vendredi 21 septembre 2007

À mon âge...

TÔKYÔ 2007. JE CHERCHE DU TRAVAIL.
Mon entreprise fonce désormais vers sa perte à grande vitesse. La presse s'est enfin fait échos de ce qui se passe. C'est la fin.
J'AI 42 ANS AUJOURD'HUI.
Je suis à l'étranger, je suis dans une situation instable et pourtant je me sens enfin installé, allez comprendre...
Cela peut paraître stupide mais j'aime bien ce truc des cycles de 7 ans. Pas comme de la magie, mais comme des symboles, des bilans que l'on peut faire avec soi-même. Il y a 7 ans, je revenais de Londres à la va vite, j'avais 35 ans. Cette année me voici à Tôkyô, et je me sens enfin chez moi. J'ai bien parfois de vagues envies de déménager, mais guère plus de 5 kilomères, vers Monzen Nakachô, dans Kôtô-Ku.
Je repense à mes 40 ans, à cet hôtel à Ôsaka, à ma course le matin, Kyôto puis Tôkyô, Maruchan le midi et moi qui oublie de prendre mes médicaments, et ce pincement au coeur le soir, à Shinjuku, rentrer à Kyôto et bientôt à Paris. Un désespoir en forme d'intensité, plein d'une énergie nouvelle que je ne me connaissais pas et dont je devais percer la force un mois plus tard en lisant dans un forum le post d'un type qui partait travailler pour NOVA. Mon insomnie le soir, et des larmes longtemps contenues, des mois, des années, pourquoi pas moi ? Et dans la foulée refaire mon album de photo, revoir de ce pays que j'aime visiter. J'ai recontacté NOVA, je l'ai harcelé de nouveau, et puis là, miracle. Cette énergie incroyable qui m'avait poussé à retenter, à faire, trouvait enfin son but : je partais.
C'était hier et c'était il y a déjà deux ans... Je revois Maru, la tête qui dépasse d'une bonne tête, justement, de la foule grouillante de Shinjuku, à la sortie sud, le casque sur les oreilles - il venait de s'acheter un iPod et sortait avec son nouveau joujou, un appareil photo Canon, si ma mémoire ne m'abuse pas.
C'était il y a deux ans, j'avais 40 ans.
La semaine dernière, l'imminence d'une catastrophe me paralysait, allais-je revivre la précarité ? Devrais-je quitter le Japon? Quitter Jun ? Vous imaginez...
"De toutes façons, tu as passé l'age de faire machine arrière, non?", m'a écrit Pierre dans un long mail dont je le remercie. Eh bien, c'est étonnant, c'est la conclusion à laquelle je suis arrivé. Et c'est une conclusion pleine d'énergie. Cette énergie au fond de moi, c'est celle qui dit "j'ai envie de vivre". Pas la misérable envie de vivre qui fait pitié, non. L'autre. L'avez vous au moins déjà ressenti ? Moi, je crois que je l'ai ressentie et pensé la première fois à Kyôto, à Kyômizu Dera. Je me revoie, chialant à moitié en pensant à mes parents, à leur vie de merde et avec dans le coeur une envie de dire "merci", merci de m'avoir donné la vie, je suis ici mais c'est vous qui m'avez fait ici. Une fierté infinie envers mon père, et sa fierté bienveillante sur les épaules. C'était en 2003. Une solidité totale. Et ce soir là à Shinjuku de nouveau, mais en plus fort, avec un sentiment d'injustice.
Non, je ne ferai pas machine arrière. Si j'ai osé partager ma situation, c'est précisemment pour cela. J'ai reçu des messages encourageants. Un mail de Pierre, et puis Jean-Baptiste et Maruchan.
D'autres, encore. Je suis partagé. J'ai commencé à explorer le bancaire. Normal, non ?
Mais le mail de Maruchan ouvre de nouvelles questions... et celui de Pierre a complété l'interrogation. C'est drôle, c'est le jour de mon anniversaire.
Si a tout hazard je trouvais un vrai travail à mi-temps comme professeur qui, en gros, paie les factures sans manger mon temps, que je complèterais par quelques cours ici et là, ne réaliserais-je pas quelque rêve profond... Je suis au point où tout est possible. Et à mon âge plus qu'à 20 ans, il m'est permis de rêver. Pourvu que je garde aussi les pieds sur terre. J'ai un CV "banque" en anglais qui est le plus solide que je pouvais réaliser. Je vais paufiner un autre CV plus aventureux, plus ouvert. NOVA ne paie pas tant que ça, en travaillant, je peux aisément retrouver le même salaire. Peut-être je me trompe... Rechercher ici n'empêche pas de regarder par là...
J'ai parlé de NOVA avec 2 étudiantes. Toutes deux se sont montrées extrèmement concernées et j'ai senti de l'affection profonde pour nous. Je ne sais ce que cela donne en anglais mais nous, les Français, à NOVA, nous formons une petite famille. Et nos étudiants sont un peu nos cousins. Pas tous, mais même nos cancres, on les aime bien. Quand même.
Je ne sais pas si je trouverai le temps de vous écrire quelque chose d'autre dans le week-end mais en tout cas je reviendrai à vous quand je l'aurai.
Je suis un Parisien. Mon bateau tangue, mais il ne coule pas.
Merci pour vos messages de réconforts et vos propositions de coup de main. Ca m'a touché.
Aujoud'hui, il a fait très beau et demain de nouveau il fera beau. Et je serai avec Jun. Puis à NOVA...

jeudi 20 septembre 2007

En attendant...

(nouvelle fonctionnalité, vous pouvez m'envoyer un mail en cliquant sur le côté gauche. Pour Pierre, ou pour les autres)

Quand j'ai quitté Londres il y a 7 ans déjà, j'avais cédé à la facilité. Trouver un travail à Paris me semblait plus simple, j'avais reculé devant une difficulté qui s'annonçait pour moi insurmontable : me remettre à la recherche d'un emploi. Et surtout être ambitieux, ce qui n'a jamais été une caractéristique forte de ma personnalité. Non pas que je ne le sois pas, mais je n'ai jamais su me mettre en avant en milieu "hostile", comme lors d'un entretien d'embauche. Voilà comment je me suis retrouvé intérimaire professionel pendant près de 8 ans... et pas mécontent de l'être à cette époque là.
Pourtant, à chaque fois que j'ai fait montre de force et de détermination, mes résultats ont dépassé mes espérances. Je me revois, en 1999, ce devait être janvier, durant mes entretiens pour entrer chez Cortal. Je sortais tout juste de boulots nuls et surtout de ma reprise d'études. Deux missions d'intérims, de la saisie, m'avaient permis de manifester mon goût pour la prise de responsabilités. Imaginez, vous êtes chef d'un service, vous avez des intérimaires, vous êtes débordés de travail et parmi ces intérimaires placés là pour vous libérer du travail ingrât de saisie, vous en avez un qui fait un peu de votre travail en plus du siens... Je me retrouvais "recommandé" pour devenir conseiller financier, un travail que je n'avais moi même auparavant envisagé. De Pompadour au compte-titres, imaginez le portrait...
Marie-Claire V. Je me souviendrais toujours de cette jeune femme qui devait bien avoir 23 ans alors et qui supervisait l'équipe de Conseillers à laquelle j'appartenais. Pas moins de quatre entretiens, mais je crois que c'est durant mon entrevue avec elle que la partie fut jouée. Je voulais ce travail, pas par ambition, mais par défi personnel et par jeu, par lassitude aussi, de celle que l'on ressent à force de travails (orthographe volontaire) précaires mals payés qui vous flanquent des fins de mois en forme de j'en peux plus. Je l'attendais, elle n'arrivait pas. Le petit bureau qui donnait sur la courette de cet immeuble de l'avenue Charles de Gaulle à Neuilly était sommairement décoré, dans un style "Mitterrand diffusion", plus communément ressenti comme style Balladurien. Un peu de courbe, du pastel et des meuble stratifiés imitation bois, une annexe de Conforama de cette époque. Ca sentait bon les classes moyennes et le salaire à 5 chiffres. Me retrouver là à attendre pour un travail m'amusait. Elle arriva, cheveux au carrés, serre tête et tailleur pantalon gris à 500 francs acheté dans une gare ou un centre commercial de banlieue, chaussures plates. Elle était directe, et son nez pointu me fit penser à Dorothée. Je dus recommenter pour la énième fois mon CV, répondre aux mêmes questions, et puis à une que je n'attendais pas. En fait, j'avais décidé de ne pas insister, de pas mettre mettre en tête d'avoir ce poste à tout prix.
- Pouvez vous m'expliquer ce qu'il y a à voir entre l'histoire du XVIIIème siècle et Cortal ?
- Vous savez, pour mieux comprendre les mentalités, l'histoire a recours aux sciences sociales et aux sciences économiques. Le XVIIIème, c'est le début de la société de consommation et de la société industrielle,...
Je lui ai sorti un laïus... plus je parlais, plus ses yeux brillaient. J'avais peu parlé, mais ma réponse avait été claire, instannée, précise : que demande t'on de plus à un conseiller financier ?
Je commençai la semaine suivante...
C'est amusant, les entretiens, quand on y est près dans sa tête. A Londres, je ne savais pas ce que je voulais, ce que je recherchais. J'étais en vacances...
Je cherche du travail, et je suis au Japon. Je cherche du travail et pourtant je travaille, que se passe t'il donc ?
NOVA ne passera pas l'année, voilà ce que l'on s'accorde à dire. Les salaires des employés Japonais ont été versés en retard il y a 2 mois, et encore un peu plus le mois dernier. Ce mois-ci, les managers ont été payés en retard. Le miens attend encore sont salaire, avec une semaine de retard. De (visiblement) frauduleux mouvements de titres à la bourse, avec dépôts des titres à des des sociétés de consulting (en voyant leurs sites, on pense plus aux films de Kitano qu'à des sociétés financières), disparitions de titres reconnues par le Président, triplement de la valeur du titre puis descente vertigineuse, aucune communication interne et pour finir démissions massives de professeurs nous font ici traverser une épreuve éraintante pour tous.
Dans l'équipe française, on est sonnés car trouver du travail au Japon n'est pas une chose facile quand on est un étranger non anglo-saxon. J'ai pour ma part opté pour la banque-finance puisque c'est ce que je sais faire de mieux en se plaçant sous l'angle des qualifications. J'ai achevé, après 3 semaines d'interminables retouches, mon premier vrai CV en anglais. J'en suis satisfait, il est net et direct. J'ai depuis lundi commencé mon exploration sur internet, mais à partir de mardi (lundi est férié), je profiterai de mes mails pour téléphoner et parler de vive voix. J'ai cet énorme avantage par rapport à d'autres collègues d'avoir au moins un réel domaine de compétence.
J'ai regardé les sites des écoles françaises. Impression de déranger. De petites écoles, ça ne fait pas de gros moyens. Qu'auraient elles à faire de moi ? Je ne suis pas FLE...
Je ne conçois pas une seconde rentrer en France. J'en fais une affaire intime. Je veux décider de mon départ et ne pas me le voir imposer par une équi... bande de dirig.. chtars. J'aime Jun. Et je me sens bien, ici.
Si vous avez un travail, à vot' bon coeur...
Voilà, vous savez où j'en suis. Où nous en sommes.
Nova coule. Il n'y avait même pas de musique à bord...
Merci Pierre et Rasen pour le message.

JE CHERCHE DU TRAVAIL...

Voilà, c'est écrit.