jeudi 30 novembre 2006

Du bon travail


C'est l'hiver, et en hiver, il fait bon manger des ramen/ラーメン.

Je suis devant mon ordinateur depuis le début de l'après-midi : il pleuvait. Quand je vous disais que l'hiver arrivait...
Après mon blog sur "la bulle" (prêt à servir mais il faut que je me documente un peu quand même), voici mon "vrai" blog Japon. J'ai repris ce que j'avais écrit sur un autre site et l'ai arrangé sous forme "bloggée". L'avantage un dialogue "critique" sur les conseils que je donne, une forme quasi-wikienne (excuse moi, TB, ai-je le droit d'inventer des mots ? A cet égart, ton message était parfaitement justifié. Dans les phrases qui t'ont agacé, seule la première méritait l'emploi du présent, la suite créant une forme redondante. J'en ai eu le sentiment en écrivant mais, comme je l'ai déjà expliqué, je refuse la relecture. J'écris, point. Ainsi, plus loin, on aurait pu remarquer un terrible enchainement de 2 subordonnées qu'un simple participe présent eu suffit à alléger... J'y ai pensé également, me disant que ce serait pour la prochaine fois... Cet emploi du présent dans le passé n'est toutefois pas, chez moi, en tout cas je l'espère, une forme d'obeissance un quelquonque air du temps linguistique... mais plutôt quelque réminiscence de l'ancien étudiant en histoire. Car les historiens parlent très aisément au présent, ils y sont obligés. L'emploi de tout autre temps empêcherait non pas le "surgissement du passé dans le présent" (style en vogue à l'heure actuelle en effet), mais toute possibilité de perception des évolutions qui font l'histoire et lui donne corp.


Il a obstinément refusé de se laisser photographier, malgré les demandes répétées de la maman, de la grand-mère et du papa. En novembre, c'est la fête des 7-5-3 ans.

Les historiens utilisent donc un présent qui est le présent de l'action principale, de l'objet étudié. Ce qui précède est généralement décrit dans les formes traditionnelles du passé (imparfait, plus que parfait, passé simple et même futur antérieurs quand une évolution précédemment en cours est stoppée...) et on conclut généralement en ouvrant le sujet au futur. Je lis en ce moment un ouvrage de Claude Gauvard (médiéviste, Paris I) et cette utilisation de toute la palette des congugaisons rend très précises, palpables, les évolutions, les temps longs comme les temps courts de l'histoire. Fin de -longue- parenthèse, mais je suis très heureux d'être lu, aussi, avec un esprit critique sur la langue que j'emploie.)
En ce moment, je regarde beaucoup de films à la maison, et je recommence, enfin, à ouvrir des livres de japonais. Mon niveau a baissé à une vitesse hallucinante. La présence dans un pays est une opportunité pour progresser mais nullement un pis-allé. Surtout pour un enseignant pratiquant sa langue maternelle à longueur de temps. Cela étant, ma capacité à écouter du japonais et à utiliser le peu de mot ayant survécu à l'oubli est incroyable.
Mon appartement a déclenché une nouvelle phase : la phase cocooning ! J'aime être chez moi. Je regarde des films touvés ici ou là (surtout là, d'ailleurs...). Volver, d'Almodovar, par exemple, m'a beaucoup plu. Le retour de Carmen Maura, ce visage de vieille femme... J'en ai revu La loi du Désir qui reste mon film préféré.


C'est l'hiver, et on recherche ces érables aux feuilles rouges qui donnent ses dernières couleurs à l'année finissante.

Bon, et le Japon dans tout ça ? Ben, me voici désormais plongé dans un Japon que j'appellerais le Japon de la vie quotidienne.
Hier, je me suis apperçu en faisant les courses que je connaissais par coeur la chanson du rayon "viande", "oishii niku tabeyô" (mangeons de la bonne viande). J'ai eu un éclair de lucidité Houellebecquien et j'ai rapidement bouclé mes courses. Moi qui aime tant flaner dans les supermarchés japonais. Remarquez, les petites boutiques sont bien plus sympathiques... mais les mînes gênés des propriétaire m'empêchent d'y passer trop de temps (d'où le retour à mes bouquins de langue... il me faut du vocabulaire !!!!!). On me parle parfois, on me sourit aussi mais les Japonais sourient finalement assez peu (dans la journée).
Mon quartier est un quartier assez mélangé. C'est un quartier très calme. Mal désservi (une seule ligne) mais rapide d'accès (je suis à 20 mn de mon travail). Il y a des Coréens, des Chinois et des Indiens, peu d'Européens ou d'Américains. Le Japon assimile très bien les populations (on s'y fond très bien car son moule est somme toute confortable, paisible et on s'angoisse assez facilement à l'idée d'être celui ou celle qui viendra rompre un tel ordonnancement), il n'empêche qu'il refuse cette assimilation. Le Japon mène une politique strictement raciale. L'ex président Péruvien corrompu, Fujimori, s'est vu accorder la nationalité Japonaise quand il était poursuivi par la justice en son pays alors qu'il n'avait jamais vécu au Japon de sa vie. En revanche, les descendants de Coréens déportés dès les années 1912 peinent à se la voir accorder, alors que l'on est à la 4ème génération. Ce mélange des nationalités dans un pays qui feint d'ignorer la réalité des migrations ainsi que la compléxité de sa propre histoire n'ira pas sans poser de graves problèmes à l'avenir. Et je ne peux m'empêcher de penser à la France dont la situation parfois explosive est due au même refus de voir la réalité des migrations et des nouvelles dynamiques démographiques.


Celle-là, je vous l'ai laissée en format 5Mpix (j'ai un peu compressé quand même). En regardant cette Divinité Pinceau (combien de pinceaux, stylos nous abandonnons chaque année à leur pauvre sort après les avoir cruellement exploités... ). Regardez dans le détail, je suis sûr que vous retrouverez plusieurs de vos auteurs de mangas préférés qui n'ont pas négligé leur Devoir et Obligation. Cliquez donc !


Une étudiante d'un certain âge m'a ainsi affirmé que le Japon est un pays pauvre, que les étrangers y achètent tout. Je lui ai rappelé que le Japon est la deuxième puissance mondiale, que tout ne va pas si mal, et que les Japonais achètent eux même beaucoup de choses à l'étranger. Elle était perplexe. La réalité des discours nationalistes sur la décadence est une réalité universelle. J'ai entendu les mêmes choses en France... Un historien que j'ai entendu récemment disait qu'il faudra un jour s'intéresser à l'idée du présent glorieux dans l'histoire de la mode (idée que la mode du présent est éternelle, la meilleur pour toujours). Il faudra pousser l'étude à l'histoire de la perception du présent.
A ce sujet, je commence à être très sceptique quand à l'appellation, aujourd'hui communément admise de "décénnie perdue" utilisée pour désigner la période qui part de l'après-bulle et va jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Koizumi. En quoi cette décennie a-t'elle été du temps perdu, et pour quoi ? Pour la première fois depuis l'après-guerre, et pendant 3 ans, une coalition de Centre-Gauche a chassé du pouvoir le PLD puis, ce dernier revenant au pouvoir, ce même Centre-Gauche a décidé de créer un parti politique unifié qui menace le PLD. C'est durant cette période que le Japon a reconnu les déportations de femmes de réconfort et que des excuses ont été faites pour le première fois. L'affaire du sang contaminée par le VIH a été avantageusement traitée par un ministre de gauche, Naoto Kan. C'est à cette époque que ces réalisateurs de cinéma que les cinéphiles aiment tant, Sabu, Sogo Ishii, Miike Takashi, Kawase Naomi, Hashiguchi Ryôsuke, etc, ont réalisé des films qui mettaient en scène la réalité de ce pays corrompu en haut, et réduit à la solitude et la misère affective en bas. Le roman n'a pas été en reste et les années 90 ont vu émerger des auteurs qui, comme la Coréenne Yu Miri, racontaient le réel sans fard. Parallèlement, des mouvements issus de la société civile interpelaient régulièrement l'opinion sur les gachis que provoquaient la corruption dans un pays où, par ailleurs, les vieilles personnes sont quasiement laissées à l'abandon. Est-ce cela, une décennie perdue ?


Spéciale dédicace à TB et Rasen : à quelle série télévisée ai-je pensé en passant à côté de cette "grotte" ? ... he he he..

Oui, pour la droite Japonaise, pour les financiers verreux, les politiciens corrompus obligés de se cacher après que la gigantesque bulle spéculative s'est dégonfléen après que le tremblement de terre de Kôbe ou l'attentat au gaz sarin révèle l'étendue de la corruption, de l'impunité et de l'incompétence. La vraie décennie perdue furent justement plutôt les années 80, quand l'argent coulait à flot uniquement pour enrichir les réseaux d'influence. La décennie perdue, c'est en ce moment, quand toute cette volonté de changement de la société japonaise n'a conduit, en 5 années de Koizumi, qu'au piètre résultat d'une privatisation de la poste et à une reprise économique en forme de reprise technique (parce qu'il faut bien que ça reparte après 10 ans de taux 0 et une sous évaluation chronique de la devise ainsi que des barrières protectionnistes toujours en place...). Dans mon quartier, je les vois, pourtant, ces hommes et ces femmes qui s'habillent en fripe à 300 yen, qui achètent la viande bradée en fin de journée. Leurs looks contrastent cruellement avec celui de ces bourgeois(es) élégant(e)s et néo-bourgeois(es) débraillé(e)s de Ginza, le Japon du PLD, le Japon qui va bien.
Il n'y a eu de décennie perdue, finalement, que pour les riches et les classes moyennes aisées. Pour tous ceux qui sont épris de liberté, cette perte d'influence des élites conformites a du au contraire être un temps béni des possibles.
Bon, allez, assez blablaté comme ça
De Tôkyô,
bavard comme toujours,
Suppaiku

mercredi 29 novembre 2006

Sous le soleil...


Ca y est, elle est belle et bien la candidate du Parti Socialiste. Elle est aussi MA candidate. Bonne chance, Ségo !

Lu sur le site de l'Express au sujet de "l'incident" du Stade des Princes. "le policier était-il directement menacé par les personnes touchées? Pourquoi n'a-t-il pas tiré en l'air? Portait-il ou non un brassard "POLICE"? Peut-on estimer qu'il a agi en situation de légitime défense? Seule certitude: plusieurs dizaines de personnes se précipitaient sur lui et voulaient l'agresser en raison de sa couleur de peau.". On se pose de drôles de questions à la police...
A un an des élections présidentielles, c'est étonnant que le "débat" soit posé de cette façon. Ne devrait-on pas plutôt parler du maintien à un haut niveau des violences racistes en France et de leur impunité ?


Ginza, l'arbre du bijoutier Morimoto.


Ici, c'est donc l'hiver qui s'installe par touches successives. Les nuits sont très fraiches et, malgré quelques épisodes pluvieux, le soleil domine la journée : à Tôkyô, la pluie, c'est d'abord au printemps et en été... ! Il n'y a pas encore de momiji/紅葉/ l'érable japonais qui rougit en novembre, ou encore très peu. Pourtant, alors que les feuilles virent jour après jours, leurs équivalents en plastique qui ornaient les devantures des magasins ont déjà disparu au profit des arbres de Noêl, クリスマス/ kurisumasu.
Avec Kaikai, nous sommes allés la semaine dernière nous promener à Kamakura. Petite déception devant le rougissement tardif des érables dans la région doublée de la crainte permanente d'une averse qui finalement ne vint que très tardivement, à l'heure du retour sur Tôkyô.
J'aime beaucoup sortir de Tôkyô. A Une heure de train, il est très facile de traverser de petites villes calmes, de voir des arbres et des champs, d'entendre d'autres oiseaux que les sempiternels corbeaux de la capitale... Lesquels d'ailleurs ne sont pas sans charme : je les préfère à nos pigeons parisiens... Kamakura est une "bourgade" au passé prestigieux puisqu'elle fut la seconde capitale quand commença la dynastie des Morimoto, le premier Shogunat (commandement militaire) du Japon, vers 1192 si ma memoire ne me trompe pas. L'époque de Kamakura est celle qui vient à l'esprit des occidentaux quand ils pensent au Japon : c'est l'époque qui voit apparaître le guerrier à cheval samurai (qui existait auparavant mais qui donne sa tonalité guerrière à cette époque) et ses valeurs religieuses : les samurai vont trouver dans le Chan chinois qui est importé à cette époque la source de leur abnégation et de leur résignation à périr s'il le faut. On connait cette secte sous le nom japonais de Zen (on est donc loin de ces histoires de méditation et de cosmétique en vogue en occident). C'est aussi à cette époque que de nombreuses villes vont commencer à se développer et donner au Japon cette classe de marchand et d'artisans qui donnera au pays une riche culture urbaine et populaire qui propèrera au temps de la paix retrouvée, à partir du 17ème siècle.
Kamakura continura les traditions de Kyôto et beaucoup de temples, de statuts que l'on peut y voir témoignent d'une grande parenté artistique. C'est peut-être ce manque de continuité qui m'a le plus surpris à Nikkô et qui m'a laissé très perplexe. J'aime et je préfère donc Kamakura dont les codes me sont plus accessibles, plus familiers. Car mon Japon, celui de mon enfance, ne fut pas un Japon du zen, il fut avant tout un Japon des maisons de bois, des femmes en kimono, du koto et du shamisen ou du biwa, et c'est finalement à Kyôto, comme vous le savez, que j'ai pu en voir, en ressentir quelques traces, quelques bribes, quelques odeurs.
Kaikai et moi continuons nos ballades, nous nous retrouvons quand c'est possible et je continue de cuisiner quelques plats français. Ce soir, par exemple, il y aura une soupe de légumes (pomme de terre, carottes, choux fleur et choux, lait et crème fraiche) gratinée, une salade et une viande grillée, une tarte au pomme (menu provisoire), bref un repas "familial"... Nous fréquentons les musées de Tôkyô. Nous avons bouclé notre réservation de Shinkansen pour passer la fin de l'année à Kyôto, pendant 6 jours.
J'ai découvert par hazard le site "copains d'avant". Ca a été le choc de la semaine dernière, revoir ces noms auquels je ne pensais plus...
Bon, je vous laisse pour le moment, mais comme je vous l'ai dit, j'ai pas mal de choses à raconter, je reviens... !
De Tôkyô,
cordialement vôtre
Suppaiku

mardi 28 novembre 2006

Excusez-moi, je reviens tout de suite !!!


La semaine dernière, promenade à Kamakura. C'est l'automne et ça sent déjà bien l'hiver...

Toutes mes excuses... Tenir un blog, qui plus est le fournir de photos est un exercice bien difficile ! Flemme monumentale en ce moment ! Enfin, me revoici. Je vous poste des photos et un podcast dans la foulée. Patience...
J'ai beaucoup de choses à raconter... J'ai corrigé les erreurs de codages consécutives au basculement (pour vous invisible) vers le nouveau Blogger et rajouté quelques liens vers des sites que j'aime et où je vais.
À plus tard,
de Tôkyô,
pressé,
Suppaiku

lundi 13 novembre 2006

Mais où est le problème ?



Un certains nombres d'enseignants travaillent dans des entreprises privées côtées en bourse dont les publicités envahissent le métro : service payant. Inégalité. Ségolène Royal propose que ces enseignants le fassent dans les écoles publiques. Donc gratuit. Donc pour tous. On dit qu'elle est réac, de droite... Est-ce de gauche, laisser se développer les entreprises privées de soutien scolaire avec déductions fiscales pour les parents qui y envoient leurs enfants ? Personne n'a noté au passage que, dans le second débat, Ségolène a proposé que, concernant l'école, ce soit "école publique/ fonds publiques - école privée/ fonds privés"... Sa proposition sur le soutien scolaire va dans le même sens. Si ce "service" doit se développer, et il se développe, si ce service a recours à des professeurs enseignants dans le secteur publique, et c'est le cas, alors l'état doit assurer le développement de ce service en son sein afin que les enfants pauvres aient accès à la même qualité de soutien scolaire que les enfants riches. Gratuitement. Suis-je de droite si je pense comme ça ?
Les médias ont lâché Ségolène et comme pour le rédérendum, ils ont choisi Fabius le nouveau champion du "rase-gratis", le simili-Mitterrand qui cause à gauche avant, s'il est élu, de renoncer à droite ! Les médias, majoritairement contr^lés par la droite, ont compris que Ségolène, bien que conservatrice sur certaines questions de société, n'en était pas moins vraiment de gauche et qu'en plus, elle n'avait en rien peur de discuter avec des militants sans leur causer de haut. Bref, qu'elle n'était pas une potiche destinée à diviser la gauche, comme prévu, en délectation pipole et frivolités blairiste, mais bien une politique chevronée, formée par Mitterrand, qui cherchait ses références dans les social-démocraties nordiques, souhait la naissance en France d'une culture syndicale de masse. Bref, qu'elle avait un discours plus solide que prévu, une vision du socialisme... (elle fera un très beau ticket si elle accepte que Strauss-Kahn soit son premier ministre...). Et encore pire que tout, ce qui était le plus pipole du truc, son "copain" est le chef des socialistes, non seulement ne pipolise pas plus le truc en rebondissements certainement espérés (il voudrait y aller aussi, etc) mais s'est au contraire transformé en machine à faire gagner Ségolène. Car derrière son côté flamby se cache une intelligence fine naguère repérée par Jacques Attali : François Hollande n'est pas une marionnette mais un fin politique lui-aussi. Ce serait Clinton qui aurait compris que sa compagne est encore mieux que lui. Autant dire un type bien, moderne... !
Lisez Yahoo et les autres médias : depuis 1 mois, on commence à y répendre des infos salaces sur Ségolène, on commente son "tassement" dans les sondages, on souligne ses faiblesses... Les médias vont fabriquer les divisions car leur joujou s'est révélé plus habile qu'eux. Diviser la gauche avec une jolie poupée, oui. La faire gagner avec une socialiste, jamais !
Je vous laisse juger vous même avec la fameuse vidéo si vous ne l'avez pas vue. Ecoutez bien, pour ma part, je suis parfaitement d'accord : ces publicités pour des boîtes privées de soutien scolaire m'ont toujours choqué. Bravo Ségo !
De Tôkyô,
Ségoléniste,
Suppaiku

vendredi 10 novembre 2006

Nakayama Miho (updaté)

Je ne pouvais pas résister à vous montrer celle-là...
BODIKON ATTAK !



La même chanson...

jeudi 9 novembre 2006

Moritaka Chisato (updaté)

La voilà, "LA" Moritaka. Chisato, ou "tout dans les jambes"! La reine des mini-jupes et des épaulettes. Tiens, pour information, ces épaules larges, vous savez d'où ça vient ? Au milieu des années 70, les jeunes créateurs (Muggler, Thomas, Rykiel, Montana...) se sont inspiré de la mode des années 30/40 ce que les jeunes gens moderne (les jeunes rockeurs new-wave) ont repris en dévalisant les friperies où on trouvait de la sappe pas chère. Vers 1979, les créateurs se sont émancipé de la touche rétro mais ont gardé la ligne générale : taille appuyée et épaules larges, ourlet au genoux bref, une fusion années 30/40 et décennie 50/60 ! C'est Claude Montana qui a le premier "surdosé" les épaules dans sa collection printemps/été 1980 (regardez ici la couverture de l'Officiel de la Mode, mars 1980).









Le destin d'une Reine...


Supermarché Jusco près de chez moi, hier... Fromage Lorrain Marie-Antoinette et pseudo-camembert Lorrain Jeanne d'Arc en solde... La vie tient à peu de choses...

Etrange passion que cette passion pour les destinées tragiques des têtes courronées et autres soldats... Depuis Yoshitsune, les Japonais cultivent un goût prononcé pour les fins tragiques. Ainsi, il n'est pas rare que mes élèves connaissent mieux Marie-Antoinette et Jeanne d'Arc que des personnages de l'histoire du Japon. Cette connaissance est toutefois une connaissance "romantique". On aime cette Reine délaissée par son mari et haïe par son peuple, cette mère arrachée à ses enfants, livrée aux bras d'un amant nécessaire et finalement bafouée, guillotinée. Aucune pitié pour Louis XVI, seule Marie-Antoinette est adulée : la bande dessinée Lady Oscar / La Rose de Versailles n'a rien fait pour le roi, seule la reine compte dans cette saga à l'eau de rose... (adaptée au cinéma et mise en scène, au passage, par Jacques Demi en 1977). Même sort pour la "petite" Jeanne. Les Japonais aiment qu'elle ait entendu la voix d'un ange, cela la rend sainte, et les Japonais aiment les saintes. Je n'ai jamais vu autant de personnes me parler de l'église de la médaille miraculeuse, à côté du Bon Marché. Une église dont j'ignorais jusqu'ici l'existance... Les Japonais ne sont pas chrétiens mais ils cultivent la superstition prudente : on ne sait jamais. Enfin, le Japonais... plutôt les Japonaises...


Fushimi, août 2005. Il faut marcher au moins 2 heures pour en faire le tour. Les escaliers montent, montent, montent... La fatigue efface le temps, ne reste qu'un temps qui passe, la fatigue, la transpiration et l'effort. Et cette odeur de forêt, l'humidité, le chant des oiseaux, le soleil qui filtre ici ou là. Ici, le Renard veille et épie les gestes, il est partout. Sur son dos, vous franchissez les ostacles...

Je vais donc passer mes premières fêtes de Noêl au Japon... Noêl à Tôkyô, le Nouvel An à Kyôto. Trouver un hotel n'a pas été facile du tout, tous plein entre le 30 et le 2 décembre, mais j'ai contacter mon hotel habituel qui m'a, finalement, trouvé une chambre. J'espère qu'il neigera...
J'ai acheté un magazine/guide de Kyôto, le seule qui parle d'autre chose que de promenades déjà pensées et de restaurants tous meilleurs les uns que les autres... Revoir ces lieux visités il y a un an, il y a 2 ans, il y a 3 ans... Je garde avec Kyôto une affinité particulière, comme une entente personnelle qui ne s'explique pas. C'est à Kyôto que j'ai commencé à me reconstruire, que j'ai commencé à souffler, et que j'ai enfin, pour la première fois, pleuré pour ce qui me semblait être alors une injustice... C'est à Kyôto que j'ai compris, l'année suivante, que ce n'était pas une injustice, que c'était ma vie, et c'est à Fushimi que je me suis promis de ne plus me plaindre. Je m'y suis perdu dans la fraicheur humide le premier jour et j'ai mis du temps à retrouver mon chemin, il faisait presque nuit en sortant de la forêt... Et le dernier jour, j'y ai évacué mes dernières tristesses, j'ai apprécié cette marche au soleil. On était le 20 novembre et la brume s'était finalement levé comme spécialement pour moi. A Fushimi, je suis chez moi et il me tarde de revoir Kyôto. Comme l'an dernier, en arrivant, épuisé, et malgré la chaleur, c'est à Fushimi que j'ai réservé ma première visite. La beauté de Kyôto est le plus puissant médicament que je connaisse : il guérit du mal de vivre... Tout est consigné dans ce blog...
Kyôto me manque.


Shimokitazawa, un train passe vers 21 heures, samedi dernier. Un visage, figé, émerge...

Mon quartier actuel, mon appartement me reposent. Mais c'est en visitant fréquemment l'ouest que je retrouve l'énergie. Dimanche dernier, j'ai retrouvé mon amie Joelle qui visite le Japon en ce moment.
Après avoir dîné d'un カレーライス dans 銀座/Ginza, je l'ai emmenée à 下北沢/ Shimokitazawa où nous avons pris un coctail après avoir marché dans les rues et pris l'atmosphère.
Chacun sait comme j'aime ce quartier, sa jeunesse. Ici, je ne me sens pas étranger, peut-être juste un peu vieux, mais cela, ce n'est pas grave, c'est normal.


Passage à niveau à 下北沢.
Rendu célèbre en France avec le film Tokyo Eyes.


J'aime de plus en plus l'ouest de Tôkyô. Ainsi, vendredi dernier, le soir, Kaikai et moi nous sommes retrouvés à 渋谷/ Shibuya. Ici, c'est jeune, les visages sont souriants. La vie n'a pas encore standardisé les comportements. Les looks sont parfois surprenants. Je me demande souvent comment ils seront dans 10 ans, ces jeunes, s'ils travailleront ou s'ils ne deviendront pas à l'instar de leurs équivalents Anglais de la fin des années 70 des marginaux "routards" exclus du système. Un "système" particulièrement brutal au Japon... Ces jeunes ont beau être superficiels et souvent bien ridicules (ces filles hyper-bronzées en ce moment avec le visage reblanchi/ chromé et leurs cheveux blonds... ces garçons aux cheveux gris longs gonflés laqués...), ils sont jeunes, ils sont drôles et ils s'amusent. Mais l'enchainement des petits boulots pour vivre "sa" liberté a une limite : le Japon n'aime pas les marginaux, et un CV trahit puis anihile toutes les ambitions...
A Shimokitazawa, pas de marginaux de ce type. Plutôt une ambiance de 11ème/ 20ème arrondissement au milieu des années 90... Sympa, quoi.


Ici, c'est déjà Noêl. Jeudi dernier, à Ebisu.

Voilà. Je m'arrête ici, je veux sortir : il fait vraiment très beau. Au fait, passez donc voir mon site sur la bulle... J'ai enfin de nouveau envie de raconter des conneries et parler pour ne rien dire...

De Tôkyô,
bien au chaud dans son "loft"
Suppaiku

PS : pour Nicholas, au Texas. Toutes mes excuses si je t'ai appelé Eric dans le précédent post...

5 minutes et quelques de Bulle (cliquer)

Qu'est-ce qui a changé depuis 15 ans ? On nous parle de décennie perdue, comme si une crise économique gelait le temps. Foutaise ! Le Japon s'est profondemment transformé. Les Japonais ont encore du mal à parler de ces 3 ans de folie, elle leur semble lointaine et presque honteuse...
Prenons donc le dorama Tokyo Love Story produit par Fuji Television et diffusé pendant l'hivers 1990-91. A ce moment, le Japon ne sait pas encore que la partie est terminée... (extrait : 1er épisode, sous-titres réalisés par AriaCréation TeamWork).


Cheveux longs, sourcils un peu épais, la beauté "bulle" est très différente de la beauté de nos jours. Les manteaux ont une apparence luxueuse, ample. Cheveux long bouclés et de couleur naturelle. (Tokyo Love Story, FujiTV 1991)

Le cinéma, les magazines et la télévision sont de fantastiques créateurs de "condensé" d'époque. Revoir un film, revoir un vieille couverture, se replonger dans une ancienne série... La kitschisation à outrance des époques passée jette un voile en tentant de réduire la distance qui nous en sépare. On arrive ainsi à ce que de jeunes gens regretttent les "années 70", par exemple sans les avoir, bien entendu, vécues.
Or, ce qui est le plus intéressant, dans une époque révolue, c'est justement le degré de répulsion qu'elle peut provoquer, car c'est là peut être que peut s'éveiller un certain degré de sympathie, aiguisé par l'humour. Oui, "nous" avons été comme ça. Je me souviens dans le milieu des 80's, cette attirance pour les 70's dans mon petit groupe d'amis. A cette époque, tout le monde détestait. Nous étions fascinés par ces pantalons à taille ultra haute en tergal et pli permanent qui moule les fesses et ne font pas de plis au genoux que de vieux catalogues de vente par correspondance nous vantaient, les fibres "élastane", cette décontraction cool et modernes des classes moyennes enfin rentrées dans l'histoire et revendiquaient leur part d'élégance. Il est impossible de comprendre ce que nous ressentions quand on ne l'a pas vécu... Nous riions de ces chaussures compensées en liège, ces chemises à grand col. Tout le monde détestait, à commencer par ceux qui se sont rués dessus quand c'est redevenu à la mode. Moi, cette mode m'a littéralement fait gerber. Comment peut on, sérieusement, aimer de tels vêtements... ?


L'élégance masculine au temps de la bulle. Pas de cheveux longs comme maintenant. Les jeunes cadres ont les cheveux bien coupés, bien coiffés, gominés. Le costume est carré, ample. (Tokyo Love Story, FujiTV 1991)

L'époque de "la bulle" provoque en moi des sentiments étranges. Tout d'abord parce que c'est l'époque de ma jeunesse. Ensuite parce qu'habitant Paris, je les ai vues, ces jeunes Japonaises encore plus fin d'années 80 que chez nous, allure bourgeoises avec des épaules de camionneuses.
Si vous jetez un coup d'oeil "expert", vous reconnaîtrez un bippeur (appareil qui envoyait un message avec un numéro de téléphone à rappeler... d'une cabine téléphonique), une cabine téléphonique (en reste t'il encore tant que ça ?), un téléphone de voiture à fil et un téléphone portable NTT pesant environ 800 g... Vous constaterez (malgré l'encodage sévère) que les cheveux sont tous bruns, que l'épilation des sourcils est différente de celle en vigueur aujourd'hui, bref, que les Japonaises n'ont pas la même tête maintenant. Les épaules carrées complètent le tout. Je ne sais pas si c'est une idée, mais la manière de parler me semble moins naturelle que dans les doramas de maintenant, plus guindée...
Et il y a ces longs imperméables...
(à suivre)

mercredi 8 novembre 2006

Levé à 7 heures ce matin...


Samedi dernier, 小石川後楽園/ jardin Koishikawa... c'est l'automne... et ce n'est que le début, les érables ne sont pas encore rouges, à Tôkyô...

Ciel radieux sur Tôkyô, il devrait faire environ 21° aujourd'hui... On en a pour une semaine il semblerait... J'avais suggéré à mon ami Alain de venir vers cette période. Il en a été empêché, c'est dommage. Je vous confirme tout de même que novembre est un mois idéal au Japon. Très frais la nuit (environ 12/13°, ce qui reste convenable) et doux dans la journée, presque "printanier", finalement. Tôkyô attend désormais que les feuillages de ses érables virent au rouge. Et en fond de cette attente, les illuminations de Noêl... Partout au Japon, dès septembre, il est question de 紅葉/momiji, les érables. Ils sont le comput de la saison, le symbole de la marche du temps, de l'automne. Mais quand arrive le moment où 紅葉 vire au rouge, c'est que déjà, quelque part, l'hiver est désormais commencé : fraicheur de plus en plus prononcée des nuits, amoncellement des feuilles mortes dans les jardin et, petit à petit, alternance de grisaille et de soleil. Samedi dernier, nous nous sommes promené dans 小石川後楽園/ jardin Koishikawa dans 文京区/ Bunkyô-ku (M° 飯田橋/Iidabashi ou 小石川/koishikawa). Ciel de plus en plus bleu au fur et à mesure de la promenade et, comme la semaine précédente pour le Palais Impérial, température quasi-estivale quand le soleil est au Zénith. Par endroits, désolation automnale... Fantastique.
Je continue mes scans. J'en ai, de toute façon, pour un bon moment. Ce travail m'a fait réaliser un changement majeur dans l'organisation de l'espace, chez moi. Mon "loft" n'est plus la chambre mais devient un espace de travail : écriture, lecture et donc, scan. Cela apportera toute la tranquilité nécessaire, ne pas être obligé de "ranger" toujours, c'est à dire, bien souvent, désorganiser. Alors que, de toute façon, il faut faire son lit tous les jours donc... Me voilà donc avec un bureau... Il y a mes livres, le disque dur et le scanner, bientôt l'imprimante, etc. Et il restera bien la place d'en faire une chambre d'amis. Je trouve ce studio décidemment bien organisé, bien pratique.
Hier soir, visite de Mr NHK... Ca m'a coûté 2,790円 pour deux mois... Eh oui, il y a une redevance, au Japon. J'attendais sa visite, de toute façon. Au passage, si ça intéresse quelqu'un, mes charges "lissées" sur un mois sont les suivante :
mon appartement a une superficie de 20m2 + 5m2
électricité : env. 2,600円
gaz : env. 1,500円
eau : env. 1,600円 (en fait 2,400円 du 15/9 au 07/11)
internet + tel. : env. 6,000円
NHK : env 1,350円 (j'ai payé hier la "pénalité" de collecte à domicile, soit 100円)
Un total de env. 13,000円, ce qui représente environ 6% de mes revenus et reste donc par conséquent très abordable (je ne supporte plus les comparaisons € qui ne veulent rien dire, et préfère le pourcentage qui donne, lui, une idée réelle du coût). Comme mon loyer Sakura House était de 85,000円 tout compris, je paie 8,000円 de plus. Pour ce degré de confort, ça le vaut vraiment. Qui a dit que le Japon était si coûteux ? A noter que j'inclus NHK alors que Sakura House est en infraction à ce sujet (ou pour être exact, les habitants Sakura sont en infraction).
Mon appartement possède, au passage, une réelle qualité : il est plein sud, avec des fenètres et un vasistas : le soir, malgré le froid, il reste encore la chaleur de la journée, le soleil tapant en plein sur la grande porte fenètre réchauffant toute la pièce. Et, je l'ai testé, le rideau métallique est très efficace pour arrêter la chaleur en été. Bref, je n'ai toujours pas utilisé l'air conditionné... On verra cet hiver, et on verra l'été prochain...
J'ai regardé le débat des Socialistes. Pas mal, intéressant. Les Américains qui pouvaient le regarder en direct ont du avoir une image nouvelle de la France, aux antipodes des mensonges Républicains. J'avoue être heureux de constater que c'est de la gauche que vient une image positive de notre pays. Vu d'où je suis, cela m'a fait vraiment plaisir. Ségolène est battante, Strauss Kahn est intelligent, autant dire que c'est là mon "ticket". Fabius est bon mais, on a déjà donné avec Mitterrand... En tout cas, les Socialistes ont donné une image moderne et nouvelle de la France, ils ont montré qu'ils ont bien plus d'idée qu'une droite qui ne cherche le pouvoir que pour continuer à donner à ses amis les entreprises rentables (autoroutes, gaz, électricité et, n'en doutons pas, demain la SNCF et la Poste ou pour le moins ses services financier ou la Caisse des Dépôts). La France n'est plus qu'un prétexte, une coquille creuse, pour la droite, un lustre de Pouvoir et ds intérêts financiers. C'est, plus que jamais la gauche qui donne corp à cette "idée" auquel même De Gaulle se référait autrefois.
Bon, je vous laisse. Il est 9h30. Un peu de ménage et une lessive et une ballade.
De Tôkyô,
matinal,
Suppaiku

PS : bonjour au "gros point rouge" au Etats-Unis, le message m'a fait plaisir ! Alors, salut Eric !

lundi 6 novembre 2006

Pourquoi "la bulle" ?


"The Moritaka"... 1989, en pleine bulle. La Bulle, c'est l'éclosion d'une incroyable bulle spéculative dans l'immobilier ainsi qu'à la bourse sans aucune mesure avec les Etats-Unis ou l'Europe à la même époque. Un phénomène plus comparable à ce qui s'est passé dans les années 20. La "Bulle" a ainsi été à l'ère de la dérégulation ce que "les années folles" ont été à la société de masse naissante des années 20.
Au Japon, ainsi, on se mit à s'endetter pour placer en bourse en hypothéquant sa maison dont, théoriquement la valeur devait doubler dans les 6 mois... Ainsi, au bout de 6 mois, on avait non seulement doublé sa mise en bourse mais en plus doublé sa capacité d'endettement. Et ainsi de suite, et tout cela durant 3 ans... La santé florissante du Japon (car ce phénomène dopait la croissance au moment où celle des USA s'applatissait après le krach de 86) aspirait les capitaux en entrainant la survalorisation de la bourse et en surenchérissant le Yen. Début 90, le PIB Nippon dépassait le PIB américain. Du jamais vu.
Autant dire que c'est un sentiment de richesse qui s'est répendu alors à toutes les couches de la société, comme dans les Années Folles. En regardant des photos de l'époque, ce qui me vient à l'esprit est une impression de sublimation extrème des idéaux esthétiques des 80's. La Bulle, c'est les 80's dans les 80's, en quelque sorte.
Ca mérite un blog spécialisé. Non ?

jeudi 2 novembre 2006

Entre soleil et pluie


Période Pelleport, 1997. Siouxsie est encore jolie. Amaigrie et certainement malade, mais encore jolie. J'aimais la prendre en photo, un exercice banal de mise au point : ouverture maximale pour "flouter" le plus possible, isoler cette tête, ce "visage". Elle se prêtait au jeu avec patience...

Tôkyô, Japon, novembre 2006. Depuis hier soir le temps défile sous mes yeux. Visages et lieux. Siouxsie ma chatte, qui m'a accompagné pendant près de 15 ans avant de disparaître, malade, souffrante, malheureuse. J'ai ressenti en la revoyant sur la fin de sa vie la même souffrance en moi, la même blessure que quand elle mourût devant moi. Je m'en souviens comme si c'était il y a 2 minutes. Elle avait comme d'habitude été faire ses besoins et comme d'habitude avait vômi... Je la voyais pourtant continué à chercher quelque chose, à tourner. Elle s'est mise sous un meuble, j'ai voulu l'attrapper elle a soufflé très timidement. Alors je l'ai attrappé, ai préparé un coussin sur le canapé et je l'ai caressée. J'ai compris que c'était la fin, je crois que nous avons pleuré tous les deux. Sa petite vie s'est éteinte doucement, organe par organe jusqu'à ce qu'elle ne respire plus. J'étais épuisé. J'ai pleuré. Je ne me suis jamais senti aussi seul qu'à cet instant, je n'avais jusqu'alors jamais regardé ni la maladie ni la mort ni les êtres comme je l'ai fait à ce moment là. Siouxsie...
En Siouxsie était renfermé un pan entier de ma vie. Je n'ai pas tardé à faire mes bagages, à partir. Il y a eu Londres, puis Paris de nouveau, et puis mes premiers voyages au Japon et ce départ pour plusieurs années, toujours qui sait...
Mes photos ne sont pas des chef d'oeuvres, je n'ai jamais cherché ce résultat. Elles sont des traces, traces de mes promenades, traces de nos bavardages et de mes rencontres, du temps qui a passé (j'utilise sciemment l'auxiliaire "avoir"). Mes amis et moi même y vieillissons sans nous en appercevoir, sous mes yeux.
J'ai simplement, comme naguère quand j'écrivais tant, omis de montrer, de développer, d'exposer, de révéler. Le choc est immense.

Période post-Londres, Bonne Nouvelle. Je mitraille en me balladant à vélo. Cela va durer jusque 2003. 2003... Paris va progressivement ne plus m'intéresser, et ma vie avec... Pourtant, la nuit, un peu saoûl, à vélo, en revenant de chez Nicolas et en bifurquant par le Pont Alexandre III, que de plaisir à retrouver cette lumière, ces murs... L'ombre d'Asnières... En quittant Asnières, je ne me rendais pas compte à quel point je quittais un endroit où j'avais été heureux.

Paris ne m'est jamais parue aussi belle que depuis hier soir. Jamais Tôkyô ne m'offrira ces coucher de soleil, en hiver, au dessus des invalides, quand la Tour Eiffel qui pointe au delà de Saint Dominique s'illumine et donne à Paris son centre de gravité. Paris, Lumière du Monde... Et ces rues que je retrouve au gré de ces promenades que je reconstitue, intactes en ma mémoire, ces rues mystérieuses chargées d'histoire visible.
Je scanne depuis ce matin, j'attends le pluie qui, parait-il va finir par arriver. J'ai scanné 5 films... Ce soir, Kaikai va venir me retrouver. Tout à l'heure, je pensais à Siouxsie qui m'avait finalement retenu 15 ans, m'empêchant tout voyage. Mais aussi auquelle j'étais attaché. Et je me demandais s'il y avait un tel délai d'attachement à un Kaikai, si de nouveau j'aimerais durant 15 ans... Ca vous parait bizarre, si je me demande si je suis au Japon pour 15 ans ? Relisez donc Le Petit Prince, s'il vous plaît...


Asnières. Septembre/octobre 1998. Tarika en avait assez de me voir en colocation à Pelleport quand elle avait un logement vide invendable (c'était la fin du krach) à Asnières. Après quelques travaux de rafraîchissement, j'y emménage. S'ensuivent 1 année de profonde transformation. Je quitte le lycée où je travaillais pour un salaire de misère à faire du secrétariat, je renonce à l'histoire et je commence à travailler dans la finance. Parallèlement, libéré de soucis financiers immédiats pour la première fois de ma vie, j'achète des livres que je dévore, j'écris beaucoup et je refais beaucoup de photos. Je n'habitais plus Paris mais jamais je n'en avais profité autant... Je devais pourtant quitter cela pour réaliser un rêve, vivre en Angleterre. J'ai quitté ce bonheur de trentenaire installé pour une nouvelle marginalité, qui me permettrait toutefois de me ressentir "jeune" comme jamais auparavant... En rentrant à Paris, j'avais tout perdu...

Ciel gris au dessus de moi. Il faudra bien que je sorte de chez moi, je dois rendre mes livres à Iidabashi. Je pense ensuite filer à Ebisu à la Maison Franco-japonaise où je ne suis encore jamais allé mais qui, paraît-il, est intéressante. Ce soir, je retrouve Kaikai car demain est un jour de congé, ici. Qu'allons-nous faire demain matin avant que je ne parte travailler... Mystère...
De Tôkyô,
occupé,
Suppaiku

mercredi 1 novembre 2006

Je me suis acheté un scanner...


... une chaise que j'avais trouvé dans la rue, vers 1998, quand j'habitais Asnières... Elle a du finir où je l'avais trouvée, après mon départ pour Londres. Asnières ou un Paradis perdu, un temps lointain. Une sensation que je commence à retrouver ici...

... et ça fait mal... mais ça fait beaucoup de bien. Revenir jusque 20 ans en arrière...
Je revois beaucoup de monde, de lieux, mes auto-portraits, quelques amants et mes expérimentations. La photographie m'accompagne depuis 20 ans, j'aimerais partager. Je me raconte ici, il me manque l'oeil, 50mm. Pas le truc digital comme maintenant. Non, l'oeil. Je n'aime que la pellicule.
Je dois bien avoir avec moi, ici, près de 2/3000 photos à scanner. Paris, Londres... Un peu la Bretagne ou la Sarthe bien entendu. Mes yeux...
J'ai écris ce matin à mon ancienne collègue et un peu amie O., que
"J'ai rêvé de vous la semaine dernière, vous vous demandiez ce que je faisais là, et moi aussi. Bien sûr, il n'y avait pas de place pour moi. Le lendemain, mes appartements successifs à Paris étaient peuplés de bêtes étranges, inconnues, et je tentais, en vain, d'y rentrer. Depuis, mes rêves sont au Japon. Un Japon avec des immeubles parisiens, cette nuit, mais je m'y sentais au Japon, il y avait une bonne boulangerie, il fallait que j'y achète du pain : j'étais dans le quartier français, une "rue montorgueil de mes rêves" que je ne cesserais désormais de visiter dans mes moments de nostalgie. Mais si mes rêves m'y conduisent parfois, c'est, je crois, que je suis bien installé ici. Mon cerveau a compris que je n'ai plus ma place en France, en tout cas pour le moment.
Je me remets doucement à écrire, à faire de la photo..."
Rien mieux que cela ne me raconte.


Frédérique.
Depuis près de 30 ans. Ici, en 1998.


De Tôkyô
où il est tard,
Suppaiku