mardi 25 décembre 2007

Joyeux Noel, de Tokyo/ Japon

Comme toujours, vous pouvez cliquer sur chaque photo pour la voir en plus grand...

Promenade dimanche avec Jun sur Omotesandou. Comme l'an dernier un Bonhomme de neige. Cette fois-ci, c'est de la neige de Niigata. En esperant qu'elle ne soit pas irradiee... C'est la-bas qu'il y a eu un tremblement de terre, et qu'une centrale a eu quelques fuites d'eau "sans danger" apres un debut d'incendie. Si les employers de la communication de TEPCO (societe de production et commercialisation d'electricite dans l'est du Japon) perdent leur travail, ils n'auront aucun mal a se faire embaucher en France...
En attendant, ce Bonhomme de neige etait l'une des seule attraction de rue a Omotesandou : cette annee, il faut rentrer dans les magasins pour voir des installations.











Dans un "depaato" (centre commercial), le Marubiru. Partout des Pere-Noel (ici, on dit Santa Klaus). Tout est pretexte a vendre et Noel ne manque pas a la tradition. Le Japon est roi en la matiere. Ici, donc, une Barbapouffe. Certaine vendent des cuisses de poulet roties (au Japon, on DOIT manger du poulet a Noel parce que... en occident on mange du poulet a Noel. KFC, MacDo, Mos Burger ("Happy XMos"), mais aussi Fujiya le magasin de gateau : tout Tokyo se couvre de Pere-Noelette, de veritables Barbapouffes sur talon aiguilles. Ailleurs, ce sont des types deguises en Renes ou en ours qui braillent a l'entree des konbinis par 2 degres, gateau de Noel, gateau de Noel, laissez vous tentez... (le fameux ikaga deshou ka). Ici, c'est une barbapouffe photographe. Les gens paient (au Japon, tout se paie) pour se faire photographier devant un sapin de Noel.










Marubiru, a Marunouchi, pres d'Ootemachi et de la gare de Tokyo. Ootemachi est en train de devenir LE quartier a la mode en ce debut de vingt-et-unieme siecle. Quand on y songe, finalement, c'est un type de quartier qui manquait a Tokyo. Un quartier chic d'ou la mafia a ete visiblement banie. D'ou la grande elegance de ces avenues longues et bordees d'arbre, sans patchinko ni machines a sous ou gargotte a takoyaki a l'huile frelatee que l'on sent a cent metres.
Bien sur, les magasins de luxes sont inabordables. Mais c'est un peu comme les quartiers chics a Paris, ca fait une jolie ballade. Ginza est le contraire de cela. Le quartier est pourtant tres proche, les arrieres rues debordent de petits restaurants sympathiques mais le jeu et les bars a hotesses creent par endroit ue curieuse ambiance de Pigalle Chic.
Marunouchi se veut la vitrine d'un Japon nouveau. Comprenez, une couche de laque pour faire briller et detourner l'attention des autres quartiers. Et pour accueuillir des touristes riches blindes de devises peu interesses par le Japon, si ce n'est la hype que peut representer cette destination et ses hotels hors de prix...





C'est que ce type de quartier, qui accueille les sieges sociaux des banques du monde entier est aussi un quartier qui interesse les hotels 5 ou 6 etoiles. Il s'y en construit et c'est pour leur clientele que restaurant francais de renommee internationale, grands couturiers se pressent dans les etages de ses immeubles immenses. En generale, les 5 ou 6 premiers etages sont reserves a des centres commerciaux avec leurs boutiques et leurs restaurants pour le tout venant, a commencer par les hommes d'affaires qui ne sont pas genes par un menu a 3 ou 4,ooo yens. Au dessus sont des bureaux ou des hotels. Les derniers etages sont enfin des restaurants hors de prix avec vue panoramique sur la ville ainsi que les suites 6 etoiles.
Marunouchi est le quartier qui fait rever les jeunes Japonais avides de reussite sociale... ou pour le moins des signes exterieurs de reussite sociale. Cela n'en est pas moins un quartier lumineux et tranquile, elegant.







Hibiya, le jardin. Dimanche, nous avons fait une grande promenade qui nous a conduit du parc Gyouenmae pres de Shinjuku jusqu'Omotesandou puis d'Omotesandou a Ootemachi, 7 heures de marche, de ballade ou les arbres denudes de Gyouenmae auront ete remplaces par les rues en pente de Sendagaya, puis les petites rues qui menent a Harajuku en evitant Meiji Douri, les filles couleur de Harajuku et la foule de marche au puces, notre restaurant Thai prefere, Chao Thai, puis Omotesandou, et enfin ce grand boulevard qui courent jusque tres loin a l'est, Aoyama, Alasaka, Hibiya, Ginza...
Au Parc Hibiya, la chaine TBS sponsorisait un gigantesque sapin de noel. Nous y sommes alles. Comme toujours dans ce cas, une foule gigantesque, un peu comme si tout le Japon s'etait donnee le mot, etait la et faisait une interminable queue... Renoncant, nous avons contourne le parc et decouvert une deuxieme entree ou il n'y avait pas la queue. Ce noel a Hibiya etait une sorte de Disneyland avec de la musique indifferenciee -baroque, medievale...- et des chemins de lumiere. Assez ininteressant. Nous sommes vite partis, il y avait vraiment trop de monde... C'est comme ca que nous avons atterri a Marunouchi.
Comme toujours dans cette longue promenade, c'est le mystere du Palais imperial qui a ma preference. D'un seul coup, plus de lumiere, mais un lac (ou des douves...) borde d'arbres. Un trou noir dans le centre de Tokyo. Un havre de paix, le temps en suspension.


Au cours de cette grande promenade, nous sommes bien entendus passes a cote du temple de la musique commerciale japoanaise, le Carrere local. Un immense arbre de Noel d'au moins 5 etages... et tout en haut de l'immeuble, cette publicite pour la THE chanteuse, Hamasaki Ayumi. Son nouvel album sort le 1er janvier. Il y en a qui ne perdent pas de temps...
















Lundi, nous nous sommes leves tres tres tres tard. Il fallait ca pour se remettre de la mauvaise nuit de samedi a dimanche !
Nous sommes alles a Yokohama, dans le quartier de Yamate ou nous etions deja alles l'an dernier au mois d'aout. Decorations "occidentale" pour noel dans ces maison de style "occidental". Des designers ont decore chacune de ces maisons dans le gout d'un pays particulier.
Je cherche la Hongrie dans cette decoration de table... mais je continue d'aimer cette cheminee.














Celle-ci est encore plus joli, temoignage du XIXeme siecle. C'est dans cette maison qu'il y avait la decoration "francaise", mais ma pudeur m'empeche de vous montrer ce chef d'oeuvre de conservatisme. Nappe mauve et vaisselle de style Second Empire (en rappel de la commemoration des traites entre la France et le Japon). Une horreur totale.
Dans cette maison, j'ai pu constater que la chronologie comparee de la France et du Japon est incomplete. A aucun moment il n'est fait etat que la France est devenue une Republique ! Alors que Louis XVI et Marie-Antoinette, Napoleon 1er, Louis-Philippe, Napoleon III sont cites et leurs "malheurs "evoques... Veut-on eviter que les Japonais ne se posent trop de questions sur les regimes politiques ?











Une idiote, comme les appelle. Une sauvage.
Elle a tres bien vu que je photographiais, mais elle est passee quand meme. Alors, je l'ai suivie de mon appareil tandis qu'elle marchait. Elle m'a reperee...
Certaine personne manquent francheent d'education. Quand aux photographes du dimanche, ils sont legion, on les repere a leurs appareils a 1000000 yens avec mega tele-objectif. Mais incapable de concevoir que si quelqu'un photographie une fleur en macro, il essaie de calculer un effet de profondeur bref, a besoin que personne ne passe derriere. Ils m'amusent avec leurs trucs chers comme des protheses du sexe dont le travail et les heures sup' les ont prives.











Je ne suis pas alle tout seul a Yokohama, et ce n'est pas tout seul que je me suis promene dimanche.
Il est boudeur des fois... Peut-etre mes problemes de travail m'empechent-ils d'etre vraiment tout a fait avec lui dans ma tete et dans mes paroles...
Mais on se fait confiance. On a surmonte tout cela tres facilement.
Je suis redevenu tres fort.








Un miracle, c'est quand quelque chose que l'on n'attend pas se produit.
Nous marchions, il faisait froid : Yokohama est une ville de bord de mer, le vent etait tres froid. Moi, mon pied criait au meurtre, je ne pensais qu'au bus que nous pourrions prendre pour rentrer.
Et c'est alors que Jun me dit : 見て...
Fuji San est apparu la, tres beau, clairement dans un ciel limpide. C'est un tres beau cadeau de Noel, voir Fuji San par hazard.





Et comme un miracle ne vient jamais seul, nous avons assiste a un magnifique leve de pleine Lune. Rouge d'abord, nous avons pense qu'il s'agissait du Soleil couchant. Et puis elle est montee dans le Ciel. Nous avons pu alors distinguer une Etoile a ses cotes. Cela aussi, un 24 decembre, c'est une bonne nouvelle.
Plus tard, quand apres avoir dine a la maison (j'avais prepare un poulet en papillotte, sauce a la creme, champignons et emince de poireau, avec un riz beurre parfume de petits des de carottes puis un clafouti aux fraises), quand j'ai raccompagne Jun a la gare, nous avons regarde la Lune, cette fois au dessus de nous, extremement lumineuse. L'Etoile etait toujours a ses cotes. Si quelqu'un sait de laquelle il s'agit... ou plus vraissemblablement de quelle Planete... Le plus joli, c'etait un effet de halot dans le ciel. Comme si la Lune etait aureolee de sa propre lumiere. C'etait vraiment tres beau et cela a concouru a donner une petite touche de magie a ce Noel.
Aujourd'hui, je n'ai pas fait grand chose, si ce n'est ecrire ce message, recadrer les photos, ecrire quelques emails. C'est Noel, apres tout.

dimanche 23 décembre 2007

Confidence

Allez, je vous confie le mail que j'ai envoye a 2 amis hier soir. Ne pas le publier serait un mensonge d'abord vis-a-vis de moi, cela m'empecherait d'ecrire en toute transparence, en toute liberte.
"Sale fin d'annee...
Apres m'etre tordu le pied, je souffre de la varice que je m'etais fait en 98 quand je m'etais casse le menisque...
J'ai perdu mon taf en octobre, reperdu un taf en novembre, et je viens de recevoir un mail du repreneur de NOVA : pas de place pour moi, ils ont trop de professeurs...
Mon entretien de mercredi a ete annule...
Et la, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi, Jun me fait la gueule.
Ca fait beaucoup...
Je suis pas paume, je suis parfaitement conscient d'ou je suis et de comment j'y suis arrive. Donc ca va.
Je suis juste fichtrement triste.
J'ai meme eu envie de rentrer.
J'ose pas ecrire ca sur mon blog et pourtant j'en creve d'envie."
J'ai repasse une mauvaise nuit. Rien n'est tres clair, beaucoup d'idees qui se sont un peu telescopees dans tous les sens. Ce matin, plus de calme mais une grande fatigue, comme si je m'etais pris dix ans dans la figure.
Pas facile...
J'ai des collegues formidables, et des amis formidables.
Allez, c'est dimanche veille de Noel.

samedi 22 décembre 2007

Dernier week end a Tokyo de l'annee


Hier soir, Institut Franco-Japonais d'Iidabashi, repas de Noel en musique. C'est une ancienne eleve de NOVA Ginza qui m'a invite. C'etait tres bon et J'ai pu, a ma grande surprise, apprecier des oeuvres baroques jouees sur instruments modernes (Sans la saveur des instruments anciens, sans les evidents pas de danse mais avec une passion pour la musique communicative), et faire plus ample connaissance avec une femme interessante et genereuse, mais qui helas ne se juge pas a sa propre valeur. "Je suis bete", qu'elle m'a dit. Elle lit des romans, des philosophes (elle m'a parle de Alain, de Theillard de Jardin), parle anglais et francais, va au cinema voir des films interessants, elle a travaille et a compris que le travail donne un sens a la vie... Je ne crois pas qu'elle soit si bete que cela...

Il fait tres gris aujourd'hui. Mon pied est definitivement retabli, il me reste cette horrible varrice naisante au niveau du genoux, reveillee certainement pas la ceinture qui a maintenu fermement mon pied durant trois semaine et qui a du perturber la circulation du sang. Cela m'a litteralement empeche de dormir cette nuit. C'est redoutable. Elle est pourtant petite, cette varice, et quasiment invisible. J'espere que la douleur de cette nuit n'est liee qu'au changement de temps tres brutal qui est intervenu. J'espere, mais je crains aussi un peu...
Hier, j'ai retrouve Yuko et Tomoko pour la derniere lecon de l'annee. La semaine prochaine, tout ira tres vite pour tout le monde, nous allons nous assoupir chaque minute un peu plus apres s'etre assure d'etre au point, avoir fait le grand menage (au Japon, c'est a la fin de l'annee, pas au printemps), regle ses factures et eclaircie sa situation, bref, apres s'etre prepare a quitter l'annee sans regret, conscience tranquille. Nous pourrons alors oublier le sanglier, etre des forets, et accuillir... la souris !


Les arbres desormais ont perdu leur belle couleur, les voila depouilles de leurs feuilles. C'est pratiquement l'hiver. Les bronzes de Rodin regardent l'horizon, en quete de lumiere, a moins qu'ils ne s'epanchent sur eux, sur leur destin, en d'interminables pensees.

Hier soir, apres avoir quitte Yuko et Tomoko, j'ai file a l'Institut, a sa Mediatheque. J'ai rendu le Manchette (Nada) que j'avais du lire en fait il y a bien quinze ou vingt ans, le Tardi-Mallet (Tu m'as vu en cadavre) et les deux DVD que j'avais empruntes et j'y ai retrouve Mari. Mari a decouvert mon blog il y a trois jours, et elle a decide de lire le Blog de Martin par la meme occasion (voir lien sur le cote, cafe Marutan). Durant le repas, dans la conversation, j'ai essaye de lui explique ce qu'est le baroque en musique, le lien avec le catholicisme en reconquete, cet art de la seduction, de l'illusion et cette mise en avant de l'individu face au groupe qui donna naissance a l'opera ou au concerto. Et ca tombait bien, l'orchestre jouait du Bach. Je lui disais qu'il fallait ecouter la musique baroque comme on ecoute une conversation. Il y en a un qui raconte quelque chose et les autres commentent, discutent et disputent. Et c'est alors que dans le concerto pour 3 instruments (le BWV 1052 ?, je ne me rappelle plus), le clavecin s'isole, deroule son discours et que la flute et le violon repondent en echo en des melodies differentes et presque divergeante dans lesquelles le clavecin s'insere sans trop devier de son propre discours. Une conversation animee, a 3, ou soudain le discours s'unifie, tous instruments confondus, on n'etait pas d'accord mais on a passe une bonne soiree. C'est encore plus net avec un orchestre baroque (Il s'agissait ici, vraiment, d'interpretation "a la annees 60"), mais les melodies restent ce qu'elles sont et les interpretes dessinaient parfaitement chaque discours. Mari etait enchante, ca m'a fait plaisir.
La violoniste etait un petit bout de bonne femme au parle parisien, simple et direct qui nous a beaucoup amuses. Je crois que c'est ce trait de caractere que j'aimerai toujours a Paris, notre cote "pas begueule". Il disparait a mesure que a hype generalisee qui accompagne l'internationalisation middle-class de la capitale progresse. Vendeuses et serveuses qui font la gueule et nous servent le demi a 6 Euros comme si elle daignaient nous faire le privilege de nous servir... Ou sont ces garcons de cafe et ces serveuses qui faisaient le brin de conversation, ou qui ralaient sur un client parti sans paye et partageaient ensuite toutes leurs miseres en d'interminables conversations. C'etait lourd parfois, mais comme c'etait humain...


Mon nouveau joujou... et Hotel du Nord

Je m'ennuie, alors je lis et je regarde des videos. J'ai amorce le grand menage aussi. Lave les rideaux, nettoye l'air conditionne et ma grande lampe centrale... Je suis (presque) pret pour le depart a Kyoto ! Un peu impatient que cette annee ne s'acheve. Il y a eu beaucoup de bon, de joie et de bonheur mais on ne peut pas dire que depuis le mois d'octobre cela ne fut particulierement joyeux. J'en ai traverse d'autres qui m'ont en quelque sorte blinde, mais je m'en serais bien passe. Je crois que beaucoup de mes ex collegues traversent des passes au minimum tout aussi difficiles.
Au Japon, rien ne commence en decembre alors...
Bien, je vais retrouver monsieur Malaussene.

jeudi 20 décembre 2007

"It's a glamorous world" / The Passions, 1980


Comme le temps passe, c'est deja presque Noel...

Je ne m'en remets pas, d'avoir retrouve cette chanson que j'avais oublie pendant tant d'annees... Si vous ne l'avez encore fait, ecoutez le titre German film star du groupe The Passions, dans la barre de menu. C'est sorti en 80 et c'est peut etre un des plus joli titre de cet hivers la. Mes annees 80, loin des paillettes qu'on leur attribue souvent. Intimes, sobre et meme sombres comme un film de Carax. Boy meets girl. Si vous descendez un peu plus bas, ce sera Togawa Jun, egerie post-punk Japonaise de la meme epoque. La version vilaine petite fille. Elegante et pas gentille.
J'y reviendrais...
Je suis alle m'inscrire hier au bureau du chomage et je reste encore sous le choc : un accueil comme la France ne sait pas faire. Il y a a travers le Japon des agences specialisees pour les travailleurs etrangers eprouvant des difficultes avec le japonais. 6 langues sont disponibles. il y a ca, en France ? Un accueil parfait, attentif, gentil. Le systeme est celui d'un pays qui consacre peu a ses chomeurs, mais la encore les agents de la fonction publique m'epate. J'ai lu sur des forums anglo-saxons beaucoup de mal sur les fonctionnaires Japonais "incapables de reflechir", etc. Moi, je trouve le systeme bien plus efficace qu'en France. Guichet unique ET agent unique. En fait, ici comme a la mairie, le dossier est suivi et traite sur place en temps reel. Ca met un peu plus de temps qu'en France mais quand on sort, tout a ete traite. En France, on attend toujours un courrier, il manque toujours quelque chose, il faut y retourner... Ici, quand c'est fait, c'est fait.


Le week-end dernier, parc Inokashira, dans l'ouest de Tokyo, a Kichijouji. Jizo protege l'ame des enfants morts.

Le bureau pour les etrangers est a Shinjuku, ou plutot etait car il vient d'etre demenage a Roppongi. En fait, le bureau de Roppongi est un peu specialement calibre pour ceux qui ne parlent pas japonais. Peu avant de partir, j'ai ete invite, presque sollicite fermement, a retourner a Shinjuku. La dame qui m'a invite a revenir me disait presque que je meritais mieux que Roppongi. Et c'est vrai qu'a Shinjuku, il y a du travail. Maintenant, je ne vous raconte pas le niveau de japonais requis, presque toujours "Ikkyu", le niveau eleve du test 日本語能力試験. Moi, je n'ai que le #, et bien que relativement proche du 2 (je me suis auto-teste sur internet), ce n'est qu'un niveau intermediaire. Je souffre cruellement de vocabulaire specialise, ma grammaire est assez rudimentaire. Un collegue a NOVA me disait qu'il considerait qu'un eleve commencait a etre de bon niveau (avance) quand il maitrisait "dont" (NOVA, ecole de conversation, donc maitriser = utiliser par soi-meme hors lecon). Je ne maitrise pas dont. Bref, je fais des phrases lourdes, inelegantes et je me delecte a ecouter des Japonais parler : il m'arrive de penser que, ben oui, c'est evident!, mais moi, tiens, incapable de le refaire. J'ai du temps, je devrais bien m'y remettre.
En tout cas, Hello Work, le reseau "ANPE" japonais, chapeau. J'aime les fonctionnaires Japonais. Discrets, pas souriants mais serviables. Et timides devant un etranger dont ils ne comprennent pas la langue. Le malaise, hier, quand je me suis retrouve seul avec un de ceux la, l'interprete etant partie poser une question (en l'occurence, y avait-il quelqu'un pour m'aider a rediger mon CV en japonais...). Un silence, une gene, on n'osait pas se regarder, rien a nous dire, et puis je lui dis que faire un CV en japonais n'est pas facile, d'autant que je n'en ai jamais vu de ma vie. Et la, il me regarde et il me dit bien sur, se leve et va me chercher des brochures, des modeles, et commence a me donner quelques conseils. En japonais, bien sur. La dame revient, ils echangent quelques mots. La conversation a continue par la suite, plus detendue. On n'etait plus l'interprete et moi, et un autre, mais trois personnes. Je les ai remercies, en leur disant que j'appreciais particulierements leurs efforts pour m'aider, et que j'en etais touche. La, ce sont tous les agents environnants qui m'ont souri.
Sans vouloir etre mechant, il m'est rarement arrive de rencontrer des fonctionnaires serviables en France. Soit des collabos, ceux qui appellent les vigiles pour sortir une femme en pleurs qui ne comprend pas pourquoi on lui a coupe le RMI ni ne sait comment elle va nourrir ses enfants et qui commence a parler fort parce qu'elle maitrise mal le francais. Les Soit les salauds (sartriens), les champions du "c'est comme ca, revenez la semaine prochaine, je ne peux rien faire pour vous, personne suivante, vous ne voyez pas que vous genez, je vous dit de partir, allez, je vais appeler la securite, vous voyez on est gentils avec vous, alors maintenant soyez gentille, sylvie, elle veut pas partir, qu'est-ce qu'on fait,...". Et puis les autres, qui sont desoles, qui impuissants montrent la pile de dossiers, qui s'excusent, qui vous disent qu'ils comprennent, et puis qui essaient un truc, vous donnent un conseil. J'ai vu une fois une fonctionnaire quitter son poste au bord des larmes apres qu'un vigile soit intervenu sur demande d'un autre agent. Je vous parle de la CAF ou j'allais quand j'etais RMIste, il y a 15 ans. Mon frere, une fois, s'est fait sortir par deux vigiles : il demandait des explications sur la perte de son dossier par les ASSEDIC.


Toujours dans le parc Inokashira, Jizo.

Non, ici, les rapports sont pacifies. En fait, au Japon, il n'y a pas les regimes derogatoires qu'il y a en France, les regles sont simples. Et quand on a droit a quelque chose, on le demande et c'est declenche selon les regles. Bref, il n'y a pas d'attente et les fonctionnaire excecute les regles. Pas de compassion ni de reclamation. Les locaux sont simples et denues de toute volonte de design destine a humaniser le lieu comme en France. En France, une part importante des budgets sert a faire des logos, adoucir les couleurs, etc... Nous devrions nous inspirer de la facon de travailler ici, selon des regles simples qui permettent a un fonctionnaire de boucler un dossier en direct.
Mon pied sort de convalescence. Je dis sort, car bien entendu pour se remettre d'une entorse, il faut deux a trois mois en tout, le temps de remuscler, sicatriser les ligaments. Mais bon, je peux marcher et je ne crains pas le sejour a Kyoto a partir de vendredi en 8.


L'hivers est une saison redoutable qui s'installe sans crier gare. Ce parc est agreable en toute saison, il me fait penser aux Buttes Chaumont. C'etait dimanche dernier.

Le fait de devoir garder la maison pendant trois semaines m'a mis dans une situation etrange. J'ai essaye de sortir plusieurs fois mais comme j'ai du le payer par la suite par de terribles douleurs, j'y ai renonce. Or que fait-on quand on est contraint de rester chez soi ? On ne fait rien, et on s'adonne aux joies de la deprimes douce, au Spleen, a ce "ciel bas et lourd" qui "pese comme un couvercle" (Beaudelaire). Pas de la depression, meme si la frontiere est tres fine. Une deprime. Ce n'est pas agreable, etre contraint de rester chez soi sous la double contrainte d'une blessure et du chomage... surtout dans un pays etranger.
Je pense a mon sejour a Kyoto, je songe au retour de Kyoto. Il y aura le "nouveau NOVA", mais il y a aussi la recherche d'un autre travail, resoluement. L'irregularite de ma vie en ce moment m'empeche d'ecrire. Jun est ce qu'il y a de plus stable autours de moi. Enfin, outre le travail, je vais entreprendre la demarche de mon suivi medical ici. Je dois prendre rendez vous. C'est comme hello work, C'est en fait bien plus simple que ce que j'imaginais. J'ai une fin d'annee multipistes, j'installe. J'ai fait un grand rangement chez moi.



Revenons au debut de ce texte, les annees 80... Pas facile, j'essais de trouver une formule complete, a l'image de mon ancien journal papier, qui parle de tout, mais comment ne pas parler de ma vie quotidienne au Japon... On va essayer les photos a droite pour les sujets plus "francais" et plus politiques. En fait, si vous voulez connaitre mon opinion, je commence a me demander si la France n'est pas reellement en danger. C'est pas le danger auquel on nous avait prepare, un "mechant" Sarkosy qui fait une "horrible" politique de droite. Non. C'est pas une question de fichage, de test ADN, non. Je pense que les forces finissent toujours par se reequilibrer; bref, l'apres Sarkosy est contenu dans la politique de Sarkosy elle-meme et dans les oppositions qu'elle sucite(ra). A cet egard, on est encore dans l'ancien car les oppositions sont inexistantes et ce que l'on nous presente comme tel est veritablement en retard. Une opposition sans projet, sans vision globale n'est pas une opposition, c'est un chorus des pas contents. Et un chorus des pas contents conduit au fascisme ou au totalitarisme, pas a la democratie sociale. Et on en arrive a cette idee qui commence a m'effleurer, celle d'une France en danger. Il delire, Suppaiku...
J'ai toujours aime comparer Mitterrand a Louis XIV, et je pense que cette comparaison est justifiee. Mitterrand a profondemment marque son temps et sa trace est encore visible, on rehabilitera son premier septennat. Chirac, c'est une epoque interessante, finallement tres vivante sur le plan social, politique et culturel, et une partie de sa presidence est indeniablement marquee par les annees de Lionel Jospin. Comme pour Louis XV pourtant, un traumatisme va intervenir en cours de route et isoler le politique des citoyens. Le 21 avril a introduit un sentiment de degout lie a la manipulation qui en etait a l'origine, mais aussi a la fausse alternative qui en a resulte, et enfin a la politique menee aux antipodes de celle souhaitee par les electeurs mobilises, majoritairement acquies a la gauche.
A l'arrivee, la propagnade Sarkosienne a fait des deux mandats Chirac des mandats gaches, du temps perdu. C'est etonnant de similitude avec tout ce qu'ecrivirent les pamphletaires de la fin du regne de Louis XV et qui virent en Louis XVI le champion de toutes les reformes. S'il est un Roi (et une Reine) qui fut bien aime, ce fut bien Louis XVI. Jusqu'a la guillotine, on l'aima...
Sarkosy cumule en lui la fonction totale : il est le roi ET la reine. Or, derriere les grands mots de reforme, et l'alignement sur les Etats-Unis (tiens, La Fayette...), se cachent deux archaismes profonds du pouvoir actuel.
Tout d'abord, une grande majorite de Francais ont fait des etudes et ne tarderont pas a contester un president qui en 2007 les gouverne comme De Gaulle gouvernait leurs parents et grands parents dotes d'un certificat d'etude et fraichement debarques de leur campagne. Faut il rappeler que, sans debat de societe aucun, sans que ca ne passe a la television, 43% des electeurs ont, des le premier tour, vote pour un(e) candidat(e) reclamant le passage a une VIeme Republique parlementaire et instaurant des contre-pouvoirs forts a divers echelons de la societe ?
Ensuite, cette utilisation des medias a des fins de diversion/promotion met sur le devant de la scene des vetements chers, des montres cheres, des yaghts chers, un salaire de president quasi triple, des impots de riches baisses, des amis fraudeurs fiscaux gracies, une nouvelle maitresse de famille aristocratique en forme de poupee de luxe que l'on aime autant par amour que pour son cote "design" et "esprit du temps", une politique exterieure du tiroir caisse des amis du president bref, une voracite des elites sans precedent depuis les annees 30 et qui aurait certainement choquee De Gaulle lui-meme, qui avait bien compris ou conduisent ces appetits illimites des riches. Des vrais riches.
Un pouvoir confisque, la richesse debraillee. Le regne de Louis XVI ressemblait beaucoup a cela. Un monarque d'un autre age dans un pays qui avait change profondemment. Un etalage de richesse sans precedent, ce style "classique" francais des annees 1770, avec ses perruques hautes, ses privileges que les riches reaffirment face a un roi faible. Et en fond, la dette de l'etat supportee par le plus grand nombre. Un plus grand nombre qui, justement, comme dit plus haut, ne comprend plus tres bien pourquoi il n'est pas associe aux decisions. Conformement aux promesses faites lors des premiers etats generaux du XIVeme siecle...
Conformement a notre tradition constitutionnelle...
Le scandale etait patent et les haines diffuses, mais il aura suffit d'un collier pour que d'un seul coup la haine emplisse la France. Une haine de "ces gens la". La guillotine a fini par avoir beaucoup de travail...
Et je me demande quel sera le "collier" de Nicolas Sarkosy. Ce truc en trop, qui fera que Khadafi, Bush, le yaght, les vacances aux USA, les cadeaux aux riches, les montres de luxe, la poupee en Chanel, la Dati sapee pour bonbon, le Fouquet's et tout le reste, ce qu'il nous reserve, lui pete a la figure et commence a rependre en France un climat de haine profonde.
Ca me fait peur car je n'aime pas ce qu'il y a apres.Surtout avec sa reforme constitutionnelle.
Je n'aime pas Napoleon.
Le revival actuel des annees 80 est a l'image du pire de ce qui s'y fit. C'est Reagan, qu'on revivalise, c'est la manifestation pour l'ecole privee. C'est le desir d'argent, la reussite, le chacun pour soi.
Je vous invite a regarder les films de Leos Carax, si vous en voulez une autre image. La fragilite assumee. L'intimite. Boy meets girl, mauvais sang, les amants du Pont-neuf.
Ou bien l'humour, comme dans La brune et moi.
Notre epoque pue le conformisme moral, le fric et l'appauvrissement culturel. Pas etonnant d'avoir un president pareil, il en est et le symbole, et le moteur, et l'image.
Il sera hait. Et ca me fait un peu peur...









jeudi 13 décembre 2007

Ecrire et raconter

Deux posts dans la meme journee, cela faisait bien longtemps.
Je suis tombe il y a quelques jours sur un blog, ou plutot un fait divers, ou peut-etre encore sur une connaissance, et puis encore une autre connaissance, un meurtre et, en fond lointain, tres lointain, quelques echos a ma jeunesse, desormais bien lointaine. Le blog, c'est un blog de Libe, La France de Toutembas. Le fait divers, c'est un lynchage en bonne et due forme dans la France profonde. La connaissance, c'est l'auteur de ce blog, que j'ai forcemment croise ici ou la, car bien que non squatteur, j'ai frequente beaucoup de squatts entre 1981 et 1985/86, entre PaliKao, Corvisard et autre Gaite, Pyrennees ou Ricquet... Nous y courions au concerts et, parmi mes amis de cette epoque, il y avait quelques authentiques squatteurs, keupons et anarchistes. Il faut avoir connu cette epoque pour comprendre ce qui nous liait, nous, dans le milieu du rock parisien. Une incroyable energie qui faisait suite a la premiere vague de la fin des annees 70, celle du punk que l'on voit dans le film de Picouli La Brune et moi. Nous, nous etions de la generation d'apres. Nous, nos professeurs avaient ete 68tards, autant die, a nos yeux, des ringards. Le punk avait definitivement bouscule les reperes visuels et nous nous regalions a continuer a jouer avec tout et n'importe quoi, image, musique, attitudes. Je me souviens d'un garcon que j'avais rencontre, un amant de deux jours, qui vivait dans un squatt vers Gaite. Tout ce quartier a depuis disparu. Il vivait sous les combles d'une grande maison. J'avais 16 ans, et vous ne pouvez imaginer comme on est stupide, a cet age la, et donc fort impressionnable. Je me souviens de la chanson Bedsitter de Softsell sur son vieil electrophone, la pochette avec casserolles et passoires, Mark Almond en petit pull noir a col roule, si je ne me trompe pas... mais surtout le format vynil 25cm... Ah, les 25cm des annees 80! Nous nous croisions souvent par la suite, et ce garcon resumait tres bien notre etat d'esprit : squatter a Paris apres avoir squatte a Berlin, il n'en portait pas mois de splendides costumes annees 50, des smokings et des manteaux avec martingale. La premiere moitie des annees 80, c'etait ce mariage des paradoxes d'apparence, c'etait etre un rocker sectaire qui continait ses soirees dans les partys africaines ou bresiliennes. C'etait gerber a n'en plus pouvoir les babas cools 68tards, mais aussi etre la, un soir d'automne 1983 a Balard, quand Le Pen et le FN firent leur premier grand meeting, et etre pret a leur rentrer dedans. Meme en costume 60's ou en talons aiguilles... avant d'aller a un concert. Je crois que le militant socialiste que je suis devenu par la suite ne s'est jamais fait rentrer dedans pas des anarchistes parce que j'en connaissais certains de cette epoque. Sana meme parfois ne s'etre parle. Bref, l'auteur remonte a cette epoque.
L'autre connaissance, c'est la victime. La, oui, j'ai vaguement connu. Normal, je me suis retrouve a tenter de desintoxiquer Snuff... Lui, vous ne pouvez pas connaitre... et si vous connaissez, vous savez parfaitement que ca ne servait a rien de vouloir le desintoxiquer. Snuff, un des garcons les plus gentils qui ait pu exister. Une gentille creme du proletariat entraine dans la vague punk et O combien bourgeoise de 1977. Il avait traine avec tout le monde, Les Toys (Elie Medeiros, Jacno), Metal Urbain avec qui il avait traine et compose Creve salope (!), et puis il y avait eu la drogue et l'alcool, et l'echouage de squatts en squatts, la clochardisation. Mais meme clochard, il m'epatait quand je le voyais faire la bise a Pacadis. Un type bien, Pacadis, pour oser causer avec cette ombre devenu clochard. Bref, la victime de ce fait divers, je lui ai cause plusieurs fois a cette epoque. Souvenir d'un garcon gentil bien parti pour prendre la releve de snuf. C'etait pas "ma bande", mais il y avait plusieurs personnes que j'aimais bien. C'est comme ca que j'ai connu Marsu, plus sage et finalement super timide, a mon avis. Ah, la la, cette soiree, ce week-end en 84 dans les combles d'une ecole primaire... Je vous raconterai un jour. 200 personnes au moins, et tout le monde. Les keupons et les psychos, les derniers specimens "scouilles", les Endimanches... Krad etait il la? Il s'est fait lyncher par deux types dans une ville du cul de la France, cet ete. Ils l'ont torture. Ils n'avaient rien d'autre a faire...
Je vous conseille de lire ce qu'a ecrit Thierry Pelletier sur ce fait divers : il ecrit vraiment tres bien.
Ca m'a remue. Comme je vous l'ai dit, ce n'etait pas ma bande. Je n'etait pas squatteur, j'etais rockeur tendance scouille, j'aimais le rock pour que ca bouge mais aussi pour que ca change. Mes copains ont ete hallucines quand au sortir de l'hivers 83/84, je me suis mis a laisser pousser les cheveux et que je me suis mis a ecouter Les Doors... avant de devenir fan inconditionnel de musique psychedelique. Moi qui auparavant n'ecoutait que de l'industriel. Pour moi, le message du punk, c'est bouge, change, deguise-toi, t'encroute pas, depasse, bref, deteste le punk, adore les babas cools et devient hippy, et quand tu t'es bien installe dans ton truc de bab, passe a autre chose, coupe tes cheveux, ecoute des valses, puis passe au musette, mets-toi a la salsa, jette tous tes disques de salsa, passe au be-bop, mets les sapes qui vont avec. Mais change pas tes tripes, bats-toi contre le fascisme, soutiens les immigres, rage contre l'exploitation de l'homme par l'homme.
Si j'ai quitte le Parti Socialiste, c'est parce que je me suis souvent senti entoure de gens qui ne comprenaient pas ma revolte. Pas une revolte revoltee. Non, un truc profond, qui remue en dedans, qui me fait aimer Ferre ou Barbara, une poesie, une conscience profonde de la souffrance qu'est la vie, toute vie, et la revolte que c'est indigne de l'humain d'accepter qu'on puisse en rajouter du fait de l'organisation sociale, ou pire, du "realisme".
La societe est a notre image. Cette conviction ne changera jamais chez moi. Et je crois que la marque de ma generation, j'ose en tout cas l'esperer, c'est cette marque la, cette sincerite la. Je n'ai en fait jamais ete revolutionnaire. Parce que l'histoire ne me donne aucun exemple de revolution ou l'on n'ait pas fini par perdre plus que ce que l'on finissait par gagner. Je suis un social-democrate planetaire. Mais si justement je suis social-democrate, c'est parce qu'il y a ce quelque chose en moi.
Regardez les aujourd'hui, ces specialistes de la social-democratie en temps de campagne elctorale, les voila qui pensent que rebaptiser le PS en "parti de la gauche", ca ferait mieux. Meme la Social-Democratie ne leur convient pas. C'est normal, il n'ont ni histoire, ni profondeur. Le destin a venir de ces etre desincarnes sans histoire ni profondeur qui passent et repassent a la television, parce que leur neant laisse la place aux marques, aux modes du marketing et aux suffisances de la classe moyenne blanche heterosexuelle bien pensante des pays developpes a la Manuel Valls avec sa tete de beau gosse a la Chirac, leur destin, je m'en tape. On m'a rapporte qu'un type anonyme, un pauvre type comme Sartre en a raconte, comme vous, comme moi, un type au destin anonyme que le hazard m'a fait croiser, s'est fait lyncher, torturer, assassiner dans l'anonymat du flot mediatique, preuve eventuelle du "probleme de l'insecurite" qui plait tant au sus-dit Manuel Valls.
Mais qu'a t'il vecu, ce Manuel Valls, hormis de congres de l'unef-id, les couloirs du Ps avec Rocard, puis Jospin, puis Hollande, maintenant Royal et demain pour lui meme ? Que serait-il sans son eternel complice Alain Bauer, charge du Conseil de la Securite Interieur mis en place par Sarkosy ? C'est ca, le vecu d'un homme de gauche ?
Avant, quand on partageait quelque chose avec d'autres, des epreuves, des moments difficiles, autrefois, on disait camarade. C'etait avant que notre epoque ne le gomme de la "lettre de Guy Mocquet"
J'ai appris qu'un camarade est mort. Il se faisait appeler Krad. Il s'appelait Philippe.

"Mes" eleves...


Il y a deux semaines, au restaurant. Yuuko, Youko et Tomoko, Mathieu et moi. Matthieu etait le "trainer" de mon ecole a Ginza. Il a 25 ans.

Je suis ne a Paris en 1965, d'un pere Algerien et d'une mere Francaise. Mon pere, un vrai Kabyle, etait venu en France pour "reussir", et il ne s'est pas prive de travailler. Son reve etait, comme tous ses compatriotes, d'avoir un jour son Hotel-Bar-Restaurant. Ma mere, elle, nourissait les ambitions d'une femme catholique de l'ouest de la France, de l'ouest rural : une famille nombreuse, une maison avec un jardin, des diners de famille. J'avais a peine 6mois, je n'en terminais pas avec ces bronchites et ces rino-pharyngites qui firent mon enfance jusqu'a mes 5ans, mon pere revint un jour avec un bail pour une epicerie en banlieue, a Epinay-sur-Seine. Ma mere avait refuse l'association avec un ami de mon pere pour ouvrir un bar-restaurant : on ne refait pas une education, elle ne se voyait pas au milieu de gens qui boivent, fument et jouent au PMU. Ce serait donc une epicerie. Imaginez, une epicerie en 1966, a l'epoque des Carrefours, des Euromarches qui envahissaient la France urbaine comme des champignons la foret a l'automne venu... Elle fut bien obligee de suivre, resignee, ce qui s'annoncerait comme et leur premiere dispute, et le debut de leur longue epreuve economique, prelude d'une degringolade sociale sans fin, sans fond. Nous demenageames donc. Les soucis ne tarderent pas a arriver, les dettes, les clients qui desertent, la superette qui ouvre a cote et qui casse les prix... L'epicerie devint Blanchisserie-Teinturerie-Nettoyage a sec quelques annees plus tard, mais la aussi, la concurrence arrivait et ils mirent la clef sous la porte en 1973. Mon pere avait deja repris un travail des 1971 et je ne le voyais plus guere. Les heures supplementaires succedaient au travail l'ete. Jamais de vacances, l'epicerie les avait ruines, la teinturerie ne servait donc qu'a rembourser.
Quand l'ete 73 est arrive, je suis parti en vacance chez mon oncle et ma tante, les boulangers, a Pontault-Combeau, en Seine et Marne. J'adorais ma tante Virginie, mon cousin Patrick et ma cousine Christine. J'aimais beaucoup le calme de mon oncle, il m'intimidait un peu. Je crois aussi que j'aimais quand il se fachait aussi : il ne hurlait pas, il elevait la voix et parlait fermement. On ne pouvait alors que lui obeir. Ca ne marchait pas avec mon cousin, "formate" a la violence de ma tante, elevee a l'assistance publique, mais sur moi, ca prenait.
Je suis alle chez eux sans bien comprendre que je ne reverrais jamais Epinay. Et que je ne reverrais jamais plus mes amis, Elise, Serge, Olivier... Elise etait la fille du boucher, notre voisin. On jouait a la dinette tous les deux. Elle avait un frere, Laurent, plus grand qu'elle de 5 ans, et qui avait comme une grande cicatrice, une marque de brulure, au visage, sur le cote droit je crois. Il m'a oblige a le masturber 2 fois, et m'a offert des billes pour que je me taise. Jeme suis plains une fois a mes parents, mais c'est hallucinant comme ce genre d'histoire ne retient pas l'attention des adultes... Quand j'y repense, j'ai un peu peur pour Elise... Et pourquoi donc avait-il cette cicatrice au visage...
Serge, lui, c'etait mon vrai copain. Il habitait dans le quartier derriere, des maisons ouvrieres
bordees de chemins en terre battue, avec des jardins et des haies, une sorte d'ilot de campagne. De toute facon, c'est tres simple, quand j'ai appris a lire avec Daniel et Valerie, ces images tres rurales n'avaient rien de bien depaysant pour aucun de nous. La banlieue n'etait pas encore en 1971/72 ce qu'elle est devenue, elle etait encore cet entre deux, entre la ville telle qu'elle apparaissait a partir de Saint Denis quand on prenait le bus pour la Porte de Paris (avec son Casino ou maman aimait faire des courses et nous acheter des gateaux, et sa Tour Pleyel dont nous constations toujours un peu plus le rougeoiement), et la campagne. Il y avait des potagers, des jardins et des sortes de friches dans lesquelles nous jouyons et vivions d'incroyables aventures, construisions des cabanes. Mon pere aimait m'y promener les dimanches jusqu'a la gare de Villetaneuse : nous regardions les "tchou-tchous" comme je les appelais, les derniers trains a vapeur. Plus tard, il a travaille le dimanche aussi, et meme quand il ne travaillait pas le dimanche, il etait fatigue et nous nous sommes moins promenes... Le pere de Serge etait communiste, je crois, et il s'entendait bien avec mon pere. Il ressemblait a un batteur de jazz qui jouait avec le clarinetiste Zanini. J'avais de la chance, entre ce sosie et ma maitresse d'ecole qui ressemblait a Nana Mouscouri. Elle, je ne l'ai pas bien connue : je suis tombe malade au bout d'une semaine de classe, ma traditionnelle rino de rentree, suivie de la traditionnelle crise de foie, comme on disait, parce qu'a cette epoque, on filait des antibiotiques contre les rino, et que moi, ca me tuait la digestion. J'ai passe mon enfance au lit. A peine je commencais quelque chose, aussitot c'etait interrompu par une de ces maladies qui n'en finissaient pas, avec leurs cauchemards absurdes et cette sensation de la peau qui fait mal. En 2003, j'ai compris ce qui m'arrivait bien avant le test, sans vouloir me l'avouer : j'ai retrouve ces sensations anciennes, ces reves absurdes et la peaux qui fait mal. C'est terrible, une inflammation du systeme respiratoire. D'autant que dans l'enfance, apres la rino et la crise de foie, j'enchainais avec la bronchite...
Cela ne m'empechait pas d'etre un enfant vivant, bavard, tres souriant et tres sociable, plutot gentil. Avec des copains. Olivier, lui, il habitait derriere, dans une autre avenue, en pavillon, je crois. Il y avait madame Hazard, une vieille dame qui habitait au dessus. Elle avait une tele qui datait des annees 50, profonde, avec le coffre en bois comme il se doit et un ecran minuscule. Un chauffage. Il y avait le concierge, "Victor", qui buvait et battait ses filles. L'une d'elle, Brigitte, portait des mini-jupes qui faisaient beaucoup parler madame Hazard. L'autre, dont je ne me souvient plus le prenom, etait extremement gentille, sage. Discrete. Il y avait d'autres voisins qui habitaient un peu plus bas et chez qui on allait parfois en soiree. Je ne me souviens plus tres bien de leurs enfants, mais je crois qu'ils etaient battus aussi. Le pere buvait, la femme l'excusait. Elle faisait tres bien la cuisine et je me rappelle m'etre regale de ses pains de viande "a la lyonnaise" (?), avec une saucisse dedans. J'ai suce mon pouce jusqu'a l'age de 4 ans : c'est le pere qui m'en a gueri, a sa facon. Il m'a mis du piment sur le doigt, je n'ai jamais recommence. Il etait mort de rire et mes parents aussi. Mais dans le fonds, mes parents riaient ils vraiment ? Mon pere m'a dit par la suite qu'on fait comme ca en Kabylie... mais il ne me l'a jamais fait, donc... Il y avait aussi monsieur Audinot. Il habitait en face, un petit pavillon. Il etait veuf et quand je rassemble mes souvenirs, c'etait en fait un homme en train d'echouer dans la folie et la solitude. Un homme extremement gentil avec les enfants que nous etions. Nous envahissions sa maison, il nous invitait. Il reparait de vieilles televisions des annees 50/60, il rendait service. Mois, je devorais toutes ces vieilles revues anciennes dont seules les images m'interessaient. Quand il est mort, maman a recupere toutes ces revues, je m'en suis regale des annees et des annees. Il y a dans ma tete des images d'autres epoques tres profondemment gravees, je les dois a ce voisin extraordinairement seul. Je revois ce jardin, un potager je crois, mais c'est surtout le soleil dans sa cuisine, a l'etage deserte ou regne un capharnaum de teles, de revues et encore le soleil sur des murs orangers, une odeur de vieille maison, et de gateaux secs.
Je suis monte dans la voiture, tout heureux des vacances qui arrivaient, et je n'ai plus jamais retrouve ces amis, ces odeurs et ces couleurs. Plus jamais. Ou plutot si, tiens, il y a quelques minutes en ecrivant ces quelques lignes...
Je me suis libere de la culpabilite d'etre parti sans dire au revoir il y a quelques annees, grace a mon analyste. Mais je ne crois pas que l'on guerisse jamais de la peur qu'une telle cassure ne revienne.
Cette annee, j'ai quitte mes eleves sans leur dire au revoir. Je m'appercois desormais que c'est tres different, car un adulte choisit son destin, ou en tout cas essait de le maitriser. Un enfant est son destin, il ne fait ni ne decide reellement, l'adulte herite de ses chagrins.
Je suis heureux de continuer a voir certains de mes eleves. Ce sont des cours particuliers, ce n'est pas de l'amitie, mais... je m'appercois que leurs petites histoires dont chaque semaine m'apportait un peu la suite, me manquent.
J'ai grandi, ma douleur, mon arrachement a mon petit monde de mon enfance est devenu souvenir, et je parviens a en derouler le fil sans m'emmeller. Chaque souvenir m'apporte d'autres souvenirs. Je pourrais ecrire des heures sans eprouver le moindre chagrin. Juste la melancolie du temps qui passe...
C'est essentiellement pour ca que l'avenir ne me fais pas peur.
Quand a "mes" eleves, je compte les faire revivre tels qu'ils ont ete, tel qu'ils sont, tel que je me les represente, me les rappelle, par le seul moyen que je connaisse.
Je suis en tres grande forme...

mercredi 12 décembre 2007

Sur pied !


小石川後楽園, dimance apres-midi. Cette poussee de rouge ne dure que quelques jours. Tres rapidement, la couleur s'oxyde, vire au brun/mauve et tombe. Parfois, la feuille se recroqueville un peu avant. En quelques jours, ce flambloiement cede la place a la grande desolation de l'hivers...

Qu'est-ce qu'il y a comme expressions sollicitant le pied...
Bon pied bon oeil, prendre son pied, au pied leve, pied d'estale, etre sur pied, se lever du pied gauche, a pied leve... J'en oublie certainement. C'est assez normal, car finalement, cela veut d'abord dire etre debout. Bref, me concernant, ma foulure est globalement guerie. Il ne me reste plus qu'une vilaine sequelle, celle d'une blessure au menisque il y a dix ans : j'ai alors eu quelques problemes de circulation sanguine dans le genoux gauche et fait ma premiere varice; celle-ci se rappelle a moi depuis quelques jours. Ce n'est pas vraiment douloureux. J'oserais presque dire que c'est pire. C'est lancinant et, cette nuit, cela m'a reveille et empeche de me rendormir. La douleur n'est pas localisee, elle est un peu ici, un peu la et, quand elle s'endore la, ce n'est que pour revenir par ici. Ou alors, elle ne revient pas mais le souvenir, la crainte qu'elle puisse revenir m'eloignent du sommeil...
Depuis un peu plus de quinze jours, mon activite est fortement ralentie. Cela n'empeche pas quelques promenades, comme samedi a Kasai Rinkai Kouen, ou bien dimanche a Koishikawa Kourakuen. Pour la premier fois, j'ai vu les erables totalement rouges, bien plus rouges que ce que j'avais vu a Kyoto il y a trois ans.


Tout rouge. Les jardins japonais differrent de nos jardins a tous egards. Tout d'abord, il n'est pas rare qu'on s'y sente comme au milieu d'une foret, avec des chemins tordus et des arbres entourses de broussailles, de mauvaises herbes et de futaies. Ces mini neo-forets sont composees de plusieurs varietes d'arbres; ausi, en toutes saisons, les teintes sont variees, d'une tres grande richesse. A 小石川, il y a un paysage de printemps, avec ses cerisiers en fleurs et peu de feuilles, un paysage d'ete, d'une infinite de verts, un paysage d'automne ou chaque espece tirera plus ou moins vers le roux, le rouge ou le jaune. Et puis un paysage d'hivers ou ce seront principalement les pains et les camelias (椿/tsubaki) qui apporteront un peu de vert et de couleurs au milieux des arbres decharnes.

紅葉. Dites "momiji" (erable) ou "kouyou", l'epoque ou les feuilles rougissent. C'est le pendant automnal de 花見, hanami, la saison des cerisiers. A la nuance pres que les Japonais celebrent reellement l'arrivee du printemps a coup de pic-nics arroses de sake et de biere,, de "sakura mochis", mais ne font que constater l'arrivee de l'hiver en arpentant parcs et jardins aux feuilles multicolores. Ce moment est un moment rempli de nostalgie, la nature jete ses dernieres energies avant de s'engourdir puis s'endormir au detours du 正月, vers les 30 et 31 decembre. Plus tard, quand l'annee aura bien avance, on observera les premieres pousses des pruniers, cette annonce du lent reveil de la nature dans le froid percant de fevrier.


Ca peut paraitre un endroit bamal, ce petit jardin, mais apres 14 jours de quasi immobilite, une petite promenade de deux heures, c'est inestimable...

Dimanche, nous avions prevus d'aller a Kamakura (enfin, j'avais soutenu que je serais capable d'y aller), mais j'ai renonce dans la soiree de samedi apres notre promenade a Kasai Rinkai : mon pied fatiguait fort apres a peine une heure de marche. Cela etant, depuis vendredi, je pouvait reposer mon pied normalement sans avoir cette position de "pointe" que l'on a quand on a le pied foule.
On a bien fait de ne pas y aller. Je l'ai compris des le premier escalier a Koishikawa! J'ai senti toute la fragilite de ma cheville et j'ai passe mon temps a avoir peur de me refaire mal. Un rien reveillait les douleurs de ce pied encore convalescent. J'ai toujours ete adepte de guerir le mal par le mal, mais meme si la promenade fut extremement agreable, c'est avec une certaine satisfaction que je retrouvai la maison. A Kamakura, j'aurais vecu l'enfer tres rapidement, et j'aurais certainement partage avec Jun -nous nous sommes donc epargnes ca!


On regarde pas mal de videos pour s'occuper. J'ai ainsi montre a Jun 秋刀魚の味/Le gout du sake (en fait, ce n'est pas du sake, mais d'un poisson que l'on mange grille quand arrive l'automne), de Ozu. Et puis nous avons regarde Paris je t'aime, ce film sorti en 2006 et compose de courts metrages sur Paris, tel que je l'ai quitte l'an dernier. Dans un mois, j'ecrirai "2 ans"... Comme le temps passe... Stephane et Vero seront bientot de nouveau parents et Helena, leur fille ainee, qui ient de feter ses douze ans, sera de nouveau confortee dans son role de grande soeur tandis qu'Emilie pourra enfin jouer la grande avec le petit garcon qui s'annonce. Nouvelles familliales. C'est un peu ca, Ozu, le temps qui ne s'arrete pas et les etres qui avancent dans le chemin de leur vie. Stephane qui nous ecrit que "Héléna vient de fêter ses douze ans, je me rappelle très bien qu’avec Nico et Suppaiku vous étiez parmi les premiers à lui rendre visite, son gros nounours est toujours dans sa chambre." et Nicolas de repondre que "Oui c'est rigolo que tu rappelles ce moment, je me rappelle que le jour de la naissance d'héléna on a bu quelques (!) kirs au "ponch bar" avec madjid et que j'étais (une fois de plus) en plein chagrin amoureux et il y a quelques jours en me baladant dans ce quartier j'ai fait un petit détour pour revoir ce lieu. J'ai hésité à entrer boire un coup mais finalement... non."... Ah, le Punch-bar, a Parmentier, un bar d'angle sans nom derriere une grande devanture noire, un patron qui ressemble un peu a Robert Smith, un grand piano de cabaret recouvert de petits miroirs, dans ce quartier qui vers 94/95 etait en pleine mutation, juste avant la mode. Le patron, je l'ai croise a l'enterrement de Barbara, ben oui, c'etait il y a douze ans. Il y avait aussi Higelin et Brigitte Fontaine avec de grosses lunettes noires. Peut-etre qu'elle pleurait. On etait une centaine. J'ai entendu chanter le patron, ma plus belle histoire d'amour ou autre chose, je ne sais plus bien, j'ai compris, alors, le piano, l'endroit. Il a quitte l'endroit peu de temps apres. On a longtemps regrette notre bar sans nom, notre punch-bar. Parce qu'il y avait des punchs pas chers, et qu'on etait fauches.
J'ai commece la grand menage d'hivers, j'ai jete des tonnes de ces prospectus qu'on vous refile quand vous allez au musee, ici, et que je gardais par je ne sais quel fetichisme. J'ai garde les tickets; mais ca prend beaucoup moins de place... Mon "loft" est redevenu habitable : c'est tellement petit qu'un rien l'encombre.
J'ai aussi retrouve le "debat" Segolene/Sarkosy. Ca meriterait une redifusion : la competence etait du cote de Segolene. J'en ai ete vraiment tres surpris. On en garde le souvenir d'une personne qui ne savait pas ce qu'elle disait mais a l'arrivee il n'y a pas photo.
Derniere journee de convalescence aujourd'hui.

mercredi 5 décembre 2007

Je suis un felin... grrrr grrrr

Le corp a un language. Je dirais meme mieux, le corp est un language. J'en fais la demonstration en ce moment...
Ce matin, disons plutot en fin de matinee, je suis alle tranquillement chercher mon velo a la fourriere; eh oui, au Japon, quand un velo disparait, ce n'est (en tout cas dans la majorite des cas) pas parce qu'on vous l'a vole, non!, c'est parce qu'il genait et qu'il aura ete emmene. Cout, 2.500 yens. En allant donc le chercher, j'ai pu constater a quel point ce week end de repos m'a fait du bien. Mon pied est encore tout endolori, mais desormais ma demarche est presque normale. Je peux le poser, a plat. Il faisait tres beau, un beau grand soleil, un ciel magnifique avec a l'ombre cette sensation de froid qui vous rappelle que c'est dors et deja bien l'hiver.
Sitot recupere, je comptais rapporter des livres, avec deux semaines de retard, a la Maison Franco-Japonaise a Ebisu. J'y suis alle. A velo. Combien cela peut-il bien faire...? 10 kilonetre? 15 kilometres... plus? En tout cas, deux heures de route. Rapidement, rouler m'a rechauffe, il ne restait plus que la ville, la lumiere, et passes la premiere moitie du chemin, les delices des quartiers que je connais guere, comme autours de la Tour de Tokyo.
Elle etait la, plus belle que jamais quand on l'aborde par Daiman, avec ces jardins a n'en plus finir, notamment l'immense Shiba Koen.
Et puis plus loin Azabu, et puis Hiro, et puis Ebisu. J'ai recu un appel de Jean-Baptiste, pas vu depuis longtemps, tiens, j'etais tombe sur le premier mail qu'il m7a envoye ici, le 11 fevrier 2006, hier, tiens, comme c'est marrant, et je l'ai retrouve a Ebisu, devant Atre. Nous sommes alles dans un doutor (une chaine de cafes, la moins chere avec Veloce). Nos routes au Japon sont differentes, mais on est toujours la...
Je suis revenu il faisait nuit. J'aime cette ville la nuit. Omotesando-Aoyama avient le charme d'un presque Paris...
Arrive ici vers 21heures.
J'ai retrouve mon velo. J'y tiens, a mon velo. C'etait mon cadeau de depart a BNP Paribas. Je marche presque normalement.
Le chat retombe toujours sur ses pates. Il parait aussi qu'il a sept vies et qu'il est tres rancunier. Je ne m'inquiete pas pour mois. Mais je suis tres rancunier.
Allez, au lit!

lundi 3 décembre 2007

Menus changements...


Une simple fleur dans le jardin de Shinjuku, une rose japonaise. Il y a trois semaines.

Comme vous pouvez le constater, j'ai opere quelques changements sur cette page... Plus que les grands rafistolages et les megas revolutions, ce sont les toutes peties modifications qui sont les plus revelatrices de ce qui s'opere en profondeur. Alors un titre rouge et quelques liens renoves. Je donne des couleurs souhaitables en ces temps hivernaux et incertains.
Je viens enfin (ca perturbe, les problemes personnels) de terminer le livre de Christian Winckler, La maladie de Sachs. Je m'en veux un peu d'etre passe a cote quand c'est sorti, c'est un livre intelligent et fichtrement bien ecrit. Pas grand chose a en dire : j'ai pas envie de passer pour un bavard. Mais je n'ai pu m'empecher de penser a moi, aux justificatifs que l'on donne a son medecin, parfois; ils doivent en entendre tellement, toujours les memes... Marcel Proust m'avait fait un peu la meme impression. C'est pas facile, rentrer dans cette intimite la, celle qui ne se raconte pas, celle qui se cache derriere les mots, les pretextes, les excuses et les silences ou les gestes.
J'ai appele Frederique et Maria, hier, j'ai parle avec Stephane et Nicolas.
J'ai decouvert durant ces derniers mois que je n'etais pas seul. Ou plus exactement, bien que n'habitant pas pres de mes amis, de ma mere ou de mon frere, je n'en etais pas moins "quelque part" pres d'eux. Et que Jun etait lui meme pres de moi et avec moi. Je me demande si je ne suis pas finalement au Japon pour une bonne dizaine d'annees, si finalement ces derniers mois n'etaient pas necessaires pour que je me retrouve une bonne fois pour toute face a moi, et que je m'appercoive enfin que je suis bel et bien delivre de mes peurs, celles qui m'ont empeche si longtemps de faire, et par consequent, d'etre.
Noel approche maintenant a grande vitesse. C'est deja globalement l'hivers, la couleur du ciel est bleu tres clair avec un horizon qui tire sur le blanc, le souffle s'embue et les nuits se font de plus en plus froides. J'ai remis le chauffage et j'ai ressorti ma deuxieme couette... Quand donc installerai-je le sapin...? On a fete le Beaujolais, vendredi dernier j'ai cuisine un Boeuf Bourguignon avec le reste de la bouteille. Chaque dimanche, je fais de gaufres et Jun est desormais adepte du Nutella. Ce week-end, nous avons regarde des animes (Nausica, Majou no Takkyuubin, Ratatouille) ainsi que des films (Automne precoce de Ozu, Les demoiselles de Rochefort) : quand on se blesse le pied... C'etait amusant, cela a donne un caractere de dimanche a ces deux jours... C'est Jun qui a fait les petites courses.
Vendredi dernier, j'ai du me trainer jusqu'a Shinjuku pour signer avec le "nouveau NOVA". J'ai revu mes collegues. J'ai choisi l'option B. En fait, je ne travaillerai pas avant le 10 janvier, mais j'empoche 150.000 yens. Je vais egalement demander le chomage. Et je cherche du travail, bref, je ne suis pas inquiet du tout comme il y a deux mois ! Cette aventure m'a installe au Japon, je veux dire, en terme de perspective. Un petit coucou a Irene qui est devenue lectrice de mon blog. Et a Berenice et Yann aussi.
Voici comment je racontais les choses a mes amis la semaine derniere : "La semaine dernier a eu son lot de mauvaises nouvelles qui ont fait suite a beaucoup de travail pour l'ecole a Ebisu.
J'en ai ete vire ! Je n'en suis pas mecontent : quelque chose m'y genait, une impression etrange. Comme un manque de lumiere. Depuis l'enfance, je n'aime pas les lieux sombres, les rez-de-chaussee comme des caves...
Si je vous ai au telephone, je vous raconterai l'histoire. A quelque chose malheur est bon, ca va me faire un peu d'argent... pas des masses, mais bon...
Ca s'est passe mercredi soir. Le resultat, en rentrant chez moi, je me suis arrete faire des courses et en sortant du magasin, je suis rentre a pied. J'ai oublie mon velo. Je n'ai plus de velo...
Samedi, enfin, super ballade dans l'ouest de Tokyo, le mont Takao. C'est la saison des erables rouges. En rentrant, j'ai manque une marche dans le metro et me suis retabli sur le pied. J'ai une tres belle entorse, mon pied est tout bleu. Le medecin a parle de 4 semaines...
Si je regarde du bon cote, maintenant. Cette ecole n'etait pas faite pour moi. En fait, les professeurs ne s'y parlent presque pas. Pas un seul ne m'a donne de coup de main. Ni donne de conseils. Jamais vu une boite comme ca. Meme pas de "salle des professeurs", chacun qui reste dans sa salle. Et pas de lumiere... Et... etc
J'aurais pu me casser vraiment la figure, dans le metro. Mais en fait, quand c'est arrive, je pensais au travail...
Mon copain a ete adorable toute la semaine. Il m'a telephone le soir ou j'ai perdu mon taf, il m'a cherche un hopital dimanche, m'a accompagne... C'est du vrai bonheur, ca...Avant hier, je suis alle dans ce grand hopital moderne, tres bien.
Lundi, l'equipe de liquidation de NOVA a annonce la faillite definitive pour vendredi 30 novembre. Je commencais a avoir peur qu'ils ne fassent trainer. Je devrais recevoir d'ici 6/8 mois un joli pactole representant 80% des 2/ 3 mois de salaires impayes. Par ailleurs, une nouvelle societe a dors et deja commence de redemarer l'activite, bref... retour a la case depart d'ici quelques temps. Un taf est un taf.
Mais quand meme, je commence a etre fatigue de tout cela, ca use, et je suis ruine pour le moment.
Je ne pensais pas me separer de l'ecole aussi vite. J'ai donc pris un credit pour acheter un nouveau Mac. Un pshitt utile, mais un pshitt ! Je compte liquider le credit avec une partie du pactole, mais bon, je l'ai recu le lendemain de mon licenciement, ca m'a fait bizarre. J'ai eu peur de l'effet tabou : ne pas vouloir y toucher, etc... Et puis en fait non, je n'ai rien fait de mal, juste joue de malchance. Mauvais timing, c'est tout. Mais bien joli joujou. Mon ordinateur est beau et puissant, je pense a la video encore plus serieusement. Avec ma patte, c'est un peu dur bien sur. Mais bon, comme le seul truc qui me freinait jusqu'ici etait la superbe lenteur de mon ordinateur portable, je n'aurai plus d'excuse pour vous livrer plus regulierement des images. Idem pour les albums photos. En fait, mon ordinateur me remonte le moral... En revanche, la plupart des films que j'ai telecharges prennent un de ces coups de vieux !
J'ai achete ma premiere plante avant hier. Un prix derisoire, genre plante abimee. La sauverai-je ? C'est une de ces plante vertes a feuilles rouges que l'on voit partout, ici, au moment de Noel."

Et puis il y a eu un echange politique faisant suite a... la mort de Fred Chichin. Ne me demandez pas comment on en arrive a comparer Mitterrand a Segolene, mais nous y sommes arrives. Et vous constaterez a ce mail que pour ma part, je suis remis de cette ivresse de la campagne et que pour ma part, je ne renie pas mon Royalisme du printemps : "Mais ce fut pire en 1981, le decallage entre le parti (rompre avec le capitalisme en 90 jours grace au front de classe et a l'appropriation collective des grands moyens de production, les 35 heures tout de suite et la planification...) et les 110 propositions... Et alors 1988, ce fut la totale, avec meme pas de programme, mais une lettre a tous les francais rediges par Seguela (converti au sarkosysme depuis...).
La, je suis d'accord, le seul qui m'a vraiment seduit fut Jospin. Le coup de foudre se produit en 95 : ceux qui pqrlent de renovation devrait tout simplement revenir a la base de ce que fit/fut Jospin : une culture politique, des pratiques militantes et des objectifs simple dans un dialogue avec les acteurs sociaux. Jospin ne voyait pas de contradiction entre le mouvement et l'action politique. Il etait en cela un vrai social-democrate. Je reste triste a l'idee que sa defaite en 2002 est le resultat de sa victoire en 97. La renovation de 95/97 n'a pas ete achevee. Tant dans les personnes que dans les pratiques et la facon de concevoir le socialisme. C'est ce qui l'a plombe. Et la gestion Hollande a fait le reste en 2007 (avec la participation des autres)
Royal... c'est dur de s'en remettre. On s'est pris en pleine figure tout ce qui clochait. Et c'est vrai que chez elle, c'etait une fichue impro mais... je me souviens en fevrier, de passage a Solfe. Pas un tract, pas une affiche potable. Rien.
Qu'est-ce qui empechait le parti de produire quelques affiches typiquement PS pour occuper le terrain ? En 88, on collait beaucoup avant meme d'avoir un candidat.., des affiches sur le bilan de la droite, par exemple. Et ce n'etait pas a Sego, de faire la comparaison 97/02 avec 02/07, mais au parti, et ce des novembre decembre. En attendant le programme. On a fait comme ca en 88,ca s'est fait comme ca en 95, en pire puisque les crises de 90/95 avait mis le parti a plat.
Non, la c'est le parti qui s'est mis en vacance et qui a oublie de militer. Pas les militants, j'en ai croise a Solfe, ils hallucinaient de ce vide, de ce rien, et ils pensaient comme moi. Non, l'appareil. Pas remis de 2005 et du referendum. Pas remis de la campagne de designation. Avec des appetits ouverts.
Tout a ete reproche a Sego. Tout le fut aussi a Mitterrand. A commence d'etre un homme de droite. Mais sa soif de pouvoir et son envie de gagner ont conduit tous les autres a le laisser faire. La campagne m'a montre que Segolene a vraiment cette envie, et il faudra ca, contre Sarkosy.
Le manque de respect pour les militants est dans ces pans entiers du Parti qui ont suivi Sarko, les Bocquels et autres. Et puis les DSK and co. Et Amara and co.
Pas competente, disaient les uns. Changeante disaient les autres. Autoritaire... C'est l'appareil qui est vicie. Les militants ne sont plus consideres depuis longtemps. Et la preparation du congres actuel en est une illustration manifeste.

Je suis d'accord avec toi, Stephane, et l'image d'Alain etait la bonne . La pire, a l'exception de tous les autres.
Et je trouve que ce qu'elle fait depuis un certain temps n'est pas ininterressant. Alors que certains au PS regauchisent ici ou la le discours, elle ressort ses propositions de campagnes (et les meilleurs en plus), qui apparaissent soudain mesurees mais solides. Plutot que les cadeaux fiscaux, elle aurait augmente le budget de la recherche tout de suite et donne aux Universites les moyens de leur souhaitable autonomie. Je note au passage qu'elle ne cherche pas a plaire (L'autonomie n'est pas populaire a gauche) mais qu'elle reprend le meme discours qu'en campagne. Discretement, elle prepare sa motion. Pour le pouvoir d'achat, elle reprend les memes arguments (...) Elle a meme reparle de la securite sociale professionelle.
Hollande revient aux vielles lubbies du PS et j'avoue que son idee de blocage des loyers est celle qui m'a fait le plus rire. Experimente de 84 a 87, resultat, des logements vides !
La responsabilite est collective et remonte a avant 2002, en se coincant deliberement entre le centre (les baisses d'impots) et l'extreme gauche (Hollande a Porto Allegre). Jospin avait pourtant reussi a nous faire occupe tout l'espace grace a la gauche plurielle (bref, chacun son role). Je remarque la encore que seule Sego a une analyse de la situation actuelle qui ne donne pas dans la demagogie. (...). Je ne la trouve pas nul, quoi...
Je n'adhere pas au PS pour les raisons que tu donnes, Stephane. Y etre militant est en ce moment et ingrat et difficile. Je suis ca sur le net et justement, je frequente des sites de militants, des blogs, simples et sinceres, de sensibilites differentes. Je respecte toutes les sensibilites de ce parti car il reste MON parti, malgre tout. Et j'aime ces sites ou on trouve de tout, le vecu des sections commes la vie locale ou les grandes analyses. Un collectif de 200.000 personnes, il y a forcement de l'energie et des competences.
Pour moi, la question du leader est reglee. Par defaut, pas au brio. Et je ne pense pas qu'il faille sous estimer sa capacite a muer, a ressembler au leader qui nous manque.
Je suis desole pour Delanoe, mais ca prendra jamais, en tout cas pour moi. Ce mec est politiquement insipide, ses textes federaux etaient nuls. (...)Il y a une constance dans le "discours Royal"...
Alors, quitte a se donner un leader.
Enfin, j'observe que la gauche de demain est deja en place. Tous ces collectifs de cites, les blogs des quartiers ou s'exprime la realite vecues de jeunes acteurs associatifs et de jeunes entrepreneurs, ou l'origine ethnique cede -enfin- la place a la realite vecue, au quartier, a l'origine sociale et ou un terrible sentiment d'egalite (cf Tocqueville : en tant que realite vecue) transparait. Il faudra que le nouveau socialisme integre ce nouveau visage de la democratie, ces blogs, ces televisions du net (la TeleLibre de Lepers, par exemple), non pas comme interlocuteurs (la vielle logique PS) mais comme parti integrante du processus democratique que nous entendons incarner face a une droite omnipresente.
Dans une societe desideologisee, ce ne sera pas si difficile de renover. En fait, la renovation est d'abord un concept marketing qu'on balance dans les pieds du perdant pour bien l'enfoncer. Plus difficiles sont la revolution des pratiques et le renouvellement des personnes.
J'adore fouiner sur les blogs et sites politiques. En fait, j'y ai decouvert une mince lueur d'espoir, celui qu'on pourra peut etre finalement battre vraiment la droite dans 5 ans. Les evenemts de 2005 et la campagne ont ouvert la voie a des prises de paroles sur le net qui echappent aux partis, et notamment le PC qui aimait organiser tout ca. Avec un bon chef d'orchestre, ca peut faire de la belle musique, et cela cree meme ce qui s'appelle une generation."
Bon, il est tard...