vendredi 31 août 2007

Déjà vendredi... Lundi : MA rentrée !


J'aime ce pont, j'aime l'estuaire de la Sumida et j'aime ces tours... Good Luck !

J'ai passé un "week-end" qui s'annonçait cruel. L'action de NOVA n'a cessé de baisser, ell a perdu 1/3 de sa valeur mercredi, de 45 à 30, hier elle se stabilisait, le tout dans un climat animé avec 40 millions de titres échangés en deux jours ! Qui a racheté ???? Ce matin, elle rebaisse encore un peu mais ce n'est pas grand chose... Bref, mercredi s'annonçait pour moi comme une journée sombre, du style "que va t-il m'arriver ?".
Alors j'ai commencé à réaliser ce projet trop longtemps remis : mettre de l'ordre, nettoyer, déplacer, classer. Le dernière fois remonte à mai-juin. Un grand ménage, quoi ! Petit à petit, alors que la journée avançait, une douce sensation de "rentrée" s'installait, renforcée par le gris du temps, les trois gouttes de pluie... J'ai acheté des produits d'entretiens assez inédits pour moi, pour laver et faire briller le parquet, plus sophistiqués que ceux que j'achetais jusqu'à présent. J'ai lavé sous le tapis, derrière la télé, et puis j'ai rangé le loft hier matin, j'ai mis mes livres sur une étagère après les avoir époussetés, j'ai lavé le filtre de ma hotte, une surractivité appelée faire le ménage et qui faisait sourire ma psy, et dont je comprends aujourd'hui toute la porté. J'ai ainsi non seulement résisté à mon abattement (naturel), mais j'ai également préparé le terrain pour la suite, quelle qu'elle soit. Je n'envisage plus de départ (mon abattement me ramenait à une sorte de fatalité, comme si je devais reproduire les échecs de mes parents, "leur" ménage), mais l'avenir. Quel travail (alimentaire) et quels objectifs (j'ai même pour la première fois regardé le site de l'AFAA pour me renseigner sur les résidences d'artistes. Avant de conclure que je n'aime pas cette aproche artistico-machin du "contact avec une culture étrangère". Comment un type des classes moyennes cultivées peut-il persevoir le Japon dans un séjour subventionné et dans "un cadre exceptionnel" ?


Vers Kiba en revenant d'Asakusa, hier soir

Non, il faut, comme Nicolas Bouvier, s'y frotter, y avoir mal. Le Japon, c'est un pays pour se faire les dents et pour y vivre. Il faut y ressentir le rejet que l'on provoque quand on dit qu'on y vit et qui est à l'opposé du sourire poli quand on dit qu'on y séjourne, "vous aimez les sushis ?". Parce que ce rejet, "qu'est ce que vous venez faire là?", il faut bien un jour le (faire) dépasser : au Japon plus qu'ailleurs, il n'y a pas de place pour celui qui n'a pas place. C'est pour ça que les otakus boutonneux des classes moyennes européennes viennent y tromper leur ennui : ici plus qu'ailleurs, on peut se diluer, ne plus être, s'évaporer.
Moi, je ne m'évapore pas. Je suis une altérité, et j'apprends désormais à être vraiment une altérité, à dépasser, mais avec le sourire, en japonais. Je ne demande pas qu'on m'aime car en fait, les Japonais n'aiment personne, que ceux qu'ils connaissent. Le reste est façade, convenance. Et la xénophobie ambiante n'est finalement qu'un aspect de cette intimité barricadée qui les caractérise. Les Japonais ont peur des autres, tous les autres.


Asakusa, avant ma visite à la galerie EF, où est l'expo de Joelle jusqu'à dimanche

Reste qu'il m'arrive de débarquer avec mon "altérité", et de les bousculer un peu, et finalement décrocher LE sourire qui me semble sincère... Comme celui de cette petite fille qui a eu peur en me voyant et s'est réfugiée, apeurée, dans les bras de sa mère, à Takamatsu, dans le Tokoden (sorte de train tramway). Sa maman lui a parlé, elle a évité mon regard. La petite s'est calmée, m'a regardé en cachette. J'ai joué le jeu et j'en ai fait autant, et elle a commencé à sourire, alors, ses soeurs, la mère aussi, on presque eu un comportement de jalousie à l'égard de la petite fille car nous commencions à nous sourire. J'ai parlé à Jun et j'ai vu que mes voisines étaient surprises de m'entendre parler en japonais. J'ai eu droit à de jolis sourires jusqu'à ma sortie. Pour sûr, le père a eu entendre parler de "l'étranger" apperçu dans le train... J'apprends à m'amuser de cela.
Les Japonais sont de grands timides.
Il m'arrive de causer avec des vieux, c'est étonnant comme ils aiment causer. Seul problème, ils oublient alors que vous êtes étranger et vous parlent à une vitesse...


Une exposition interactive.

J'ai loupé le vernissage de l'exposition ABSTRACT de Joêlle, j'y suis donc allé hier. Désolé, Joêlle...

mardi 28 août 2007

Une crise d'écriture

Je n'ai pas écrit durant un mois, je ne culpabilise pas, ni vis-à-vis de vous, ni vis-à-vis de moi. C'était les vacances.
Je guète désormais ce temps que l'on appelle la rentrée, et qui ne vient pas, ou qui tarde à venir; peut-être devrais-je le créer, l'inventer, lui donner une forme que mon quotidien lui refuse obstinément : rien ne change. NOVA reste NOVA, avec ses difficultés financières et nos doutes, avec de fugitifs espoirs par-ci et de brutales déconvenues par là. Cela m'affecte en profondeur car je reste ici un étranger et perdre mon emploi me mettrait dans une situation rapidement impossible. Je me console en sachant que je ne suis pas le seul et qu'à chaque chose malheur est bon. De la vertue calmante des dictons. En fait, j'ai depuis longtemps maintenant appris à accepter ce qui arrive, peut-être un jour de mai 2003 en allant visiter un laboratoire d'analyse médicale qui se refusa alors à me donner mes résulats, argant de la confidentialité des résulats et m'invitant à contacter mon médecin. Certains auraient paniqué.


Décembre 2004, des cheveux longs pour quelques jours encore...

Moi, je n'ai fait que comprendre, comme si j'allais devoir affronter une épreuve du type de celle que l'on est sensé pouvoir affronter après 10 ans de psychanalyse, un truc où il faut être solide, prendre sur soi, gérer les priorités et ne pas s'enfermer, un moment où il faut ne pas avoir honte d'avoir des amis. Et puis un moment où il ne faut pas avoir peur de se regarder dans une glace. Moi, j'ai mis 2 ans et demi, presque 3, à me regarder dans la fichue glace ! Trop occupé, avant, à réapprendre à (me) vivre, à redevenir normal, à ne pas me rebeller bref, à accepter ce qui m'arrivait comme un truc banal. Pour d'autres, ce serait le cancer. Pour moi, ce serait le VIH. "C'est des trucs qui arrivent", comme j'ai pris l'habitude de dire...
C'est grace à NOVA, justement, que je me suis regardé dans cette fichue glace. Où plutôt grace au Japon.


2004, vers le 19 novembre, à Kyôto. Un de ces portraits... Pourquoi faut-il sourire sur une photo ?

Durant deux ans, ce n'est pas moi que je regardais, c'était ce que je voulais voir de moi. Mes ganglions autours du cou, notamment. Surgonflés d'abord - une horreur. Et puis ensuite les progrès de leurs désenflement quand j'ai eu commencé les traitement. J'ai aussi observé la pousse de mes cheveux pendant un temps, allez savoir pourquoi... Peut-être une de ces tentatives absurdes destinée à cacher ce vilain renflement de ma nuque. Peut-être effacer ce visage, faire porter une responsabilité à cet individus aux cheveux courts de PD coupable (un PD est toujours, forcément, coupable). Peut-être aussi revenir à un avant, une jeunesse perdue, les cheveux longs, c'est jeune. Un peu tout ça, et peut-être aussi simplement le désir de faire quelque chose quand même. Au Japon, je me regardais dans les glaces aussi, mais c'était moi au Japon que je cherchais, je guettais la preuve. Oh, je n'avais pas de mal à la trouver. Je me photographiais ici devant un temple, là devant une pagode et le tour était joué.


Une vraie photo râtée, une vraie photo de touriste aussi, début septembre 2003, mais on peut le nier : j'étais à Miyajima!

À Miyajima, ma photo -ratée à souhait- est une sorte de photo testament de moi : j'y suis allé. Une vraie photo de touriste. Vous ne pouvez imaginer à quel point je vivais, marchant dans l'île de Miyajima. C'est le Japon qui m'a ressucité et, comme je l'ai cérit plus haut, c'est à NOVA que je dois de m'être enfin regardé. Je crois que cela faisait plus de 20 ans que je ne m'étais vu...
Si vous parcourez mon blog, vous saurez que j'avais acheté un surclassement lors de mon voyage d'installation. J'ai été heureux, de plus de voyager dans le 747 JAL Yokoso Japan. Cela ressemblait à un bon augure...
Mon départ s'était passé comme cette vie que j'avais depuis 2003, rapidement, sans me laisser le temps de réfléchir à grand chose. Je ne me rendais même pas compte que je quittais des amis : j'ai à cet égard un précédent fâcheux, de mes 8 ans, quand je suis parti de chez mes parents chez un oncle et une tante sans même m'en rendre compte, pour un an, et sans dire au revoir à mes amis. De vilains rêves m'ont hantés durant bien longtemps... J'ai mis du temps à comprendre que je n'y étais pour rien mais que je ne faisais finalement qu'accompagner l'existence de plus en plus cahotique de mes parents. Moi, j'ai au fond de moi culpabilisé cette séparation de mes camarades d'Epinay-sur-Seine car à ce moment je croyais partir en vacance chez ma boulangère de Tata Virginie ! J'ai passé une année comme on vit dans un rêve sans même réaliser que je ne vivais pas chez mes parents, avec mes parents, loin de mon frère... Enfant, on ne sait guère ce qu'est le temps sauf quand on commence à le sentir long... Pour moi, il filait à toute vitesse; j'étais heureux...
Je n'ai jamais revu mes ami Serge, ni les autres...


Mardi 7 février, Alain à l'aéroport, a retardé son retour à Londres. Je dis Alain et derrière ces 5 lettres il y a désormais plus de 21 ans de ma vie...

Quand j'ai quitté mes amis, cela ne s'est heureusement pas passé de la même manière. Nous nous sommes vus et ce départ correspond bien à ce qu'est une vie d'adultes. Si pour celui qui reste le vide se fait plus fort, plus évident après la séparation, pour celui qui part elle revêt un aspect différent et à mon avis, très dépendant du caractère. Pour moi, ce fut dans la vitesse que je les quittais, bise, re-bise... Il y avait Alain, Nicolas et Stéphane. J'appartiens à l'heureuse élite privilégiée qui peut compter 3 amis quand il quitte son pays. Je n'ai pas écrit copain. L'un des trois était venu d'Angleterre... Quel veinard je suis... Dernière photo à l'aéroport et je filais vers le lounge dont je n'ai guère eu le temps de profiter.


Le lounge, le 7 février. En fait, je n'en ai guère profité, il a fallu courir de nouveau...

Même vitesse de nouveau, courir vers l'embarquement, monter à l'étage, tester le siège aux mécanismes complexes... et découvrir la vaisselle en porcelaine, l'hôtesse jeune et jolie, le repas plus que correct... et puis sortir l'ordinateur, regarder les Demoiselles de Rochefort - putain ! j'ai dit au revoir à la France sur une musique de Jacques Demy ! J'ai finalement décidé que ce serait enfin le moment d'essayer de dormir après 5 heures de vol, quand la cabine était plongée dans l'obscurité. Je suis allé au toilette et là, j'ai dû affronter une de ces lumières que j'abhorre : un néon cru, le truc qui éclaire bien, qui éclaire tout, qui ignore les nuances et les reliefs et qui pose chaque chose telle qu'elle est. C'est quand j'ai commencer à me mettre de la lotion sur le visage que je me suis vu. J'ai d'abord vu un visage fatigué par la pressurisation et l'air sec de la cabine, puis j'ai remarqué les ports dilatés, les rides sont apparues, j'ai vu mes plis sous les yeux, au coin de la bouche, j'ai souri pour essayer d'enjoliver mais la lumière était comme le temps avait été : implaccable, intransigeante, et cruelle. J'ai cessé de sourire et je me suis regardé dans les yeux. Le temps s'est alors arrêté, comme cela faisait longtemps que je le souhaitais. Enfin. J'ai regardé mes yeux dont je ne connais toujours pas la couleurs -on les dirait bruns clairs mais il y a aussi du gris : comme ceux de ma mère, ils dépigmentent... J'ai regardé cette homme d'au delà du miroir, et cet homme c'était moi.


Mercredi 8 février, à Tôkyô après le vol... Un homme de 40 ans...

Un homme de 40 ans, qui venait de vider son appartement, quitter ses amis, arrêter son travail. Un homme qui réalisait un rêve né d'une bien ancienne curiosité, du temps de l'enfance, quand il avait découvert de curieux vêtements, de curieuses maisons, le curieux son d'un instrument non moins curieux. Et je me dis en regardant cet homme, ben voilà, ça y est, tu l'as fait, t'as l'air malin maintenant... Cet homme, c'était moi, je voyais le visage d'un bilan. C'était comme si toute ma vie je l'avais lue là sur ces plis et ces petites marques d'expressions. Alors, le visage de l'homme a disparu et je me suis souri. Je vous dis, ça faisait longtemps que je ne m'étais pas regardé.
Je vais bientôt avoir 42 ans, mine de rien. J'ai l'âge de ma génération. J'ai enfin atteinds ce moment particulier de ma vie où je peux parler de moi, disons plutôt écrire, facilement, sans me retenir, sans chercher les mots qui ne blessent pas, qu'importent s'ils blessent après tout, s'ils traduisent le fond de ma pensée, qu'y puis-je ?

Comme le titre du post hier le suggérait, l'automne pointe son nez : aujourd'hui le ciel est gris et de la pluie est (enfin) annoncée pour la deuxième mointié de la semaine. Par ailleurs on entend de moins en moins les cigales et seuls désormais les grillons dominent le vacarme ambiant des voitures.

Je dois désormais affronter ma crise d'écriture. On écrit forcément pour soit mais on écrit d'abord pour/vers les autres. Et si on écrit indépendament des autres, ce sont eux qui, en définitive sont involontairement et juges, et témoins et mêmes sujets -victimes, complices ou simples spectateurs- de cette tragédie impardonable qui s'appelle le temps et qui nous reste comme le seul objet possible pour la littérature dans une époque marquée par la démultiplication du sujet, son émiettement, son éclatement en un nombre invraissemblables de signes contraires.
J'aime m'être progressivement détaché de l'obligation de Japon dans ce blog. Le Japon est autours de moi et le lecteur avide d'exotisme trouvera toujours dans mes albums photos, mes vidéos et de nombreux posts de quoi satisfaire sa juste soif. Mais j'aime en fait parler de moi, de mon "aventure" personnelle. Revenir au blog comme on revient à son journal intime, partagé avec honnèteté à défaut d'exhaustivité. Parler du Japon c'est céder au piège de la quasi auto-fiction, "mes aventures au Japon".

Cécile Balladino, ex-membre de Mary goes Round (photo prise sur le site du groupe ---ici--- )

Ma crise d'écriture s'inscrit dans le processus plus profond de mûrissement du premier roman dont je perçois de plus en plus nettement les contours, même s'ils n'obeïssent pas aux règles du genre. Cela m'étonne un peu, de percevoir un authentique roman dans la forme que je vois s'esquisser en moi, en notes, en réflexions... Mais j'y vois comme une évidence, comme la marque de ma génération. Justement. Un petit message de Cécile du groupe Mary goes round (mais aussi beaucoup d'autres avant), m'a beaucoup touché. Elle me dit qu'elle s'est retrouvée dans ce que je disais de son groupe, dans l'époque et qu'elle aurait presque pu utiliser les mêmes mots... On ne se connaissais pas, pourtant, et certainement beaucoup de choses nous séparent... J'ai bien connu les Brigades internationales, son premier groupe, toujours accompagné de Lucrate Milk et des Béruriers Noirs (quand ils n'étaient vraiment que 2, et qu'on ne disait pas "les bérus"). Son message m'a fait plaisir. Il m'a aussi interpelé. Il me fait presque oublier ce qui se passe où je travaille... Je crois en fait être habité par un devoir d'écrire et de raconter, désormais. Et mes personnages se bousculent dans ma tête, les décors se mettent en place. Quand au sujet, il s'est affiné depuis 15 ans qu'il mûrit.
Merci à tous ceux, à toutes celles qui me laissent des commentaires, qui me lisent. Merci de comprendre qu'un blog écrit au Japon n'est pas forcément un blog sur le Japon.

Avis d'automne imminent...

Les jours se suivent et, bien que différents, se ressemblent terriblement : il fait chaud ! Très chaud. Nous avons même battus tous les records depuis 50 ans il y a 2 semaines. Ca tombait bien, nous étions à Shikoku.
Je vous ai concocté un album, ici.
Allez, je suis fatigué, je vous raconterai plein de choses plus tard...
Bonjour à Cécile, et merci pour le commentaire, et pour Mary Goes Round...
Merci à "anonyme" aussi.

lundi 6 août 2007

Chaleur... J'adore l'été japonais !

Les cigales chantent, c'est agréable, et cela va durer encore trois à quatre semaines. Après, seuls les grillons continueront de chanter, faisant durer l'été mais en lui conférant comme une pointe de nsotalgie, de nostalgie pour l'estival temps de cigales. Quand on entend les grillons, au Japon, on pense en fait à l'automne. Je profite donc de ces cigales qui se pâment sous le soleil brûlant du Japon sans jamais ne compter que sur le temps présent. Décidemment, ici, on apprend à n'aimer que ce qui ne dure pas... Fleurs de cerisiers du printemps et feuilles d'érables de l'automne, cigales de l'été et jeunesse forcément extrème d'avant la vraie vie, celle du mariage, des enfants et des heures supplémentaires contraintes. Ainsi va la vie...
Il fait donc très chaud, avec cette toute petite pointe d'humidité qui vous conduira parfois à mettre la climatisation en route. À cet instant où j'écris, je suis trempé car je me contente du plus économique courant d'air. En fond sonore, Élisabeth Jacquet de la Guerre, Le retour d'Ulysse (composé vers 1690).
Des nouvelles contradictoires de NOVA, notamment celle, incroyable, de l'embauche de plus de 700 nouveaux professeurs pour permettre aux étudiants de s'inscrire quand ils le veulent vraiment. La question en suspens est "mais avec quel argent?". La presse évoquait cette semaine le nombre d'étudiants qui ont résilié, ou sont en cours de résiliation. Aucune réelle information sur le nombre de nouveaux étudiants. Il y en a pourtant, et j'inclinerais même à dire qu'il y en a plus qu'il y a un mois. Les Japonais sont très contradictoires en tant que consommateurs : capricieux mais aussi facilement bernables car ils ne savent pas refuser une proposition faite avec insistance. J'ai du vraiment insister trente minutes à KONAMI, lors de mon inscription, pour refuser la carte de crédit : celle-ci avait tous les avantages et, plus je la refusais, plus elle était pratique et plus on me suggérait qu'elle était indispensable avec des "je ne sais pas", des "je vais me renseigner", des "je ne sais pas si votre carte est utilisable", etc... Je n'ai eu qu'à dire que ce n'était pas grave et que je pouvais toujours aller au Tipness à côté qui propose tout simplement le prélèvement pour que, bien sûr, il soit possible de ne pas prendre la carte... Je trouve injuste cette façon de critiquer NOVA car partout la pression à l'achat et au surrendettement existe. Et je ne critiquerai pas non plus KONAMI. Après tout, les adultes sont des adultes et ils sont libres de refuser. Ca a étonné des élèves quand je leur ai dit avoir résilié chez Docomo après deux mois car j'estimais qu'on m'avait trompé sur les tarifs. Jusque dans les drugstores où on vous met l'article directement dans les mains en vous demandant ensuite si vous n'en préfèreriez pas un deuxième, c'est si peu cher. J'ai vite appris à me méfier de よろしでしょうか?/yoroshi deshô ka ?
Pour ma part, cette histoire d'entreprise, bien qu'elle m'inquiète fortement, ne me perturbe pas plus que cela. Car je suis bien décidé à rester au Japon. Muni d'un visa de travail de 3 ans, je ne suis pas un petit vacance travail en fin de visa. Je suis dilômé, j'ai un cursus fournis et cette situation me stimule plus qu'elle ne m'abat, en fait. Et puis de toute façon, on verra bien. Mais je possède sur la majorité de mes collègues l'énorme avantage d'une expérience professionelle qui garantisse autant ma loyauté vis à vis d'un employeur ( 7 ans d'affilé intérimaire dans la même agence, mais aussi quasiment toujours dans la même entreprise, par exemple) que mes capacités à rebondir et à m'adapter à un nouvel environnement et relever le défi d'un nouveau travail, d'une nouvelle activité. Ce n'est pas rien, après tout, à 40 ans passés, de passer de l'univers de la finance international en France à l'enseignement du français au Japon. Tout comme celui d'être passé d'études d'histoires à BNP Paribas... Bref, peut-être bien pour la première fois de ma vie, j'aborde la période à venir avec une certaine confiance. Mon "plus", c'est mon visa... Quand à NOVA, je ne sais que trop en penser. Durera/durera pas ? Je crois qu'en fait personne ne sait trop. Mais cette histoire d'embauche est peut être le signe que le patron prépare l'après 6 mois de limitation d'activités commerciales. S'il y ajoute quelques ventes d'actifs immobiliers et la fermetures de petites écoles, c'est crédible. On verra bien...
Je vous parlerai prochainement de mon changement de regard sur cette fameuse xénophobie dont je vous ai déjà parlé. En creusant, j'ai réalisé beaucoup de choses sur l'histoire récente du Japon. Il était quasiment impossible de trouver une boulangerie, il y a vingt ans, ou une pizzéria, et les étrangers se faisaient rares. Cela me donne une presque tendresse pour l'effort qui est fait. Je n'excuse pas les comportement, mais j'essaie au moins de les comprendre. Peut être la France devait offrir le même visage xénophobe dans les années 60/70 quand notre pays amorçait son ouverture au monde (et dont le résultat fut l'apparition du FN...).
Allez, je dois bientôt partir. Soleil de plomb, on va encore monter à plus de 33/34°...

samedi 4 août 2007

Ce n'est plus de la chaleur, c'est du chaud !

Chaud, temps chaud sur Tôkyô, amplifié par le passage remarquable d'un typhon sur le sud du pays, encourageant la remonté de l'air du Pacifique sur le reste du pays. Mon appartement est étouffant, je me contrains à n'utiliser la climatisation que quand c'est nécessaire, c'est à dire en pleine nuit (à défaut de quoi mon sommeil est vraiment très difficile).
Je lis, enfin, Le condamné à mort d'Aragon. J'ai du en lire un bon quart : j'y arrive, le texte ne m'étouffe plus, j'ai vieilli, je peux peut-être mieux comprendre la réalité de la vie. J'ai du mûrir depuis Londres, il y a 7 ans quand je l'avais commencé. Il faut dire qu'ils s'en sont passées, bien des choses, depuis 1999. En tout cas, c'est de cette époque que j'ai arrêté d'écrire mon journal et que mes boulimies de lectures sont parties. Ce roman a eu un effet glaçant : comment écrire un roman après ça, et à notre époque sans histoire et où l'horizon se limite à quelques espoirs dessinés par des études de marchés, quand il ne s'offre pas à quelque apprentis sorcier. C'est donc cela, renoncer au communisme... ? Allez, va ! Je suis prêt à écouter Aragon jusqu'au bout.
Jusqu'à quand NOVA, en tout cas sous sa forme actuelle, survivra t'elle ? C'est la question que nous nous posons. Le patron a décidé de jouer à Boussac, au kamikaze qui décide seul de la vie et de la mort de son entreprise. Cette semaine, les employés (c'est à dire les "vrais" employés, pas les professeurs) ont été payés avec 5 jours de retard. "Problème de système". L'information a fini par circuler, à la bourse de Tôkyô, notamment. Sa seule réaction fut de dire que cela ne regardait personne, que c'était un "problème interne". Le papy n'a toujours pas compris que son entreprise était côtée en bourse et que cette information était donc publique. Il y a quelque chose de pathétique, chez un chef d'entreprise, à renoncer ainsi avec autant d'obstination à s'avouer vaincu et, ainsi, permettre de sauver l'essentiel. Il ne sauvera rien et je suis désormais persuadé que ce sont les dernières semaines de NOVA, peut-être même les derniers jours. Quel banquier prêterait de l'argent à une entreprise aussi peu rentable, aussi peu transparente dans sa gestion ? Notre seule chance, ce sont les clients. Après la faillite, une autre entreprise pourra racheter, pour le prix des dettes uniquement, l'activité "enseignement" car elle peut être rapidement rentable et que beaucoup lorgnent ce fichier clients de plus de 500,000 personnes. Reste que nous allons traverser des moments difficiles.
Je suis sidéré par le manque de clairvoyance dans la situation de certains collègues : beaucoup ne croient pas encore que c'est inéluctable, ou plutôt, commencent à peine à le concevoir. "Non, pas NOVA, quand même..." est le refrain habituel.
Je suis retourné me promener sur la baie, le soleil y encourage. Le parc est égréable et la promenade, les pieds dans l'eau, sur la mini-ile est sympathique. On est balayé par le vent, c'est presque sauvrage. Pour Tôkyô, s'entend.
J'ai trouvé beaucoup de musique à écouter et de films à voir. L'Inhumaine de Marcel L'Herbier (1923), Au bonheur des dames de Julien Duvivier (1929) ou Dr Mabuse de Fritz Lang (1922). J'aime le muet, et surtout l'architecture et la civilisation matérielle qui se cachent dans les décors. Quel témoignage involontaire, finalement.
Dimanche dernier j'ai passé la soirée avec Yoshinobu et un ami à lui. Il était de passage à Tôkyô durant ses vacances au Japon. C'est un garçon sympathique et je le sens plus à l'aise ici qu'à Paris. Il envisage de peut-être quitter la France. J'ai parlé japonais toute la soirée. Comme je le dis, mon niveau "théorique" a baissé : j'ai oublié du vocabulaire, mais surtout, comme j'ai incroyablement gagné en fluency et en compréhension, je ressens plus incroyablement mes lacunes (bref, rassure-toi, TB, cette "baisse" est relative, elle est autant réelle que ressentie). Nous avons mangé des tempura à Shinjuku, et je me demande depuis quand était la dernière fois où j'y avais mis les pieds... Je n'y vais plus !
Allez, je vous abandonne, la chaleur m'attend.