jeudi 26 juillet 2007

Une vraie révolution, qu'est-ce que c'est ?

Les grosses chaleurs sont de retour, il était temps.
Je vais inaugurer aujourd'hui ma "période récit". Vous raconter mon quotidien, qu'est-ce que c'est fatiguant quand pour ma part je suis hanté par l'histoire, le temps qui passe et ma vie qui, à bientôt 42 ans, ressemble déjà un peu à un bilan...
Je ferai aujourd'hui dans la métaphore. La gauche auquel j'appartiens, la "vraie" deuxième gauche en France, est aujourd'hui privée des tous ses outils conceptuels, dont le plus important : le marxisme. Quand elle se sert de ses outils, c'est pour en faire une utilisation caricaturale, "morte", aux antipodes de ce qu'ils furent, outils d'analyses, terreau de la pensée, raisons d'agir et capacités d'inventer. Du marxisme sortir les grands partis sociaux démocrates européens qui batirent les États Providences, les organismes de régulation mondiales comme l'ONU. Le marxisme donnait de la force aux idées de progrès des lumières en les appuyant par des luttes sociales, car Marx considérait, et à mon avis avec raison, que le progrès démocratique n'est pas automatique mais qu'il résultait d'une volonté collective organisée. Par la suite, la première guerre suivi par la "catastrophe bolchévik" (un coup d'état déguisé en révolution dans un pays sous-développé) allait fossiliser l'inventivité de cette idéologie, en briser sa force. Le premier crime du communisme est d'avoir tout fait pour tuer la jeune République de Weimar. D'autres suivirent.
L'extrème gauche aujourd'hui joue de l'incantation avec un outil qu'elle lustre comme elle peut mais dont elle a oublié le sens et l'utilisation, sous le poids fracassant de notre propre histoire. Le communisme stalinien survit aujourd'hui dans le désert conceptuel démarxisé de la charité et des "vrais gens". Quand au socialisme démocratique, il faut bien admettre qu'il n'a plus de socialiste que le nom et qu'il faut être généreux pour trouver une seule trace de réflexion sur ce qu'est réellement une démocratie. Pas étonnant que certains puisse trouver Bayrou séduisant : il a pour lui d'avoir au moins un horizon, l'Europe Fédérale. Un horizon qu'en bon socialiste, je partage parfaitement. En socialiste privé de parti. Vous voyez, je ne change pas mon discours. Je suis résoluement marxiste, mais je conçois la possibilté d'une réelle convergence avec des Européens Fédéralistes autours d'un projet de Constitution Fédérale.
La métaphore, alors... en musique.
Voici la gauche telle qu'elle est. Nulle, ringarde, sans sens. Inaudible. C'est du Ségolène. Ca cause à vide.

Je vous ai souvent parlé de ma passion pour la musique ancienne. Mais savez vous qu'il s'agit d'une aventure moderne, datant d'il y a une cinquantaine d'année. Savez vous que Vivaldi, Bach et même Mozart traversèrent au moins 150 ans d'oubli ? Qu'à la fin du 19ème siècle, on redécouvrit Mozart et qu'on en chantait uniquement des "airs" ? Que Vivaldi doit sa résurrection à la découverte d'une armoire remplie de partition à Turin dans les années 20 (et qu'il est donc faux que l'on jouait Vivaldi sur le Titanic)? Que tous, à commencer par Bach, subirent lors de leur redécouverte le ripolinage du romantisme : grand orchestre, piano, archets langoureux, rythmes élégants et emploi de fioritures pour "faire ancien" ? Tout un pan de musique Européenne a disparu, démodé par le classissisme à la fin du 18ème et renvoyé dans l'ombre par les lumières de la Révolution puis les guerres de l'empires et les valses tourbillonnantes de la restauration. Oubliés, les Couperins, Carrissimi et autres Geminiani, Rebel, Monteclair... On jouerait désormais L'Allelujiah du Messiah avec 400 choristes et 200 musiciens, en rythmes bien lents, élégants.

La redécouverte, j'aimerais la dédier à une grande dame, madame Wanda Landowska. Rien n'est plus archaïque aujourd'hui que ce clavecin énorme, fabriqué par Pleyel et qui ressemblait à un piano, mais quelle intuition au début du 20ème siècle, que penser que pour "retrouver" cette musique, il fallait un instrument qui ressemble à un instrument de l'époque. Son clavecin "modernisé", privé de toute résonnance, acidité, à la sonorité lisse n'en est pas moins un clavecin. Et nous devons à cette femme dont le nom raconte à lui tout seul l'aventure européenne du 20ème siècle ( Juive Polonaise exilée en Allemagne, en France puis aux États-Unis), les premiers enregistrements de Bach ou Couperin.
Voilà où nous en étions.
Vers 1949, le Haute-contre britannique Alfred Deller contacta de jeunes musiciens de la Philarmonie de Berlin. Il en avait assez de ne pouvoir utiliser sa voix aigue que pour de rares occasions et désirait travailler le répertoire Élisabetain si possible autrement qu'accompagné au piano comme on le faisait alors. C'est de cette rencontre que naquit l'idée de créer une petite formation qui travaillerait à l'ancienne, à 2 ou trois musiciens. Un pianiste se mettrait au "clavecin" : Gustav Leonhard. Un violoncelliste accompagnerait : Nikaulaus Harnoncourt, et Deller prendrait un luth. Très vite, pourtant, ils comprirent que quelque chose clochait, que la voix couvrait les instrument modernes, aux sonorité mates destinées au grand orchestre. Les trois amis se mirent alors à utiliser des instruments anciens : cordes en boyeau, "vrai" clavecin. Un enregistrement de 1956/57 a gravé ces premières tentatives (je ne l'ai écouté qu'une fois, c'est monstrueux, ça sonne paysan et pourtant... c'est incroyablement juste). Le petit noyeau de pionniers s'agrandit au fil des années pour former le Concentus Musicus Wien. Une première compilation de 1963 fut reçu par la critique par une salve d'injure. De "vous ne savez pas jouer", "ça sonne faux" à "arrêtez vos expériences", "il fait respecter Bach", tout fut bon pour décourager la tentative de retrouver non la lettre de cette musique, mais son esprit. Harnoncourt persista, revendiquait l'acidité des instruments et alla même jusqu'à parler de la beauté que lui inspirait la saleté du son des instruments anciens, et, suprême injure aux "spécialistes", que la musique n'était pas faite pour plaire et passer en boucle dans les supermarchés mais pour réveiller (Un discours musical, 1980).
Voici un enregistrement vidéo de 1970. Ca sonne pas juste, on ne ferait pas comme ça maintenant. Pourtant, tout y est. Je ne peux m'empêcher de pleurer en entendant ce premier aboutissement car même si ce n'est pas encore en place, on entr'apperçois Jean Sébastien Bach.
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Michel Rocard explique dans un entretien cette semaine (Paris Match), qu'il faudra du temps pour que la gauche produise un appareil critique de l'économie de marché. Et comme toujours avec lui, je suis d'accord. La gauche en est encore à ce Maurice André avec sa trompette (vidéo plus haut). Aucun courage conceptuel. Vous imaginez le courage qu'il a fallut aux musiciens du Concentus Musicus pour persister à jouer marlgré tout. Car en plus, ils le savaient que le résultat n'était pas satisfaisant (cf Un discours musical, 1980), mais qu'il fallait continuer. Cela étant, de jeunes musiciens commencèrent à se joindre à l'aventure, séduits par l'idée de défricher les trésors des bibliothèques nationales, ces myriades de compositeurs oubliés, mais aussi attirés par cette évidence qu'il s'agissait d'un chapitre nouveau dont tout était à écrire, qu'il faudrait apprendre à se servir de ces instruments ingrats et qui ne jouent pas juste... En France, le jeune Jean Claude Malgoire créa sa Grande Écurie et la Chambre du Roy, les jeunes frères Kuijken aux Pays-Bas leur Petite Bande. Aux pionniers qui les avaient formés en Autriche dans les années 60, succédèrent des orchestres épars à travers l'Europe. C'est toutefois en Grande Bretagne que les premiers succès arrivèrent autours d'Alfred Deller, avec John Eliott Gardiner ou le claveciniste Christopher Hogwood et son Academy of Ancient Music. On défrichia désormais sans complexe le répertoire anglais du 17ème. Le premier âge d'or du renouveau baroque, c'est entre 1975 et 1983. Allez, pour la route, comme on dit voici la alors jeune et toute fine Emma Kyrkby, la première diva baroque, ici avec le London Baroque dirigé en 1981 par Charles medlam : Didon et Énée de Henry Purcell (1683).

Et pour comparer la "révolution" qui se profilait derrière ce travail, voici un enregistrement des années 50 avec la très grande Kisten Flagstadt:

Vous avez entendu le rôle, la sonorité des violons ? Le puissance de la voix (les chanteuses classiques devaient au moins peser 100 kg, Kirkby en fait à peine la moitié...). Quand elle étudiait le chant, ses professeurs lui disaient qu'elle pourrait à la rigueur faire de l'opérette... Et puis elle a rencontré Hogwood et Antony Rooley qui tous deux travaillaient avec Deller, et elle est devenue la muse de tous les baroqueux avec sa voix qui se pliaient à toutes les ornementations possibles de la musique ancienne.
J'ai été gentil, je vous ai choisi Kisten Flagstadt pour comparer. J'aurais pu prendre le rouleau compresseur Jessy Norman (avec son "clavecin" pleyel, son orchestre d'instruments modernes dégoulinants et son maniérisme insupportable).
A la fin des années 70, donc, on en est à redécouvrir le répertoire anglais, Jean Sébatien Bach (l'aventure de l'intégrale des 350 et quelques cantates est entreprise par Harnoncourt et Leonhardt vers 1970/75 et durera jusqu'à la fin des années 80). On sait désormais à peu près jouer les instruments, reste à savoir interpréter la musique, à en retrouver l'esprit et à lui redonner de la vie. Les années 80 vont être ce moment important, et c'est d'un Américain travaillant en France après avoir accompagné Alfred Deller en Grande Bretagne que la Révolution baroque va atteindre son point culminant. William Christie était décidé à faire revivre la musique de l'époque de Louis XIV, totalement oubliée. Une énorme difficulté se présentait pourtant : la prononciation du français ancien. On s'y atela et vous pouvez toujours écouter ces enregistrements de 1981, Actéon, Les Arts Florissant par, justement l'orchestre Les Arts Florissants. Ca sonne "paysan" mais il y a bien l'articulation de la voix et le ciselé des instruments. C'est petit à petit que pourtant une intuition s'impose : Louis XIV aimait danser et justement, les mouvements de musique s'appellent Gavotte, Sarabande... Alors, on va se mettre à accélérer les tempos. Et c'est alors qu'au tournant des années 80/85 la musique baroque s'est remise à vivre, animée d'un tempis que soutient enfin utilement cette ligne de basse, la "basse continue". Allez, retour à notre Bach entendu plus haut. Enregistrement des années 90, d'ailleurs, même les musiciens dansent:

Comparez si vous le désirez, il y a comme une évidence. La musique se déroule comme si ça allait de soi, animée par de la vie. On est loin de ce par coeur de la première vidéo. Réécoutez la vidéo d'Harnoncourt en 1970 et vous verrez que malgré le côté "laborieux", tout y est.
La révolution ? Je vous en ai parlé la semaine dernière. C'était à Paris, en 1986, et c'était avec William Christie pour la recréation après 300 ans d'oubli de l'opéra de Lully et Quinault, Atys. Le choc était total car cette production cumulait les recherches musicales des Harnoncourt, Leonhardt, Kuijken, Deller, Gardiner et autres Hogwood avec le travail de la voix de Christie et les recherches en danse baroque de Villégier :

Pierre Boulez affirmait vers 1984 que tout ce travail du renouveau baroque était un travail conservateur. Avec la création d'Atys, l'évidence s'imposait : les conservateurs étaient du côté de Pierre Boulez.
Les années 80 ont été extrèmement riches car le mouvement couvrait désormais toute l'Europe (sauf un pays... le plus important). En Espagne, Jordi Savaal et Hesperion XX s'intéressaient à Couperin, Marais ou Dowland en compagnie de Ton Kopman et Hopkinton Smith ("école" Kuijken). En France, le jeune Marc Minkowsky créait les Musiciens du Louvres, Hervé Niquet Le concert spirituel... Depuis cette époque, ce sont des centaines de musiciens et d'oeuvres qui sont sortis de l'oubli.
Vivaldi, mon préféré, a subi son premier décrassage en 1983, en Grande Bretagne, grace au fougueux claveciniste Trevor Pinnock. Tout le monde connait les saisons depuis qu'en 1959 un orchestre italien les aie enregistrées et que divers réalisateurs de cinéma (Varda, Cléo de 5 à 7 par exemple) s'en sont servis. Ah la rondeur de ces violons élégants, ce véritable appel des salles d'attente et des répondeurs téléphoniques du monde entier.
Voilà comment on faisait un orage en 1981 avec un orchestre "normal". "ôôôôô, c'est jôôôôliiii", le monsieur il a un beau violon. Notez les effors méritoires des violons et le timide "clavecin":

Allez, je suis gentil. En 1983, Trevor Pinnock et l'English Consert accéléraient les tempos (de 45 mn, le total passa à environ 35 minutes). Voici une tentative d'I Musici en 1988.

Je vous l'accorde, la performance est louable, il y a un progrès. Et si progrès il y eu, c'est justement sous l'impulsion, la pression des "baroques" qui désormais défrichaient dans tous les sens. I Musici a été "la" référence des orchestres "modernes" sur les terres vivaldiennes et il était difficile pour Pinnock, Hogwood et tous les autres d'en imposer malgré les premières tentatives de défrichage de l'ensemble de l'oeuvre du compositeur. Pour clouer le bec au conservatisme italien, il fallait... des Italiens, et justement, il n'y en avait pas. I Musici semblait occuper tout l'espace vital.
C'est dans les années 90 qu'enfin I Musici a été bousculé sur ses propres terres. Deux orchestres italiens, l'Europa Galante et Il Giardino Armonico ont balayé le beau son de nos I Musici, parachevant la domination définitive des orchetres sur instruments anciens. Leur victoire a été la victoire de tous ceux qui depuis le début des années 50 avaient, à partir d'une intuition ("repartir à 0", "revenir aux sources", "réapprendre le comment"...), malgré les insultes, le rejet et les risques sur leur propre carrière ont persévéré, sûr que de cette traversée un pan entier de l'histoire de la musique ressurgirait du néant ou pire, des fausses idées que l'on s'en faisait.
Vous voulez des saisons ? Alors voici Fabio Biondi et l'Europa Galante en 2000. Toujours l'orage. Mais cette fois-ci, cramponez vous, c'est vraiment un orage.

Là où I Musici tentait en accélérant le Tempo de coller aux pressions des "baroqueux", Les baroqueux répondent par la sonorité même de leurs instruments. Ce qui semblait grinçant et faux (Harnoncourt 1970) est devenu la qualité de ces instruments terriblement bavards, expressifs. Ce son acide, violent et parfois terriblement tendre et dous, aucun instrument "moderne" ne peut l'avoir. Parce qu'une corde en boyeau et un manche de violon baroque sont obligatoirement différents. Parce qu'une flûte en bois n'est pas une flûte en métal.
Il a fallu 40 ans pour qu'une intuition devienne une évidence. 40 ans pour retrouver un language, pour s'habituer à écouter les instruments autrements, ne pas avoir peur qu'ils nous agressent parfois. 40 ans pour que les Boulez et compagnie se limitent à ne parler que de ce qu'ils connaissent et cessent de s'aventurer dans les territoires qu'ils ne connaissent pas.
Le travail accompli ressemble au travail que le socialisme se doit d'accomplir, sans avoir peur de ses défaites à venir. C'était un peu ça, finalement, l'esprit du PSU. Défricher.
Je vous laisse avec Vivaldi. Cet enregistrement sonne comme la récompense du laborieux travail des pionniers, Leonhardt et Harnoncourt, aujourd'hui unanimement respectés.

vendredi 20 juillet 2007

Après le typhon, après le tremblement de terre...

Bon, oui, je suis d'accord, je n'ai pas beaucoup écrit depuis une semaine... Et pourtant, il s'en sont passés, des choses, par ici. A propos du tremblement de terre, comme je le disais à mon ami Alain dans un mail cette semaine,
"Moi aussi, je dois aller à la gymnastique. Ici, malgré le passage d'un typhon ce week end, la température a fortement chuté et il doit ne faire plus que 22/23°... La semaine dernière, malgré l'humidité, il devait bien faire en moyenne 25° la nuit et 28 le jour... Cela étant, il semblerait que ça va remonter. En tout cas, aujourd'hui, il fait gris.
La saison des pluies ne devrait pas tarder à s'achever et laisser leur place aux grandes chaleurs de l'été.
J'ai été mal à l'aise toute la journée de lundi, en fait, et à l'affût de la moindre oscilation. J'ai été très impressionné par la secousse de lundi matin. Habituellement, en effet, les secousses ne sont qu'horizontales, un peu comme si tout autours de soit était monté sur roulettes et se mettait à bouger. Ce genre de secousse, bien qu'impressionnante la première fois, n'est pas trop dangereuse et n'est pas caractéristique des grands tremblements de terre. La première fois où j'ai ressenti cela, c'était dans un grand Starbuck. Tout le monde s'est tu deux trois secondes le temps d'évaluer la menace. Puis la vie est repartie. Je n'ai pas eu peur... Il y a deux semaines, dans l'immeuble où je travaille, idem. L'immeuble est élastique et on l'a bien ressenti. Ca a bien secoué mais c'était toujours ce côté "sur roulette".
Là, ça a été très différent. Et nous aussi, comme les animaux, on doit avoir des capteurs de ce truc là, il y avait comme une sorte de grand silence, je ne peut pas expliquer. J'étais avec une élève, elle a ressenti avant moi. Cette fois ce n'était pas horizontal, mais plutôt comme du "flottement", on voyait son parabluie osciller (posé sur un boin de la table), sa boisson osciller, et puis ça s'est intensifié, mais toujours comme du flottement bref, vertical. Là, j'ai commencé à avoir peur, et tout le monde à l'étage aussi. Il y a comme une gène : on se met sous la table, ou pas ? Ca a duré une minute. Il n'était pas violent à Tokyo, mais cela étant, très impressionnant.
Les Japonais ont raison d'avoir une autre échelle que Richter : mesurer l'énergie libérée par le seïsme est bon pour les scientifiques. Mais rien n'est comprarable entre une magnitude 7 à 20 km de profondeur et 7 à 100 km... Les Japonais mesurent donc à l'aide des effets visibles et ressentis.
Ce seïsme, bien que seulement de 6,8, était extrèmement violent puisque c'était un 6 fort selon l'échelle japonaise comprenant 7 degrés. A Tôkyô, c'était 3 : on a peur, certaines personnes veulent sortir, on sent les choses bouger autours de soi. A partir de 6, les vieilles maisons sont endommagées et peuvent tomber, certains immeubles sont touchés. A 7, même le béton renforcé peut céder sous les contraintes. A partir de 5, on tient de plus en plus mal debout et à 7 on tombe où qu'on se trouve.
Je n'ai pas le détail, ce que je sais c'est que l'épicentre était à 20 km en mer, ce qui est proche. Il devait aussi être peu profond car il a donné à plein. Il n'y a pas longtemps, il y a eu un 6,6 pas loin de Tôkyô, ça a donné une force 3 sur l'échelle japonaise : il était à plus de 100 km de profondeur.
Je suis allé à une exposition Le Corbusier lundi soir et je me suis souvenu d'une promenade un dimanche après-midi dans le 16ème, il faisait très beau et un couple aristo-bourge achetait une poignée de ci et une pincée de ça dans une supérette. Nous avions parcouru le quartier, rue Mallet-Stevens ici, Fondation Le Corbusier là...
Joëlle fait sa première exposition à Tôkyô dans deux semaines. C'est fou ce que je vois Joëlle depuis que je suis à Tôkyô... Et ça me fait plaisir de la voir, je pense à vous tous..."
Voilà. Sinon, timidement, je me remets à faire, honteusement, du japonais, en rabaissant mon niveau : j'ai perdu beaucoup de vocabulaire et, si je suis capable désormais de faire de longues phrases, mes structures sont devenues imprecises et je ne pourrais guère progresser dans ces conditions là. Bref, je me mets à un niveau inférieur au JLPT3, que je possède pourtant (haut la main!).
J'ai beaucoup téléphoné, cette semaine. A Tarika, au Portugal, ou à ma mère. La semaine dernière à des collègues de BNP Paribas.
J'ai changé la vidéo musicale. Mary goes round est, avec 2 ou tros autres morceaux "pop", chez moi, la fin d'une époque, la fin d'un rêve, mais aussi la fin de ce que j'appelle les "vraies années 90", celles commencées au détours des années 85/87 et qui se sont achevées dans les dunes du désert Irakien en janvier 1991. A Paris, les années 80 "cinquantisantes" (mode) et "vingtisantes" (esthétique) cédaient la place au double mouvement "soixantisant pop" (mode) et "baroquisant" (esthétique). Deux "évènement symboles" : en 1984, dans la foulée de l'Acid'rendez vous de Nouma Roda-Gil, toute la "bande" psyché/psycho s'était retrouvée à la Porte de Versaille pour le concert des Smith avec les Rita Mitsuko en première partie. La première osmose "love" des 80's, je pense, avec brassées de roses de Morrisey et défilé de mode "pop" de Chachnil et des boys simili Beattles version Sergent Pepper. Chemises à fleurs, grands cols... le public n'en revenait pas de voir une cinquantaine de personnes aux antipodes de l'esthétique dominante ! C'est à cette époque qu'est sortie l'OVNI musical The Dukes of Stratosphere (en fait XTC), sommum néo-psychédélique avec effets stéréos... Le deuxième évènement fut la représentation (recréation depuis 300 ans) de l'Opéra Atys, de Lully par Les Arts Florissants et le ballet de Bagouet. Le public découvrait en fait l'aboutissement de 30 ans de travail de recherche sur cette musique "baroque" oubliée et "romantisée" quand elle avait été redécouverte. Les sonorités des instruments anciens étaient "acides", les rythmes réapparaissait : Paris fut conquit et d'un seul coup le design se refit courbe après une décennie d'angles aigus. Politiquement, l'arrivée de Gorbatchev et la domination socialiste Mitterrandienne sur la construction Européenne semblaient autoriser les rêves les plus fous : un monde sans l'Amérique, bâti sur le droit.
Londres inaugura l'ère des summers of Love. Nous étions de nouveaux Hyppies, et cette fois-ci nous serions le nombre. Je me laissais pousser les cheveux, je roulais à vélo : c'est à cette époque que nous naquirent, nous les "décallés" que les sociologues appelèrent plus tard les "bobos". Nous aimions les vieux cafés, nous courions les guinguettes sur la Marne. Mary goes round raconte tout ça. C'est aussi les dernier disque de pop que j'ai acheté. J'ai survécu au cul de siècle dans lequel nous sommes tombés en 1991 en écoutant de la salsa (Paris Latin Salsa !) et bien plus encore de la musique baroque. J'ai craqué 6 mois sur le bebop. J'ai dévoré des livres, des classiques, j'ai couru les expos, et oublié le pop. Vers 94, je me contentais de musiques légères, ce que certains appelèrent easy listening, après avoir revisité les 80's le temps de quelques mois très... Spont'ex! C'était en fait les 2000's qui pointaient le bout de leur nez. J'ai détesté les platform' boots des années 93/97.
Voilà, je vous laisse avec Mary's Garden, ultime comète de nos belles années 90, sorti fin 89. Ah oui, c'est un groupe parisien dont les membres racontent aussi très bien "nos" eightees.

vendredi 13 juillet 2007

Tsuyu (comment on s'occupe quand il pleut...)

Longue absence. J'ai, au choix, la possibilité de raconter au jour le jours comme je l'ai fait le mois dernier, soit de poursuivre sans "rattrapper". J'opte pour cette deuxième solution car j'ai passé une semaine à "explorer" un monde que je ne connaissais pas. Bien loin du Japon. Ou plutôt que je ne connais que trop bien pour l'avoir entr'apperçu il y a bien longtemps, avant mon analyse. Un monde au bord de la folie. J'ai eu cette fois ci la force de le regarder en spectateur.
Cela a commencé avec Le Monde. Christine Boutin accorderait du crédit au "complot" de la Maison Blanche dans mes évènements du 11 septembre... Je suis allé lire l'article, puis j'ai foncé sur Youtube histoire de voir la vidéo. J'ai ensuite regardé une interview de Karl Zéro à ce sujet, qui disait en substance que pour lui la Maison Blanche "savait", mais qu'il ne croyait pas au complot. Il demandait toutefois à poursuivre l'enquète pour "savoir". Ceux à qui il accordait cette interview ont une page sur Youtube, je suis allé voir. J'ai ainsi regardé plusieurs vidéos qui "démontrent" qu'en fait c'est bien la Maison Blanche qui a orchestré ces attentats. Les tours ont été plastiquées et il y avait un missile sous les avions. Il n'y a eu ni avion sur le pynthagone ni d'avion abattu. Tout aurait été fabriqué.
Dans ces reportages, beaucoup de témoignages du jour des attentats. A noter que tous ces reportages parlent de "prétendus attentats", dés le début. S'ensuivent des analyses "scientifiques" du son des tours, des vues au ralenti.
La thèse développée est celle d'une conspiration pour réduire les libertés publiques au profit d'une minorité symbolisée par Georges W.Bush. Bref, ces reportages semblent émaner de la gauche américaine car ils en reprennent la rhétorique : une guerre en Irak pour l'argent, une minorité qui s'enrichit de la libéralisation accrue de l'économie, etc. Enfin, de nombreux spécialistes s'expriment, des articles de presse sont cités.
Quand au bout de deux jours j'avais regardé ces films, j'ai été pris d'un doute. Et si... Après tout, ce ne serait rien d'autre que l'exercice de la "raison d'état" (thèse non développée, là, c'est ma raison d'"historien" qui parle), dans le but de protéger un pays que l'on sait menacé à terme. Je vous avoue que même vu sous cet angle pourtant rationnel et non "conspirationiste", on ne voit plus le monde comme avant quand on effleure vraiment cette possibilité : on a vraiment peur.
Le 11 septembre est un évènement très récent, il est donc difficile de le mettre en perspective et de situer son contexte. Il n'en reste pas moins qu'il appartient à l'histoire, plus particulièrement à une branche (récente) de l'histoire contemporaine : l'histoire récente, ou histoire du temps présent. Je suis donc parti à la recherche, en bon apprenti historien, de sources contradictoires : que disent les "anti-conspirationnistes". Et moi, quel jugement je porte sur ces thèses de conspiration ?
Ce qui m'a rapidement gêné, c'est le recours à des témoignages instantannés. En histoire, on n'aime pas beaucoup cela car les perceptions sont souvent trompeuses. Ainsi des témoignages d'explosions entendues. Un immeuble qui s'effondre ne s'effondre pas en silence, ni sans ruptures progressives des structures. Ensuite, il y a l'usage répété de ralentis, de zooms sur ce que l'on est sensé voir. Une répétition inutile sauf si le but est de graver une information. Enfin, il y a des références eronnées et invalidées par le film lui même (ainsi, c'est un frère Bush qui aurait assuré les tours jusqu'en 2000, et plus loin, il aurait rompu son contrat le 11 septembre...). Et puis ces références à un document de l'ultra droite américaine sur la politique de défense (une ligne sitée pour un document d'une 20aine de pages). Et enfin, la figure en boucle du propriétaire, monsieur Silberstein, qui aurait empoché un pactole. Pourquoi les autres propriétaires ?
J'ai aisément trouvé un site "anti-conspiration" Loose Change edition viewer, dont le nom est tiré du film qui circule le plus et que j'ai vu sur Youtube. L'analyse du film, laborieuse, longue et compliquée, est lassante au possible. Ce site a cela d'intéressant, en revanche, qu'il ne conclut pas qu'il n'y a pas eu de complot, mais il démonte ce que les adeptes de la conspirations appellent des preuves et qui ne sont que des suppositions affirmées sur un mode péremptoire, auto-proclamées vérifiées. On peut y trouver des documents. On y trouve surtout la longue liste des victimes des avions, des témoignages de proches. C'est que les conspirationnistes s'en occupent finallement très peu, de ces victimes. Et enfin, des références autobiographiques des soi-disant références. Qui sont ces personnes qui font leur travail de citoyens au secours d'une démocratie en danger. Ce que j'ai pu découvrir va au delà de l'horreur, car ce sont des personnes qui ne croient pas en la démocratie... On y arrive.
Après avoir visité ce site "anti", je suis allé en voir un autre. Lui, pointait sur des articles de presses parus après le 11 septembre. Des témoignages des familles, la solitude. Là encore, des victimes des vols qui n'auraient pas eu d'accidents d'après Loose Chance.
Pour me faire mon idée, après avoir lu tout ça, j'ai regardé une vidéo "anti". Et puis j'ai réavalé Loose chance. Là, plus de doute possible, ces films conspirationnistes sont belle et bien des manipulations destinées à semer un doute, à délivrer un message. Et je vous avoue que pourtant, le site Loose Change edition viewer est vraiment ingrat, austère, et qu'il n'a pas beaucoup de preuves à présenter, juste un questionnement logique de ce qui est présenté comme des preuves, et qui n'en sont pas. Au contraire, modestement, il présente quelques preuves accessibles partout et qui n'ont pas besoin ni d'être zoomées, ni d'être répétées à l'infini pour parler.
Mais alors, qui produit de telles vidéos mensongères, et dans quel but ?
J'ai donc commencer par jeter un oeil à tout ce qui concernait une "conspiracy". Là, on trouve de tout sur le 11 septembre. Mais très souvent, comme accollé en critère de recherche, NWO (j'apprend plus tard que c'est le New World Order), Illuminati. Et parfois aussi Freemassons (francs-maçon), Israel, Antecrist...
Les vidéos que j'ai regardé (je suis maso, j'aime me faire mal...) vont au delà de l'imagination. Le monde serait dirigé par une société secrète, les Illuminatis, synchrétisme de cabalistique et de culte du diable dont la Franc-maçonnerie serait la promotrice. Ils seraient héritiers de la tradition des Templiers qui s'adonnaient à la sodomie diabolique. Cette élite veillerait à maintenir la terre dans un état de basse énergie (sic) afin de la détourner de la conscience du réel. Bill Clinton aurait été un président victime de contrôle psychique (vidéo à l'appui, les yeux retravaillés sur ordinateur). L'antécrist aurait été produit par le promoteur américain du programme de fusées balistiques à l'aide de cérémonies démoniaques tirées de la Khaballe, assisté des "4 chevaliers juifs de l'apocalypse"(sic) (les scientifiques qui ont fait la bombe, dont Oppenheimer), le grand père Bush... Ils nous cacheraient la présence des extra terrestres dans un vaste complot destiné à les tuer grace à la Guerre des Etoiles.
Je vous évite la suite.
Ce qui est inquiétant, ce n'est pas le ridicule de ces propos. Ces groupes ont toujours existé au sein de l'extrème-droite "paganiste". Ce qui est inquiétant, c'est qu'ils enrobent leur discours (en tout cas pour le 11 septembre) d'un habit "anti-mondialisation". Que dans un monde où la gauche est comme vidée de ses raisons d'exister (les lumières, le progrès, le "sens" de l'histoire, le marxisme), ces discours délivrent une critique simple et une vision du monde "acceptable" parce que logique à partir du moment où on admet qu'il y a bien eu un complot. Bref, ces explications peuvent opérer comme l'islamisme a pu s'imposer sur la faillite de l'Islam traditionnel face à la modernité occidentale, car l'Islamisme est une synthèse nouvelle qui n'a que peu à voir avec l'Islam : il s'agit d'abord d'une pensée politique qui utilise une pensée religieuse. L'extrème droite paganiste a donc décidé d'utiliser la critique du libéralisme valable dans la gauche radicale afin de créer une nouvelle synthèse. Elle sera aidée en cela par les discours anti-sionistes d'une certaine extrème gauche, par certains courants de l'écologie politique qui voient dans le développement la source de tous les mots et dans la nature une vérité intangible et éternelle. Certains n'accorderont pas foi à ces histoires d'extra-terrestres, c'est clair, mais qu'importe : le but est d'abord d'introduire le doute dans la réalité de nos (bien imparfaites) démocraties. De voir dans des "groupes cachés" l'explication de tous nos maux.
L'extrème droite paganiste cherche à semer au sein de la gauche américaine. Car ces sites et vidéos sont essentiellement américains.
Voilà, je voulais partager avec vous cette petite expérience de jours de pluie.
C'est tout pour aujourd'hui.

mardi 3 juillet 2007

... et le temps qui n'est pas fameux fameux...

J'ai téléchargé une compilation du groupe Visage, après avoir revu une vidéo sur Youtube, The Anvil. Je suis tombé également sur une vidéo de Eyeless in gaza, l'un de mes groupes préférés dans mon époque "rocker". Ce groupe a réalisé jusque 1982 des albums aux sonorités magnifiques et vraiment originales, inclassables, comme venues du moyen-âge à l'aide de quelque machine électronique. Une approche introvertie de la new-wave. Je crois que je vais craquer sur le music-store...
Je me suis levé plus tard que prévu, j'ai vaguement regardé un dorama et je suis parti travailler en vitesse. Après-midi rapide puisque je ne travaille que 5 leçons. Il semblerait qu'on s'oriente vers une prise de position du groupe de voyage HIS dans le groupe NOVA. Le fichier client de NOVA (500,000 personnes) suscite bien des convoitises. Le résultat et que, si le groupe se réorganise et s'adapte, l'activité ne devrait pas être affectée. Une bonne nouvelle.
J'ai acheté mon pain chez Kimuraya avant de rentrer. Arrivé vers chez moi, j'ai acheté des poires à des vendeurs ambulants coréens. 500 yens les 5, c'est pas cher. Elles sont délicieuses.
A la maison, j'ai regardé autours de moi et je me suis décidé, pour demain, à réorganiser 2 ou 3 trucs. Il fait meilleurs, la pluie a radoucit les températures.
Un ministre vient de démissionner. Il avait jugé les bombardements inéluctables. Cela a créé un mini scandale à droite et à gauche. Je crois que la gauche, toutefois, a manqué le coche : oui, ils étaient inéluctables et la responsabilité en incombe d'abord à l'état major japonais et à son gouvernement fasciste. Les populations civiles Japonaises ont payé au prix fort (bombardements, privations de libertés) cette aventure nationaliste du grand Japon dont on honore désormais la mémoire des coupables de façon quasi-officiel. L'injure aux victimes est là. Je pense que c'est pour cela que le Japon ne réclame pas d'excuses aux États-Unis. Ceux-ci ne manqueraient pas d'évoquer ce qu'était le régime du Japon de 1931 (assassinat du premier ministre Japonais par un militaire) à 1945.
En France, les Petits Lu vont devenir des Petits Kraft ! Sarkosy a décidé d'être un nouveau De Gaulle. Et nous n'avons plus, cette fois, ni Sartre, ni Beauvoir, ni Mendès, ni Mitterrand. On a "secret story". Il est grand temps de penser l'époque... parce que c'est mondial !

lundi 2 juillet 2007

Et c'est comme ça que je me suis levé vers 09 heures...

La saison des pluies, la fin du week end où, finalement, je travaille, sont fatals : fatigue, difficulté à se lever. Et puis depuis deux semaines des interrogations variées sur le travail, le sens de la vie, etc. Ceux qui me connaissent savent de quoi je parle. J'ai des intuitions, comme une énergie qui remonte en moi depuis la fin des élections présidentielles. Devrais-je me remettre à avoir un petit carnet pour noter ? J'éprouve le désir de me "coucher sur le papier", de me raconter, étape par étape, de "ramasser" et d'organiser, trier. La sensation qu'une étape est passée, dans ma tête, et que je suis condamné, si je suis conséquent avec ma vie, à finaliser un choix, un choix difficile, et à travailler d'arrache-pied : j'ai repris assiduement l'écriture de ce blog et cela ne doit rien au hazard. Je regarde parfois de vidéos sur Youtube, et passé le premier moment d'étonnement, de nostalgie, ce sont des lieux et des visages qui refont surface et qui revivent à travers ma mémoire, et que je voudrais raconter : j'en nourris l'envie depuis près de 15 ans, le moment serait-il arrivé ? Je ne sais pas... J'aimerais dans un premier temps, donc, me raconter moi car c'est à travers ma mémoire que Marc verra enfin le jour... J'aurais voulu Hakim ou Farid, mais cela m'est impossible, je ne l'"entends" pas...
Pour le reste, je dois impérativement me mettre au japonais...
Le travail, comme toujours, et jusqu'à 21 heures. Il fait chaud, il fait lourd.
Ce matin, j'ai payé mes impôts locaux : qu'est-ce que l'administration japonaise est bien organisée. Ici, tout se fait à la mairie et tous les services sont "intégrés" : l'état, c'est l'état, et il n'y a pas comme en France ces kyrielles d'administrations séparées. Bref, quand on a une réclamation, une procédure particulière, le dossier est traité immédiatement. Bon, pour payer les impôts, c'est très rapide. J'ai reçu mon paquet mensuel en fin de matinée avant de partir travailler. J'ai le coeur léger. Il ne me reste en fait que cet aspect à régler.
Pas de photos aujourd'hui : j'en ai posté des tonnes la semaines dernière !

dimanche 1 juillet 2007

...(tsuyu, tsuyu, tsuyu...)... (à suivre)


Dimanche matin, réveil vers 9 heures et quelques. Jun commence à ressentir la fatigue de son travail. Samedi, il a refusé d'aller travailler : visiblement, cet over-time n'aurait pas été payé car le "nouveau système" procure de plus en plus de retard. On touche là un problème de fond de la société japonaise : si ça se trouve, la direction n'est même pas au courant que ça ne marche pas, les chefs faisant "de leur mieux" pour ne pas que ça se sache. Cette situation est aberrante : le mois dernier, Jun a reçu 50% de salaire en plus pour cause d'heures supplémentaires. Ridicule !
Qui plus est, cette situation se double désormais de nouvelles considérations depuis qu'un "fond d'investissement" envisage d'acheter l'entreprise (cette situation se multiplie dans l'archipel depuis quelques années). Jun n'est pas un salarié "typique", mais je me pose la question : les autres salariés sont ils si typiques ou bien, coincés par un crédit, des enfants, ils ne sont pas conduits à accepter ce chantage au travail. On décrit souvent la société japonaise comme extrèmement obéïssante, mais pourtant il y eu il n'y a pas si longtemps, un syndicalisme très courageux, revendicatif, un Parti Socialiste (社会党) très fort bref, une culture d'opposition à l'esclavage salarié qui ruine les vies de famille au Japon : dénatalité galopante, crise des rapports homme-femme au sein du couple, célibat "forcé" d'environ 30% de la population, temps de travail effrayant...
On s'est quitté vers 11 heures comme chaque dimanche. Jun est allé à 表参道/Omotesandô, je suis allé travailler.


L'après-midi, alors que je devais aller au "magasin" en face, une camionette déversait son discours politique. C'était toutefois un évènement, la foule regardait : la leader du 社民党/ Parti social-démocrate (ancien PS rebaptisé suite à des purges liées à de la corruption et des défections au milieu des années 90) parlait. J'ai vite reconnu sa voix rauque, sa prononciation "carrée", son intonation volontaire. Ce parti est un authentique parti de gauche, très offensif sur la précarisation généralisée (les petits boulots, sans couverture sociale) et sur les augmentations d'impôts qui frappent essentiellement les classes intermédiaires. La visibilité de ce parti est réduite (les médias sont contrôlés par la droite), mais 福島みずほ/ Fukushima Mizuho sait créer de véritables coups médiatiques et fait, finalement, bien plus parler du 社民党/PSD et ses 10% que ne sait le faire désormais le 民主党/ Parti Démocrate avec ses 25%. Les Japonais votent finalement utile mais c'est bien le 社民党/PSD qui même les offensives depuis le départ de 前原誠二/Maehara Seiji de la tête du 民主党/PDJ. L'archi-molesse du PDJ, mené désormais par un ancien homme de droite 小沢一郎/Ogawa Ichirô fait du PDJ un parti de défoulement électoral mais en aucune façon une alternative. Ce parti a noyé son "Manifesto" à force de réorganisations plus ou moins dictées par l'opportunisme de sa direction (une coalition de "l'aile gauche" et d'un groupe d'hommes venus de la droite en place depuis avril 2006 - l'histoire du mail-, destinée à éliminer les "jeunes loups" technocrates du groupe Maehara qui avait putché la direction en 2005). J'avoue réviser mon ancienne position. Ce parti étant finalement incapable d'accéder au pouvoir, si je devais choisir un parti, ce serait désormais le 社民党/PSD dont la ligne ne fluctue pas au gré de l'actualité. J'avoue également commencer à admirer le charisme de 福島みずほ/Fukushima Mizuho. J'aimais Maehara pour la même raison (bien que Maehara était vraiment très très modéré) : il ne lachait pas Koizumi, l'attaquait toujours par surprise quand Koizumi ne s'y attendait pas. Koizumi allait à Yasukuni ? Maehara et sa "jeune garde" attaquait sur l'absence de politique familliale. Koizumi avançait vers la privatisation de la poste (son seul vrai et unique projet politique), Maehara attaquait sur le déficit abyssal du budget et la corruption généralisée organisée par des élus qui saupoudrent leurs circonscriptions de "grands travaux" inutiles qui engraissent le bâtiment. Koizumi ne pouvait attaquer Maehara, en retour, car Maehara s'appuyait sur un programme, et par ailleurs n'était pas opposé à une révision de la Constitution. Que Maehara ait été dégagé n'est donc pas un hazard, il a eu affaire à une coalition objective contre lui, allant de Koizumi aux caciques de son propre parti. Je pense que le PDJ est mort depuis cette affaire. Ne réaliser que 25% dans les sondages quand le gouvernement Abe est si impopulaire montre bien l'essouflement d'une organisation dont on ne sait pas trop ce qu'elle cherche ni ce qu'elle veut ni comment...
En 1960, le leader socialiste a été assassiné : il était charismatique et menaçait fortement la droite au pouvoir. On a parlé d'acte isolé, les élections n'ont pas été reportées, c'était le début du terrorisme organisé contre la gauche. Le pouvoir de droite protège l'extrème droite et ses publications. Il faut être courageux pour être de gauche au Japon : l'assassinat de 浅沼稲次郎/Asanuma Inejirô en 1960 :

Je suis rentré chez moi épuisé, vers 20 heures. J'ai pensé à mon ami Stéphane : j'ai eu envie d'un film du dimanche, alors j'ai re-re-...gardé Pulp Fiction. Je garde des soirées chez Stéphane comme le souvenir d'un paradis perdu que ni Nicolas, ni Alain, ni Jean-Claude, ni Nicole, ni Véronique ni moi ne retrouveront jamais... La brise sur la terrasse, les punchs dans les transats, le soleil sur les Mercuriales au loin ou la couleur du ciel tout simplement. Il y eu longtemps les soirées "chez Nicolas", qui ne furent finalement qu'une répétition de nos soirées chez Stéphane. Deux paradis perdus... Nicolas lui-même, aujourd'hui en un autre lieu. Ainsi va le temps qui passe.
On ne refait jamais ce qui a été fait. On ne revit jamais ce qui a été vécu. On avance vers ce qui est nouveau et vers la vie qui nous attend, auquel nous essayons de donner le visage de ce que nous désirons. J'espère nous retrouver tous, autrement, ailleurs. Souriants. Et heureux.