J'ai ouvert la fenêtre, il fait beau sur Tôkyô. J'ai ouvert la fenêtre et un léger vent chaud rentre dans ma chambre, fait sonner la petite clochette achetée au début du mois à Kamakura. Kamakura... il y a si longtemps, déjà. Comme le temps passe vite. J'ai recommencé à vivre, loin de ce travail sans intérêt à Paris. Et avec le beau temps, ce sont des impressions agréables, des souvenirs anciens et comme à venir qui me visitent. Je suis bien.
Je suis content des ces quelques commentaires sur Taxi-girl, Daniel Darc. Darc, vers 88/89 je le croisais dans mon quartier, Strasbourg Saint Denis, une ombre portant une veste de treillis, rasé. (Pour Pierre : non, ton message n'étais pas déplacé, j'y réfléchis, mais je t'évite le spam sur ton mobile...). J'ai beaucoup aimé Taxi-girl, mais vraiment, plus que Darc, c'est le clavier de Sinclair que j'aimais et qui donnait ce son si différent.
Jacno, j'admets que French paradoxe n'est pas un grand disque, mais je ne pense pas que l'ambition de Jacno soit de faire de la grande musique. J'aime Jacno car il ne raconte rien, comme Françoise Hardy. Ca repose...
J'ai quitté le travail hier à 17h40, il faisait encore jour, il faisait clair, il faisait beau, sur Ginza. J'aime bien mes élèves.
Et je me suis dis que je devrais donc écrire le その2 des préjugés et "on dit" sur le Japon.
Ce que je n'aime pas, c'est ici cette obstination à défendre des habitudes, des préjugés comme autant de vérités intangibles. Je regrette finalement de ne pas avoir tenu tête à Toshiko l'an dernier concernant l'expression "avant le Japon" qui l'avait tant froissée. Oui, il fut un temps d'avant le Japon, d'avant la conscience d'être un peuple : la multiplicité des croyances et divinités, des dialectes appuie totalement cela. Défendre un "Japon conscient en soi d'être Japon" est une stupidité bâtie par 150 années de modernisation dans le nationalisme. Tout comme les Français de l'Ancienne France, les Japonais de l'Ancien Japon ne se souciaient guère de leur unité. Ils cultivaient leur riz, vivaient un quotidien de proximité. Leur vague idée d'un ensemble remonterait aux guerres qui ravagèrent le pays du 11ème au 16ème siècle, brassant langue et population. Mais auparavant, qu'était-ce, le "Japon"... Il y avait une Île, des peuples aux usages variés forgeant une histoire commune et un destin commun, le Japon. Des guerres, des inimitiés et de tout cela, un imaginaire qui progressivement devint commun. Mais je doute que le Japon de Jômon ait conçu l'idée de Japon... Le Régime actuel a bâtit une histoire "bouillie" qui veut que de tout temps il y eut le Japon.
Si je dépasse mon exaspération, je constate toutefois que les Japonais perpétuent de manière "actualisée" des gestes et des habitudes anciennes, que, finalement, la modernisation, en modifiant l'apparence des choses et des gestes n'en a pas pour autant changé l'essence, et qu'ainsi les Japonais restent terriblement Japonais. Ca, ça me ravit. J'imagine la tête des Chinois cultivés qui, parcourant l'archipel il y a 1,500 ans, ne devaient pas manquer d'être surpris par la façon dont ce peuple assimilait les signes de leur antique civilisation...
Les occidentaux associent le Japon à l'idée d'épure et de silence, à l'idée qu'ils se font du "zen". Les Occidentaux sont des crétins ! Le Japon au contraire cultive le bruit, l'odeur et la sensualité à des fins publicitaires comme l'Europe l'interdirait sans même un débat. Les choux à la crème et leur odeur de beurre que l'on sent à 100 mètres à la ronde : publicité. Les hauts parleurs, les machines qui causent, le train qui cause, les pubs qui coupent les programmes, les mouchoirs avec des publicités... Ici, tout est publicité, et c'est dans un bruit phénoménal que la publicité s'exprime. A y regarder de plus prêt, quand on s'approche d'une des nombreuses estampes représentant Edo, on s'apperçoit que déjà la capitale avait les mêmes habitudes. Quel bruit devait faire Yoshihara, le "Shinjuku" d'il y a 200 ans, avec ses bordels, ses Izakaya et toutes ces racolleuses...! Dans le roman Sur la route du Tôkaidô, Jippensha Ikkyu décrit comment les filles des baraques de thé alpagaient le client qui, pour finir et n'y résistant plus, rentrait et dégustait un thé infecte et cher servi par une matronne peu appétissante ! Les filles agrippaient le client, lui vantaient les mérites de la maison. Je peux sans trop me tromper imaginer la petite voix de fillette qu'elles prenaient dans cet exercice, la même voix de fillette qu'elles prennent aujourd'hui encore quand elles vous servent dans les magasins et vous proposent de rajouter le "choco cro" à votre café pour 100 y de plus, "yoroshii deshou ka"... Ca n'a pas changé...
Et ces janizu, ces garçons fluets que l'on voit partout, androgynes nippons qui font rêver les femmes et certainement saliver plus d'un homme... Ne les retrouve t'on pas non plus sur maintes estampes, acteurs de Kabuki alors célèbres, à une époque où le divertissement n'avait pas encore inventé la "J-Pop"... ? Que l'on lise un livre de Saikaku et on s'apperçoit que les acteurs de naguère étaient adulés comme le sont les acteurs/chanteurs d'aujourd'hui, et que leur beauté reposaient elle aussi sur l'ambiguité de leur allure, que leurs vêtement inspiraient tout autant les jeunes hommes de l'ancien temps. Il fallut interdir le kabuki aux jeunes acteurs... mais aujourd'hui les femmes se précipitent aux concerts ou dans les bars de Hosts remplis de copies des jeunes vedettes... Oui, peut être, ce qui a changé, c'est qu'aujourd'hui, les femmes aussi, expriment leurs désirs... Hotesses et Hotes du Japon d'aujourd'hui véhiculent un imaginaire qui à moi, me permet d'imaginer ce qui se cache dans les estampes représentant des "courtisanes". Jeunesse et beauté "standardisée" : aujourd'hui encore, les hostes et les hostesses se ressemblent fortement (à grand renfort de chirurgie esthétique). Et la jeunesse n'est pas en reste pour copier ces figures de mode d'un genre très particulier. Japonais.
De toute façon, en dehors de ces critères, la mode et le beau sont considérés ici comme "occidentaux" : les mannequins doivent avoir le type "caucasien" : blanc, chatain et généralement un peu gringalet anorexique, jeune bien entendu. Bref différent mais au corp identique... Qui sait si des gravures du temps de Heian ne véhiculaient elles pas de semblables images des Chinois, alors considérés comme les modèles du beau...
J'aime, en tout cas, cette façon de s'approprier l'apparence de l'occident mais pour continuer à vivre la permanence du Japon, de ses quartiers de plaisir et d'amusement. Quand je regarde des estampes, je ne peux plus m'empêcher de transposer au temps présent, d'y voir bien peu de changement. Et tous ces gars et toutes ces filles qui font rêver les puceaux et les pucelles d'occident avec leurs looks "trop" (tiens, ça me fait penser, j'ai vu une pub avec Kusanagi le chanteur de Smap, il disait うまく過ぎ/umakusugi... trop bon !) me font finalement bien rire de les voire babas devant ces destinées éphémères si bien racontées hier dans le kabuki et aujourd'hui dans les mangas et dorama ... Mais pourquoi donc ne s'habillent-ils pas en putes et en gigolos ?
Bon, allez, je vous laisse... Ce pays est fascinant quand on le laisse se vivre et qu'on n'en attend rien. Ils veulent faire alors façon, alors soit, qu'ils le fassent. Contentons nous d'y voir comme une ultime possibilité d'exister malgré le rouleau compresseur des modes de vie standardisés.
Edo n'est plus, mais ses petits métiers et ses caractères sont toujours là. Ouf...
Les Japonais sont des êtres terriblement attachants...
De Tôkyô,
au soleil
Suppaiku
mercredi 31 mai 2006
mardi 30 mai 2006
Du Japon et autre...
promenade jeudi dernier, bronzage dans le centre de Tôkyô, c'est à dire dans les jardins qui bordent le palais impérial vers Ôtemachi. Merveilleux, presque des vacances...J'écoute le dernier disque de Jacno dont un ami (Mulgon Melta) m'a "transmis" un exemplaire. J'ai toujours été un fan de Jacno dont j'aime le minimalisme. J'ai toujours trouvé injuste tout ce batage autours de Mirwaïs quand le disque de Madonna American dream est sorti. Mirwaïs n'était après tout qu'un guitariste parmi d'autres à cette époque. J'ai toujours pensé que, comme pour les Doors avec Ray Manzarek, c'était le clavier qui donnait toute la différence dans Taxi-Girl. Bref, Laurent Sinclair. Envolées lyrique sur Korg MS-20... Toute une époque... Mais Jacno...
ce même jeudi, le matin, alors que je marche dans le Parc de Ueno, exposition de fleurs, arbustes et bonzai. Je vous avoue que celui-ci a retenu toute mon attention malgré la très grande beauté des autres...Dire Jacno, c'est dire Stinky Toys, THE le groupe punk français, entre fin 76 et 78. Deux albums mythique, et une présence dans THE la tournée punk, la seule et unique, celle de 1976/77, autours de THE le producteur seul et unique, Melcom MacLaren, le seul qui a cette époque ait laissé ses groupes accélerer, et toujours accélérer le rythme, et saturer les rythmes et, enfin, sortir d'une quasi décénie de décélération bab et de complication hard-rock... Dans la troupe, les futurs The Clash, The Sex Pistols bien sûr et The Stinky Toys. Une chanteuse, elle aussi mythique désormais, nommée Ellie, Argentine vivant en France et encore étudiante en Arts graphiques comme toute la bande, perchée sur aiguilles rescapées des années 50, jupe plastique... Les garçons, dont le beau Jacno, cheveux courts asymétriques, vestes 60 et chaussures pointues, cravattes fines... Vous pouvez pas comprendre, mais à cette époque, être habillé comme ça, ça attirait forcément des ennuies. Les rockers en perfecto nous traitaient de tantouzes, les baba cool de facho et les disco comprenaient pas, avec leurs costumes près du corp vaguement évasés, leurs cheveux mi-long et les filles avec leurs looks "flou"...
ce jour là, grand soleil, je prends des couleurs et, comme me l'a dit un collègue une fois, bosser à Okinawa, ce doit être mortelement chiant, mais côté soleil et plages... Je suis bien, ici...Dans le punk français, il y eut deux étoiles filantes : les Toys et Métal Urbain, leur strict contraire, au look plus agressif... "crève, salope, ta vie vaut pas 100 balles", hurlait Metal Urbain quand les Toys réclamaient un gateau d'anniversaire... Les Toys ont inspiré Dodo et Ben Radis pour leurs cultissime BD Paris scouille t'il ? paru aux Humanoïdes Associés en 1979.
Un jour, le groupe a splité et... la pop française est re-née avec la formation du duo Ellie et Jacno. Cela étant, leur hit Main dans la main n'a jamais atteind le succès phénoménal de Amoureux solitaires écrit pour la jeune Lio en 80. THE le tube de pop. Vous connaissez tous les mélodies pop de Jacno, du générique de l'émission de Jacky Platine 45 vers 83/85, Losange, à la publicité pour Nesquick, Rectangle. Et avec Ellie, le générique du film de Rohmer Les nuits de la pleine lune en 84... La belle Ellie est partie vers d'autres cieux et, un jour de 86, je regardais la télévision et je vis une jolie fille aux formes généreuses bouger sur des rythmes sauvages, un poisson entre les cuisses, c'était elle, (re)devenue Ellie Medeiros, et ce fut son cultissime succès Toi mon toi. Jacno, lui sombrait dans l'oubli avant qu'elle même, et toute notre génération avec, ne disparaisse, doublée par la vague naissante des revivals, du réchauffé, du grunge... Même les Rita Mitsuko un temps vainqueur de ce match à l'arraché, ne survirent pas à la guerre du golfe et au naufrage définitif des derniers rêves des années 80... Ne restait plus à notre chef d'orchestre, François Mitterrand, à partir et c'en était fait.
samedi soir, 大江戸温泉物語, ôedo onsen monogatari. Une équipe de TV qui passe avec une geisha de l'espace. A peine ai-je le temps de prendre une photo que, et hop, interview ! Rassurez-vous, je n'ai pas été le seul. A mes côté, la geisha de l'espace. Une équipe de TV coréenne, je comprend le bariolage de la fille, "plus vrai que nature". Je trouve ça sympa...Autant vous dire que ces espèces de filles en plateformes noir qui dansaient à la Concorde en 95 sur fond de ballet de rolls sur les Champs Elysées, j'ai pris cela comme le plus gigantesque affront esthétique de toute ma vie... L'énergie des bourges, de la jet set et des "d'la night" est vulgaire.
Notre énergie était enfantine, elle passait par quelques achats aux puces, le ramassage de ce dont les autres ne voulaient plus...
Jacno, le roi des enfants, a continué son chemin avec beaucoup d'innocence. En dehors des modes, il a cultivé son truc à lui, trempé de petites mélodies que la Françoise hardy aurait pu elle même revendiquer sienne. Plus que Daniel Darc (chanteur de Taxi Girl) dont on nous a rabattu les oreilles après que La Star Ac' ait revivalisé Cherchez le garçon. Darc, c'est un échouage dans les abîmes profondes du show biz, la drogue et l'alcool, et puis la divinité du livre appelé "les évangiles" un jour et ce que cette superstition appelle une "révélation". Pour Jacno, une longue traversée du désert, moins spectaculaire, à l'image de sa musique. Un très beau disque très réussi en 2004, French paradoxe, auquel ont participé Miossec, Helena Nogueira (soeur génialissime de Lio et compagne, accessoirement, de Katerine - le chanteur) et une reprise très réussie de Rectangle avec le groupe phare de Bertrand Burgalat AS Dragon.
je trouve cet endroit terriblement poêtique... j'y ressens un truc qui remonte à l'enfance. A mon enfance à Epinay-sur-Seine quand, le dimanche matin m'emmenait voir les "tchou-tchou" comme je les appelais alors, ces grosses locomotives noires à charbon encore en service. On se mettait sur un pont et quel plaisir, les voir passer... Je ressens dans ce quartier de Tôkyô, vers Kanda, Ochanomizu, Nezu, des sensations qui remontent à l'enfance. Une grosse grosse madeleine, en quelque sorte... J'ai toujours regretté être parti, avoir déménagé d'Epinay sans m'en rendre compte, vite, sans prendre le temps de dire au revoir à mes amis...Un nouveau disque cette année, moins bon, je trouve, moins réussi. Mais plus intime, comme si Jacno avait, enfin, quelque chose à nous dire. Il déteste le sport et je suis heureux de constater que nous ayons ce point commun ! Le sport, de toute façon, ce n'est pas très scouille...
Merci Mulgon !
Bon, à part ça, commence à faire chaud, ici, et même presque beau. Chaud, c'est 25° avec nuages. Sans nuages, je devine des pointes... Ils appellent ça le printemps. L'été, c'est après la saisons des pluies. 35°, soleil, humidité. J'adore... mais pour aller au travail je redoute un peu.
Bon, ce n'est pas le tout que ça, faut que je sorte : le travail m'appelle !
De Tôkyô,
Vôtre,
Suppaiku
lundi 29 mai 2006
Les vérités officielles du Japon, その1
Le Japon est un pays où est savamment entretenue l'idée qu'il faut se faire du Japon et de son histoire. Je suis effaré, chez mes élèves, que pourtant j'apprécie, de l'inculture générale au sujet du Japon, son histoire, sa civilisation et sa culture. Je suis sans cesse étonné par l'ignorance du rôle des civilisations voisines dans l'émergence de la civilisation japonaise. Je suis enfin régulièrement agacé par tant de lieux communs savamment distillés ici ou là au sujet d'une supériorité du Japon et de ses habitants, de leur homogénéité et leur profonde originalité. Un séjour au Japon doit à mon avis à tout jamais vacciner d'une quelquonque tentation lepéniste tant on s'apperçoit que le nationalisme érigé en doctrine officielle peut produire de crétinerie.Allons-y :
Les Japonais sont plus propres que les occidentaux.
C'est faux ! Depuis maintenant près de 10 ans, la plupart des Français sont passés à une fréquence de 1 à 2 lavages du corp par jour. Les dents sont lavées régulièrement et le corp désodorisé. Les Français se lavent le matin avant d'aller travailler et prennent parfois un bain le soir pour se laver et se détendre.
Les Japonais sont restés sur leur avance : ils se lavent comme avant, le soir ! Ils prennent un bain, longuement. Ils se contentent de se débarbouiller le matin.
Les Japonais font une mine dégoutée à notre égard car "vous ne prenez pas de bain, vous ne prenez que des douches". Le fait de leur dire, que, "oui, le matin et le soir, je prends une douche" les interpelle toutefois. Le résultat de ce préjugé : il n'est pas rare que les places à côté de moi soient vides. Moi, je trouve cela écoeurant, ne pas se laver le matin...
En revanche, ce qui est vrai, c'est que les Japonais ont une véritable aversion pour la saleté : les toilettes sont propres, les gares, les restaurants sont très propres.
Les Japonais ont le sens du collectif, le respect de l'autre.
C'est faux, c'est exactement le contraire, les Japonais sont égoïste à un point que vous ne pouvez pas imaginer. Dans le métro, chacun attend son tour en file, mais quand les portes s'ouvre, c'est la jungle totale, digne de Paris aux heures de pointe, station Les Halles. Quand ils marchent, ils font des têtes de 4 mètres de long. Ils ne se cèdent pas la place. Une fois, je demandais à un élève s'il cédait sa place. Il m'a dit que non, sans complexes, car il était fatigué et qu'il ne s'asseyait jamais aux places réservées. L'autre élève a acquiescé, moi non plus... Je pousserais même plus loin : je me demande si chaque Japonais aime les autres Japonais. En fait, ce respect de l'autre si apparent et guidé par la politesse, c'est d'abord et surtout, comme chez les Anglais, la délimitation d'un périmètre infranchissable au delà duquel on dérange, avec toutes les marques extérieures du dérangement. Mais à la Japonaise. En silence. Une élève a une voisine qu'elle déteste. Celle-ci a des fleurs dont les pétales tombe chez elle. Elle a donc planté des arbres. La voisine n'est visiblement pas contente car les arbres empiètent désormais sur son jardin. Cette guerre s'est déroulé en silence et connaîtra une suite tout aussi cocasse, avec toutes les formules de politesse d'usage. Je vois cela d'ici :
- vos arbres ont bien poussé.
- oui, c'est vrai, ils s'harmonisent parfaitement avec vos fleurs, aux pétales si délicates...
- oui, c'est vrai... Quel feuillage magnifique et généreux, hein... quelle espèce d'arbre c'est ? Je ne connaissais pas...
- Ce sont des xxx, je les ai choisi car ils aiment la délicatesse de vos xxx dont j'ai tant admirées les pétales... C'est vraiment dommage, je ne peux plus voir vos fleurs, je les regrette tant... elles sont si belles...
- Oh, mais elles ne sont pas aussi belles que vos arbres, oh, vraiment, je vous suis infiniment reconnaissante de me faire profiter de cette variété si rare de feuillus que je ne connaissais pas, je vous offrirais presque mon jardin pour le recouvrir de ces arbres aux feuillage prolifique et abondant...
- Oh, je vous remercie de tant de sollicitude...
etc
Les Japonais sont travailleurs.
Si vous pensez qu'être travailleur consiste à faire bêtement ce que l'on vous demande de faire, alors oui, les Japonais sont extrèmement travailleurs. Mais si vous avez en tête des critères de productivité normaux, alors vous doutez, à juste titre, de l'assertion. Ils rient beaucoup de nos 35 heures, "fainéants, les Français".
Il faudra pourtant qu'ils apprennent bien un jour qu'en France, un cadre, un employé de banque ne passe pas son après midi au café, tous les jours de la semaine. Que les employés Français font en général, tout seul et en 30 secondes ce que les employés Japonais font en 20 minutes, après concertation et mobilisation d'un groupe de 3 à 10 personnes (qui accourent à toute allure car il y va de l'honneur de la société pour bien répondre au téléphone). On le voit ici, c'est très visible, les Japonais ont une productivité extrèmement faible. Cela étant, grace à cela, tout le monde travaille...
Non, au Japon, on obéit. Et avant d'obéir à un chef, on obéit au groupe. On ne part pas en vacances car les autres vont faire la tête, "on a été débordé de travail par ta faute", on fait des heures supplémentaires car tout le monde en fait, etc etc...
Les Japonais sont polis et raffinés.
Pas plus que les autres et souvent moins. Là, pour le coup, la comparaison avec les Français est édifiante. Ils sont méchant les uns envers les autres : comme la "politesse" japonaise veut que chacun soit serviable envers les autres à son travail, la dernière des vendeuses de 100Yen shop se conduira dans restaurant comme une princesse qui râle et exige des excuses si par malheur quelque chose ne lui plaisait pas... Saouls, les Japonais sont érotomanes (les hommes) et vômissent dans la rue.
Les Japon est le pays des avant-garde.
Si vous estimez que l'avenir est à une architecture de légos anti-sismiques tous pareils mais personnalisés (genre Swatch), à des cinémas qui ne passent que des productions holliwoodiennes et Disneyiennes, à des programmes de télévision qui font passer TF1 pour une synthèse parfaitement réussie du CNAM, de la BNF, de l'IRCAM et de ARTE, à des femmes au foyer qui dépensent l'argent de leur mari en produits de marque des grandes multinationales de la marque, à des jeunes qui s'habillent comme dans les magazines où des jeunes montrent comment ils s'habillent, alors oui, le Japon est le pays le plus en avance possible.
Sinon, comme moi, vous penserez que lesdites avant-garde ont bien du mérite à persévérer dans un pays qui ne se soucie d'elles que quand elles ont "réussi" à l'étranger.
Car c'est quand même pas un mince paradoxe : les Japonais ne s'intéressent pas au Japon et un grand nombre d'entre eux se rêvent en une espèce d'Amérique japonisée. Les jeunes, surtout les filles, sont plus gros que leurs parents : ils se gavent de coca, de macdo, de gateaux au beurre. Une élève de 15 ans avec qui j'essayais de parler de Chikamatsu après avoir lu un bref résumé du Cid m'a répondu que les jeunes ne s'intéressaient pas à Chikamatsu, qui était juste bon pour les occidentaux... J'étais baba...
Mais alors, Suppaiku, qu'est-ce que tu fais ici ?
Ben moi, je regarde et j'écoute ce que les Japonais (surtout les jeunes) ne savent plus écouter. Les élites japonaises se sont employé à cultiver l'amnsésie historique et culturelle dans le but de préserver leurs intérêts. A un nationalisme échevelé qui fait qu'il est impossible, avec un Japonais moyen, d'aborder certains sujets, répond un désintérêt total pour ce qui fait, vraiment, le Japon. Ce pouvoir nationaliste a cultivé un pays comme on cultive un jardin - à manger, du vin et du spectacle-, mais sans aucun fondement solide, sans idée de "vivre ensemble". On est Japonais, c'est "comme ça". Mais pas parce qu'ensemble, on fait le Japon. Quand on va trop loin dans certains sujets, c'est le mutisme. J'imagine, dans leur tête, le "mais de quoi il parle, il n'est pas Japonais...". Dans un cours de haut niveau, histoire du français. L'élève savait l'origine latine, grecque, germanique et même celtique du français. Je donne un peu de vocabulaire lié au texte support et on commence une discussion : je me dis que cela peut être intéressant de parler de l'histoire du japonais. Pour lui, on avait toujours parlé japonais... C'est un élève cultivé, pourtant... Je lui dis "lecture on (sonorités venues du chinois), lecture kun (origine du Japon)", il parait étonné, ne comprend pas que, peut être, dans le japonais d'aujourd'hui, il y puisse y avoir tant de vocabulaire venu de Chine (je ne lui ai pas parlé de l'importance de la Corée, là, il ne pouvait visiblement pas concevoir...). Un autre élève a même été étonné quand je lui ai dit qu'il y a moins de 200 ans, ses ancètres ne mangeaient pas de viande...
S'il y a une vraie critique à faire concerant ce parti au pouvoir depuis 54, c'est bien d'avoir produit cela, une acculturation générale de la population.
Mais au hazard des cours, de quelques élèves pourtant sort une intelligence et une culture qui fait oublier toutes les banalités de ces vies sans joie réduite à la consommation et à l'obéissance, au conformisme social et culturel. Apparait des lueurs de cette âme du Japon. Le goût des promenades tranquilles dans le Ginza d'avant la spéculation et des prix chers, la nostalgie de Kyôto et de ses maisons en bois qui inspirent une confiance qu'aucun ne peut m'expliquer, l'amour de formes anciennes de l'intelligence et de la culture, le Kabuki, le rakugo, le sumo ou le shamisen, risés par la majorité mais protégés avec un amour infini teinté de nostalgie par quelques uns...
Comment en vouloir aux Japonais quand chez nous aussi, le grand abêtissement est en marche. Et comment ne pas entendre l'appel désespéré de la culture qui se meurt dans les discours nostalgiques d'un Japon simple et rigolo, qui ne se souciait pas de vouloir rivaliser l'occident mais qui se faisait au jour le jour à travers l'art de ses peintres et de ses conteurs, de ses petits vendeurs et de ses filles de joie joueuses de musique...
Bah, ainsi va le monde...
De Tôkyô,
Suppaiku
Les Japonais sont plus propres que les occidentaux.
C'est faux ! Depuis maintenant près de 10 ans, la plupart des Français sont passés à une fréquence de 1 à 2 lavages du corp par jour. Les dents sont lavées régulièrement et le corp désodorisé. Les Français se lavent le matin avant d'aller travailler et prennent parfois un bain le soir pour se laver et se détendre.
Les Japonais sont restés sur leur avance : ils se lavent comme avant, le soir ! Ils prennent un bain, longuement. Ils se contentent de se débarbouiller le matin.
Les Japonais font une mine dégoutée à notre égard car "vous ne prenez pas de bain, vous ne prenez que des douches". Le fait de leur dire, que, "oui, le matin et le soir, je prends une douche" les interpelle toutefois. Le résultat de ce préjugé : il n'est pas rare que les places à côté de moi soient vides. Moi, je trouve cela écoeurant, ne pas se laver le matin...
En revanche, ce qui est vrai, c'est que les Japonais ont une véritable aversion pour la saleté : les toilettes sont propres, les gares, les restaurants sont très propres.
Les Japonais ont le sens du collectif, le respect de l'autre.
C'est faux, c'est exactement le contraire, les Japonais sont égoïste à un point que vous ne pouvez pas imaginer. Dans le métro, chacun attend son tour en file, mais quand les portes s'ouvre, c'est la jungle totale, digne de Paris aux heures de pointe, station Les Halles. Quand ils marchent, ils font des têtes de 4 mètres de long. Ils ne se cèdent pas la place. Une fois, je demandais à un élève s'il cédait sa place. Il m'a dit que non, sans complexes, car il était fatigué et qu'il ne s'asseyait jamais aux places réservées. L'autre élève a acquiescé, moi non plus... Je pousserais même plus loin : je me demande si chaque Japonais aime les autres Japonais. En fait, ce respect de l'autre si apparent et guidé par la politesse, c'est d'abord et surtout, comme chez les Anglais, la délimitation d'un périmètre infranchissable au delà duquel on dérange, avec toutes les marques extérieures du dérangement. Mais à la Japonaise. En silence. Une élève a une voisine qu'elle déteste. Celle-ci a des fleurs dont les pétales tombe chez elle. Elle a donc planté des arbres. La voisine n'est visiblement pas contente car les arbres empiètent désormais sur son jardin. Cette guerre s'est déroulé en silence et connaîtra une suite tout aussi cocasse, avec toutes les formules de politesse d'usage. Je vois cela d'ici :
- vos arbres ont bien poussé.
- oui, c'est vrai, ils s'harmonisent parfaitement avec vos fleurs, aux pétales si délicates...
- oui, c'est vrai... Quel feuillage magnifique et généreux, hein... quelle espèce d'arbre c'est ? Je ne connaissais pas...
- Ce sont des xxx, je les ai choisi car ils aiment la délicatesse de vos xxx dont j'ai tant admirées les pétales... C'est vraiment dommage, je ne peux plus voir vos fleurs, je les regrette tant... elles sont si belles...
- Oh, mais elles ne sont pas aussi belles que vos arbres, oh, vraiment, je vous suis infiniment reconnaissante de me faire profiter de cette variété si rare de feuillus que je ne connaissais pas, je vous offrirais presque mon jardin pour le recouvrir de ces arbres aux feuillage prolifique et abondant...
- Oh, je vous remercie de tant de sollicitude...
etc
Les Japonais sont travailleurs.
Si vous pensez qu'être travailleur consiste à faire bêtement ce que l'on vous demande de faire, alors oui, les Japonais sont extrèmement travailleurs. Mais si vous avez en tête des critères de productivité normaux, alors vous doutez, à juste titre, de l'assertion. Ils rient beaucoup de nos 35 heures, "fainéants, les Français".
Il faudra pourtant qu'ils apprennent bien un jour qu'en France, un cadre, un employé de banque ne passe pas son après midi au café, tous les jours de la semaine. Que les employés Français font en général, tout seul et en 30 secondes ce que les employés Japonais font en 20 minutes, après concertation et mobilisation d'un groupe de 3 à 10 personnes (qui accourent à toute allure car il y va de l'honneur de la société pour bien répondre au téléphone). On le voit ici, c'est très visible, les Japonais ont une productivité extrèmement faible. Cela étant, grace à cela, tout le monde travaille...
Non, au Japon, on obéit. Et avant d'obéir à un chef, on obéit au groupe. On ne part pas en vacances car les autres vont faire la tête, "on a été débordé de travail par ta faute", on fait des heures supplémentaires car tout le monde en fait, etc etc...
Les Japonais sont polis et raffinés.
Pas plus que les autres et souvent moins. Là, pour le coup, la comparaison avec les Français est édifiante. Ils sont méchant les uns envers les autres : comme la "politesse" japonaise veut que chacun soit serviable envers les autres à son travail, la dernière des vendeuses de 100Yen shop se conduira dans restaurant comme une princesse qui râle et exige des excuses si par malheur quelque chose ne lui plaisait pas... Saouls, les Japonais sont érotomanes (les hommes) et vômissent dans la rue.
Les Japon est le pays des avant-garde.
Si vous estimez que l'avenir est à une architecture de légos anti-sismiques tous pareils mais personnalisés (genre Swatch), à des cinémas qui ne passent que des productions holliwoodiennes et Disneyiennes, à des programmes de télévision qui font passer TF1 pour une synthèse parfaitement réussie du CNAM, de la BNF, de l'IRCAM et de ARTE, à des femmes au foyer qui dépensent l'argent de leur mari en produits de marque des grandes multinationales de la marque, à des jeunes qui s'habillent comme dans les magazines où des jeunes montrent comment ils s'habillent, alors oui, le Japon est le pays le plus en avance possible.
Sinon, comme moi, vous penserez que lesdites avant-garde ont bien du mérite à persévérer dans un pays qui ne se soucie d'elles que quand elles ont "réussi" à l'étranger.
Car c'est quand même pas un mince paradoxe : les Japonais ne s'intéressent pas au Japon et un grand nombre d'entre eux se rêvent en une espèce d'Amérique japonisée. Les jeunes, surtout les filles, sont plus gros que leurs parents : ils se gavent de coca, de macdo, de gateaux au beurre. Une élève de 15 ans avec qui j'essayais de parler de Chikamatsu après avoir lu un bref résumé du Cid m'a répondu que les jeunes ne s'intéressaient pas à Chikamatsu, qui était juste bon pour les occidentaux... J'étais baba...
Mais alors, Suppaiku, qu'est-ce que tu fais ici ?
Ben moi, je regarde et j'écoute ce que les Japonais (surtout les jeunes) ne savent plus écouter. Les élites japonaises se sont employé à cultiver l'amnsésie historique et culturelle dans le but de préserver leurs intérêts. A un nationalisme échevelé qui fait qu'il est impossible, avec un Japonais moyen, d'aborder certains sujets, répond un désintérêt total pour ce qui fait, vraiment, le Japon. Ce pouvoir nationaliste a cultivé un pays comme on cultive un jardin - à manger, du vin et du spectacle-, mais sans aucun fondement solide, sans idée de "vivre ensemble". On est Japonais, c'est "comme ça". Mais pas parce qu'ensemble, on fait le Japon. Quand on va trop loin dans certains sujets, c'est le mutisme. J'imagine, dans leur tête, le "mais de quoi il parle, il n'est pas Japonais...". Dans un cours de haut niveau, histoire du français. L'élève savait l'origine latine, grecque, germanique et même celtique du français. Je donne un peu de vocabulaire lié au texte support et on commence une discussion : je me dis que cela peut être intéressant de parler de l'histoire du japonais. Pour lui, on avait toujours parlé japonais... C'est un élève cultivé, pourtant... Je lui dis "lecture on (sonorités venues du chinois), lecture kun (origine du Japon)", il parait étonné, ne comprend pas que, peut être, dans le japonais d'aujourd'hui, il y puisse y avoir tant de vocabulaire venu de Chine (je ne lui ai pas parlé de l'importance de la Corée, là, il ne pouvait visiblement pas concevoir...). Un autre élève a même été étonné quand je lui ai dit qu'il y a moins de 200 ans, ses ancètres ne mangeaient pas de viande...
S'il y a une vraie critique à faire concerant ce parti au pouvoir depuis 54, c'est bien d'avoir produit cela, une acculturation générale de la population.
Mais au hazard des cours, de quelques élèves pourtant sort une intelligence et une culture qui fait oublier toutes les banalités de ces vies sans joie réduite à la consommation et à l'obéissance, au conformisme social et culturel. Apparait des lueurs de cette âme du Japon. Le goût des promenades tranquilles dans le Ginza d'avant la spéculation et des prix chers, la nostalgie de Kyôto et de ses maisons en bois qui inspirent une confiance qu'aucun ne peut m'expliquer, l'amour de formes anciennes de l'intelligence et de la culture, le Kabuki, le rakugo, le sumo ou le shamisen, risés par la majorité mais protégés avec un amour infini teinté de nostalgie par quelques uns...
Comment en vouloir aux Japonais quand chez nous aussi, le grand abêtissement est en marche. Et comment ne pas entendre l'appel désespéré de la culture qui se meurt dans les discours nostalgiques d'un Japon simple et rigolo, qui ne se souciait pas de vouloir rivaliser l'occident mais qui se faisait au jour le jour à travers l'art de ses peintres et de ses conteurs, de ses petits vendeurs et de ses filles de joie joueuses de musique...
Bah, ainsi va le monde...
De Tôkyô,
Suppaiku
Beau temps sur Tôkyô... jusqu'à quand ?
(Mitsukoshi, mardi dernier. Nouvelle Collection Azurée Estée Lauder. Une 50 de femmes qui se bousculent pour voir une démonstration, peut être aussi devenir celle qui, sur la scène, sera maquillée. Autant qui attendent pour la prochaine. J'imagine les mots du maquilleur, vantant le caractère "vraiment" hydratant de tel crème, le "naturel" et la "profondeur" de tel fond de teint, et toutes ces femmes au foyer, assemblées, qui commentent de "oui, vraiment", "c'est vrai"... La semaine précedente, dans un décors noir, c'était Dior, et la semaine avant c'était L'Oréal, et la semaine avant c'était Chanel, et toujours les mêmes mots, les mêmes qualités, les mêmes commentaires... Finalement, ce qui nous sépare de l'Union Soviétique, c'est juste l'abondance des marques et la multiplicité des appellations. Pour le reste, l'imagination au niveau 0 et la gestion rendue maîtresse de tout, rien ne nous en sépare : il y a au monde 2 fabriquants de produits de beauté qui se partage plus de 80% du marché. Vous achetez du l'Oréal en achetant du Chanel, du Dior, du Estée Lauder... Le décors, les mannequins et les démonstrateurs seuls changent. Même la parfumerie française qui autrefois était si originale est devenue un produit et la majorité des parfums sont désormais d'origine chimique, comme de vulgaires parfums américains... En France, je ne m'en souciais pas. A Ginza, tout cela saute aux yeux !) J'ai fait un cauchemard, cette nuit... normal, faut que je paie mes impôts ! Quelle année terrible, alors... C'est ça, les grands changements dans l'existence. Enfin, va falloir que je bosse plus. C'est chiant financièrement mais cela m'a fait penser à beaucoup de choses importantes qui m'installeront dans le long terme et je suis parvenu à des conclusions très satisfaisantes. J'avais prévu d'en chier jusqu'en juillet, j'en ai à peu près pour un an. Cela étant, mon quotidien à Paris n'aurait guère été plus satisfaisant avec un loyer et les impôts à payer. Donc, je ne me plains pas, et je constate qu'une fois cette "terrible" épreuve" passée, je vivrai ici bien plus confortablement qu'en France. Et finalement, payer mes impôts va m'installer pour longtemps au Japon.
Dans mon rêve, je me retrouvais sur un quai de métro parisien, un quai vide, je voyais les tunnels, les métros passaient. Je ne savais pas pourquoi j'étais là, je ne comprenais pas bien, on m'attendait au travail mais j'étais à Paris, comment faire... ? Je me suis réveillé, il faisait en fait super chaud : ça encourage les rêves de clairvoyance... Je me suis (difficilement) rendormi. Cette fois, je prenais l'avion pour la Corée, je crois, mais une tempête de neige nous arrêtait en chemin. Je ne sais pas pourquoi, je me retrouvais coincé à Paris (l'avion avait fait, finalement demi-tour)... Quand l'avion, enfin, repartait, je protestais pour je ne sais trop quelle raison, et on notait mon nom par dessus celui d'Arielle Dombale (écrit au crayon de papier). Je devais être fichtrement chiant...
J'ai reçu ici l'avis pour mon premier tiers... Je sais qu'il ne faut pas contrarier le fisc qui peut être la pire, comme la plus coulante des administrations. En France, je ne me serais pas inquiété. Ici, tout prend une proportion dingue car je ne suis pas en mon pays, et finalement, mon passeport ne m'appartient pas ! Autant être un grand garçon raisonnable qui fait des heures supplémentaires et donne des cours particuliers ! Ca me fera des souvenirs !
大江戸温泉物語, Ôedo Onsen Monogatari, samedi dernier. J'aime bien, mon copain...Très grand beau temps "à la japonaise" : chaud, un rien humide, nuageux avec des percées de soleil, depuis hier midi. Je devrais profiter d'un beau week end cette semaine.
Samedi soir, Kaikai et moi sommes allés de nouveau au 大江戸温泉物語/Ôedo Onsen Monogatari (le récit des Onsen du Grand Edo). Ambiance vieux Tôkyô/Edo, quartier populaire de distraction, odeurs de nourriture et bien sûr, le bain ! C'est un endroit à visiter sans complexe si vous passez par Tôkyô. Je crois que les touristes y viennent, les étrangers de Tôkyô aussi. On y est arrivé vers 18 heures 30, on y a mangé, bu (enfin, moi tout seul car Kaikai n'est pas très alcool... donc, je me suis contenté d'une bouteille de 50 cl de bière...), on y a refait le parcours dans une petite rivière bourrée de cailloux, ça fait super mal mais, curieusement, ça fait beaucoup de bien après. Et enfin, le bain, ou plutôt les bains de différentes température, 4' de sauna (on est sorti car kaikai ne pouvait plus rester... il n'aime pas mais il voulait m'accompagner... je le soupsonne d'une certaine jalousie...) et aussi, bien sûr, le bain à l'extérieur, très chaud. On en sort reposé, lui le teint rosé et les cheveux au naturel : en effet, je constate à quel point la "beauté" japonaise est une beauté fabriquée, très proche de la conception française d'ancien régime, finalement (la fameuse conception de Descarte qui veut que la nature, le naturel soient des états sauvages, qu'il convient de maîtriser pour en dévoiler toute l'essence, leur vérité profonde, leur vraie nature. Les Japonais en sont toujours là : chirurgie esthétique, crèmpes pour ne pas bronzer du tout, crèmes lissantes pour les cheveux et bien sûr, brûlage au lazer du petit muscle qui leur ferme les yeux dans le but de les agrandir (je le dis et le répète, les Japonais n'ont pas les yeux bridés comme les ainus ou les mongoles, même si bien entendu certains ont les ont). Kaikai ainsi met de la crème pour ne pas bronzer ou en tout cas le moins possible, et il met un gel sur ses cheveux qui en change l'apparence. Au naturel, ses cheveux paraissent moins lisses et plus épais. Plus "Mélanésiens", si vous voyez. Et beaucoup de Japonais ont ces cheveux épais à la limite du crépu. Sacré mélange, que les Japonais...

(il y a une semaine, dans un restaurant Italien. Il porte ma casquette)
Définitivement, sa coupe de cheveux ne lui va pas et je crois que je vais lui suggérer quelques changements. Il a un âge difficile pour un gay, qui plus est un gay Japonais. Il a 28 ans... Je l'ai blagué pour son anniversaire en lui disant qu'il était désormais un "grand" et qu'il aurait bientôt 30 ans. やだ!, qu'il m'a répondu. Il faudra bien qu'il s'y fasse, pourtant. Je lui ai pas dit mais pourtant, ce que j'aime le plus en lui, c'est ce qui dévoile son âge dans son visage. Le côté mignon s'estompe et on voit un visage très calme aux traits fins. Il a une dentition épouvantable comme plus de la moitié des Japonais, il s'efforce de la cacher quand il sourit; je lui tapote la bouche et il sourit alors, et il est très beau, quand il sourit.
Bon, il faut que je parte travailler. Je vous prépare un post pour vous dire mon ras-le-bol du Japon de légende fabriqué par le conservatisme des élites et dont mes élèves me rabattent les oreilles. Le dernier en date, j'explique un truc, l'élève a parfaitement compris mais me dit "c'est normal que je comprenne difficilement, vous êtes occidental et je suis Japonais, nous sommes très différent". J'ai eu l'espace d'une seconde l'envie de renvoyer cet envahisseur différent de 95% des habitants de la planète Terre sur sa planète d'origine... Alors, je lui ai dit qu'il y a exactement la même chose en japonais et je lui ai donné un exemple. Il été baba mais comme je l'ai beaucoup fait parler, qu'il a un peu souffert mais s'en est bien sorti, il a conclu le cours en me disant qu'il était très content, et il s'est incliné devant son sensei (il avait le visage exténué par plus de 20 mn de quasi-monologue où il s'est très peu trompé, mais un sourire...). Bref, faut pas rentrer dans le lard de frond avec leurs idées chauvines, faut accepter leur point de vue mais rappeler que chez eux aussi, il y a quelque chose qui, en étant différent, est très similaire. J'ai remarqué que exprimé comme cela, ils acceptent : les Japonais en effet, ne rêve que d'une seule chose, c'est enfin appartenir à un grand groupe qui dépasse le Japon, ils sentent bien l'impasse de leur isolement. On peut donc leur dire que leur différence est une différence certe mais comme il y en a dans chaque peuple, mais qu'elle répond chaque fois à une préoccupation qui elle, est universelle... Je vous ferais une première liste de ces légendes japonaises qu'ils cultivent et que le parti au pouvoir a lui même bien cultivé. Vous verrez, si vous vous faites une "certaine idée du Japon" sans le connaître, certains de vos rêves partir en fumée.
Mais cette réalité du pays ne le rend que plus proche et, finalement, plus attachant, plus "universel". Et elle m'aide à mieux comprendre ce que, dans la France, j'aime et je n'aime pas.
A plus tard, donc,
De Tôkyô,
Pressé,
Suppaiku
jeudi 18 mai 2006
Content !
Je suis simplement très content ! J'ai téléchargé plein de vieilles chansons années 20, et notamment de Joséphine Baker ou Arletty. J'ai lu une bonne partie d'un roman finlandais très amusant, Petits suicides entre amis de Arto Paasilina.Je suis sorti et j'ai trouvé une carte postale de mon amie Frédérique. Une vue de Saint-Malo. Et c'est vrai que c'est bête, nous n'y sommes jamais allés ensembles...
Vous ne connaissez pas Joséphine Baker ?
CADEAU (cliquer)
... et encore et encore de la pluie...
(Au Pays-Bas, dès 1919/20, le mouvement De Stijl réalise la synthèse de l'abstraction d'avant guerre et de la modernité. Ici, toile du peintre Pietr Mondrian, composition with red, yellow and blue, 1921)J'ai regardé un film très amusant réalisé par Jean Choux en 1930, avec Arletty, Un chien qui rapporte (voir une bande-annonce, ici). Vraiment très amusant... Je retiens cette maxime d'une très grande profondeur, à lire avec l'accent parisien, bien entendu :
- Que voulez-vous, moi, j'suis une sentimentale. D'accord, j'ai l'corp un peu vadrouille mais j'ai l'âme ingénue..."
Cela faisait longtemps que je n'avais vu de film ancien, de ces films à la frontière du muet et du parlant, quand le son n'a pas encore pollué l'image en l'affadissant. Ici, quelle bougeotte : les acteurs ont du souffrir. La caméra coupe les tirades pour changer le cadrage bref, il a fallu refaire, et refaire, et refaire, et couper, découper, redécouper. C'est maladroit, il n'y a pas le "fini" qui viendra plus tard mais quel rythme !
(regardez cette silhouette de 1925. Il y a encore quelques années, elles avaient des corsets, devaient avoir d'opulentes poitrines, portaient de longues robes avec des volants et des jupon... La révolution de la structure qui a commencé dans la peinture puis l'architecture se manifeste désormais jusque dans la mode. En 5 ans, dans tout les domaines, le 20ème siècle est né, avec ses musiques métissées, ses vêtements simples et pratiques où prime le confort, les cheveux courts, l'architecture fonctionnelle et le cinéma sonore. Le surréalisme enfin, a ouvert tous les possibles en matière artistique. Faut il être idiot ou réactionnaire pour qualifier de folles les années les plus vivantes du 20ème siècle...)On sent qu'il y a eu beaucoup d'expérimentation dans les années 20 et que désormais le cinéma rentre dans un nouvel âge où tout sera possible. Gros plan, contre plongées, jeux de miroir : Choux favorise d'abord l'image. Le DVD comprend également un court métrage de 1932 et un merveilleux "reportage" sur la mode réalisé en 1929 : c'est d'autant plus intéressant que 1929 est une rupture très très importante dans la mode : les couturiers qui n'avaient jamais, de 1914 à 1924 puis de manière accélérée, cessé de raccourcir les jupes, simplifié les lignes, coupé les cheveux et libéré le corp entame pour les collection hiver 29/30 un spectaculaire rallongement des jupes d'une trentaine de centimètres et remettent la taille à sa place après l'avoir effacé durant une dizaine d'année. On ne dira jamais à quel point la mode reflète une époque.
(un vent de folie, de rythmes... La "Revue Nègre" de 1925 emporte Paris dans le rythme du Jazz... Joséphine Baker sera résistante dès 1940 et s'engagera dans l'armée de Libération : une grande dame, et pas seulement une chanteuse...)Les années 20 sont une immense folie, un tourbillon d'oubli, un fox-trott amnésique, un charleston final de la modernité triomphante. Il faut être moderne car il faut oublié que la modernité n'a pas emêché la plus fantastqie boucherie de tous les temps, la guerre 1914/1918. Alors on repart comme si rien ne s'était passé mais encore plus vite, plus radical. On est Dada, on est Surréaliste, on envoie tout ballader sans plus aucun respect, c'est pas grave... Les femmes des classes aisées et cultivées s'émancipent et on danse sur des rythmes africains, américains, on adule la jeune Joséphine Baker, symbole d'un métissage frénétique dans la capitale cosmopolite qu'est alors Paris. Le communisme réprésente chez quelques intellectuels l'espoir d'un triomphe total de la création... Le Bauhaus en Allemagne, De Stijl aux Pays Bas et le Salon des Arts Décoratifs remettente en cause 600 ans de design occidental. Un livre qui sent le souffre est brûlé, vilipendé, La Garçonne, manifeste des nouvelles femmes... Le petit reportage de Choux reflètent bien cette insouciance totale, cette insouciance grave.
En ralongeant les robes et en refaisant triompher les lainages gris, les couturiers sont les premiers à annoncer la fin de partie : les krach de Wall Street a bien eu lieu et toute cette époque vient de s'achever... On remet la taille à sa place, on rallonge l'ourlet. Bientôt, la Chanel va réappuyer la taille et faire rallonger les cheveux. Adieu la "folie" (années 20, années folles), il faut redevenir raisonnable, être réaliste. Il faut revenir aux vraies valeurs : en France, ce sera Pétain, en Allemagne le champion toute catégorie de l'anti-cosmopolitisme. Le Bauhaus se saborde en 1933 et tous fuient aux Etats Unis. Et après on dit que la mode est un truc futile... Elle raconte toujours son époque...
Dans le film de Choux, Arletty porte ces nouvelles robes longues et sa taille est à sa place mais il reste quelques traces de folie : ces sourcils brûlés à vie des années 20, et surtout ses seins sans soutien gorge : ça se voit très bien... Ca aussi, c'est les années 20... Les film de Choux est une petite synthèque esthétique, dans le versant populaire, de ce qui a pu se faire. Il n'y a pas la gravité des films des années 30, de l'Atalante par exemple. Comme c'est intéressant, les époques charnières... J'avais aimé Jean de la Lune de Choux, j'aime beaucoup ce Chien qui rapporte...
J'envie des fois celui qui, comme moi, regardera nos traces comme je regarde les traces du passé. Il pensera à notre insouciance face aux catastrophes à venir, guerres, naturelles, dues à la pollution... Il interprètera avec la même nostalgie tel ou tel signe que nous ne pouvons voir ou deviner, mais qui révèlera telle ou telle issue fatidique. Je ne serai plus là, je serai mort mais je l'envie pourtant et je partage sa nostalgie. Je suis toujours extrèmement touché par ces quelques signes d'époques révolues, d'avant les grands boulversements. Ainsi, quand je regarde La règle du jeu, tourné pourtant 9 ans plus tard en 1939, je comprends ce qui s'est passé : tout à changé, et la culture est désormais prète à affronter l'après guerre. Si si, regardez bien ce film. Finie cette obsession du jazz, mais des retransmissions radio, la traversée de l'atlantique, une épreuve redoutable qui nous attend - la chasse, un meurtre qui se prépare-, la nostalgie de l'âge mécanique à jamais perdu. Comme si Renoir avait placé là tous les ingrédients du monde qui se préparait pour après... Plus l'amertume des années 30, ce réalisme sombre des films de Carné, mais un récit complexe et tendu comme Hollywood, peuplé d'exilés Français dès 1940 (Gabin, Duvivier, Renoir, L'Herbier...), va se préparer à en faire...
Vous vous rendez compte, tout ce que je peux mettre dans une simple comédie de boulevard de 1930... On n'aime jamais l'histoire ou le passé par hazard. C'est pour cela que je n'aime guère les critiques d'art, les spécialistes qui limitent leur discours à un aspect purement formel. L'art du passé est un art mort. Araki a raison, la photo est un cadavre. Il faut alors recrééer l'oeuvre pour que quelque chose, à nouveau, se passe. J'aime le cinéma du passé parce que je connais l'avenir du passé, et l'histoire du 20ème siècle connait le tragique comme aucun autre siècle avant-lui. En cela je suis animé par les mêmes sentiments que Du Gars quand il écrit Les Thibault, Proust La recherche ou Sartre Les Chemins... Essayer de mettre à plat, comprendre ce qui n'a pas marché, ce qu'on n'a pas vu venir, et certainement se comprendre soi.
De Tôkyô,
alors qu'il pleut encore et qu'il va se plonger dans la lecture,
Suppaiku (content de s'être inscrit à la bibliothèque de l'Institut Franco-japonais)
mercredi 17 mai 2006
Les marques me lassent...
Ginza, hier soir. Un grand immeuble en travaux qui se pare de "sa" nouvelle façade blanche semi-transparente, Matsuya et Vuitton. Une marque et une marque. Des signes parmi d'autres dans une société mondiale dominée par des signes véhiculant des concepts subliminaux. Derrière la façade "blanche et transparente" évoquant notre monde de la transparence et de la simplicité, la chaleur réconfortante de la création et du bon produit qu'il est nécessaire de connaître et de posséder, si possible avant les autres. La couleur de l'argent, du pouvoir et de la distinction, au 21ème siècle. Le monde des marques.J'ai un élève qui apprend la mode, le design. Il ne veut pas travailler pour une marque, il veut quelque chose de nouveau, fabriquer en petites quantité, son style à lui. Il m'explique que c'est vraiment tout nouveau, comme idée... Comme tous les "comme lui", il "aime Dior". Je le laisse dire. Avant de le quitter, je lui pose une question, il ne sait quoi répondre. Et ma réponse lui fait l'effet d'un coup de poing dans le bide, ça se voit sur sa tête.
- Et monsieur Dior, c'était une marque ?
- Oui...
- Vous êtes sûr ?
- ...
- Non, monsieur Dior n'était pas une marque, c'était un couturier !
- ...
Eh ouis, nous vivons dans l'air des singes, euh, des signes. Cette époque sensée refléter le triomphe de la liberté sur la "dictature de la mode" est l'époque du clonage et du vulgaire. On achète du Chanel comme on va chez Monoprix sans même se souvenir que Chanel était une femme, et qu'avant d'être une marque il s'agissait d'un style. Que le "style Dior" s'opposait violamment au "style Chanel" car derrière ces 2 couturiers s'affirmaient 2 conceptions du vêtements. Mais aussi qu'une folle de Dior en 1948 pouvait très bien décider de vivre son paroxysme baroque du "New Look" avec Jacques Fath, jugeant encore Dior trop timoré quand aux possibilités de la "fleur" et récalcitrante à la "tulipe" ou au "trapèze"... Et que, lassée de ces folies des "haricots-verts" et autres "raz-le-corp", elle ne s'assagisse brutalement dès 1955 en "passant" chez l'ennemi, chez Chanel (qui rouvrait sa maison après 10 d'interruption... tiens tiens... mais pourquoi donc madame Chanel a t'elle fermé en 1944/45... ???? hum hum...), à moins qu'elle ne décide de passer du baroque Fath à l'ultra-montain Balenciaga, à ses lignes évasées mais près du corp et à ses légendaires "lampions"...
C'est paradoxalement le dernier vrai couturier qui a lancé la mode des marques : Yves Saint Laurent ! Il a en effet "repris" les collections chez Dior dès 1957, après le décès du maître. Il rompit cependant rapidement et ouvrit sa maison, en bon couturier (c'est à dire, en artisan). Je suis injuste, il y a encore eu un homme de génie, le dernier, cet architecte qui s'est décidé à reconceptualiser le corp, Yves Courrège. Les Cardin, Rabane et autres ont eu rapidement vendu leur "griffe", ont vendu des sacs, des parfums, des cigarettes, des meubles... ont fait de la marque. Ne restait plus qu'aux Pinault et autres à racheter les étiquettes.
Aujourd'hui, on achète le nom du vêtement, pas le vêtement, mais le prix n'a pas baissé. Au contraire, en s'étendant au domaine du prêt à porter, ce phénomène a fait monter le prix d'objets ordinaires désormais convoités car eux aussi griffés. Un rouge à lèvre chimique testé sur des animaux mais griffé Chanel sera un signe de distinction supérieur à un rouge à lèvre chimique testé sur des animaux griffé L'Oréal, et fera rentrer la caissière de Supermarché dans le monde du rève de la marque. Partager un point commun avec les stars pour le prix d'un baton de rouge à lèvre, c'est pas si cher payé, finalement...
J'aime trop la couture pour aimer ce que Chanel a représenter dans l'histoire de la mode. Je n'aime pas son côté "classique" dès 1920... Son côté élégance discrète. On lui a attribué trop de mérites, à cette collaboratrice. Ce n'est pas elle, mais le génialissime Paul Poiret qui, en 1913, en ultime testament de sa mode orientale, qui libéra la femme, enfin, du corset et de la gaine et déclara ce qui allait devenir la guerre de la hauteur de l'ourlet. Ce n'est pas chez elle que le genoux se découvrit mais chez Madame Lanvin, dès 1925. Madame Chanel n'aimait pas les femmes en pantalon et sa plus grande contribution à l'histoire de la mode est d'avoir, à son retour d'un séjour aux Etats Unis, en 1935, reféminisé le vêtement avec sa mode bergère (manches ballon, taille appuyée).Le Japon est à cet égard la caricature même du phénomène. Les Japonais(es) aiment la marque et se moquent complètement du style (qu'ils réinterprètent, de toute façon, à leur façon) avec encore plus d'évidence qu'en France, mais nous sommes finalement les mêmes. Le style n'a désormais plus du tout de sens, ce qui compte est la marque. Une paire de jean's délavée déchirée MAIS griffée Dolce & Gabana sera considérée comme "cool", et payer 250 EUR ne choquera pas le même acheteur qui, par ailleurs, trouvera exorbitant le montant de ses impôts et des charges sociales ! Au royaume des marques, ce sont les plus cons qui sont les rois. Et comme nous sommes en démocratie, il ne faut pas s'étonner de voir triompher, partout, les mêmes faces de marques, marketingées, bronzées, griffées et publicitées, formatées. On a vraiment de la chance que Le Pen soit vieux, hétérosexuel et flasque. Il aurait 45 ans, serait bronzé et un peu musclé, aurait un côté "métrosexuel" (le p'tit jean taille basse "d'la night" pendant les week end, il y aurait de sérieuses raisons d'avoir franchement très très peur... C'est que pour le coup, ça en serait, de la marque...
Couverture d'un magazine américain, 1945Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, le féministe que je suis lui préfèrera le magnifique Christian Dior. Avoir redessiné complètement le corp féminin au sortir non seulement de la guerre mais aussi de la Shoah relevait du défi, mais aussi d'un sens aigu de la psychologie. Le prêt à porté de diffusion a fait le reste. Imaginez un peu : la mode "bergère" de Chanel a relooké la femme de la fin des années 30 et c'est sur cette ligne que les rationnements ont opéré. Au sortir de la guerre, elles ont l'air fraiches, avec leurs cheveux bouclés mi-long relevés en coque sur le devant, des cerises sur le chapeau, leurs épaules carrées, leur ceinture appuyée et leur jupe raccourcies pour cause de rationnement, leurs chaussettes et leurs semelles compensées en bois et daim... Et encore, je ne vous parle que des élégantes bourgeoises.
La femme du peuple est pareille, en rafistolé.
(Tailleur Bar, de Christian Dior, présenté le 21 janvier 1947, ici photographié en 1957 pour le 10ème anniversaire de la maison... pas une ride)Dior ose la totale : La Femme Fleur. Les féministes américaines sont furax. Plus d'épaules, priorité au buste, souliné par une taille fine, des hanches galbées et des jambes fuselées, longues. L'ourlet est à 30 cm du sol, on voit juste le bas des jambes.
Quand on regarde le saut franchis en une journée, le 21 janvier 1947, c'est incroyable. Ca n'a l'air de rien, mais cette mode des années 40, carrée (et encore, la photo ci-dessus est américaine...), sans réel style, c'était aussi celle des bourgeoises, des films de Capra... Ca fait tellement vieux. Et puis il y a DIOR, ces bourgeoises avec leurs coupes si 30's et leurs fringues si chère et qui d'un seul coup se sentent ringardes, fagotées... Et cette journaliste Américaine de Harper's, qui regarde ce tailleurs Bar, et qui télégraphie à New York, "this collection is such a new look..."... Comme ne pas aimer Christian Dior. Cette taille fine, ce n'est pas une mannequin anorexique ni un corset, ce sont des pince, c'est un vrai travail de couture, c'est un vêtement entièrement structuré, monté. Cette poitrine galbée, ce n'est pas du rajout, c'est la coupe qui fait ça, ce sont les épaulette glisées sous le col qui, en minimisant la taille des épaules, mettent en avant la poitrine en un galbe élégant. D'un coup, Dior a donné une silhouette à une époque, aux années 50. Après, les autres couturiers n'avaient plus qu'à copier, Hitchcock faire ses films et le rock and roll à exister : le vêtement était prêt. Voilà, ça c'est un couturier, ça c'est un artiste. C'est pas de la marque.
(ligne haricot vert, Jacques Fath 1954, photographié par Walde Hude... C'est déjà Barbara...)Malgré le côté "féminin" du vêtement, il a créé la première silhouette de la femme active, qui travaille. Ce n'est pas madame Chanel, qui a inventé "le petit tailleur", c'est Christian Dior. Car bien que la coupe soit sexuée, le vêtement n'est pas contraignant. Et dès sa deuxième collection, il créé de petites vestes droites quasi masculines avec les fameuses jupes droites, bref, le tailleurs féminin moderne, mais avec une classe jusqu'ici mille fois copiées mais jamais inégalée. Car Dior ne s'arrête pas. Il a inventé une ligne et, comme les autres couturiers de son époque, qui tous vont l'adopter, il va la décliner. La collection suivante est "un retour à la sagesse", mais il en remet une couche : l'ourlet est désormais à 27 cm du sol... On ne voit plus quasiment que la cheville. Il rend hommage aux années 1900, avec la mode "poule", immortalisée par de superbes photos de Penn. C'est d'ailleurs intéressant de voir à quel point ET le cinéma ET le photographie ont triomphé à cette époque où le vêtement n'était seulement un style, mais une ligne, ce qu'il n'est définitivement plus.

(Jacques Fath, ligne haricot vert 1954, photo Walde Huth)
Et puis voilà Dior qui rentre dans son âge baroque, lui, l'ami de Braque, Picasso, ... La collection tulipe, la collection trapèze, et puis rectangle, et puis "cet hivers, les femmes ont décidé de revenir à plus de simplicité", décrète t'il... C'est cela, le génie, non ? Se moquer des autres, ne s'écouter que soi et travailler comme un forçonné, inventer : être ce que l'on est, ne rien avoir à prouver. Et il gagne à chaque fois car ce "retour à la simplicité" n'est qu'un jeu, ce ne sont que des vêtements et ce genre de décret se suit toujours avec un certain plaisir... Les femmes copient, Jacques Fath est alors le plus génial couturier New Look et Balenciaga le plus baroque (ah... les lampions...).
Les "marques" ont tué les couturiers. Je ne dis pas créateurs, je ne dis pas stylistes, je ne dis pas modélistes, je ne dis pas super hype machin tendance de mes deux...
Les marques et l'argent ont tué un métier et avec une capacité de l'homme a donner une allure, une idée de son époque. Nous regardons aujourd'hui l'époque sans ligne qui nous reste et je ne peux penser que, finalement, ces débats d'après guerre racontés par Simone de Beauvoir dans Les Mandarins sont bien réel : si la victoire des Etats Unis permet bien de faire vaincre cette liberté si chère à Camus, elle la tue finalement en l'écrasant du poids de la marchandise et de l'argent, tuant par la même occasion toute possibilité d'être artiste. Nos créateurs aujourd'hui enveloppent le présent des habits du présent, des jeans, des chutes de tissus qui ne veulent rien dire mais qui s'achètent, se portent et se copient car ce ne sont, eux même, que des copies de copies de trucs vus, de trucs possibles, envisageables. Bref, des morceaux de choses qui augment la valeur des sociétés propriétaires qui s'échangent les stylistes les unes les autres comme les équipes de football s'échangent les footballeurs. Les plus rebelles, eux, imaginent la création "confidentielle", sans publicité que le snobisme de la rareté, ignorant superbement que concevoir un vêtement de A à Z, ça s'appelle être couturier... Mais dites leurs, "vous êtes couturier", ils vous regarderont avec des yeux de "mais tu m'as vu, espèce d'ignorant, dis moi aussi que je suis un shampouineur, pendant que tu y es..."
Vive les shampouineurs !
(Christian Dior, collection 1947, photographiée en 1947 par Irvin Penn)

De Tôkyô,
Le Vengeur,
Suppaiku
mardi 16 mai 2006
Raz-le bol du gauchisme GAY
(station Iidabashi, 飯田橋駅, le long couloir... publicité pour une collection de bandes-dessinées, 漫画. Des hommes s'aiment, s'embrassent et font l'amour, se disputent et se battent pour un regard déplacé sur un autre homme... les jeunes filles de 15-16 ans adorent... moi-aussi! )Je reçois tous les jours la lettre de TETU. J'aime bien me tenir au courant, c'est mon côté militant gay. Quand j'apprends par exemple que Christian Vaneste en remet une couche, ça me fait rire, par exemple. Les gauchistes gays, eux, sont révoltés ! Moi, je ne vote pas pour monsieur Vaneste ni ses amis, et je pense qu'une majorité d'électeur de ce môssieur pensent comme lui ! Il dit ce que ses électeurs pensent : où est le mal ? Moi, en bon militant (non encarté, mais je milite pour mes idées), je me dis : ben voilà la droite ! Encore une raison de ne pas voter pour elle ! Il dit du mal sur les gays ? C'est lui que ça regarde, nous n'avons qu'à dire du bien de nous et nous amuser de lui, nous n'avons qu'à plus souvent encore et en des quartiers plus reculer nous embrasser et nous tenir par la main. Voilà, c'est tout ! Et quand nous nous faisons casser la figure, nous n'avons juste qu'à demander (en plus de porte plainte bien entendu, après nous être secourus mutuellement si nous étions dans lieu "gay") à ce môssieur
Vaneste ainsi qu'à ses amis de doite s'ils ne se sentent pas co-responsable de la violence qui nous est continuellement faite et qui nous a conduit dans les camps de concentration dans une indifférence et un oubli historique dont nous ne faisons à peine que sortir... et sans l'aide, bien entendu, de ce môssieur Vaneste et de ses amis de droite. Pour le reste, moi, il me fait bien rire, ce môssieur Vaneste. Pas vous ?J'écris cela justement parce que les gays sont en générale :
- incapable de s'aider quand l'un des nôtres se fait casser la figure. Au contraire, en générale, tout le monde s'enfuie et bien sûr, personne n'a rien vu...
- incapables de porte plainte même si heureusement, grâce notamment à l'association SOS Homophobie le silence se romp et quelques gays osent enfin parler, raconter, et, soutenus, porter plainte. Bravo à cette association, au passage.
- incapables de marcher dans la rue avec leur copain à, disons, La Courneuve ou Sarcelles, en se tenant par la main. Moi, j'embrasse Jun dans le métro. A Tôkyô. C'est mon côté avant garde ! Les plus incapables au passage, ce sont les militants, les "gauchistes" de l'Inter LGBT (attention : Inter Lesbiennes, Gays Bi et Tran-genre... rien que ça... J'espère qu'ils n'ont oublié personne). Ah, le Marais, ah, les réunions entre mili-Tantouzes...
Rien que des Tantouzes ! Des Fioques ! Des Connasses ! Des Pédales ! Allez-y portez plainte contre moi : je déteste les Tarlouzes ! Votre pré-carré du Marais, je vous le laisse, c'est votre zoo, moi j'aime la savane et les grands espaces... Votre militance, vous pouvez vous la garder ! Bande de pd et de gouinasses !
Mais qu'est-ce que c'est que ces types ? Pour qui ils se prennent ! Les voilà qui "somment le PS" de clarifier sa position sur le mariage... Mais qu'ils organisent plutôt une manifestation, pour le mariage ! Qu'ils diffusent des tracs, à Sarcelles, à Vitry, à Mantes-la-Joli... Trop facile, taper sur le PS, toujours le PS... Y'en a t'il un qui a demandé de "clarifier sa position" à Joel Besanceneau quand au violences que son "pote Joe Star" s'est rendu coupable vis-à-vis de plusieurs femmes, aux propos phalocrates qu'il a tenu ? Non ! Pourquoi toujours le PS ? Et les autres partis ?
Le grand ballet du gauchisme recommence. On va re-taper sur le PS et on aura Sarkosy au bout : l'Inter GLBT sera bien avancée...
Quand de toute façon on en arrive à s'appeler l'Inter machin-chose, c'est que l'on ne pense pas loin et qu'on agit encore moins. J'en connais, et j'en fait parti, qui sont outés depuis le collège quand c'était interdit d'être gay avant 18 ans, qui ont milité à ACT-UP sans être séropositif quand cette association était une vrai association et non l'espèce de clone que c'est devenu ces 10 dernières années, qui ont été pour le mariage parce que ça va de soi et qui se faisaient traiter de petit bourgeois par ceux là même qui montre désormais tant d'intransigeance.
Je me permet de rappeler qu'un gay au chômage souffre bien plus du chômage que de l'impossibilité de se marier. Et ce n'est pas le rajout d'un "C" pour chômeur et d'un "I" pour immigré pour faire "genre on est solidaire" qui y chngera quelque chose. Il faudra peut être que nos gnômes de la pensée comprennent enfin que le structuralisme n'est qu'un outils et que le système qui en a découlé est la pire catastraophe qui soit arrivé à l'histoire de la démocratie depuis 2,500 ans... Moi, au risque de leur déplaire, je ne fais pas de "lien entre les identités et les revendications". Je pense global. Je ne pense qu'à une seule chose, comme Voltaire, Montesquieu, Platon ou Marx m'ont appris à le faire : qu'est-ce qui limite la liberté des individus. Et j'en arrive à la même conclusion que le barbu : la souffrance sociale. Point. Il n'y a possibilité de réels progrès humains que dans un monde où cette souffrance sociale est en diminution constante. A quoi sert d'obtenir d'un "candidat" aux élections qu'il est pour le mariage si c'est pour se retrouver avec un Sarkosy, un Le Pen, un Haider, un Berlusconi, une Merkel, un Bush... Que nos pseudo militants apprennent donc à militer, et qu'ils aillent donc visiter les fameux "quartiers" qu'ils étudient consciencieusement dans leurs confortables universités. Qu'ils s'occupent donc des gays d'origine Africaine ou Asiatique : il y a là une souffrance réelle, économique, identitaire, humaine collossale. Qu'ils cherchent ces lesbiennes Africaines, Maghrébinnes pour qui la vie se prépare à n'être qu'un viol fomenté par des familles et des voisinages dans l'indifférence généralisée de la société "middle-classe" (toutes "couleurs" confondues, et qui se contente d'en faire des reportages à sensation pour Envoyé Spécial), et avec la complicité de ces fameuses Inter machin bidule qui ne causent que pour la minorité middle classe parisienne (et éventuellement le Groupe Pinault-Printemps qui se dépêchera de faire des listes de mariages comme ils ont fait les listes de PACS...). Le Silence c'est la mort, diasit ACT-UP ! L'inter truc est fichtrement complice... J'ai toujours été pour le mariage et j'ai milité pour le mariage. Je ne changerai pas. Quand nous aurons élu Ségolène, je continuerai de militer pour le mariage, où je suis et comme je peux. L'Inter bande de nases préfère Sarko, ça justifiera ses discours de victime. Ils aiment bien ça. Allez, tous au zoo ! (au passage, ils sont incapable de parler du bareback, du relapse, des 45 back-room parisiennes, etc...)... Je les DE-TESTE !
(hier, Ginza... Qu'est-ce que je suis en forme, en ce moment...)lundi 15 mai 2006
J'écoute (enfin) France-Culture
(lien direct vers France Culture, ici )(samedi, pluie sur Ginza vers 18 heures ou Les parapluies de Ginza)
Matinée ensoleillée. Fond sonore, France-Culture, Les chemins de la connaissance. C'est étrange... Plus j'avance dans mon séjour ici (plus de 3 mois désormais), plus je me rends compte à quel point je suis à ma place ET professionellement, ET géographiquement. Professionellement, imaginez ! Je suis enseignant, j'ai moins de 27 heures de travail (en fait, 34 de 40 minutes, un total hebdomadaire dans l'école de 26 heures 20 hebdo !) réparties essentiellement sur 3 jours (du vendredi au dimanche) et deux demi-journées. C'est violent psychologiquement, mais c'est très peu en temps ! Je vis au Japon, à Tôkyô. Mon temps libre et les décallages horaires me permettent, enfin, d'écouter France-Culture. Vous vous rendez compte ? Quel changement... J'ai encore du mal à m'y faire, pour tout vous dire.
(avez vous vu Café Lumière, le film de Hou Hsou Sien, réalisé en 2004 et commandé par la société Shôchiku, 松竹 en hommage à Ôzu Yasujirô pour le 100ème anniversaire de sa naissance ? Le film tourne autours de la Yamanote et du fantastique réseau ferrovière Tôkyôïte comme si c'était autours de lui que s'organisait la vie, le monde, l'harmonie - c'est d'ailleurs presque la théorie exposée par Asano Tadanobu, 浅野ただのぶ dans le film. Cet endroit est filmé à plusieurs reprises. C'est à mon avis un des endroits les plus fascinants de Tôkyô : avec un peu de chance, on peut parfois y voir sortir des trains de toute part, j'en ai déjà vu 4d'un coup... sur le pont et dans les 2 tunnels... Fascinant... Ôchanomizu,御茶ノ水)Pour certains (les plus nombreux, certainement, et je les comprends totalement), ce qui compte, c'est vivre au Japon. Pour moi, c'est aussi ne plus être face à cet écran stupide, tous les jours durant 7 heures, ces mails qui ne me concernent pas, ne m'intéressent pas... Mes étudiants sont tellement humains, eux... Je fais rire mes collègues quand je dis de tel ou tel étudiant, Oh, il est pas méchant, oh, il est drôle..., mais c'est que je le pense vraiment !
(devant le musée des Transports, dimanche soir. On prend une dernière photo avant fermeture. L'an prochain, rendez vous à Saitama,埼玉市)La vie de bureau est si triste, si répétitive. Alors, cet aspect vivant, quoi que absoluement déstabilisant pas la violence du rythme (ces trois jours non stop, cette promiscuité dans la salle des professeurs), j'aime bien. Enseigner le français, je trouve ça intéressant, d'autant que cela se double d'une demande de civilisation, de "Versailles" en "Tour Eiffel". De Paris. Nous sommes aussi une part de rêve et j'aime particulièrement cette France abstraite, cette France de l'histoire et des grands gestes universels, cette France de l'art et de l'architecture, des grands écrivains et du cinéma d'auteur, de la gastronomie et de la nature fertile, généreuse, abondante de fruits et paysages, de saveurs et d'odeurs. La simple évocation d'un filet d'huile d'olive sur une petite salade de tomate évoque quelque chose de profond chez certains étudiants. A lors je suis heureux d'être ici, je me sens utile et je me donne des raisons de progresser. Peut être dans un an ou deux j'aurai une bonne idée de ce qu'est le Français Langue Étrangère et je pourrai me diplômer, je ne sais pas.
(La devanture du musée du transport public à Akihabara face à la rivière, illuminée. Bientôt la fin. Beaucoup de monde, et moi et moi et moi... Je passais par là, j'ai vu de la lumière...)Je suis content, vous êtes de moins en moins nombreux à lire mon blog. Formidable ! Je me sens plus libre, j'ai moins de pression. Pour tout dire, je suis lassé de "parler du Japon". Je ne désire parler que de ma vie. Des crêpes que je fais de temps en temps, à la bière, les crêpes, et avec du beurre et du lait entier, les crêpes, et avec du Nutella, les crêpes. Ou mes superbes rizottos "à la japonaise", c'est à dire en ajustant le goût par une pointe d'huile de césame, d'ail, de champignon longs et fins dont j'ignore le nom. De mes retours à la maison, à pied, cette foule aglutinée autours du musée du transport public , 交通物間 à Akihabara, 秋葉原 et qui vit ses derniers jours, tous prenant des photos... Ah, incorrigibles Japonais, toujours à aller dans le sens du vent, il faut avoir de la nostalgie pour cet endroit qui ferme, bien-sûr, la TV en parlé... Alors moi aussi, j'ai pris mes photos... C'est si agréable, faire comme tout le monde...
(cette vue m'a toujours plu. Le musée va partir et je devine déjà la suite. Le quartier de Akihabara change très vite, des tours désormais s'y dresse. Il faudra nourrir cette middle class aisée, la faire sortir et, comme vers la gare de Tôkyô, on installera donc à cet effet des restaurants sous la voie ferrée. Les pays sont différents, mais les nouvelles classes moyennes recherchent le même mode de vie fait de musique douce et de lumière tamisée, si possible à côté d'une rivière...)J'en ai marre de parler du Japon parce que j'y vis, en fait, et parce qu'il y a des sites qui font ça très bien. J'ai envie de parler de moi et de ce que je vois, de ce que je mange et de ce que je lis. Je suis sûr que mes fidèles lecteurs préfèreront aussi et que les amoureux du Japon qui ne peuvent y vivre partageront ainsi avec moi mon quotidien... Moi, en tout cas, j'y prendrais plus de plaisir. Na !
Bon, allez, je suis gentil j'ai quand même mis des photos de Tôkyô. C'est normal, c'est ma ville ! Et je ne vous ai toujours pas parlé de l'affaire Clearstream, génial, non ?
Allez, de Tôkyô, avant le razage et avec rien à dire si ce n'est qu'il fait, à peu près, beau,
pressé,
Suppaiku
vendredi 12 mai 2006
Un brin de soleil...

Vous savez quoi, je n'ai pas envie de vous parler du Japon, aujourd'hui... Mon frère m'a envoyé un truc disco ( très mauvais, let's all chant... enfin, comme si ça pouvait être bon...) alors je me suis lancé dans la quète effrénée vers d'autres horizons disco. Remix 00%, que du vrai, et si possible, avec le craquement de surface du vynil, de ces vynils rouge, rose, bleu ou jaune ou encore avec la photo du chanteur... C'est que j'ai été Disco, moâ, môssieur ! Je devais avoir treize ans, ça a été le moyen de me faire un joli paquet cadeau qui me sert toujours :
- m'habiller gratos en piquant les sapes de mon paternel (années 50/60 garanti, tendance Le Kabyle sappeur qui sortait dans les bals... he he he...)
- ne pas penser que mon père venait d'être licencié de son usine et que la grande pauvreté commençait, que désormais, ce serait mon père et ma mère qui, tous deux, seraient dépressifs... !
- de commencer à penser à mon corp et à ma sexualité, si si...
- de me doter de mon imaginaire à moi !
Bref, ce fut ma crise à moi. J'en suis sorti trois ans plus tard gauchiste, rocker ET gay outé dans tout le lycée. Fallait le faire, pour un fils de prolétaire immigré, complètement inhibé pendant tant d'années, sans réels amis. Ma meilleurs amie (mes amis ne m'en voudront pas que je range Frédérique dans la case "meilleur amie", cela fait 28 ans qu'on se connait), je l'ai rencontré cette année là. Ma Disco attitude lui sortait par les trous de nez ! Peut être elle avait raison, mais je crois surtout que nous conviendrions aujourd'hui qu'on était tous les deux un peu con... On a le droit d'être con, à cet âge, ce n'est qu'une question de vêtements, de copain et de copine. Plus tard, ce sont des questions d'enfants à garder ou de bombes atomiques : c'est beaucoup plus embêtant...
J'étais Disco. Cette année là, le 31 décembre, comme mes parents ne fêtaient pas (pas de sous, plus d'amis, etc... la coquille qui s'est fermée, allez oust, y'a rien à voir), j'ai regardé la TV. Ce soir là, Mourousi présentait la soirée de Nouvelle Année. Une discothèque immense, des lasers, des gens en tenues paillettes, des gens "déguisés", et de la musique Disco... A 13/14 ans on est facilement impressionable et pour le coup je le fus, impressionné. Je n'étais plus dans cet appartement que la tristesse tous les jours grignotait un peu plus, non, j'étais au Palace ! Un Palace en noir et blanc, mais que mon imagination nourrissait des couleurs apperçues dans les magazines... Une amie d'enfance, Zozo, y allait, au Palace. Nous n'en avons parlé que l'hivers dernier quand je l'ai revue : elle a 10 ans de plus que moi, mais déjà à l'époque, quand je la croisais, je savais qu'elle n'allait pas dans une boîte ordinaire. Elle m'a raconté qu'elle, la fille d'un Algérien fainéant et asthmatique et d'une Italienne femme de ménage de 5 heure du matin à 10 heure du soir 365 jours sur 365, elle y allait : elle piquait des robes de sa mère qu'elle "réinterprétait" à sa manière, bref, elle rentrait. Ceux qui parlent de videurs, donc, ne savent pas de quoi ils parlent : à cette époque là, ce n'était pas une question d'argent, c'était une question de look.
Pour moi, c'était le rêve... C'est que j'en avais fichtrement besoin, de rêve. C'est que j'avais ma propre dépression à gérer. On en parle bien peu, mais les enfants aussi sont dépressifs ! Moi, comme tous les dépressifs "analysés", j'ai appris à vivre avec ma dépression, à en reconnaître les symptomes quand ils se manifestent, à relativiser mes sensations. Ca marche ! Je sais pourquoi j'ai tel ou tel symptome, et ça aide !
Je ne m'en plains pas : c'est justement ce profils dépressif qui m'a aidé à sortir de cette coquille fermée qu'était la maison où notre mère nous avait enfermé. Avec l'assentiment, passif, de notre père. Moi, ça a été Disco ! Si j'ose écrire que le Disco m'a conduit à lire (de moi même, sans obligation scolaire) Sartre, Balzac, Madame de Scudérie ou Crébillon, à écouter des musiques anciennes sur instrument d'époque (dès 85/86 : oh, le choc, le premier truc écouté : instruments qui grincent, rythmes accélérés, vite, jeter ce disque, une vraie merde, mais qu'est-ce que c'est que ce truc, et puis, réécoute et là, torrent de larmes, merci monsieur Trevor Pinnock). Si j'osais même aller jusqu'à dire que si je suis au Japon aujourd'hui, c'est parce que j'ai été Disco... ! La tête de ma mère quand j'écoutais Dona Summer, celle de mon père devant ma fascination pour Travolta. Mes parents nourrissaient pour moi de grandes ambitions, à la hauteur de leur représentation de la société et du monde : mon père me rêvait cadre, ma mère se vivait à travers moi, écoutant Frank Pourcel et Maurice Jouvin ou Luis Mariano : je devais en faire autant, forcément... Alors Disco... La politique m'a rapproché de mon père mais la vie m'en éloignait. Quel rupture, donc, Disco ! C'est que moi je ne fais jamais les choses à moitié. Tenez, mon deuxième séjour au Japon : 7 semaines ! Quand je dis ça à mes étudiants, ils hallucinent. 7 semaines, c'est si cher. Ben ouais ! Disco ! que j'ai envie de leur dire ....
J'ai, enfin, réussi à trouver sur le net THE le morceau qui pour moi incarne le mieux cette époque. Et vous savez quoi ? J'ai décidé de vous en faire cadeau : bref, cliquez sur le Rose.... Peut être 99% d'entre vous ne comprendront pas ce que j'entends dans ce morceau, extrèmement mauvais. Mais je vais encore oser écrire un truc : le jour où on saura refaire un truc pareil comme à l'époque, sans se la pêter dans une époque de videurs à oreillettes, de jetsetteux en jeans, mais, comme à l'époque, avec l'esprit de la fête gratuite, en faisant un effort, c'est à dire, en s'habillant en princes et en princesses d'une nuit, pour rire, Africaines superbes en cheveux blonds, Norvégiennes tout droit sorties d'un Conte des Milles et Une Nuits..., et qu'on ne me dise pas que c'est une question de fric, hein, non, c'est qu'une question de goût, hein, bref, ce jour là, ben, la France sera guérie ! Parce que cet état d'esprit, c'est constructif, ça fait du bien. Aujourd'hui, en France, soit tout est grave, soit tout est cher. Même vos jeans "de d'la night" (Angela, Le Loft) sont chers. Dans ma fête, comme à l'époque "ne me dis pas d'où tu viens, montre moi plutôt ce que tu en fais"... Alors, le dit morceau, c'est là. C'est mauvais, ça m'a fait rire, de le retrouver, avec ses craquements d'origine... Marcher sur de la musique... Faut vraiment n'avoir que ça à faire...
Bon, je vous laisse... Faut quand même que j'aille bosser... Pour le coup, Disco !!!! Il fait beau !!!!
De Kagurazaka prêt pour aller à Ginza,
Complètement Disco,
Suppaiku
jeudi 11 mai 2006
Premier update
J'avais publié 2/3 pages de Des jours et des riens. Je vous en livre désormais une trentaine, vous comprendrez mieux : en effet, je prêtais à Monsieur B des intentions mais peu de talent pour concrétiser ses rêves d'écriture; ce serait ainsi un peu bête de vous livrer un mauvais travail, mauvais intentionellement. Que celui-ci, s'il est mauvais, le soit inintentionellement, bah, tant pis ! Ce travail est le miens, en tout cas, et même aujourd'hui, à près de 8 ans d'écart, je m'y retrouve encore très bien...
Premier update
J'avais publié 2/3 pages de Des jours et des riens. Je vous en livre désormais une trentaine, vous comprendrez mieux : en effet, je prêtais à Monsieur B des intentions mais peu de talent pour concrétiser ses rêves d'écriture; ce serait ainsi un peu bête de vous livrer un mauvais travail, mauvais intentionellement. Que celui-ci, s'il est mauvais, le soit inintentionellement, bah, tant pis ! Ce travail est le miens, en tout cas, et même aujourd'hui, à près de 8 ans d'écart, je m'y retrouve encore très bien...
Premier update
J'avais publié 2/3 pages de Des jours et des riens. Je vous en livre désormais une trentaine, vous comprendrez mieux : en effet, je prêtais à Monsieur B des intentions mais peu de talent pour concrétiser ses rêves d'écriture; ce serait ainsi un peu bête de vous livrer un mauvais travail, mauvais intentionellement. Que celui-ci, s'il est mauvais, le soit inintentionellement, bah, tant pis ! Ce travail est le miens, en tout cas, et même aujourd'hui, à près de 8 ans d'écart, je m'y retrouve encore très bien...
mercredi 10 mai 2006
De la pluie, de la pluie, de la pluie...
Bon, je ne parviens pas à uploader d'images, vous n'en aurez pas ! J'avais pourtant quelques "figures" intéressantes...
De la nouveauté sur cette page, comme vous pouvez le voir. Je "démantèle" progressivement ce que fut mon site et vous l'offre en accès direct à partir de la page blog LE PETIT MONDE DE SUPPAIKU. Comme je vous l'y explique, il n'était pas très logique que mon blog régulier se garnisse de liens et visuels qui ne font pas parti de son projet d'origine. Le création d'un deuxième support va donc me rendre le travail très simple et pour vous la lecture plus aisée.
Je désire en effet multiplier les liens vers d'autres sites autours d'intérêts variés, ce que le blog ne permet pas à moins de perdre en lisibilité. Ces liens seront accessibles sur des pages de liens renouvelées, à partir de ce que fut mon site. Egalement accessibles les conseils de voyages que je compte réactualiser. Je pourrai enfin sur cette page multiplier les centres d'intérêts car ma vie et ma pensée ne tournent pas exclusivement autours du Japon. Cette somme d'information, parfois des discussions à suivre (politiques, par exemple) trouveront dans LE PETIT MONDE DE SUPPAIKU leur espace naturel. Ils seront la dernière étape avant la création d'un site internet global dont je ne fais que commencer, maintenant, à entrevoir l'architecture : il est en effet très difficile de penser l'écriture sur le net en évitant les deux pièges récurents : immédiateté et/ou ennui et/ou in-navigabilité. Comme je ne suis pas du genre à me mettre à la programmation ou à la PAO (pas le temps du tout, c'est un métier, en soi !)...
Blablabla... vous avez du en lire, de ces lignes "profession de foi", je préfère m'arrêter là. Disons que ces presque deux années de blog ininterrompues, de sites un peu épars et d'architecture mal pensée me donnent une certaine expérience et une meilleur idée de ce que je veux.
Ici, il pleut, j'attends un Chronopost qui n'est pas encore arrivé, j'ai donc tout le temps de penser à mon site.
De Tôkyô, au travail devant une fenètre ouverte,
Suppaiku
Soudain j'ai pu uploader...
... et bien que des "rumeurs" circulent sur lesdits Boysbands (Arashi, Kat Tsun, V6, NEWS, Takei & Tsubasa, Kinki Kids...) et surtout le producteur qui les recrute dès l'âge de 10-12 ans (... !!!... !!!), les janizu sont eux, généralement hétérosexuels : les filles en raffolent !
D'autres ont des sources d'inspirations plus classiques... plus hétéro-normées, j'aurais envie de dire...
Quand aux filles, elles peuvent définitivement aller très loin. Tenez, celle là, qui dirait qu'elle est certainement fan de Ayumi...
Avant 1990, le Japon, grace à une spécultation boursière très active, était devenu le pays le plus riche du monde. On portait des broches en or, des montres Cartier... C'était le temps de la bulle, comme on dit. Voici un témoignage ultime de cette époque : une photo de publicité, vers 92... La bulle s'est dégonflée mais personne ne l'a encore compris. A cette époque, pas de décoloration ni de bronzage, non, mais des femmes "conscientes de leur corp", comme ça se disait (bodikon, ボヂコン)... Bonne journée.

De la nouveauté sur cette page, comme vous pouvez le voir. Je "démantèle" progressivement ce que fut mon site et vous l'offre en accès direct à partir de la page blog LE PETIT MONDE DE SUPPAIKU. Comme je vous l'y explique, il n'était pas très logique que mon blog régulier se garnisse de liens et visuels qui ne font pas parti de son projet d'origine. Le création d'un deuxième support va donc me rendre le travail très simple et pour vous la lecture plus aisée.
Je désire en effet multiplier les liens vers d'autres sites autours d'intérêts variés, ce que le blog ne permet pas à moins de perdre en lisibilité. Ces liens seront accessibles sur des pages de liens renouvelées, à partir de ce que fut mon site. Egalement accessibles les conseils de voyages que je compte réactualiser. Je pourrai enfin sur cette page multiplier les centres d'intérêts car ma vie et ma pensée ne tournent pas exclusivement autours du Japon. Cette somme d'information, parfois des discussions à suivre (politiques, par exemple) trouveront dans LE PETIT MONDE DE SUPPAIKU leur espace naturel. Ils seront la dernière étape avant la création d'un site internet global dont je ne fais que commencer, maintenant, à entrevoir l'architecture : il est en effet très difficile de penser l'écriture sur le net en évitant les deux pièges récurents : immédiateté et/ou ennui et/ou in-navigabilité. Comme je ne suis pas du genre à me mettre à la programmation ou à la PAO (pas le temps du tout, c'est un métier, en soi !)...
Blablabla... vous avez du en lire, de ces lignes "profession de foi", je préfère m'arrêter là. Disons que ces presque deux années de blog ininterrompues, de sites un peu épars et d'architecture mal pensée me donnent une certaine expérience et une meilleur idée de ce que je veux.
Ici, il pleut, j'attends un Chronopost qui n'est pas encore arrivé, j'ai donc tout le temps de penser à mon site.
De Tôkyô, au travail devant une fenètre ouverte,
Suppaiku
Soudain j'ai pu uploader...
Nana Mouskouri n'est pas Grecque, elle est Japonaise. Nana Mouscouri n'est pas une femme, c'est un homme. Elle n'est pas vieille, elle est jeune et elle chante dans un Boys Band, fait les publicités DOCOMO et fait un à deux dorama par saison... Elle est l'archétype du Janizu (style de garçon dans les groupes produits par Johnny's Entertainment).
... et bien que des "rumeurs" circulent sur lesdits Boysbands (Arashi, Kat Tsun, V6, NEWS, Takei & Tsubasa, Kinki Kids...) et surtout le producteur qui les recrute dès l'âge de 10-12 ans (... !!!... !!!), les janizu sont eux, généralement hétérosexuels : les filles en raffolent !
D'autres ont des sources d'inspirations plus classiques... plus hétéro-normées, j'aurais envie de dire...
Quand aux filles, elles peuvent définitivement aller très loin. Tenez, celle là, qui dirait qu'elle est certainement fan de Ayumi...
Avant 1990, le Japon, grace à une spécultation boursière très active, était devenu le pays le plus riche du monde. On portait des broches en or, des montres Cartier... C'était le temps de la bulle, comme on dit. Voici un témoignage ultime de cette époque : une photo de publicité, vers 92... La bulle s'est dégonflée mais personne ne l'a encore compris. A cette époque, pas de décoloration ni de bronzage, non, mais des femmes "conscientes de leur corp", comme ça se disait (bodikon, ボヂコン)... Bonne journée.
mardi 9 mai 2006
Ce soir, c'est week-end... déjà !
Hier, à Ginza, dans le métro, après le travail. Costume, cravate et chemise blanche : dress-code ! Casquette bariolée : Suppaiku !Nous sommes mardi. Il fait un temps de pouasse, gris, pluvieux. Et le temps passe si vite, si vite... déjà mardi... J'écoute une rediffusion sur France-Culture.
La Golden week s'est achevée dimanche, sous la pluie. Pour moi, ce fut avec une leçon sur le Développement et le Sous-développement, à 19 heures. J'aime bien mes élèves...
Comme vous pouvez le voir sur les deux albums photos (Kamakura et Promenade ), la semaine a été assez chargée. Visite lundi de l'exposition "Musée du Prado" le lundi, de l'exposition "Napoléon et Versailles" vendredi matin, grande ballade dans Chioda-ku,千代田区 puis vers Minato-ku,港区 avant de finir à Shibuya,渋谷. Il y avait beaucoup de vent mais la température était très agréable. Près de la Tour de Tôkyô, on trouve des endroits assez insolites qui mériteront quelques photographies. Quand au mercredi et jeudi, ils furent occupés à une grande promenade du matin 8 heures au soir tard dans Kamakura,鎌倉, et le jeudi, le matin au Koishikawa-kôrakuen,小石川後楽園 et l'après-midi au Musée de l'habitat/construction/batiment en plein air江戸東京建物園 dans l'ouest de Tôkyô. Passionnant.
Vue sur Ginza depuis le balcon, au travail.Mon week end au travail s'est donc passé sereinement. Je parviens de plus en plus souvent à "rentrer" dans le cadre NOVA, ces fameuses 20 minutes où l'étudiant est lâché tout seul. Et pour tout dire, bien qu'autours de moi ces "20 mn" soient assez critiquées, je me fait moins l'impression d'être un bourin qui essaie de faire rentrer un truc dans la tête d'un étudiant. Je pense que l'étudiant lui-même, donc, doit ressentir la même chose. Bref, s'il n'a pas bien compris, ce n'est pas grave car je lui donne quand même un moment de satisfaction; il peut parler. On pourra toujours lui refaire la leçon, sous un autre angle. Vue ainsi, le "format NOVA" n'est finalement pas si débile. Et pour moi, c'est beaucoup moins de stress, je me sens libéré de cette sensation d'être un périgourdin qui gâve son oie...
Au pied de la Tour de Tôkyô, samedi soir.Samedi matin, un étudiant d'un niveau avancé ne voulait absoluement pas travailler. Exceptionnellement, je l'ai laissé faire. Il m'a parlé de Tôkyô, du quartier Nihonbashi,日本橋 plus exactement, pendant 40 minutes. Passionnant. Je me suis fait toutefois un plaisir de le contredire et de lui reprendre ses conjugaisons, de détourner le sujet et le conduire à y revenir. Je pense avoir ainsi tout de même conduit une bonne leçon car j'ai mené une conversation à la française, emmêlée, avec des "tapes sur les doigts" en matière de grammaire quand il ne s'y attendait pas et une grande indifférence de ma part quand il cherchait ses mots. Cet élève est un homme d'un certain âge, cultivé, et ses réflexions étaient intéressantes. Je sens chez beaucoup de gens un peu âgés la nostalgie d'un Tôkyô qui n'est plus, plus tranquille et moins bruyant, comme s'ils s'étaient réveillés après une course à toute allure : on dirait que personne n'a compris ce qui s'était passé, que la ville s'était transformée à toute allure et que chacun désormais mesurait l'ampleur de la transformation. On m'a parlé de Shibuya "avant"... Les cours sur l'imparfait et le passé composé, sur le récit, la narration, les cours sur la politique sont ainsi pour moi de vrais délices et je découvre que ces fameuses 20 minutes de conversation peuvent être un moment extrèmement agréable : je prends plaisir à me taire !
L'homme Japonais, viril à souhait. Campagne publicitaire d'un célèbre voyagiste, les "affaires de l'été". Ou comment le Japon recycle Village People...Comme il recommence à faire moche, je perd le beau bronzage que je m'était fait mercredi et jeudi dernier : c'est bête !
Je n'étudie pas le japonais, mais j'ai toutefois remarqué que quand il fait beau, c'est un véritable plaisir, se lever à 6 heures du matin : cela dégage alors bien du temps pour étudier, pour écrire. J'ai une sensation vague de roman, en ce moment. Et c'est drôle, je ne le sens pas se passer au Japon, mais trouve Paris comme son cadre idéal. Mieux, pas un Japonais dans l'histoire à laquelle je pense... Je devrais peut être relire les Faux monnayeurs...
De Tôkyô, avant d'aller travailler,
Suppaiku
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