FujiTV 2005
On ne s'habille déjà plus pour sortir, on n'attendra bientôt plus rien. Dans un vaste supermarché, on n'aura plus qu'à se servir. Musique, film, radio, télé, tout "média" confondu, devenu, amalgamé dans l'espace du spectacle généralisé. Nivelé, mis à égalité... Peut être pour résister à cet espace du commerce total, downloadable à merci, réinventerons nous les conteurs afin d'avoir quand même des rendez-vous, pouvoir arrêter un peu le temps, nous poser. Ne pas avoir l'excuse de pouvoir "télécharger"/"louer" pour enfin vivre un peu. Imaginez un peu l'ère des amis par vidéo-conférence, je n'ai pas le temps de te voir, mais je t'ai préparé une soirée, tu n'a qu'à la télécharger quand tu as un peu de temps : n'oublies-pas de commander la pizza !
A ce sujet, je me suis acheté un petit gadget qui va tout à fait dans ce sens : une iSight, "the" webcam par Mac. Un peu cher, me disait Joelle dans un Chat, hier, mais bon... Je vais pouvoir téléconférencer, bien sûr, mais également vidéocaster. Ma DV pour faire du documentaire, la webcam pour vous causer. J'ai testé hier, c'est intéressant, maniable et grand avantage, c'est directement encodé. Le son, à défaut d'être bon, n'est pas trop mauvais, disons-le comme ça...

...présence permanente de ces femmes occupées à ne rien faire d'autre que conspiré dans ce "harem" où elles sont confinées, vendues par leurs parents aristocrates déchus et ruinés à des Shoguns "rôturiers" mais riches, avides de plaisirs et de distinction. image FujiTV 2005
...regardé en une semaine, le dorama, et je ne comprends toujours pas pourquoi on ne fait pas l'effort d'en importer quelques-uns, qui valent bien certaines trucs américains... image FujiTV 2005
Ces derniers jours, le temps a été extrèmement variable. L'amplitude des températures dans le Japon du printemps est terrible puisque l'on peut avoir deux journées presques chaudes dont une sera même ensoleillée puis deux journées presques froides, environ 12 degrés de différence, et à nouveau le réchauffement. De même pour le ciel qui sera gris, ensoleillé, le vent ici inexistant et là la grande tempète, la pluie battante, torrentielle... A cela se greffe la très commune allergie aux pollens divers : le masque, ce n'est donc pas (seulement) à cause de la grippe, c'est aussi, et même surtout pour moins respirer tout ce qui provoque des allergies au moment des floraisons des arbres, et dieu sait comme il y en a, des arbres qui fleurissent.
Hier, sur Ginza, je suis allé prendre un café au Doutor situé sur le carrefour principal, en face de la grande horloge. Je vais pour m'assoir, j'entends parler français, je me marre en moi-même et soudain je m'entends dire "please, can you seat to another chair" par lesdits Français. Ils squattaient en terrasse sans consommer, avec 2 chaises vides, dont une pour leurs sacs ! Je leur ai répondu qu'ils avaient d'autres chaises... ! Ce sont des Japonais qui m'ont donné une chaise, gênés. Les Français n'étaient pas gênés, pas une excuse malgré leurs deux chaises vides, ils "attendaient quelqu'un" et "en allons bientôt". Si par moments il m'arrive de penser à la France, ce simple comportement me ramène à une réalité : je ne supporte plus les Français, ils sont tout simplement devenus égoïstes et grossiers. Vous vous rendez compte ? Ma table n'avait qu'une chaise, leurs 2 tables 6 chaises, ils voulaient m'envoyer ailleurs sur la terrasse, ils avient deux chaises vides dont une avec des sacs, deux jeunes Japonais se sont levés, "sumimasen"/"excusez-nous" et m'ont donné une chaise, et les Français, pas un mot, au contraire, comme je leur ai parlé en français, ils m'ont regardé avec ce regard que je connais bien, vous savez le "pour qui tu te prends, on était là avant toi!", bref, comme si j'étais un géneur. Je déteste les Français... Et ce sont les Japonais qui s'excusent... Je me suis excusé aussi, j'étais très gèné...

... je ne comprends pas pourquoi on ne produit que si peu de séries historique... image FujiTV 2005
Le travail se passe bien, je commence à prendre le rythme. Hier soir, je regardais un dorama de début de saison, c'est à dire en une seule partie, là c'était de petites histoires avec des fantômes, des thrillers un peu "angoissant" à la japonaise, très regardable quand soudain j'ai ressenti un très net mouvement autours de moi. Pas de panique mais le coeur qui bat. Toshiko m'a dit que quand c'est horizontal, ça va, donc, j'ai fait confiance au savoir multiséculaire de Toshiko. Ca a duré environ quinze secondes, la maison a bougé comme un élastique dans tous les sens. Ca fait bizarre et je trouve cette sensation presque amusante. J'en ai parlé avec mon coloc qui était alors dans le train, il n'a rien senti. Cela étant, j'ai vu dans le message apparu sur l'écran de TV deux minutes plus tard que c'était un 地震/jishin de force 3 (un contrôle sur le site spécialisé de l'Agence de la météorologie m'annoce que toutefois, c'est une secouse de magnitude 6 : l'échelle japonaise représente le ressenti et non le magnitude qui est basée sur l'énergie libérée. Bref, "3", ça veut dire qu'on tient encore debout. C'est intéressant car l'échelle occidentale n'est pas juste : magnitude 6 à 450 km de profondeur comme hier soir, c'est en fait moins pire que magnitude 5.5 à 50 km de profondeur. Là, je pense qu'on obtient, en échelle japonaise, du "force 5", c'est à dire que les étagères commencent à tomber et qu'il est difficile de tenir debout. Force 6, on tombe !)

Bon, je vous laisse, il fait du vent mais le soleil brille... A très très bientôt, peut être même tout à l'heure...
De Tôkyô,
Suppaiku

mercredi 22 mars 2006

Et voilà enfin le printemps (cliquez, c'est magistral)

Hier soir, Karaoke à Ueno


Il s'habille mal, il chante un peu faux mais je crois que je commence à m'attacher à lui...

Ca y est, c'est le printemps !

lundi 20 mars 2006

Le printemps en vue (cliquez, svp)

la vidéo : chez moi, le jeudi 16 mars 2006. En fond, Barbara, en allemand


Un nouveau lit, c'est le début d'une nouvelle vie...

Je continue de m'installer tous les jours un peu plus. Mardi dernier, je fonce chez MUJI après le travail. JE VEUX UN LIT À MOI, marre du lit de la gaijin house, ce futon applati qui a servi à d'autres. J'ai acheté mon futon, bien moelleux, avec une couette légère, en plumes, un bon gros oreiller, des draps à moi... C'est incroyable comme cela me fait du bien, ce confort nouveau. Tout à l'heure, sous ma douche, j'ai eu un flash de lucidité. J'ai vu ma salle de bain. J'ai vu chez moi et j'ai ressenti que j'étais bien là, à cet instant. Les "analysés" me comprendront, les autres aussi, peut-être. Disons qu'avec l'analyse, j'ai pour la première fois ressenti dans ma vie la profondeur du moment présent, son aspect "présent". Bref, j'ai vu ma salle de bain, et en regardant ma chambre après, j'ai vu ma chambre, et j'ai compris et mon appartement et ma vie. J'ai 40 ans et ma vie est géniale : j'ai désormais la vie auquelle j'ai toujours aspiré. Je crois que l'on peut appeler cela être heureux. Ouf...


Samedi dernier. Je demande à Jun-Kaikai de s'arrêter devant le Jinja où nous venons de rentrer, en plaisantant sur l'aspect désolé du jardin pourtant assez grand à côté de la Tour Mori, comparativement au minuscule et pourtant délicat jardin de ce jinja. Il sourit, je fais la photo. Peut-être d'ici peu arrêterai-je mes auto-portraits pour privilégier ses portraits... je ne sais pas. Cela fait un mois, désormais.

Le temps passe rapidement et doucement à la fois, je ne me sens pas pressé. Hier j'ai regretté que le travail m'empêche de voir plus la ville, mais c'est comme cela, et ce n'est pas très grave. J'aurais pu, après le travail, foncer à Shinjuku, à Ebisu ou n'importe où ailleurs, mais il faisait si froid... Le printemps arrive. Je suis rentré. J'ai tout le temps d'apprendre le Japon...


Telle une ombre fujitive qui se dérobe aux regards les plus insistants, Momoko est passée sans se faire remarquer, un froissement de kimono, déjà la foule anonyme de Ginza l'avait aspirée, à jamais... Momoko, où te caches-tu donc ?
Aujourd'hui, beau temps sur Tôkyô. Et demain c'est le printemps...

De Tôkyô,
avant de profiter du soleil,
Suppaiku

jeudi 16 mars 2006

Pour moi, c'est SÉGOLÈNE ROYAL

Etrange, se retrouver au Japon, vivre au Japon, parler japonais et voir des Japonais et titrer ainsi "pour moi, c'est Ségolène Royal", vous ne trouvez pas ? Eh bien pas du tout, et au contraire, je crois que d'ici tout me semble encore plus clair, encore plus évident. Vous aviez déjà constaté ma sympathie pour elle, vous l'aviez devinée. Mais désormais, face à la crise majeure que traverse la France -je parle pas du monde, ça dépasse mes compétences...-, il est grand temps de procéder dors et déjà au grand éliminatoire et dégager en touches tous les gèneurs, et faire compact. J'avais choisi Jospin en 1995 de la même façon, car il fallait faire basic. Nous avons tous oublié en 2002. Je ne chipoterai donc ni sur le programme, ni sur ceci, ni sur cela, je choisi compact, je choisi simple et, pour reprendre le slogan de Lionel Jospin en 1995 : je choisi clair.
Pourquoi je choisis Ségolène Royal ?
Tout d'abord une qualité à visage triple : c'est une femme, elle est relativement jeune, elle est encore peu "usée" par les jeux politiques.
Ensuite, elle a des convictions, ce qui est devenu extrèmement rare. Je ne les partage pas toutes mais ce que j'aime est précisemment le fait qu'elle exprime des convictions peu à la mode dans son électorat. Réservée sur le mariage gay ou l'adoption, va-t'en guerre du droit des enfants contre la violence et la pornographie qu'elle voit partout, elle n'en est pas moins la seule ministre qui a eu le courage de défendre la pilule du lendemain au lycée, de parler du viol et de l'inceste en famille et en milieu scolaire, de dénoncer les bizutages, de soutenir Greenpeace contre Mitterrand en 1992 en se joignant à une manifestation à La Hagues. Quand elle parle de la famille, même si je la trouve rétrograde à bien des égarts, j'aime qu'elle exprime une expérience vécue par des millions de femmes en France (le travail, l'émancipation individuelle et le rôle de mère à assumer) et qu'elle comprenne par extension les difficultés vécues par des millions de parents (le problème des gardes, des crèches, le prix de la cantine, le prix de la rentrée, des vacances, l'angoisse des fins de mois). Elle a eu, en temps que secrétaire d'état à l'Education des mots originaux sur le rôle de l'éducation nationale. Et si elle ne brille pas par la richesse des idées, elle a su exprimer les bonnes questions et esquisser les bonnes solutions; je pense notamment à l'idée de gratuité des cantines scolaires pour éviter les enfants qui ont faim à l'école. Ca a l'air bête, mais elle a été la première politique à dire que ce problème existait et à prendre des mesures.
Enfin, je constate que tous les autres au Parti Socialiste se sont disqualifiés. Je ne peux voter Fabius le gauchiste qui renvoie Ségolène à l'éducation de ses enfants; je ne peux voter Strauss-Kahn pour qui la présidentielle n'est pas un concours de beauté; je ne peux voter Lang pour qui la politique est une affaire sérieuse (il s'est toutefois excusé, je crois...). Jospin a remontré le bout de son nez mais je crois qu'il a rien compris... Nous ne le désirons plus, de l'avoir tant désiré et qu'il nous ait tant dédaigné sans même s'excuser de n'avoir été à la hauteur...
Ségolène Royal est toute fraîche. Elle bénéficiera du report des voix des féministes, comme Arlette Laguillier qui nous rappelera qu'elle n'attend absoluement rien d'une socialiste mais que l'élection d'une femme est quelque chose d'important, une victoire due à une lutte plus que centenaire. Elle bénéficiera du vote des jeunes qui sans trop en attendre auront au moins le sentiment de voter pour une personne normal et non un de ces éternels vieux cons qui les sollicite régulièrement en les brossant dans le sens du poil. Elle sera haïe par le droite car c'est une adversaire plus que retoutable, la tombeuse de Raffarin, la conseillère de Mitterrand, la bosseuse, la première socialiste à avoir dit aux bonhommes du PS qu'elle va jouer dans leur cours de récréation, l'internationaliste qui soutien (enfin !) les partis frères à l'étrangers quand les hommes commémorent le décès de Tonton en allant jusqu'à porter chapeau et manteau noir, écharpe rouge, ces cons ! Elle en a, du courage, de dire que sans être admirative, elle trouve que le bilan de Blair n'est pas si mauvais, dans un pays où dire cela n'est pas à la mode, surtout à gauche !
Quand je pense à Ségolène, je ne me dit pas que c'est du tout cuit, je me dis "c'est jouable", et je me reprends à croire en notre pays, à me dire que tout n'est pas plié, que ce n'est pas obligatoirement Napoléon Sarkosi ou Villepin de Bonaparte, que la SNCF ne finira pas forcément dans la poche de Suez comme cela va être le cas avec les autoroutes du Sud ou GDF... Je me prends même à rêver que la gauche a peut être enfin son Thatcher (un politique courageux, inflexible), et que cela sera peut être même une femme...
Du Japon, décidé,
Suppaiku

lundi 13 mars 2006

Du rêve et de la réalité


le bonheur, c'est simple comme un dimanche au soleil sur Ginza

Bonjour ! Quoi de neuf chez vous ?
Pour moi, les jours qui se suivent et depuis quelques jours des rêves étranges où je suis dans des endroits variables, connus et inconnus, avec des personnes connues et inconnues, qui me parlent ou ne me parlent pas -dans ce cas je me demande pourquoi-, avec mon frère une fois avec qui pour la première fois de ma vie dans un rêve je m'entends bien et partage de l'amitié, ma mère, mon appartement de Strasbourg Saint Denis, ma chatte Siouxsie aussi... Mes amis n'apparaissent pas, plutôt mes anciens collègues... Des rêves très présents au réveil, et qui s'évaporent, prennent de la distance... Des rêves transparents, comme ceux d'une vie qui se réorganise, comme un quotidien qui passe progressivement d'une sensation de vacance à une presque cruelle réalité : je suis bien à Tôkyô, et c'est bien à Tôkyô que je travaille, et rien ne me rappelle plus à Paris. Et si mes amis n'apparaissent pas, c'est bien peut être parce que justement ils sont bien ma dernière attache avec la France et que je les porte un peu en moi. Le reste est bien loin, et je crois que mon esprit ne sait pas trop encore comment ressentir, organiser cette distance.
Je suis vraiment heureux d'avoir appris à traquer mes rêves, à les laisser venir. J'ai appris à aimer jusque mes pires cauchemards, ceux qui vous glacent au réveil, ils sont en réalité de réelles délivrances. Il faut apprendre, et c'est le plus difficile, à accueillir la première pensée qui nous vient au réveil, sitôt le rêve - le cauchemard- terminé. C'est souvent la réalité qui s'exprime. Et si c'est un "eh ben !!!" qui vous vient après un horrible cauchemard, sachez pousser ce "eh ben !!!" jusqu'au bout : riez !!! Si vous regardez mes dessin, si vous détaillez mes goûts pour le kitsch, le 60, eh bien vous verrez toujours une préférence pour les angles, les pointes. Petit, une série pour enfant m'a lors d'un cauchemard fait terriblement peur. Le design géométrique, mélangé à la fièvre d'une vilaine bronchite devenait agressif, méchant. J'ai depuis appris à beaucoup en rire. Les enfants aiment ce qui est doux (maternel), j'ai accueilli donc cet "effet de mode 60" de la géométrie comme une agression (c'était "Bip et Véronique"), adulte je m'amuse de cet "effet de mode", justement. Il m'a marqué. Un rêve et un cauchemard, c'est pareil. Vous rêvez, mais ce n'est pas grave, ce n'est qu'un rêve. En revanche, il faut s'interroger sur ce que l'on pense de son propre rêve, c'est là qu'est le vrai message. Vous rêvez de sexe avecv inceste, viol, partouze et au réveil vous vous dites "he, ben!", vous avez envie d'en rire : c'est bon signe, et ne vous inquiétez pas du contenu. Votre cerveau vous signale juste que vous avez atteind la côte d'alerte de la châsteté. En revanche, si au réveil après un tel rêve vous vous dites "c'est vrai, une petite fille", je vous conseille d'aller voir un analyste pour comprendre le sens d'une telle réflexion : vous pourriez faire des bétises.
Moi, mes rêves, en ce moment, c'est donc un peu le fouilli. Il y a quelques jours, j'étais à BNP Paribas, et personne ne me parlait, on me faisait la tête. Au réveil, je me suis dit "comment ça se fait que je rêve d'eux, pourquoi ils ne me parlaient pas"... La réponse est intégralement dans ma pensée. Il y a 2 nuits, cauchemards, pensées confuses dans mon rêve, et au réveil "j'ai chaud, oh, il y a Jun a côté de moi". Il y avait l'air conditionné, dehors il faisait chaud... Mais à côté de moi une présence rassurante. C'est marrant, les rêves...
Je vous écrit et pour la première fois, j'ai ENFIN senti la terre qui tremblait. Magnitude 4, je viens de voir. Ben magnitude 4, ça se sent. C'est discret, mais ça se sent...

voici ma ville, de nuit... vue de la Tour Mori, samedi dernier

J'ai une de ces flemmes d'écrire... On est lundi, mon emploi du temps a été changé ces deux lundis : je commence à 17 heures et je finis à 21 heures. Tout à l'heure, je vais aller chez MUJI : je compte m'acheter une literie. Il y en a une dans ma chambre, mais je veux la mienne, et quand, disons Jun, est là, cela fera un grand lit. Décision du week end pour cette semaine : payer 2 semaines de loyer dès maintenant pour synchroniser avec mon salaire : bref, être tranquille jusque fin avril; acheter une literie; parler de ma santé avec Jun car cela fait un mois que je le connais et que cela va clarifier la situation : il est préférable de ne pas s'attacher de trop si notre relation ne doit pas durer (si ma séropositivité le gène). Ca fait un programme un peu chargé, non ? Mais en même temps, c'est être un peu plus installé ici. Je trouve cela bien, clair et net. Un salaire le 15 et le loyer le 20; une relation franche; un lit douillet...
Côté vie quotidienne, j'ai retrouvé Jean-Baptiste et Benjamin jeudi dernier. Jean-Baptiste d'abord et, en nous promenant dans Ueno après nous être enfilés trois tonnes de sushis, nous avons pu constater à quel point le marché, en plus d'être sympa, populaire, rigolo, gouilleur était en plus incroyablement pas cher. Moi, j'ai acheté des confitures Bonne Maman à 200Yen le pot... Moins cher qu'à Paris. Si si... Bon, ok, la date limite est au mois d'avril, mais bon, c'est du sucre, hein... Qu'est ce qu'on ferait pas, au Japon... ! Tiens, vu du camembert près de chez moi. Sainte Mère, du vrai, du AOC. 1,590Yen... A 12Eur, j'abandonne...

dans le quartier d'Azabu, après avoir fait un saut à l'ambassade, vu cette vielle maison qui aura page propre dans un album à venir, car elle est digne d'un film de Kurosawa Kiyôshi...

Promenade dans Ueno, donc. Le matin j'étais à Azabu, arrivé de justesse avant la fermeture de l'ambassade. Envoyé des mails à Jun. Je commence à m'attacher à lui, à sa présence très calme, rassurante. Mon japonais est toujours aussi mauvais, mais je gagne en "fluency". C'est le vocabulaire qui me manque cruellement. Il nous arrive toutefois de causer. Des fois, mon cerveau bloque. Etrange, les langues étrangères. Qui suis-je, pour lui ? J'ai rêver -rêve étrange- de Takeshi. C'est pour cela que je veux avoir cette petite conversation avec Jun. Je suis persuadé en fait que Takeshi est venu vivre à Tôkyô car son ex Ecossais lui avait promis qu'il y viendrait, n'a pas tenu sa promesse. Après, scénario de déprime, etc (avec un background familial chargé...). C'était un gentil garçon, Takeshi, mais il était échoué ici, loin d'Osaka, sans but, sans réel travail.
Ce n'est pas bien, promettre ou laisser entendre des choses dans une histoire sentimentale. Au réveil, je savais que le moment était venu de parler avec Jun. C'est aussi ma manière de confier mes sentiments. Que l'histoire dure ou non, longtemps ou non, Jun n'est plus une histoire d'un soir ou d'une semaine : on se connait depuis un mois. Au Japon, dans cette nouvelle vie ouverte un soir dans un bar gay d'Osaka après avoir traversé l'après-midi le Shôsen-in à Kyôto et parlé avec Shizuko, rencontre adorable au soir de ma trentaine, dormi dans un hotel saoul après avoir loupé mon train, filé à 5 heures vers Kyôto pour être à Tôkyô à midi car je retrouvais Maruchan, dans cette nouvelle vie commencé avec mes quarante ans, je ne veux que des choses bien. Et je préfère "perdre" Jun que ne rien lui dire de moi. Ce serait désormais mentir, dissimuler. J'ai confiance dans les Divinités du Japon, un Arc en ciel vielle sur moi, le Cheval blanc et le jeune Poulain sont conviés à de Grande Noces : bref, en des termes moins ésotériques : advienne que pourra, cela ne me fait pas peur du tout.
Avec Jun, justement, nous continuons nos explorations en commun, et samedi soir nous étions samedi soir à la Tour Mori, exposition Tôkyô-Berlin/Berlin-Tôkyô. Je me suis retrouvé à expliqué des trucs fondamentaux de l'histoire de l'Art en (excécrable) japonais... Je manque cruellement de vocabulaire mais quand Jun retraduisait en bon japonais mes explications je pouvais acquiescer, reprendre ou infirmer... Je m'étonne moi-même. On est bien resté 2 heures trente et on n'a pas fini l'exposition. Comme je lui disait, je déteste courir, préfère voir peu et bien que "tout", en courant. On a ensuite été au point de vue de la tour : magnifique ! On est rentré (bonjour le trajet Roppongi/Kagurazaka... ) vers 00 h 30, après être passé dans un konbini car il faisait faim.
Au travail, avec un collègue, on a "enfin" causé des "copines" Japonaises.

il y a tout, à Tôkyô

Le temps commence définitivement à s'orienter vers le mieux, les températures, bien que fraiches encore, oscillent désormais entre 8 et 18° comme dimanche ou malgré les nuages il a fait bon comme un jour de printemps après un samedi lumineux où Ginza (re)dévoilait ses charmes de quartier séduisant, tranquille et familial, chic et relax. Ce que j'aime dans Ginza, c'est le chic décontracté du week end.
Allez, je vais (enfin) me préparer. Je commence le travail à 17 heures et il est déjà 14 heures 15.
De Tôkyô, décontracté comme un dimanche,
Suppaiku

mercredi 8 mars 2006

Sur un air de printemps... (cliquez, s'il vous plait)

(je vous le rappelle, vous pouvez cliquer sur les photos pour les agrandir)
(déjà un mois au Japon...)

Une nouvelle étape dans mon installation : je peux enfin écouter de la musique, et je dois dire que pour le prix payé (JPY4,000), ces petites enceintes asservies (amplifiées) de marque Edifier font un bon travail, j'en suis surpris. J'écris ce post en écoutant du koto, et ce n'est pas de la bouillie...
Chers fans et amis, ce n'est pas sans joie que je peux vous annoncer que d'ici peu je serai en mesure d'alimenter mon blog quotidiennement : je commence en effet à intégrer mon rythme quotidien, entendons je ne me prends plus du tout la tête sur "ce que je dois faire", "ce que je veux faire", etc, bref je rentre tranquillement à la maison le soir, et il ne me manque rien. Donc je fainéante un peu, je me fais à ma vie dans ma maison...
J'ai eu un peu peur d'un coup de blues en fin de semaine dernière, mais je le digère très bien finalement. Je suis en effet dans ma phase de dépression, très net, mais c'est extrèmement relatif. Je mesure au quotidien les contraintes que mon départ de Paris peuvent représenter. Etre dévisager (discrètement) dans le métro. Apprendre mon travail avec ses difficultés : enseigner n'est pas si facile que cela et le format de nos cours n'est pas si évident si on veut faire un travail intéressant, tant pour les élèves que pour moi. J'ai à travailler mon livre, être plus rigoureux. Bref, là aussi, petite retombée d'énergie. Mais comme je le dis par ailleurs, très relative.
J'ai la chance de connaître le Japon avant de m'y installer, je savais par conséquent à quoi m'attendre. Donc, je suis bien en "dépression", mais j'ai connu nettement pire ! Je crois que c'est cela, aussi, s'installer, faire ses marques. Je commence à voir le temps devant moi, le quotidien, les élèves, les collègues, et le Japon autours.

Le Japon autours, c'est une ville immense mais qu'on ne voit que très peu : on y vit généralement enfermé dans des immeubles, des centres commerciaux tentaculaires prévus pour le shopping, la restauration, la distraction, la culture et même pour dormir, le tout dans une ambiance asceptisée par la musique d'ambiance et la climatisation. Ici, Ikebukuro vu de la Sunshine Tower, samedi dernier
Il y a quelque chose de terne dans le quotidien japonais, ou plus exactement Tôkyôïte. Une monotonie des comportements, des attitudes et des couleurs. J'avais déjà ressenti cela à Kyôto lors de ma petite dépression de novembre en 2004. Un sentiment de gris-beige, je ne sais pas comment l'expliquer.
Mais ce matin, le soleil était là, sa lumière et sa chaleur et je me suis souvenu de Kyôto, et je me suis souvenu qu'au Japon, c'est dans la nature que réside l'énergie vitale. Dans les saisons que l'on attend et que l'on cultive avec amour. A Kyôto, j'avais retrouvé toute ma pêche un jour de pluie. Drôle, non ? J'avais soudain eu envie de revoir Paris sous la pluie, j'avais pensé à Barbara. J'avais alors marché, et soudain j'avais "compris" momiji (les feuilles rougies des érables). Mes dix derniers jours furent intenses...

Vendredi dernier, c'était Hina matsuri, la fête des filles. Officiellement, c'est à dire dans l'esprit des Japonais, le printemps a commencé. Les gateaux s'ornent de cerisiers, les fleurs de pruniers ont disparus et on commence à voir les fleurs de cerisier en synthétique. A Ginza, dimanche dernier, les belles avaient sorti jupes, manteaux, chemisiers, escarpins et/ou robes blanc-cassés. A vestiaire, le noir de cet hiver ! Ici, une pousse : on observe les printemps aux progrès qu'accomplissent chaque jour les bourgeons, et cela alimente les conversations des vieilles dames -nombreuses- de mon quartier
Autours de moi, il y a plein de chants d'oiseaux, de cris d'enfants. Le quotidien de cette ville, c'est cela aussi. Un quotidien déjà connu, déjà entendu ailleurs, à Paris. Mais j'avoue avoir toujours rêver d'entendre des cris d'enfants : ici, le voeux est réaliser, je suis juste à côté d'un petit parc où ils sont nombreux à venir s'amuser.
Une brise légère traverse ma chambre : j'ai ouvert grand les fenêtres, étendu mon futon, ma couette, fait ma lessive. Dehors du soleil. Vers midi, j'ai envoyé un mail à Jun, et j'ai reçu une petite réponse charmante. Une chanson japonaise accompagnée de koto, shamisen et d'une flûte, un corbeau qui passe et coâsse : il est 14 heures 25 à Tôkyô, dans ma ville. Je suis bien.

Ce matin, réveillé à 7h30, je me suis rendormi et me suis levé vers 9h30. J'ai ouvert alors les rideaux en grand, ouvert les fenêtres et accueilli le grand soleil, suis sorti acheter des viennoiseries et du pain. Ne regardez pas le désordre, s'il vous plait...
Il fut un temps où je serais en ce moment complètement torturé par mon inactivité présente, alors qu'il y a du beau soleil dehors et que demain, hélas, de nouveau s'annonce gris et rafraîchi... Mais vous écrire n'est pas ne rien faire, ni pour vous ni pour moi. J'offre ces instants à l'éternité, la vôtre et la mienne. Et recevoir, comme hier de Dulcinia, des messages de remerciements pour mes posts me touche profondément : ce n'est pas donné à tous ceux qui en rêvent, vivre au Japon. J'essaie de mettre le plus de choses personnelles pour ne pas me borner à un compte rendu "touristique".
Je profite de vous montrer cette photo de ma chambre pour vous dire à quel point je m'y sens bien. Le lit rangé dans son oshi-ire, la table basse vidée, c'est un espace vide, clair, empli d'une couleur douce où domine le brun du bois, le crème des tatamis. J'habite où j'ai toujours rêver de vivre. Peut être un jour rêverai-je d'habiter ailleurs, mais au moins aurai-je accompli un souhait : les tatamis, le plafon en lattes de bois, l'alcôve encadrée de poutres aux textures irrégulières. J'habite une belle maison de l'après guerre, et je pense qu'on y a été bien, ici.

Mon quartier sous le soleil de cette belle journée qui prélude un printemps magnifique, attendu
Des fois, marchant dans ces rues, je me dis que les dernier grand tremblement de terre de Tôkyô avait été précédé de telles pensées. On vit finalement toujours le moment "avant" un autre moment. J'ai enfin compris cette pensée de l'existentialisme : il faut vivre chaque instant comme un moment unique, éternel, comme s'il était le dernier. Je crois que c'est cela, le secret de la vitalité, de l'énergie du Japon, ce petit quelque chose qui manque, par comparaison, à Kyôto. Kyôto a des aspects de "ville éternelle". Pas Tôkyô. Tôkyô est parcouru d'une respiration particulière : les immeubles, les maisons cèdent régulièrement la place à d'autres maisons, d'autres immeubles, et parfois à de nouvelles audaces. En trois ans de voyages réguliers, j'ai ainsi vu le quartier de Akihabara se métamorphoser complètement : il se rempli aujourd'hui d'immeubles hauts, en verre et un quartier nouveau est sorti de terre là où étaient de petites échoppes et de vieux immeubles... Le quartier de la gare de Tôkyô connait le même sort, la même métamorphose. Les petites rues, ces espaces qui doivent bien représenter 60/70% de l'espace urbain, connaissent le même mouvement, et cela, pourtant, n'affecte en rien le calme qui y règne : la nouvelle maison n'est qu'une nouvelle maison, elle aussi sera bientôt bordée de plantes vertes et un jour, vieille, cèdera la place à une autre maison, nouvelle. La ville est vivante, et le tremblement de terre ne sera fianlement qu'un accident. Tôkyô vit de sa propre destruction, permanente. C'est comme ça... Voilà pourquoi peut être on s'habitue à l'idée qu'un jour, ça va secouer plus fort. Peut être je dis des bétises... Mais c'est comme cette jeunesse partout, avec ses codes, son effronterie, ses comportements et son énergie, dans un pays vieillissant, gouverné par ds vieux. Le Japon me fait penser à cette parabole des âges de la vie qui eut tant de succès sous la Régence.
Il y a des temps pour chaque chose, c'est la loi de la vie. A Tôkyô, ces âges de la vie commandent aussi la ville elle même. Un jour, Shibuya ne sera qu'un souvenir, un quartier vieux et ringard comme Ueno peut l'être, un quartier pour les vieux déclassés qui s'y seront amusé du temps de leur jeunesse... Ca vous effraie ? Je trouve cela rassurant... A Kagurazaka règne le calme du quotidien, loin de la mode...
Avec Jun, le week end, je continue de goûter des parcelles du pays, comme en témoigne la vidée jointe au titre de ce post. Samedi dernier, nous avons été à Ikebukuro. Comme il me disait qu'avec moi, n'importe quel quartier lui convenait pour sortir, je suis rassuré, je ne reverrai pas Ikebukuro avant longtemps... Le quartier ressemble un peu au quartier de Umeda ou de Namba à Osaka : un gros noeud ferrovière sans logique et autours duquel tout s'organise...

Le quartier d'Ikebukuro. Le grand bâtiment blanc, Seibu, c'est le centre commercial qui chapeaute la gare d'Ikebukuro : des lignes de métros, des lignes de trains JR (Japan Rail) et des lignes régionales qui vont vers le nord de Tôkyô, vers Saitama, le département "banlieue dortoir" de Tôkyô. Un gros noeud entouré de commerces, pachinko, karaoke, restaurants
Deuxième fois de ma vie où je visite Ikebukuro, et toujours la même impression, peut être renforcée par le dorama 池袋西口公園(Ikebukuro, porte ouest du parc). Un côté Saint Michel vers 1980. Assez zone, assez jeune mais pas trop, une foule qui marche. Pas du tout la foule post-adolescente de Shibuya, pas les costards cravate émèchés de Shinjuku. Un gros noeud assez moche, bruyant comme Umeda et Namba, donc. Mais sans l'énergie, la pêche et les couleurs de la capitale du Kansai. Pas de crabe géant qui remue les pattes ni de gros monsieur à lunette qui fait du tambour en guise d'enseignes, pas d'odeurs d'Okonomiyaki, pas de filles bariolées de couleurs avec des chignons sur la têtes... Nous sommes venus ici avec Jun pour aller au "parc de distraction" de Namco. C'est bof bof, même si...
...j'ai bien aimé l'ambiance 戦後(après-guerre) du lieu. On a mangé des gyôza au pays du Gyôza, fait un tour dans une maison hantée... J'ai préféré la vue du Sunshine Tower : on voit tout Tôkyô. L'ascenseur est spectaculaire, on monte au 68ème étage en même pas une minute... environ trente secondes. Et comme on est au Japon, le plafond de l'ascenseur, sitôt les portes fermées, vire au bleu et on entend une musique genre Grand Bleu...
Samedi, nous devrions aller au musée de la Tour Mori, à Roppongi Hills : il y a une exposition sur la fascination artistique réciproque qui lie Tôkyô et Berlin depuis un siècle. Il y a aussi un point de vue tout en haut de la Tour Mori où on peut voir Tôkyô. Je suis un peu triste pour Jun, de lui faire subir des soirées et non des journées. J'espère que vite le soleil se couche plus tard, que nous puissions aussi partager un coucher de soleil sur Tôkyô.
Ce soir, je compte lui préparer un repas français. Je dois faire les courses, et puis j'ai aussi un peu envie de me promener.
Je n'ai aucune idée de ce que je vais faire à manger. Je n'ai même pas de four. Car au Japon, on ne "connait pas" les fours...

Samedi dernier, vingt deux heures, nous descendons un escalator, je lui explique que ça me fait bizarre, une ville où on passe son temps sous les lumières artificielles, de centres commerciaux en métros, de métros en bureaux... Ca le fait rire, il me dit なるほどね/bien sûr... Il comprend un peu, il est venu en France une fois... Ah, voir le ciel, les arbres, manger dans un restaurant avec vue sur la rue sans Richard Clayderman en fond sonore...
De Tôkyô, philosophe,
Suppaiku

jeudi 2 mars 2006

En passant par Roppongi

(N'oubliez pas : en cliquant sur les photos, vous avez la photo agrandie)


De Roppongi Hills, la Tour de Tôkyô

Deuxième jour de week end. Il fait frais et depuis une heure il pleut. Hier, c'était repos, et ce fut le même temps. Toujours la même sensation de pré-angine depuis hier après midi. Cela étant, je sens la différence avec il y a un an : il y a un an, j'aurais eu la fièvre du siècle et la total rhino... Là, comme avant... 37,2 ce matin, hier soir 37.5, la gorge "mâte" si vous voyez ce que je veux dire, un peu faible. Si je ne fais pas de bétise, c'est fini dans trois jours, quoi ! J'ai chopé ça en courant comme un dingue, lundi, pour aller au travail... J'ai transpiré comme un fou ! J'aurai du en arrivant boire un truc chaud et prendre un cachet d'Ibuprofène. L'un pour réhydrater, l'autre pour aider à rétablir la température du corp... Bon, pas grave...
Je ne vous ai pas raconté le coup du ticket ?! Mardi, on me demande de donner un ticket de transport pour justifier du prix et être remboursé. Le travail fini, je vais à la station Yûrakuchô, celle où j'arrive tous les jours pour aller à travailler à Ginza (en fait, c'est la station de train Ginza sur la Yamanote). Je vais voir le guichetier, je lui explique tant bien que mal, il va demander. Non, ce n'est pas possible qu'il me donne un justificatif. Je lui demande, alors, si j'achète un ticket , je le poinçonne ? Non, il ne peut pas, il est "totalement et aboluement désolé", son visage porte la marque de la sincérité qui correspond à l'expression de politesse employé : je suis écrasé par tant de sollicitude impuissante à mon égart : je le remercie de son aide, il s'excuse encore en me suggérant de demander le justificatif à ma station. Je lui explique que j'ai besoin de ce justificatif ce soir même. Il remet une couche d'excuse et m'explique que c'est vraiment difficile. Je le quitte en le remerciant du mieux que je peux. Que faire ? Me vient alors une idée que je n'aurais jamais eu en France. Tant de politesse fini par vous écraser tant et si bien que d'un seul coup la lumière jaillit et on "ganbaru" alors de toutes ses forces : je vais vaincre ! J'achète d'abord mon SUICA (le Navigo du Japon) pour le mois à venir. A noter que les Japonais sont pas bètes : quitte à faire un Navigo, ils l'ont également doté de la fonction de porte monnaie électronique ! Puis, ceci fait j'achète un billet pour... Iidabashi, et voilà que je prends le train pour un aller retour éclair destiné à remettre ce soir même mon ticket de train ! Je suis revenu une heure plus tard au travail, j'ai donné mon ticket, et je suis reparti. Ouf !
Hier soir, j'ai retrouvé Jun, nous avons mangé rapidement un ramen à côté de chez moi puis on a pasé trois heures ensembles. Il habite Chiba-ken, à Matsudo. Il est reparti vers minuit, je l'ai raccompagné à son train. En rentrant je me suis acheté un gateau au fromage blanc, somme tout à l'heure. Quand je suis patraque, je mange sucré.
Ce matin, levé à 9h30, je me suis préparé express car j'avais décidé d'aller enfin me faire faire ma carte consulaire. Vite, je file à Hiroô. Quartier tranquille. Je cours à l'ambassade. Un calme, à l'intérieur... Je ressors ver 12h10, ce fut rapide. Je me suis balladé dans le quartier Azabu et en deux heures j'avais le choix entre Shibuya et Roppongi.


Va pour Roppongi ! Ici, la célèbre Tour Mori


Roppongi a mauvaise presse sur le Forum du Japon.org. Moi-même, il y a trois ans, alors que je venais de Ginza à vélo, me dirigeant vers Shibuya en passant au sud du Palais Impérial (Ginza, Shinbashi, Hibya, Roppongi, Shibuya), pédalant à en perdre mon souffle dans la grande montée qui y conduit quand on suis la bretelle autoroutière, j'avais découvert ce quartier bruyant comme les autres mais qui prit l'emprunte indélébile d'un couple improbable composé d'un homme de 50 balais, occidental, gros, tenant la main d'une Japonaise d'à peine 18 ans... Je savais que Roppongi était très occidental, mon imagination le mit au niveau de Pataya ! Je passais mon chemin pour ne plus jamais y remettre les pieds.
Ce qui est crétin de ma part. Et comme j'ai décidé de ne plus être crétin, je me suis décidé à aller jeter un coup d'oeil de jour à ce quartier qui a avant tout la réputation d'être le plus cosmopolite de Tôkyô.


La bretelle autoroutière déchire la paysage sans pour autant en casser l'unité. On voit ici un écran de télé qui trône sur une agence Citibank. De l'autre côté, une immence agence Vodafone. Bienvenue à Gainérica Land

Tout d'abord, Roppongi, ça ne veut rien dire, comme tous les quartiers au Japon. Seul le caractère "cosmopolite" peut être, donne son unité à un quartier qui pour ma part me semble être avant tout un quartier en profonde restructuration. La Tour Mori, du côté de Roppongi Hill, organise autours d'elle un immense centre commercial, un musée ainsi que le siège de Asahi Télévision (où je suis allé voir la boutique et où j'ai pu feuilleter les ouvrage du grand professeur Ueda, notamment son très controversé "Why don't you do your best"... Je regrette que Yamada Naoko n'ai pas elle même développé ses propres talents en écrivant, par exemple, un ouvrage de cuisine destiné à remplir les ventres vides... Private message pour les fans de Trick 1, 2 et 3 ainsi que du special de novembre dernier). Il y a également un jardin "traditionnel" qui m'a conduit à cette étrange réflexion : le calme de Kyôto me manque... photo en fin de post


De l'autre côté de la bretelle autoroutière

C'est par là que sont les "marques" : Christian Lacroix, Yoji Yamamoto, Louis Vuiton... Ca doit grouiller de monde le soir. Il y a des restaurants de pris intermédiaires. Il y a des touristes. Mais l'endroit est comme coupé du reste du quartier. C'est une plateforme où il faut monter, c'est très futuriste, une sorte de mini La Défense dans un quartier pavillonnaire plus ancien voire parfois un peu délabré. Plus loin, dans Azabu, c'est presque une ambiance de banlieue dortoir, 住宅地/jûtakuchi, comme on dit ici.
Je quitte Roppongi Hills et me dirige donc vers "la bête", j'ai nommé Roppongi itself.
C'est difficile de juger un quartier japonais de jour, pour tout dire. Cela étant, si Shinjuku ne cesse de me faire penser à la Place Clichy -avec des guillemets surgraissées-, si Shibuya pourrait être un mix des Halles et de Saint Michel, Roppongi me laisse pantois. Ebisu, non loin de là, est beaucoup plus peiplé à 3 heures de l'après midi que Roppongi. Shibuya et Shinjuku, je ne vous raconte même pas...


Ambiguité de Roppongi : j'y cherche ce que personne n'y cherche, une ville, un boulevard, une articulation, et voilà que je trouve cette artère délicieuse qui le soir doit être agréable à traverser, main dans la main

Roppongi, dans l'après midi, ce sont des Américains dans des MacDo, des Américains dans des Starbucks, des Américains rabateurs de pizzéria... Ici, je suis enfin le bienvenue. Roppongi, l'après-midi, c'est un quartier sans paillette et délabrée, un peu comme une pute d'un certain âge qui vient juste de se lever, la tête dans le choux de nuit précédentes. Les passants ont la trentaine et sont défraichis à l'image des immeubles que je vois. De petites rues adjacentes avec des immeubles de deux étages et partout ce qui doit être des bars quand vient la nuit. Un immense Don Quichotte, ces magasins d'articles importés du monde entier et moins cher qu'ailleurs. Dans le 100Yen Shop, on parle anglais. Au Carrefour, de toute façon, Citibank et Vodafone annoncent la couleur. On construit aussi un immense complexe de 3 tours dont une est très haute, la Tokyo Midtown, si je ne me trompe pas. Ce quartier a du finalement être investi de toute part pour son ouverture à une époque, et le voilà qui se prépare à une transformation radicale à la japonaise... C'est que le Midtown pourra bien à lui seul accueillir ses centaines de boutiques...


Quai de métro, une publicité. Bientôt, Osaka à une heure de Tôkyô, soit 550 km/h... Voici venue l'ère du train à sustention magnétique...


J'ai quitté Roppongi sceptique : je doit y revenir un soir pour voir, quand les lumières sont allumées, quand le fard est mis, quand la vieille pute s'est maquillée, qu'elle a remonté ses seins et qu'elle fait son show pour le portefeuille du Ricain qui sait pas causer mais qui boit bien et qui demande que ça. Je serais curieux de savoir si les gamins de Shibuya descendent jusque là... Je connais encore bien mal Tôkyô. Mais bon, à vue de nez, Shinjuku continue de me plaire et j'aime bien le labyrinthe de Shibuya.
Le métro jusque Shinjuku. Je suis allé manger dans une petite gargotte où j'avais été avec Maruchan l'été dernier. Ce n'était pas prémédité, je me dirigeais vers un restau de curry, mais en passant, la patronne retournait ses sobas sur la plaque... pas pu résister ! Moi, les yakisobas, je ne peux pas résister, je suis rentré, le restau était plein, je me suis assis, et j'ai pris également des gyôza. J'en ai eu pour JPY700, ce qui fait du EUR 5 !


Je vous écris allongé, bien au chaud dans mon lit. Comme je vous l'ai dit, j'ai repensé à Kyôto en voyant ce jardin... Il ya de beaux jardins à Tôkyô, aussi. Il va être bientôt temps de commencer à faire du tourisme à Tôkyô. Derrière chez moi, il y a le ishigawakôrakuen, pas très loin Yoyogigoen, et puis pas très loin non plus Meiji Jingu. J'ai des horaires idéals pour me promener.

De Tôkyô, bien au chaud,
Suppaiku

mercredi 1 mars 2006

"Week-end" de mercredi/jeudi pluvieux

Temps un peu frais mais surtout pluvieux sur Tôkyô. Quelques améliorations en vue, surtout du côté des températures. Je pense qu'aujourd'hui est la pire journée à venir : on m'avait mis en garde : février est froid à Tôkyô. C'est pas grave, ce peut être un moment pour me reposer et penser un peu à moi. C'est bien, penser à soi, vous ne trouvez pas?
J'ai envie de ne rien faire. Hier soir, j'ai envoyé un long mail des mes amis Freddie, Nicolas, Alain, Atomicdog et Tarikavalli. A Tarika qui se plaignait la semaine dernière de ne pas recevoir trop de mes nouvelles j'avais déjà écrit très longuement. J'apprends à vivre avec la distance qui me sépare d'eux. Aucun manque : un mois (nous sommes en mars), c'est si vite passé, et il me sont arrivés déjà tant de nouvelles choses... Imaginez un peu, dans ma tête, c'est en même temps comme si j'avais quitté la France hier et comme si j'étais ici depuis des siècles... Il y a 3 semaines, je finissais de vider mon studio, mon frère passait à la maison et je filais chez Atomicdog car déjà je n'habitais plus à Bonne Nouvelle. Il y a eu le lundi, il y eu le mardi. Roissy avec Alain, Nicolas et Atomicdog. Je n'ai pu revoir Tarika, alors en déplacement en Allemagne, mais j'ai pu revoir Freddie une dernière fois le lundi après-midi et le soir je retrouvais Carlos et TB à qui je remettais mon stock gigantesque de doramas... Comme le temps passe...
Je suis arrivé à Tôkyô le 8, ça a été 12 jours de vacances, il y a eu ma "rentrée", c'était il y a 10 jours... Waouw... Je sens que déjà je m'emmèle dans les dates, j'ai envie d'écrire que je suis arrivé le 3 ! D'ailleurs, j'ai déjà failli écrire "3 octobre"... Un peu comme si j'étais ici comme dans une suite de ce long séjour à Kyôto il y a un an et demi... Il y a peut être de ça, ou alors ne fais-je finalement que commencer l'entrée dans une nouvelle étape à la fin de mon travail chez BNP Paribas... ? Un peu des deux, certainement.

Nagata Hisayasu s'excuse hier devant les journalistes. J'ai cru comprendre qu'il serait en fait désormais hospitalisé pour dépression nerveuse... photo Asahi Shinbun


Le Japon... Tout d'abord, je ne peux qu'être énervé par les derniers évènements politiques. L'autre tétard de Nagata Hisayasu du Minshuto qui accuse Tanaka de corruption active avec un mail bidon, franchement, ça frise la crétinerie à un point... ou alors, il y a vraiment eu un mail compromettant, mais des pressions habiles ont conduit Takeda à se dédire finalement, auquel cas c'est tout aussi crétin car il aurait du immédiatement livrer les noms compromis par le mail... Ridicule. En 2 mois, le Jiminto, parti au pouvoir, est plus ou moins impliqué dans deux scandales majeurs, fondamentaux, l'un pour des permis de construire peu scrupuleux en matière de norme anti-sismiques et l'autre surtout (Livedoor) qui a touché le patron montré en exemple par ledit Jiminto durant la dernière campagne... et c'est le Minshuto qui se retrouve dans le box des accusés ! Mon père avait le même jugement que Mitterrand au sujet des socialistes : ce sont des crétins !!!
L'affaire : il y a 15, en pleine assemblée, Nagata exhibe un mail "prouvant" que le Jiminto avait reçu 300 millions de Yen de Takafumi Horie, ancien PDG de la société Livedoor aujourd'hui en prison pour escroquerie, falsification de bilan et création de sociétés fictives dans le but de manipuler les cours de bourse. A noter que la révélation à la presse du scandale Livedood a fait s'écrouler la bourse japonaise il y a un mois tant le scandale est important et implique de personnalités.
les excuses : humiliant... photo Mainichi yomiuri shinbun

Des crétins finis !!! Mais quelle idée, aller foutre le bordel au sujet d'un mail, accuser la droite de corruption généraliser, bradir un mail dans l'hémicycle pour finir lamentablement la semaine d'après par s'excuser en direct, à la japonaise bien sûr, devant les caméras de télévision. Des nuls ! Ca me révolte vraiment : soit il y avait preuve et il fallait les donner de suite avant de recevoir, par exemple, un courrier blindé de photos obsènes (spécialité de la vie politique et économique nippone); soit franchement, il faut excuser le "pauvre" Nagata et le renvoyer dans sa province cultiver les bonzai... Le pire est que maintenant non seulement le Minshuto s'est excusé, mais en plus cela ne satisfait pas la droite ! Ces gens qui autorisent dans le grand Tôkyô que l'on puisse construire des immeubles de 15 étages dont le mètre cube de béton pèse le tiers du poids nécessaire pour résister à un tremblement de terre de force 7.5, qui ont batit au cours des 50 dernières années des alliances connues et avérées avec le grand banditisme, qui vénèrent des criminels de guerre de classe A condamnés au tribunal de Tôkyô en 1946, ces gens qui ont lors de la dernière campagne électorale montré en exemple un gars qui a créé des sociétés écrans qui géraient d'autres sociétés écrans pour racheter les titres que d'autres sociétés écrans se vendaient les unes les autres afin de faire monter les cours et empocher les différences à chaque fois, ces gens en veulent plus du Minshuto. Sont pas bêtes au Jiminto ! Il leur faut des têtes. Je trouve remarquable le silence de Naoto Kan à ce sujet. Naoto Kan est le créateur/ fondateur du Minshuto. Il a été évincé il y a 6 mois par les jeunes loups du parti, menés par Maehara Seiji, que je classerais "centre-centre gauche" si vous voyez ce que je veux dire. Naoto Kan vient de la gauche syndicale, je le rangerais donc lui dans la famille du travaillisme, c'est à dire des gens issus des associations, des syndicats et qui viennent à la politique pour faire avancer leurs revendications. Il a été ministre de la santé, apprécié pour sa gestion du problème su sang contaminé (eh oui, au Japon aussi...), quand la gauche a dirigé le Japon en grande coalition vers 1995. La droite l'a dégommé en prouvant que quand il était ministre, il ne s'est pas acquité de ses cotisations sociales. Malgré le fait que la presse ait révélé alors que 80% des politiques Japonais ne paient pas leurs cotisations, que Kan était peut être le plus vertueux, 9 mois seulement quand d'autres affichaient des années et des années, Kan a démissionné de son poste de leader du Minshuto arguant qu'il ignorait ne pas avoir payé ses cotisations mais qu'il en tirait les conséquences. Chapeau bas. Koizumi a sacrifié pour la forme un de ses ministres "mauvais payeurs" qu'il s'est empressé de recaser ailleurs par la suite...
Nagata s'excuse. Au premier plan, Maehara Seiji. Photo Kyodo news

Oui, donc je suis admiratif devant le flegme de Naoto Kan. Il a je pense bien compris que si la droite a la peau de Nagata ET de l'actuel chef Maehara, le parti va se déchirer pour la succession entre tendances rivales et ce sera la fin de ce parti qui est une fusion récente de 7 organisations différentes et que les déboires électoraux récents n'empêchent pas d'être une formation montante qui menace vraiment la droite japonaise. Je pense que, comme moi, Naoto Kan doit être révolté par cette histoire de mail à 2 balles... Mais qu'il faut faire le dos rond, attendre que ça se passe, surtout ne pas dégommer Maehara Seiji. Un leader affaibli vaut mieux que pas de leader du tout... Révolté !

Bon, je vous laisse à vos volailles grippées et je passe à autre chose.
De Tôkyô,
Suppaiku