jeudi 29 juin 2006

10h40 et déjà 27° : qui s'en plaindrait ?

Une révolution dans ma vie : le four et le gaufrier !

Amis internautes, fidèles compagnons de ma vie de tous les jours, accompagnateurs zélés : me revoici ! Je vous reviens sans aucune nouvelle aventure, sans avoir rien à vous dire, le coeur bien en place et qui ne chavire pas, sans la moindre trace de trac : manquerait plus que vous me fichiez la trouille, non mais... !
Pas eu des masses envies d'écrire ces derniers temps. Plutôt envie de vivre pour moi-même, sans trop y réfléchir, avec un petit goût de on verra bien. Ca m'a toujours réussi... Autrefois, je vous parle de l'époque d'avant mon analyse, en gros, je m'enfermais chez moi. Je finissais toujours par déplacer les meubles, faire le ménage et ça allait mieux jusque la prochaine fois. Un jour, il n'y a pas eu de prochaine fois en vue, je me suis senti très mal : je me suis retrouvé coincé chez moi, sans aucune illusion de déplacement de meubles : j'avais tout vendu, restait plus que moi... Ca fait mince...
Ces 15 derniers jours, j'ai donc fait dans le ressourcement : lecture tous azimut. J'ai ressorti le vélo au premier rayon de soleil disponible. Et depuis 3 jours, il fait un temps magnifique : cette chaleur du Japon, cette crème de soleil à l'humidité généreuse qui fait pousser les plantes et leur donne ce vert caractéristique... Quel bonheur ! Au travail, c'est un peu toujours la même chose, au détail près que je suis de plus en plus à l'aise : sans pour autant faire toujours des leçons remarquables, mes "mauvaises leçons" sont assez acceptables et mes étudiants sont contents, je ne les perçois pas "sur leur faim", c'est ce qui compte! C'est juste moi qui pense, qui analyse.

C'est qu'on en fait, des choses, avec un four : ici, une quiche et un gateau aux pommes...

Mon nouveau dada, essayer en semaine de nouvelles leçons, de nouvelles manières de et, le week end, refaire. Mes leçons du samedi matin et du dimanche sont donc des remakes, mais pesés, sous pesés, analysés. Il m'est arrivé finalement de faire mes meilleurs cours le dimanche là où, théoriquement, nous avons moins de temps entre chaque leçon. J'ai aussi de plus d'élèves de niveaux avancés qui me disent que "c'est difficile", ce que je leur demande en "discussion". Cela me satisfait car cela veut dire que je place la barre à la bonne hauteur. Cette semaine, c'est un étudiant assez haut qui, à la fin du cours, m'a dit que ça avait été très difficile. Imaginez : commentaire de texte, commentaire de peinture : allez y, dites moi pourquoi l'auteur dit ça, et ça qu'est-ce que ça veut dire... Je saucissonne le texte pour pouvoir tenir 40 minutes, je leur mitonne une mini-leçon qui leur fournira un mini-outil solide, et vogue la galère...

Photo prise à l'exposition de la Tour Mori. Si vous passez par Tôkyô, que vous ne l'avez pas vu à Beaubourg, franchement, allez. Loin de l'Afrique des "cases", une Afrique de la modernité qui confronte sa réalité sociale, politique, historique, le poids de ses traditions et le monde qui l'entoure : l'Art comme produit de ce télescopage, parfois extrèmement violent, révélateur. Une grande exposition d'Art d'aujourd'hui.

Une élève de niveau moyen, toute pimpante, qui fait de grosses fautes parfois - c'est en fait une de mes préférées -, je lui ai quasiment coupé le bec 2/3 minutes, cette semaine. Le Bonheur est dans le pré, de Paul Fort. Texte simple pour alimenter une conversation sur le bonheur, sa condition, sa quète. Difficile pour elle car elle a la maturité et l'intelligence d'une femme de 50 ans mais le vocabulaire d'un élève de 4ème... Elle m'a d'abord donné une analyse à sa façon, guillerète, avec son vocabulaire habituel (elle est giga-expansive). Manque de chance : je recherchais sa profondeur, je lui ai posé une question colle, puis une autre question. Et là, soudain, plus de discours automatique, je faisais appel à TOUT ce qu'elle savait de la langue française. Etes vous sûr que l'auteur ne pense pas comme vous ? Ca peut paraître simple, comme question, mais elle a compris que, peut-être, elle avait lu ce texte trop rapidement, et donné son opinion sans trop réfléchir. Alors, elle a relu en silence, elle a commencé à parler, et elle s'est arrêté : "c'est difficile". Là, j'avais gagné ! Elle m'a donné une explication de texte brillante, avec son "pauvre" vocabulaire, mais avec un peu de conditionnel, du subjonctif même, des exemples, je l'ai un peu titillé, elle a contre-argumenté... Je n'ai pas eu la dame qui rit toujours dans les leçons de groupe, mais une élève appliquée. Je l'ai quitté contente, presque épuisée ! La semaine avant, c'est avec un tableau de Greuze que je l'avais titillé : j'ai découvert une femme libre qui avait refusé la destinée classique faite aux femmes : enfant, maison ! Et elle a refusé le qualificatif d'ingrat donné au fils dans ce tableau représentatif de l'art "bourgeois" qui s'impose dans la seconde moitié du 18ème siècle "il est libre, il n'est pas ingrat". Bref, le père n'a qu'à s'en prendre qu'à lui-même...

Ben oui, je suis toujours avec Kaikai.
C'est un garçon adorable. Tenez, samedi, nous sommes allés à la Tour Mori : exposition d'art contemporain africain. Pour lui, une double révélation : l'art contemporain et l'art africain. De l'art africain loin des cases et du bambou, tout en vidéo, en photos et en couleurs étranges. Il a été surpris, je crois. Mais intéressé. Il aime les fenètres que je lui ouvre sur le monde, lui qui est né dans ce pays fermé à l'idéologie de forteresse assiégée.
On sort, et c'était Roppongi. Un quartier qui est épuisant : ici, on a l'âge des habitués de Shinjuku, mais on se la joue "jeune" comme à Shibuya. Les jupes sont courtes et les yeux des Américains sont à l'affut. Ca me fait l'effet d'une sorte de Back-room à ciel ouverte, hétérosexuelle et métissée. Des rabateurs vous foncent dessus : il y a des bars spécialisés qui évite à des gamines de devenir SdF, par ici, et l'argent étranger est le bienvenue. Des cohortes d'étrangers parfois gros, d'étudiants aux faces de puceaux en chaleur, des filles qui passent, des trentenaires aux allures de minettes fardées, et on marche vite, et on marche vite : une backroom, je vous dis ! J'ai senti ma tension monter, on cherchait un restaurant, il était plus de 10 heures, Kaikai qui me dit qu'on pourrait aller dans un family restaurant, il ne connait pas le quartier et à 10 heures, il n'y a plus grand chose. Je refuse, pas le family restaurant... Et je me mets à faire la gueule, je ne parle plus. Je le vois bien qui me regarde de temps en temps, il essaie vaguement de communiquer mais pas un mot ne sort de ma bouche, je pense à toute allure : j'ai bossé tout le vendredi, remis ça le samedi, j'ai chaud et je suis coincé à Roppongi avec un gars qui veut manger une pizza, voilà ce que je me mets à penser, un rabatteur qui me cause en anglais, pour sûr son bar est le meilleurs qu'il me dit, on traverse et un autre commence à me parler. Là, je peux plus, on rentre, que je dis, et Kaikai qui ne dit rien. Le mec idéal pour moi, parfait, qui cherche pas à me causer, à me dire que c'est pas grave par-ci. On prend le métro, hop, on se goure de direction, je m'explose de rire, il ne moufte pas, il sait bien que je suis pas dans mon assiette. Arrivés chez moi, c'est un peu lui qui fait la gueule. J'ai préparé des croques-monsieur au fromage avec une mini-salade, il est minuit. On a fini par se sourire. Je lui ai envoyé un mail le lendemain, dans la journée, pour lui donner des excuses, il m'a envoyé une réponse gentille comme tout. Il n'y a qu'avec mes amis que je suis comme ça. Avec un mec, c'est la première fois, et lui, il est comme il faut être avec moi, comme s'il me connaissait bien. Le mec idéal, je vous dis...

Mes élèves me donnent parfois de grandes joies... Ca fait passer les élèves chiants, inintéressants. J'ai parfois un peu de compassion pour certains. Je pense aussi que je fais bien de ne pas jouer au professeur avec Kaikai : je finirais par le détester !

Sur de nombreux sites internet, on peut lire que les SdF Japonais sont propres, vivent en groupe et qu'il n'y a pas de mendiants dans la rue. Si c'est vrai qu'il est rare de croiser un mendiant, pour le reste, le Japon n'a rien à envier à l'Occident : les SdF solitaires et crasseux sont nombreux. On les croise partout : dans les rues fouillant le poubelles après minuit, dans le métro comme celui-ci qui dégageait une odeur digne d'un SdF parisien. Ils sont entourés du comportement qui sied à la situation : une indifférence gènée, elle aussi identique à celle que l'on rencontre en France.
Bref, il y a beaucoup de SdF au Japon, et dans le même état que chez nous. Beaucoup sont agés, voire très agés. C'est normal, pour les jeunes, il y a la prostitution et les bars de hosts!


Bon, il est un peu plus de 11 heures, je vais arrêté là. Il fait trop beau pour passer mon temps sur ce clavier. Je suis le seul habitant de cette maison à ne pas utiliser l'air conditionné !
De Tôkyô, en nage,
Suppaiku

mercredi 21 juin 2006

CE QUE JE LIS (AI LU) (liste commencée début juin 2006)

Jonquet, Thierry
- Les orpailleurs
- Mémoire en cage
- Mygale
- Moloch
- Le secret du rabbin
- Du passé faisons table rase
- Mon vieux
- Ad vitam aeternam

Pennac, Daniel
- Monsieur Malaussène

Pouy, Jean Bernard
- La belle de Fontenay

Diop, Boubacar Boris
- Le temps du Tamango (en cours)

Daeninckx, Didier
- Le géant inachevé
- Play back

Picouly, Daniel
- Les larmes du chef
- La treizième mort du chevalier
- L'enfant Léopard

Proust, Marcel
- Du côté de Guermante I (à venir)

Tardi, Jacques / Vautrin, Jean
- Le cri du peuple : Les canons du 18 mars
- Le cri du peuple : L'espoir assassiné
- Le cri du peuple : Les heures sanglantes
- Le cri du peuple : Le testament des ruines

CE QUE JE LIS (AI LU) (liste commencée début juin 2006)

Jonquet, Thierry
- Les orpailleurs
- Mémoire en cage
- Mygale
- Moloch
- Le secret du rabbin
- Du passé faisons table rase
- Mon vieux
- Ad vitam aeternam

Pennac, Daniel
- Monsieur Malaussène

Pouy, Jean Bernard
- La belle de Fontenay

Diop, Boubacar Boris
- Le temps du Tamango (en cours)

Daeninckx, Didier
- Le géant inachevé
- Play back

Picouly, Daniel
- Les larmes du chef
- La treizième mort du chevalier
- L'enfant Léopard

Proust, Marcel
- Du côté de Guermante I (à venir)

Tardi, Jacques / Vautrin, Jean
- Le cri du peuple : Les canons du 18 mars
- Le cri du peuple : L'espoir assassiné
- Le cri du peuple : Les heures sanglantes
- Le cri du peuple : Le testament des ruines

CE QUE JE LIS (AI LU) (liste commencée début juin 2006)

Jonquet, Thierry
- Les orpailleurs
- Mémoire en cage
- Mygale
- Moloch
- Le secret du rabbin
- Du passé faisons table rase
- Mon vieux
- Ad vitam aeternam

Pennac, Daniel
- Monsieur Malaussène

Pouy, Jean Bernard
- La belle de Fontenay

Diop, Boubacar Boris
- Le temps du Tamango (en cours)

Daeninckx, Didier
- Le géant inachevé
- Play back

Picouly, Daniel
- Les larmes du chef
- La treizième mort du chevalier
- L'enfant Léopard

Proust, Marcel
- Du côté de Guermante I (à venir)

Tardi, Jacques / Vautrin, Jean
- Le cri du peuple : Les canons du 18 mars
- Le cri du peuple : L'espoir assassiné
- Le cri du peuple : Les heures sanglantes
- Le cri du peuple : Le testament des ruines

jeudi 15 juin 2006

Rien de bien important...

Vous m'excuserez de ne pas écrire, hein, je vous fais confiance !
Je suis assez occupé : le travail, bien sûr, mais surtout lire, lire, lire ! Une telle boulimie ne m'avait pas prise depuis très longtemps... Je fais dans le facile : des polars ! J'ai enfin lu des romans de Thierry Jonquet, auteur dont mon ami AtomicDog m'avait beaucoup parlé. J'ai lu un Daenincks aussi, et pendant qu'on y était, un Pouy. Je continue sur ma lancée mais disons que j'ai vite repris ma vitesse de croisière, c'est à dire 3/4 livres par semaine. Mais bon, comme je dis, c'est du polar et la lecture est facile ! J'ai aussi regardé la serie de Fantomas de 1913/14, restaurés à la fin des années 90. Autant la série avec De Funès dévoile un truand high-tech et inodore, autant le Fantomas du début du siècle est un personnage cynique, extrèmement sombre et n'ayant aucun respect pour la vie des autres ni même, finalement, la sienne. Juve est un commissaire à sa hauteur, qui fait de son combat une affaire personnelle. Pas drôle du tout. Extrèmement sombre aussi. Fandor est le beau gosse, journaliste aventurier. 5 longs métrages mis en musiques/sonorisés. Etonnant, ce témognage de l'avant guerre de 14 : en regardant de près, on voit les années 20, déjà : les femmes sans corset et le pied qui se dévoile, les grandes fenètres.... J'ai repensé à Martin du Gars, l'avant dernier tome des Thibaults, quand l'ainé devenu médecin et ayant hérité de l'appartement familial, fait des travaux d'aménagement : agrandir les fenètres et aérer ces pièces auparavant encombrées et sombres. C'est le 20ème siècle qui commence... juste avant que la guerre ne lui donne une tonalité plus grave...
J'en ai profité pour prendre des chansons 1900 à l'Institut. Beaucoup de nullités mais comme c'est touchant. J'imagine, dans 100 ans, on continuera de voir notre époque...
En tout cas, je remarque l'effet dévastateur des crises économiques : autant les années 20 sont aventurières, on explore les jazz, on écoute la Créole Joséphine, on danse sur des musiques de fous et les Avant-Gardes explore des terrains nouveaux, Bauhaus, Dada..., autant des les années 30 c'est net, on se remet à chanter ces mélodies bien lourdes du début du siècle... Même la Russie Soviétique qui se voulait l'Avant-Garde absolue se noie dans tous les conformismes. Quand à l'Allememagne... En France, on sort les accordéons. Je ne peux pas m'empêcher de penser à notre époque, nos soifs de rétros et de nostalgies d'une France d'"avant". La crise tue tout ce que le capitalisme n'a pas achevé d'uniformiser.
Vous voyez, ma façon à moi d'être au Japon, c'est de penser comme je le faisais à Paris. Je suis un Honnête Homme. Et je vous invite à en faire autant. C'est qu'il faut avoir un fichu caractère aujourd'hui, pour penser mondial, universel, et regarder la terre comme un seul et même pays. C'est drôle, mais ici, quand je croise un "étranger", je suis assez réservé. J'agis "à la Japonaise", c'est à dire que "on n'a pas gardé la fermentation du Tôfu ensembles". Toutefois, j'ai donné mon premier sourire à un "étranger" la semaine dernière. Je sors du train à Ochanomizu, et face à moi, un Africain, sur l'autre quoi, on s'est retrouvé quasi nez à nez séparés par, disons 10 mètres. On a eu le même réflexe, on s'est souri. Et puis on est passé à autre chose.
Ici, temps de pouasse : il fait chaud mais nous avons glissé rapidement du printemps pourri à la saison des pluies.
Bon, je vous fais un post plus long un peu plus tard. Pour info, je vous informe que je suis désormais pour Ségolène Royal à 200 %. Ras le bol des manipulateurs d'interviews qui tentent de la faire passer pour ceci ou pour cela. Je vous invite, si ce n'est déjà fait, à jeter un coup d'oeil à son site, et de juger par vous même. Pour ma part, cela fait 15 ans que je fais le constat qui est dressé dans les 2 premiers chapitres de son livre (à télécharger en pdf, et à discuter dans les forums du site). Je suis pas d'accord sur tout, loin de là, mais le constat est juste et les références aux Social-Démocraties Scandinaves ne me laissent pas indifférent. Et le constat sur les 35 heures, c'est celui qui est vécu partout : les patrons en ont vraiment profité. Où je travaillais avant, pas d'augmentations de salaires et des vacances réglementées à fond, des horaires flexibles... et encore, c'était une grande banque ! Quand à l'insécurité, le langage était rude mais j'avoue partager cette idée que la guerre et l'égoïsme du libéralisme ont quasiment désocialisé des pans entiers de la jeunesse. Enfin...
Bon, j'ai le Japon autours de moi et je compte bien en profiter aujourd'hui aussi. A plus !
De Tôkyô,
Citoyen Universel
Suppaiku

vendredi 2 juin 2006

Et c'est reparti pour trois jours de folie...

J'écris un petit mot hier à Maru-chan, il me rappelle, nous nous retrouvons vers 16 heures à Kôen-ji dans l'ouest de Tôkyô. J'y vais, bien sûr, en vélo, ce qui étonne l'ami-maru. Il m'a fallu environ 30/40 minutes, 飯田橋ー早稲田ー高田馬場ー中野ー高円寺 / Iidabashi- Waseda- Takadanobaba- Nakano- Kôenji en prenant la 早稲田道り / Waseda-dôri.
Sur le chemin, au hazard des arrêts, je vois les prix des denrées alimentaires s'écrouler. Ainsi, dans mon quartier, trois malheureuses tomates coutent environ 250 yen. A Kôenji, ce qui doit bien faire 2,5 kilos coûte 500 yen (3,5 EUR), en gros moins cher qu'à Strasbourg Saint Denis... ! Nous sommes allés chez lui où nous avons bavardé de choses et d'autres et, au retour, j'ai pu voir son épouse Naoko, enceinte de 4 mois. Je suis rarement porté par les félicitations en cas de grossesse mais dans leur cas, c'est plutôt sympathique car le petit maru ne manquera à priori de rien. C'est un bon départ dans la vie, et ça ajoute quelque chose à un couple... Sympathique. Je suis revenu chez moi en soirée en m'arrêtant au DonQuichote de Nakano où je n'ai pas trouvé de gaufrier... (Naoko et Maru en ont acheté un... 2000 yens...)

J'ai été amusé qu'un ami, TB, ait judicieusement invité des "passagers" du site japon.org à lire mon sujet sur "les vérités" officielles du Japon. Le sujet a comme toujours dérapé - c'est le propre des forums, et je dois dire que j'aime lesdits forums de moins en moins...- mais comme il s'agit d'un site aux modérateurs expérimentés et assez "invisible", ce dérapage s'apparente plus à un glissement, bref, l'éternelle comparaison entre la France et le Japon.
Hormis le fait que ce que j'ai écrit sur mon blog est plus une mise à plat strictement personnelle -je vous rappelle que le blog me permet de partager avec vous ce qui est d'abord un journal intime... !-, plutôt maladroite et assez mal construite, il est assez frappant de voir des gens se livrer à un lynchage de la France, de sa protection sociale et de sa fainéantise et refusent absoluement toute critique du Japon. Moi, je reste Français partout où je suis. Ce que j'aime chez nous autres, Français, c'est notre faculté à ne pas accepter, à critiquer, à rêver autre chose.
C'est parce que j'aime l'histoire du Japon, ses paysages, sa culture que je suis révolté par cette surrexploitation des hommes, cette industrialisations et ces empilements parfois poussés aux limites de l'absurde avec des répercutions plus que chocantes en matière de pollution et de destruction des sites et surtout cette amnésie pour l'histoire et ce mépris pour leur propre culture... Je critique la France, que l'on me permette de critiquer le Japon. Je n'aime pas ce que les élites nationalistes alliées aux Américains ont fait du Japon.
Je préfère un système où on donne une bourse aux étudiants à un autre où ceux qui n'ont pas les moyens se bousillent les yeux, la santé et les poumons dans des supérettes ouvertes 24h/24. Je préfère un système où on travaille 35 heures à un autre où on meurt de surmenage au travail. Je préfère une société où les luttes sociales ont permis aux hommes et aux femmes de se rapprocher dans l'égalité en offrant la possibilité de recréer la famille sur de nouvelles bases à une société où l'anti-communisme, des lois d'exception et la pègre réunis ont empêché toute évolution et toute contestation d'un modèle dominant en lui donnant de plus, un caractère "natinal", "identitaire" qui apparente celui/celle qui le conteste à un traître. Je préfère une société qui se remets en cause et admet ses fautes, colonialisme, collaboration, déportation, à une société qui préfère l'ignorance de mêmes faits au prix d'une amnésie sur toute l'histoire du pays.
Il y a deux jours, c'est Jean Baptiste qui me contacte. Nous nous sommes balladés dans le quartier puis vers 武道館/Budôkan à 九段下/Kudanshita car il vient d'y emménager près d'市ヶ谷/Ichigaya. On est voisin, quoi. Cela étant, mon escapade hier vers Koênji me confirme bien que ce serait bien de déménager. Ici, c'est cher et de plus, la "centralité" à Tôkyô ne sert à rien. Tiens, d'ailleurs, à Paris, on devrait peut être aller dans ce sens là. Se débarrasser de l'idée de centre... Enfin... J'étais content de revoir Jean Baptiste. Faut que je revois du monde, faut que je sorte Kaikai... Il a tendance à être un peu comme les filles. De lui même, je crois que nous sortirions à peine...
Et que l'on ne s'y trompe pas, les Japonais sont majoritairement de mon avis. Seuls les jeunes, qui en ressentent en revanche le plus profond malaise, sont ignorants de tout ce qui est perdu. Les plus vieux ont connu les grèves, les luttes des femmes, les luttes contre la guerre du Vietnam... Les Japonais condamnent les visites à Yasukuni, sont pour une réconciliation avec l'Asie et une prise de distance vis à vis des USA. Les jeunes, bien que le lavage de cerveau les affecte au tout premier chef, voient bien le décallage entre ce Japon et cet Occident rêvé et montré en modèle... Mais contrairement à leurs ainés, ils ne savent guère ce qu'est une lutte sociale et n'osent espérer des changements. Beaucoup rêvent à l'Amérique et d'autres à l'Europe voire même à l'Afrique en développement ou à l'Asie émergeante... La majorité se cloître chez elle devant l'ordinateur, dans la salle de jeu, au patchinko ou à la machine à sous et/ou bien consomme, consomme, consomme... Et quand on parle avec eux, on voit la tristesse de ces vies où la vie de famille est inexistante et l'affection absente.
Je doute que le Japon ait toujours été ainsi. Les "différences" n'expliquent pas tout. Comme beaucoup d'autres avant moi l'ont constaté, les élites nationalistes ont transposé dans le domaine de la société les structures du Japon militarisé. Obeir, être en groupe... Que ceux, occidentaux, qui parlent de confucianisme traditionnel et d'éthique zen aillent se rhabiller : le Japon n'a jamais fonctionné sur ces valeurs si ce n'est son élite militaire du 17ème au 19ème siècle. Mais l'étude des estampes ukyo-e, des dessins sumi-e, la lectures des textes anciens suggèrent un pays plus complexe, fichtrement libéral, "bara-bara", un peu désordonné.
Enfin...
Bon, c'est pas le tout que ça : j'ai des cours à donner.
De Tôkyô,
où il fait environ 22° sous les nuages,
content de son week end...
Suppaiku