vendredi 25 avril 2008

tout simplement, 葛西、20年4月25日

Voici revenu le sentiment soleil. Soleil qui revient, tres timidement, certe, mais qui revient. Les temperature sont desormais douces et une sensation de printemps m’envahit chaque jour un peu plus. Le blanc et le rose des cerisier sont desormais affaire ancienne, la plupart des arbres sont desormais verts, verts, verts. Vert.
Le vert est la couleur du Japon, et c’est certainement pour cela qu’on y idolatre la jeunesse, son energie, sa force vitale. On sait tres bien que cela n’est qu’ephemere, enfin, quand elle est derriere soi. Pour les jeunes, elle est le temps present, l’amorce du beau printemps et du magnifique ete.
J’ai desormais devant moi mes moissons…
Le sentiment soleil, c’est aussi la Golden week, cette semaine de conge. Cette annee, coupee en rondelle mais qui se plaindrait d’avoir 3 jours de conges… Donc ce sera d’abord mardi la semaine prochaine, et puis la semaine suivante lundi et mardi. Ca ne se refuse pas, et ce sera l’occasion de sortir un peu de Tokyo. La meteo s’annonce clemente. Hier soir, je suis alle faire quelques courses apres le travail, il pleuvait. En sortant du magasin, je me suis presque senti en ete, il faisait presque chaud. A partir de dimanche, c’est le soleil qui dominera, semble t’il.
Le sentiment soleil, c’est la naissance de Julien, le petit d’homme qui viendra raviver la maison de Veronique, Stephane, Helena et Emilie.
Le sentiment soleil, c’est aussi mon regime. Le fait de ne plus manger de viande. Et de voir, malgre ma liberte retrouvee dans l’alimentation, mon poids continuer a baisser tout tout tout doucement. J’ai desormais perdu 10 kilos par rapport a mon peak de fin Janvier. Je suis monte a 88.5 kilos. Je mesure 1,77 metres…Ce matin, je pesais 78,5 kilos… Et pourtant, je mange des cereales, des fruits et du yaourt le matin, je mange une pomme le matin et une l’apres midi. C’est vrai que le midi je suis plutot salade (avec sauce, mais sans viande, et une bonne poignee d’amandes, mais le soir, je mange du riz (un bol), des legumes (et notamment de l’avocat), des oeufs ou du poisson arrose de sauce soja. Hier soir, j’ai remange une pomme par dessus. Eh bien, depuis que j’ai “arrete” mon regime, j’ai encore perdu un kilo… Le week end dernier, j’ai mange un peu de pain pendant le repas (ben oui, avec Jun…), et meme un peu de confiture au petit dejeune; Jun et moi nous sommes partages 2 paquets de Petits LU en deux week-ends… Un paquet chacun, quoi! Mon corp semble finalement apprecier puisqu’il ne profite pas des quelques ecarts pour reconstituer des reserves (ce qui se passe avec les regimes vitesse, 7 kilos en trois semaine, reprise en un mois, avec les 2 kilos bonus, c’est que le corp est prevoyant, des fois qu’on lui refaisait le coup, he he he…). Le cholesterol est definitivement LA clef du metabolysme, et je trouve insense qu’on n’insiste pas pour que les gens qui ont des problemes de poids augmentent leur consommation d’acides gras insatures et reduisent autant que possible les acides gras satures (pour faire simple, la viande et les produits laitiers). Moi, je me mange 4 a 5 avocats (gras) par semaine, j’assaisonne a l’huile d’olive ou l’huile de sesame et mes oeufs frient dans de l’huile d’olive. Ca coupe la faim, les lipides! C’est vrai qu’en revanche ma consommation de Sucre, de glucide a baisse dramatiquement, mais je n’en ressens pas un besoin intense. Comme le dit Joelle (lien sur le cote, superficiel.org) dans un de ses posts, en fait, quand on ne mange pas de sucre, on n’en ressent pas le besoin. Mais garre si on en mange, meme un peu ! C’est pour cette raison que j’ai decide, cote sucre, de vraiment reduire aux fruits et aux sucres lents et de me faire vraiment plaisir quand j’en consomme, en mastiquant et en mangeant vraiment ce que j’aime le plus. Le wek-end dernier, la confiture de framboise fut un moment divin…
Par contre, je devrais me forcer a aller au sport… je n’y vais plus !
Le sentiment soleil, c’est mon travail dans sa vitesse de croisiere et la certitude que je vais trouver nettement mieux d’ici quelques mois. L’avenir ouvert est un une sensation que j’avais un peu perdu, et qui est revenue petit a petit. L’estime de soi, la saine ambition, voila ce qui me definirait le mieux aujourd’hui.
Et donc des projets. Tout d’abord (l’antienne de l’Etranger au Japon), me remettre a l’etude de la langue. Je voudrais lire, et ca c’est nouveau. Je me sens analphabete. Je ne peux pas parler de mon travail, le vocabulaire me mange. Alors, j’ai commence a en grapiller a droite a gauche sur ma propre activite. Le simple fait de reecrire des kanjis a provoque une nostalgie… Cette langue trouve sa source dans la nature (grammaire faire de registres divers de ce que j’appelle “sensualite”, dans le sens que c’est le contact et le contexte qui definissent si la langue) ET l’ecrit (le vocabulaire s’est constitue dans une reinterpretation des sons des caracteres chinois et la creation d’un vocabulaire exclusivement japonais associe au sens que ceux-ci fournissent dans des jeux de combinaisons, parfois incroyables). Bref, la encore l’energie, maitrisee ou debridee, et le bricolage. On m’a souvent dit que le chinois est assez facile. Le japonais est redoutable. Il existe parfois des dizaines de combinaisons de “kanjis”, avec donc des lectures (sons) differentes pour dire la meme chose. Et ce sera dans le sens meme des kanjis qui les composent que d’infinies nuances semantiques apparaitront. Les kanjis sont au japonais ce que le latin est au francais, mais dans un pays qui n’a pas connu l’academie pour “simplifier”. Au contraire, sous Meiji, on en a remis une couche en creant un vocabulaire savant destine a traduire des concepts occidentaux. On a donc assemble des kanjis (et par voix de consequen des sons) pour leur sens a chacun, et on a construit des assemblages. A l’arrivee, des mots parfois de 3, 4 ou plus de kanjis, qui froment un mot nouveau. Autoroute, 高速道路 / kou-soku-dou-ro /grande – vitesse – chemin – voie. En “vrai” japonais, takai- hayai – michi – michi. Quand a avoir pourquoi on a choisi ces sons plutot que d’autres (c’est vrai, pourquoi dou-ro, et pas, par exemple, tsuu-ro… autres possibilite), ca c’est un mystere. Et donc, si vous ne maitrisez pas le japonais ecrit, vous paserez a cote de cette subtilite, ici, il y a deux fois l’idee de rue, quand meme! Traduisons, Voie reservee a grande vitesse. Une autoroute, quoi ! Plus recemment, toutefois, ils ne s’embarassent pas et utilisent le mot etranger, directement, ecrit en katakana. サブウェイ / Sa-bu-we-i. Mais qui sait si, lors d’un raidissement nationaliste, on ne verra pas un jour, 高速道路 / saa-bu-we-i. Ils en seraient bien capable… Bon, en tout cas, ca s’est passe comme ca… Et ne pas lire couramment cette langue est un outrage a cette civilisation qui cache par la de veritables tresors. On veut visiter des jardins prives, on ne sait meme pas lire. Nous sommes des cretins. Je suis un cretin. Je dois donc m’y remettre…
Ce matin, au infos sur la NHK, reportage sur le Kasatomaru / 笠戸丸, ce bateau qui en avril 1908 inaugura l’expedition de Japonais vers le Bresil. Pres d’un millions de Japonais qui ont ete ainsi, de 1908 a 1940, envoyes la bas et qui ne sont jamais revenus. Travaillant dans les plantations de café essentiellement, oublies, c’est une part honteuse de l’histoire du Japon qui refait surface depuis quelques annees, reconnue dans les larmes apr le premier ministre Koizumi il y a deux ans. Ils devaient trouver la-bas un bon travail, un bon climat et pourrait ainsi aider leur famille dans le beoins. Ils ont en fait ete une main d’oeuvre servile et n’ont servi qu’a enrichir de riches planteurs et les riches commercants qui les avaient envoyes la-bas. J’y ai repense quand j’ai entendu une emission sur l’Ile Maurice, don’t la population Indienne a subit le meme sort. La plupart des descendants de Japonais ne sont pas riches, parfois pauvres, et les plus jeunes profitent de la possibilite de rependre leur nationalite japonaise. Bresiliens de fait, ils ne parlent pas japonais et fournissent desormais une main d’oeuvre non negligeable de l’industrie automobile (Toyota essentiellement), sous payee et precaire, quand ils ne travaillent pas dans les decheteries. Un eleve habitant Saitama m’avait dit que Saitama, c’etait ce qu’il y avait de pire en matiere d’ecole car les enfant y cotoient pakistanais et “japonais du Bresil”. Un racisme de fait, qui conduit les jeunes femmes a la prostitution ou aux travaux les plus ingrats, enrobe de bons sentiments nationalistes. Leur nationalite “japonaise” est le pretexte a fournir au Japon un sous proletariat que le vieillissement de la population rend plus rare. Or, le sous proletariat est vital a l’economie japonaise…
J’ai beau regarder la NHK, je reste sidere par cette television capable de parler pendant des jours d’un accident de voiture qui a tue une fillette dans un coin paume, de lune jeune femme qui a fuit devant la police, chaque jour apportant un nouvel element –ici la camera de securite n’a pas pu la filmer car l’angle de vue ne le permettait pas –gros plan et image en boucle-, ce matin, elle s’est enfuit par tel escalier –gros plan et image en boucle-… et ignorer les scandales des travaux publics (normes anti-sysmiques non respectees), le deficit public collossal servant a graisser la patte aux… travaux publics, le scandale des heures supplementaires non payees obligatoires, la mafia / extreme droite qui regulierement empeche la liberte d’expression (dernier en date, un film chinois retire des salles car racontant l’histoire du sanctuaire Yasukuni…). Sur les chaines privees, en plus, les presentateurs mangent… Quand a ces musiques en fond qui consacrent le caractere de spectacle des informations… L’air imperturbable sur la NHK est ce qui m’epate le plus. Extremement japonais, maitrise. Rien ne depasse.
La meteo joue du variable, le soleil est de plus en plus present au fur et a mesure que j’avance dans cette page, et ca me ravie. J’ai recu un mail de Jun, on ne se retrouve pas ce soir, mais demain : il y a des problemes informatiques et il devra travailler plus tard. Oh, nous allons beaucoup nous voir dans les deux prochaines semaines, alors… Pour l’Institut, demain, ce n’est pas possible… Complet (certainement une ceremonie de mariage… Tres “tendance”, faire ca au restaurant de l’Institut !). Ca ne nous privera pas de voir Jeanne, de Rivette.
Je suis tres etonne de n’avoir de nouveau besoin de dormir que 5 a 6 heures par nuit, moi qui me laissait aller avec NOVA. Mais quel idiot, alors…Bon week end

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lundi 21 avril 2008

Un lundi ordinaire, 葛西平成20年4月21日

Un Lundi ordinaire a Tokyo.
Le temps n’etait pas vraiment de la partie ce week end, et Jun et moi nous sommes boudes toute la soiree de samedi, pour une broutille. Je maitrise parfois mal le japonais, cela cree des malentendus, nous sommes boudeurs et entetes tous les deux, nous ne nous parlons plus et nous couchons en silence, dans ma tete passent des pensees lasses, definitives, qui fondent dans l’obscurite, quelle bande d’idiots nous sommes, je pense alors, quelle belle bande d’idiots, ces deux la, ils n’ont guere la possibilite de ne se voir que deux jours par semaine et les voila qui gachent ce peu de temps. Je me sens con, alors. Mais je refuse de porter seul le poids de cette situation, et ca pese alors encore plus lourd. Je ne sais ce qui se passe dans sa tete. Dimanche soir, il l’avait cachee sous la couverture quand je suis revenus de la salle de bains apres m’etre brosse les dents. En fait, je ne comprends pas qu’il ne se montre pas plus famillier avec moi. Des fois, il faut que je lui propose de prendre une douche, il serait capable de rester la a attendre. Ca fait deux ans qu’on se connait, et je ne comprends pas. Des fois, il me dit des “je pensais que tu…” qui me scient. Il ne m’a rien demande, il a suppose. Dimanche matin, il ne restait plus qu’un mauvais souvenir peut-etre, tres peu present finalement, et une bonne journee enfin. C’est donc cela, le couple… Ce n’est pas de la concession –je crois que justement nous en faisons assez peu et en tout cas aucune d’essentielle-, c’est du realisme. J’aurais honte de vous dire pourquoi nous nous sommes mures samedi soir. Insignifiant. Beaucoup de fatigue aussi. Je ressemble de plus en plus a mon pere, en fait, et je comprends mieux mes parents. Ma mere qui disait que mon pere “comprend tout de travers”. Ben oui, quand on est fatigue, on ne comprend rien a cette langue qui nous est etrangere, c’est comme ca… Jun l’oublie parfois, mais moi aussi. Mais c’est difficile car j’ai gagne en fluency, je peux parfois parler du tac au tac. Alors quand ca sort mal, ca sort vite, et ca sort mal. Le verbe savoir, 知る, peux ainsi s’averer un redoutable ennemi suivant comment on l’utilise –eh oui, le japonais n’a pas la precision du francais. Chez nous, je ne sais pas, ch’epa, je n’en sais rien, c’est la meme chose. En japonais, ca peut aussi vouloir dire “j’m’en fout”. C’est comme cette premiere lecon du 日本語で暮らそう (vivons en japonais), ce cours de la NHK. Une jeune fille fait un cadeau a un jeune homme, et le voici qui dit, 何ですか (qu’est ce que c’est?). En francais, en anglais, c’est gentil, surtout que le garcon sourit. Mais voila, nous sommes au Japon, et la jeune fille veut reprendre son cadeau, vexee. Il lui aurait fallu dire, どうすればいいですか (A quoi cela sert-il ?). Et cela n’est pas la formulation polie, mais juste “correct”. Combien de couple brises sur de telles incomprehensions…
Nous sommes sortis samedi mais le temps, comme je l’ai dit, n’etait pas de la partie. Pluie et vent. Jun est alle voir une xposition de mode au musee de l’ecole de mode de Tokyo, a Shinjuku, je suis alle a l’Institut Francais rendre un livre et en emprunter plusieurs. Je vais lire la chronique d’Asakusa de Kawabata. Je ne l’ai jamais lu, celui la. Epoque fin Taisho/ debut Showa (les annees 20) garantie… J’ai aussi (re)pris un livre de cuisine familliale japonaise : cette semaine, j’ai fait pas mal d’experimentation, et j’ai meme mange du natto (soja fermente) : j’ai notamment concocte un natto-don, pas mauvais du tout. Je ne mange plus de viande.
Histoire de poulet. J’ai fait un regime pendant un mois et demi, et j’ai perdu 8 kilos. Ne me voyez pas mince, j’avais grossi de 8 kilos en plus de mon embompoint de base… Je ne rentrais plus dans aucun de mes pantalon et les manches de mes chemises se faisaient courtes, le double menton menacait. J’ai fait un regime hyper-proteine et hypo-glucidique, riche en legumes, pauvre en fruits (seulement le matin), riche en calcium (yaourt) et en acide gras insatures (huile d’olives, amandes et noix a profusion). Je me suis gave d’avocat et de poulet. J’ai perdu du poids, mon appetit est regule et je pense avoir un cholesterol a faire rever. Vendredi dernier, je decide de cuisiner un poulet, c’est rare j’en ai trouve un entier (les Japonais n’achetent que des morceaux). Les pattes n’etaient pas attaches, la chaire etait rose, ca m’a fait l’impression de mettre un bebe au four. Une horreur, en fait. J’ai surmonte ma repulsion, mais la bestiole a fait des projections grasses qui ont rejete une odeur de graisse brulee qui a tenue 2 ou 3 jours… C’est pas de ma faute, j’ai un fond supersticieux. J’y ai vu comme une invitation a arreter de manger de la chair, de l’etre vivant. Je vous incite a couper le file qui tient les pattes d’un poulet et de les faires bouger. Je vous assure, on dirait un bebe… Bien sur, je sais bien que le QI d’une poule est proche du QI d’un bloc de ciment passe au congelateur, mais en meme temps… comme moi, elle n’a pas demande a venir, ni a etre la victime d’une pseudo loi de l’espece qui la depasse. Et alors, au moment ou on nous rabat les oreilles sur les penuries de cereales, savoir qu’il en faut 10 kilos pour produire un kilo de viande, et que ce dit kilo de viande, pour etre produit, va generer des gaz a effet de serre… En fait, la seule viande qui vaille d’etre mangee est, cela peut paraitre contradictoire, la charcuterie. Je ne parle pas de la charcuterie industrielle. Non, la charcuterie telle qu’elle etait avant : un mode de conservation du cochon qu’on tuait a Noel et qui allait durer toute l’annee. Saindoux, rillettes et pates, jambons, tripes… On est loin du steack de 250 grammes quotidien, servi apres la rillette, et du hamburger du soir… Je n’ai rien contre la viande, mais j’ai trouve ecoeurante comme cette odeur de graisse qui a flotte dans mon appartement, cette facilite avec laquelle nous disposons de la vie d’autrui pour de simples considerations d’ordre personnelles. Tu aimes la viande ? Oui ! Pourquoi ? Ben j’aime ca…
A l’Institut, j’ai empreunte Un dimanche a la campagne, de Jean renoir. Jun voulait voir un film de Renoir. J’ai un peu regrette que le premier film qu’il voit soit celui la, mais la cruaute froide de Maupassant m’a bien plu. C’est amer, mais sans jugement ni morale, et de ce point de vu la, Renoir est extrement fidele a Maupassant. C’est seulement apres avoir vu ce film que l’ambiance s’est glacee. Avant, nous sommes alles manger un delicieux curry Indonesien, un des meilleurs plats que j’ai pu manger au restaurant ces derniers temps. L’Asie regorge de gatsronomies veritablement savoureuses…
J’ai enfin arrete mon choix sur le cadeau d’anniversaire de Jun. Nous le passerons a l’Institut, avec dejeuner a la Brasserie puis 2 sceances de cinema : une retrospective Rivette et, comme d’un fait expres, Jeannes Les Batailles et Jeanne Les Prisons. Sandrine Bonnaire est a mon avis la meilleurs Jeanne d’Arc au cinema. Une fille simple dans une epoque troublee, une foi dans le Roy et dans la religion, la puissance de la conquete puis, le Sacre du Roy realise, l’implacable logique de la Raison d’Etat, Jeanne sacrifiee : le Roy ne pouvait sauver une simple paysanne, et de nouvelles guerres l’attendaient. J’aime cette jeune fille habitee par un destin qui la depasse et qui lui fait peur, et je reve du cineaste qui nous la livrera telle qu’elle etait vraiment : une fillette de 14 ans, entouree de jeunes garcons du meme age, avec leurs peurs mais aussi leur fougue et leur folie. Le deuxieme film est ainsi le plus attachant : Les Prisons nous montrent l’errance de cette armee, sa lente deliquescence, comme si d’avoir concouru victorieusement a la restitution du pouvoir du Roy les avait soudain vides de toute energie. Une Jeanne glauque, aux antipodes de l’heroine Lepenienne. Le film est genereux en salete, mauvaises herbes, boues… On est au moyen age, au pire moment, dans une epoque qui ressemble a ce que nous vivrons d’ici une petite centaine d’annee, quand nous serons a la recherche de nouveaux equilibres…
Dimanche matin, nous nous sommes longuement regardes l’un l’autre, sans rien nous dire, et nous sommes restes au lit tres tard, jusque 10h30… Nous avons tranquillement dejeune et, certains que la meteo ne nous avait pas menti, nous sommes sortis regarder les derniers cerisiers en fleurs de l’annee. A 清澄庭園(Jardin de Kiyosumi, dans Koto-ku vers Monzen-Nakacho), puis a 新宿御園 (Parc de Shinjuku). Jolies promenades mais longs trajets en metro, etouffant : les pollens de cypres s’y sont accumules et il m’arrive d’y avoir une reelle envie de vomir et de sentir l’irritation dans mes poumon, ouf, il est temps de sortir… Au Parc de Shinjuku, que l’Empereur a visite la semaine derniere pour y admirer, lui aussi, les derniers cerisiers, nous avons croise Martin (son site/blog, sur le cote, Café-Martin). Ca fait plasir de le voir, c’est vraiment un garcon gentil. Petit bonjour a Irene, pendant que j’y pense. Ca me fait plaisir d’entendre sa voix quand elle me telephone. J’adore les gens gentils. C’est pour ca que j’aime Jun…
La promenade a coincide avec une eclaircie que nous n’attendions plus, et nos derniers pas ont baignes dans la lumiere et ces tonalites de vert que j’aime dans la nature japonaise. C’est bel et bien le printemps, se dit on alors.
Nicolas Bouvier est un de mes maitres, a jamais, pour tout ce qui touche au “recit du Japon” (entendre “du” comme origine, point de depart). Comme moi, il deteste les Japonais avec une tendresse et une lucidite qui me laissent parfois pantois. Un amoureux transit du Japon est un cretin. Sans discussion. C’est un type qui se regarde beaucoup, qui s’ecoute enormement et qui laisse s’exprimer tout ce qu’il suppose du Japon et que ses relations japonaises entretiendront consciencieusement, “c’est vraiment japonais”, etc… Posez une question de litterature a un Japonais, une question d’histoire, une question sur le theatre, et soudain un silence beant se manifestera que, malgre tous ses efforts, la voix eraille de Hamasaki Ayumi en fond sonore ne parviendra pas a combler. Parlez politique, parlez Yakuza, Sokagakkai (cette secte “pseudo bouddhique” qui avec ses 10 millions d’adeptes, ses entreprises et ses reseaux, son parti politique le Komeito, gangrene la societe), parlez de travail, de famille bref, essayez vous a la liberte de conversation francaise, et vous verrez alors des fosses de silence gigantesques s’ouvrir autours de vous. Les Japonais, en generale, ne comprennent pas bien qu’on s’interesse VRAIMENT au Japon. Qu’on aime les sushis, les mangas et les magasins a Ginzas, qu’on se promene a Roppongi –specialement dedie a nos appetits d’etrangers-, qu’on s’extasie devant les pousse-pousse a sakusa, qu’on ait partout l’air embarasse, et les voila qui se mettent en quatre devant cet etranger previsible. Mais que nous nous hazardions sur d’autres terrains, voila qui les surprend vraiment et parfois meme les paralyse completement.
Vous ne serez pas admis facilement dans ce cercle etrois. Bouvier a un regard lucide et sans complaisance. Et c’est seulement quand on regarde avec lucidite que des qualites jaillissent. Je me souviens la premiere fois ou je suis entre dans un magasin a Katsura, pres de Kyoto. Affolement au comptoir, sourire crispe, j’entends la pensee de cette brave femme, どうしよう? (que faire? Une phrase essentielle qu’on entend pour un rien dans les series TV). Et je me mets a parler (certainement tres mal) japonais. Je voudrais un gateau, et je demande s’il y a bien du the dans la crème de celui la, bien sur, vous etes en vacance ?, etc… Détente, la cliente qui s’y met. D’un embarras total, me voila transforme en evenement de la journee, une curiosite qui arrive sur son velo, dit bonjour et dit merci, repart sur son velo en grignottant un gateau, la camera sous l’epaule. Un Francais, un Parisien… Il est certainement venu admirer la villa, oui, bien sur… Il y a des fois, je me demande si finalement, cet agacement a l’egard des Japonais n’est pas la marque premiere de mon incersion… Je crois que les Japonais s’agacent les uns les autres. C’est pour ca que tout est cadre, et qu’il faut, comme ils disent, la politesse pour huiler les relations. Dans le metro, ce sont de veritables sauvages et les regards sont souvent assassins. Les series TV, les mangas et des tonnes de legendes racontent ces memes histoires de gens don’t les plus mauvaises intentions se dissimulent derriere des masques de politesse, des sourires et la plus respectueuse courtoisie. Les Japonais pratiquent en fait la politesse aristocratique, une sorte d’etiquette qui dissimule tous les secrets.
Nous, on s’envoie tout a la figure!
Je prefere finalement la facon japonaise. C’est plus agreable au quotidien. Mais je sais tres bien ce que cela cache. Il ne sert a rien de chercher la gentillesse la ou elle n’est pas. La encore, les Japonais ont bien raison. Je ne suis l’ami de personne. Je ne suis le frere de personne. Que de mes amis. Que de mon frere. Et encore une fois, je me reconnais dans ce foudroyant contraste que l’alcool provoque sur eux. D’un seul coup les voila locaces, ils rient, ils chantent, ils se deshabillent, meme! Mais il y a un cadre, et c’est l’alcool qui cree ce cadre. Je suis tout a fait comme ca! Bref, je ne me sens gene nul part, sauf, bien entendu, quand la situation est genante. La semaine derniere, par exemple, j’ai achete une bouteille d’huile d’olive et, vous savez quoi, le sac m’a echappe des mains. Plof, juste devant une boutique, vers Sangenjaya. C’est malin. Jun me fait dans le “je ne te connais pas, plie de rire en train d’essuyer les 2 paquets de gateaux que j’avais egalement achete”, je rentre dans la boutique, excusez moi…, la fille regarde, appelle la baito (petit boulot), la fille regarde, verse un sceau d’eau et me dit “c’est bon, ca va”. En fait, elles s’en tamponne. Quand je vous dit que le Japon et la France se ressemblent… Mieux, une dame m’a gentilemnt donner un sac pour mettre les paquets de gateaux. Aucune politesse speciale constatee, juste une situation embarrassante de la vie quotidienne. Et une indifference… J’ai juste du rachete de l’huile…
Non, les salamalecs, c’est entre eux, pour se faire des vacheries ou pour montrer qui est le chef. Je n’utilise pour ma part que les expressions de 敬語 (politesse) consacrees par l’usage. Je ne dis plus arigato au restaurant ni au magasin, mais je ne suis pas avare d’un famillier Doumou, extrement apprecie et que seuls les personnes agees pratiquent encore. Finis les gomen nasai ou les sumimasen dans le metro, je me content d’un shitsurei qui a le merite de partager (au niveau politesse) le derangement. J’essaie de calquer sur les vieux. J’aime leur politesse simple, souriante. Je le vois, comme ils sont confus quand je leur cede la place dans le metro. Qu’un etranger se leve alors que tous les autres font semblant de dormir…
Mais cedaient ils la place, eux meme ? Ou bien finalement le secret de cette vitalite japonaise ne reisde t’elle pas dans cette attitude, naturelle au sens reel du terme, de n’accorder de valeur qu’a ce qui est jeune, et a laisser la vieillesse a son sort. Apres tout, l’Occident n’a jamais accouche d’oeuvres comme La ballade de Narayama… Le Japon connait plusieurs histoires de cette sorte. C’est normal, c’est une histoire de fantome. Et a l’epoque ou seul le travail de la terre nourrissait sont homme, c’est sur qu’un fantome valait mieux qu’une bouche, inutile, a nourrir… Mais a y regarder de plus pres, cette histoire de vieux que l’on abandonne dans la montagne, c’est d’abord et avant tout une tres belle histoire d’amour entre une mere et son fils… Non ? Un drame Cornelien, en quelque sorte, ou la necessite s’oppose a l’amour. Une tres belle hisoire. Universelle.
Voila, je m’egare encore sur les terres de la ressemblance en mettant le doigt sur mes exasperations… Le coeur des Japonais est tres gros. Mais il ne se trouve pas dans celui qu’ils offrent aux etrangers, qu’ils soient Japonais ou d’outre mer (comme ils disent, 海外). Et c’est peut etre parce que le temps du Bouddha est entre dans leur vie, faite d’inutilite et comme d’une attente demesuree de la mort -c’est qu’on vit vieux et tres seul, ici-, que ce sont les petites vieilles et les petits vieux qui sont les plus locaces pour peu qu’on parle leur langue. On aura alors droit a des histoires auquel on ne comprendra rien, dites a toute allure et ponctuees de “ですからね” que je vous inviterais a traduire par C’est que… hein!?!, le meme c’est que que nos petits vieux quand ils nous racontent leur jeunesse…
J’aime bien me promener dans Tokyo avec Jun. Parce que finalement ni lui ni moi ne connaissons Tokyo. Et puis depuis quelques temps, il me posent des questions sur la France, sur Paris. Il a ete tres etonne qu’il n’y ait pas de lezards en France, et en tout cas pas dans le nord. Moi, j’ai ete tres etonne par son etonnement. Quand nous parlons de fleurs, il me demande comment on l’appelle en francais. Je sais maintenant ce qu’est un rododundron. Il me rapporte aussi toutes les nouvelles qu’il entend sur la France. Il a lu, par exemple que “Saint-Denis, c’est dangereux”. C’est sur que selon les criteres japonais, Saint-Denis, ca craint. J’ai cherche a relativiser sans nier qu’en dehors de Paris, il y a des endroit dangereux, au sens japonais. Mais quand meme, c’est pas le Bronx… Jun est un garcon doux, comme une tres grande majorite de Japonais. Il ne va pas au Patchinko, ni au Slot et ne boit pas. Non, les mondes interlopes, ce n’est pas lui. Bref, a Saint-Denis, il serait, a 10 heures du soir, une proie extremement facile. Son sac a dos est souvent a moitie ouvert. Et encore, il est tres prudent. Combien de Japonais se promenent ici avec le porte-feuille dans la poche arriere du pantalon… C’est fichtrement tranquille, Tokyo… On peut comprendre comment certaines images venant de l’etranger peuvent effrayer les Japonais. Ce serait tellement dommage de perdre ce sentiment de confiance. Les yakusas, finalement, on sait ou ils sont. Suffit de ne pas y aller, et la vie se fait tres douce. Il y a bien des emmerdeurs reels (bikers, entre autres), il suffit de baisser la tete, de ne pas les voir, et tout va bien.
Ne comptez pas sur la police…
Ah, le gout des sakura mochi, hier apres-midi… Hier soir, j’ai prepare des pattes, tout simplement. Et c’etait tres bon. Preparees en 15 mn, sauce comprise… On a fini les petits beurres LU (ceux de la bouteille d’hule d’olives) en buvant du the et en regardant Atashin’chi d’abord, puis Waitress, un vrai film du dimanche soir, vraiment tres bien, un peu un conte de fee mais dans la vraie vie, avec des femmes d’un certain age et leur vie de merde, le mari qui donne des coups… Le film a ete prime, la critique a bien recu le film. Eh bien moi aussi, et je vous le conseille pour les jours tristes. Depuis sa sortie, le net americain regorge de recettes de “pies”, car l’heroine est une genie des tartes de toutes sortes et se venge de son mari en imaginant de gateaux criminels, violents : ecraser des aliments deja ecrases dans des fruits, ca vaut bien massacre a la tronconneuse quand on est le temoin passif de cette violence dans le couple, ce vide d’amour, ces viols conjugaux, et le piege referme, pas d’argent, pas possible de quitter ce trou paume. Mais quelles quiches, chatoyantes, pimpantes, riches de fruits et de chocolats, quel bonheur dans les gateaux… Et puis il a bien fallu raccompagner Jun au metro… Ce matin, c’etait dur de se lever.
J’aimerai bien qu’on m’apporte un de ces pies aux mures ecrases et au chocolat noir…

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mercredi 16 avril 2008

葛西, mercredi 16 avril 2008

Je me suis apprecu hier, alors que j’etais dans le metro, sur le retour, que je n’habitais plus au Japon. J’ai senti que j’habitais la ou j’habitais, c’est tout. Ce ne fut pas une impression etrange, juste une reflexion qui passe et qui contraste avec ce que je ressentais avant. Ca ne veut pas dire que je ne me sens pas etranger, non. Au contraire, meme. Mais disons que tout ce qui m’entoure est routine, habitude, hors de toute surprise. Et finalement, meme ce qui me surprend parfois, chez des gens, dans un jardin, ne me surprends plus qu’a moitie. Ne me signale plus, comme avant, une difference avec autre chose, mais se distingue tout simplement du reste, de la monotonie, de l’habitude et de la routine. Mes yeux seuls restent etrangers, dans le sens de non-japonais. Les Japonais ne savent pas regarder. Dans la rue, ce ne sont que regards vides, indifferents et anonymes, surtout ne pas etre surpris en train de regarder, d’epier. Et pourtant, nul part plus qu’ici je ne sens aussi fort ce non-regard inquisiteur, cette indifference qui pointe du doigt. Un Japonais qui regarde est un Japonais qui ignore superbement. Le Francais est curieux de tout, pose des questions sur tout, afin d’elaborer ses theories sur tout et avoir tout compris. Le Japonais est curieux de ce qu’il connait et de ce qu’on l’a invite a connaitre (dans les magazines, a la television, au bureau…). Allez a Kamakura ou a Kyoto, ils se bousculent au memes temples, aux memes jardins. Bifurquez, il ne reste plus personne. Dites que vous avez bifurque, on vous ecoutera poliement, mais franchement, qu’est ce que vous etes alle faire dans ce temple et ne pas aller a Kyomizu dera… semblera vous dire ce sourire neutre et ces hochements de tete interesses a votre recit de “bifurcation”. Le rapport qui sera transmis a une autre sera sans appel : IL n’est pas alle a Kyomizu-dera, il s’est perdu avant d’y arrive, il a trouve un temple sur le chemin. C’est globalement ce qui est arrive a Jun l’an dernier, a son travail. Et alors, quand il leur a dit qu’il avait visite Kyoto a velo… Remarquez, depuis que les magazines, avides de tirage, suggerent des bifurcations (des promenades, chronometrees, kilometrees avec pause restaurant incluses et “photos a prendre”) et la location de velo, on croise des bifurcateurs professionels, conduits par Madame armee dudit magazine. Ce bifurcateurs s’arretent exactement la ou leur suggere de s’arreter le magazine et s’extasient, kirei… Il y a des fois, on se demande pourquoi c’est “beau”, mais bon, puisque c’est ecrit dans le magazine… Moi, en bon etranger curieux, je m’arrete avant, je bifurque dans la bifurcation si c’est possible, et c’est ainsi que nous nous retrouvons des fois seuls dans un sous bois devant de vieilles lanternes de pierre, des grottes habitees de divinites en ruines ignorees des touristes mais honorees des habitants qui continuent de leur apporter des fleurs… Ailleurs, on a envie de mettre une bombe sur ce parking qui a dechire l’entrée d’un temple ou d’un sanctuaire. Parfois, c’est une petite vieille qui retient mon attention, il y en a plein. Elles habitent le coin, pour elle, ce n’est pas “beau”, mais c’est leur quotidien habite des gestes et des habitudes du Japon d’avant. Elles ont vu les militaires dominer le pays, les bombes incendiaires, les americains puis le parking, les cars de touristes debarquer puis ces restaurant “gourmets” destiner a contenter tout ce beau monde, mais pour elles le batiment reste habite des odeurs d’avant, et sa petite tete recourbee sur son dos voute reconstitue ici les souvenirs des visages oublies, les rires des enfants, le gout des dango au temps des matsuris, quand vient l’ete, et qu’il faisait chaud.
Nous avons fait un petit tour dans l’ouest de Tokyo, un peu apres Sengenjaya, derriere Shibuya, et pris le petit train Tokyu. Atmosphere de province a deux pas de Shibuya, temples a profusion, petite maison. Ici, on enclos la maison d’un mur, quand a l’est on entoure la maison de plantes vertes et d’arbres : pas de place pour le jardin… A l’ouest, on tente le jardin minuscule, mais surtout on le cachem on se cache, on se mure. Dimanche, il pleuvait, nous ne sommes pas sortis et nous avons regarde des films… Sous le planche les vaches, sorti en 1999, s’est revele une tres heureuse surprise… Et Emma Brokovitch a ete une autre bonne surprise (dans un style hollywoodien, bien sur…). Bien sur, ce n’est pas le realisme anglais, mais ca n’en est pas moins bien.
Recu un mail de Pierre, un de mes lecteurs habituel. Je suis tres embete pour lui, qui a de petits problemes pour rentrer au Japon. Ca s’est fichtrement durci, ces dernieres annees, partout. Il serait Chinois ou Togolais, patente par la mafia, il rentrerait sans probleme. Il “visite le Japon” trop frequemment, il ne peut plus rentrer… Les politiques d’immigration sont partout les memes. Restreindre l’entrée ne fait le bonheur que des mafias. Pour les autres, qui cherchent a travailler, creer, se poser ici avant d’aller se poser la, c’est le calvaire, l’incertitude. Je crois que c’est une boule qui ne m’a pas quitte durant mon voyage en France, etre empeche de retour. Car pour moi, le retour, ce n’est pas Paris. C’est Tokyo…
Ca me fait tout drole, quand je vois Paris en photo, au cinema… Meme certaines musiques me ramenent a Paris, a mes promenades a velo, le walkman sur les oreilles. J’ai remis la main sur une chanson de DorianD, par exemple. A ton contact, un truc de 1996 environ. C’est les Invalides que je revois. Promenades du dimanche apres midi. Strasbourg Saint denis (mon chez moi depuis ma naissance), Reaumur, Victoires, Palais-Royal, Louvres, salut tonton, je t’aime quand meme, la Seine, on passe Rive gauche, on reviendra ici plus tard, on sait jamais, et puis l’Universite, saint Germain, l’Assemblee puis Saint Dominique et la Tour Eiffel… La Maison du Japon parfois, l’Ecole Militaire, Nicolas et l’Avenue du Maine, et puis Saint-Germain, l’Institut du Monde Arabe, la Mosquee, retour, Montorgueil, un café au Centre Ville, des gateaux chez Stohrer, vite, aller chez Stephane, Reaumur, Bretagne, Beaumarchais, Oberkampt, parfois une pause a la Bague de Kenza, gateau, pain Algerois, galette, Menilmontant, Pere-Lachaise, et puis la Porte de Bagnolet, souvenir de Jacques, toi aussi je t’aime et je pense a toi, ca fait 16 ans qu’on t’a dit au revoir mais je n’ai jamais pu m’empecher de penser a toi en face de cette petite eglise, la ou tu habitais, les fetes, le serpent de Nathalie la voisine, et puis ce couple super gentil don’t j’ai oublie les noms, architectes… Il y a longtemps, le 20eme n’etait pas ce qu’il est devenu… Je connais bien Paris, mais c’est etrange, ce n’est plus que souvenirs, odeurs, qui me reviennent avec une musique, une photo. Y etre, je ne sais pas.
Je suis ici…
Aujourd’hui, temps voile, la pluie arrive. Ce matin, j’ai allume la television, histoire d’entendre parler de ce qui m’entoure et je l’ai vue, cette enorme perturbation qui vient de la Chine! Elle n’est pas la seule, d’ailleurs, d’autres sont a venir. L’une d’elle est escortee d’une flamme et se part des couleurs de la paix, de l’harmonie entre les Nations, mais on raconte qu’en son sein regne l’arbitraire, que des etres disparaissent et qu’elle seme la mort et la misere. Je crois qu’elle est passee par chez vous aussi… En attendant, c’en est une plus classique, simplement chargee de gros nuages et qui met mon week end en peril. A part cela, fait d’hivers (un jeune homme de 20 ans retrouve un an apres avoir commis le meurte d’une jeune fille), modification de la protection sociale desplus de 70 ans (presentee comme une avancee sociale par la Chaine d’Etat, la NHK, veritable voix de son maitre s’il en etait : j’ai croise il y a un mois une manifestation de personnes agees pas du tout d’accord, et leur discours correspondait bien a ce que j’avais compris du pamphlet que j’avais recu a mon domicile. Mais sur la NHK, tout est lisse, c’est propre et sans bavure. Une femme va a la mairie, actualise son livret et la voila “pikkuri” (surprise) car c’est moins cher. Ensuite, et je suis persuade que vous avez la meme chose en France, les prix qui augmentent. Le bol de ramen deshydrate (le quotidien des personnes agees qui vivent au Japon avec des pension de misere), plus de 10%, “et ce n’est pas fini”, commente la presentatrice. Le 21eme siecle, je crois que je vous en ai deja parle, ressemble a s’y meprendre au 14eme siecle. On en est encore qu’au dereglement des equilibres (le confort keynesien) precedents. Mais le retour des famines, des penuries alimentees par la generalisation d’outils financiers speculatifs sur les matieres premieres et la liberalisation integrale des activites economiques et du commerce, tout cela ne presage rien de bien rejouissant au moment ou les populations du nord vieillissent. J’ai lu un article, d’ailleurs, sur des systemes a ultra sons installes en Grande Bretagne destines a “eloigner les jeunes”. Quel avenir… J’ai recu ma facture d’electricite, j’aime beaucoup la “surtaxe provisoire” chargee de couvrir l’augmentation du cout des matieres premieres. Surtaxe, elle n’est pas dans l’indice des prix. Mais ca augmente chaque mois quand meme… Ma facture est 10% superieure a celle de l’an dernier a la meme periode. C’est pas mal, non…
Grand voile gris sur Tokyo, donc… Le travail participe a ma routine. Guere allechant, pas interessant mais ca va. Ca paie le loyer, comme on dit. Mais guere plus.
Mon ami Stephane va bientot etre papa… pour la troisieme fois, et ses filles Helena et Emilie s’appretent a accueillir un petit frere. Le dernier message indique de Veronique est a bout. Stephane esperait une naissance un peu en avance, comme les demoiselle. Un dur a cuir, il a decide de se faire attendre jusqu’au bout! Pauvre Vero… Vous voyez, ce n’est pas Paris qui me manque, c’est partager quelques petites choses avec mes proches, desormais si loin…
Mon travail, encore. Sentiment parfois de ne pas avoir assez profite de mon temps a NOVA, mais etait-ce vraiment possible, quelle fatigue apres les cours, et quelle fatigue le lendemain, en me levant, et en sachant qu’il allait falloir remettre le couvert. Quelle fatigue, ce sourire en permanence, cette approbation des eleves, ces sourires faux obligatoires, c’est bien, parce qu’un Japonais, si on lui dit qu’il y a un probleme, il se bloque. Et un Japonais qui se bloque, c’est comme un dimanche a trois heures du matin perdu sur une autoroute vers Clermont Ferrand par temps de pluie en hivers, a cours d’essence en descente d’acide et une chanson de Sardou en fond sonore parce qu’en fait on faisait du stop apres s’etre fait vole sa voiture. Un Japonais qui bloque, et qui vous regarde, c’est quelque chose qu’on ne peut pas imaginer. C’est ingrat. C’est terrible. On cherche la clef pour remonter l’automate, mais il n’y a pas de clef livree avec le Japonais. Alors on fatigue, on redouble de sourire et on dit que c’est bien pour entretenir l’ambiance. C’est seulement quand une certaine confiance s’est installee, apres des mois generalement, que le contact avec l’etranger tellement redoute s’est banalise, qu’on peut commencer a faire la part des chose, la c’etait pas super, mais la c’etait vraiment bien. Avec certains eleves, j’ai vu des changements radicaux. Mon premier cours avec Chiemi. Ah, Chiemi… La machine a bloque pendant la “conversation”. C’est le pire en fait, parce que la lecon s’etait bien passee. Mais l’idee, suggeree, d’ouvrir la fenetre (un dessin sur le livre) et de decrire la place (une voiture a cote de l’arbre, un homme devant un restaurant, la maison a droite de …), je sais pas, c’est pas passe. Elle me regarde. Je souris, qu’est-ce que vous voyez ? Vuyez? La, je comprends que ca va bloquer, elle ne comprend plus je vois/vous voyez… 15 mn de ca, elle s’est mise a presque pleurer, mais pas un mot, rien, et quand j’ai suggere de faire autre chose, la, elle a hyper bloque. J’ai redoute la plainte… Eh bien non, je l’ai retrouve la semaine suivante et c’est drole, je l’ai senti plus tranquile. Par la suite, c’est devenu une tres bonne de nos eleves. En 6 mois, un bon niveau intermediaire, avec une tres bonne fluency. Entre temps, elle avait compris qu’on ne lui demandait pas d’etre serieuse, mais juste de parler. Combien comme elle… Mari, une femme d’une tres grande generosite, souriante et pourtant au fond d’elle certainement tres seule. Mais quelle energie, et quelle volonte de s’enrichir de ce qui vient de l’etranger. Ou bien Junko. Madame Kihara, je crois l’une de mes eleves preferees, une femme agee d’un entrain incroyable, une vie ascetique a la campagne, une socialiste japonaise, pacifiste et amoureuse de la France. C’est loin tout cela, et c’etait tres fatigant, car pour une eleve don’t on pouvait comprendre la motivation, combien de gens vides qui venaient parce que NOVA, c’etait d’abord des etrangers, des vrais, qui sourient. L’exotisme pour 2000 yens les 40 mn… Quelle fatigue, mais aussi quels fous rires parmi nous, les lecons baclees, les arrivees en retard, les malentendus, une lecon sur les pronominaux et on n’y coupe pas, aujourd’hui mon mari m’a baisee (embrassee), ou bien chez les debutants, l’hesitation, j’ha… j’ha… bite… bite, oui bite… j’habite, ou alors une conversation entre nous, ben oui une grande main, ca veut dire une grosse bite, on se marre, on va en cours, je me retrouve avec un grand dadet et ses mains de camionneur, un nez au milieu de la figure et, ca ne s’invente pas, une casquette pour une marque de lubrifiants de voiture! A tous mes eleves, je demandais la date, quel jour on est, et generalement on me repondait, aujourd’hui. Tres souvent, je repondais non, hier. Seul un eleve a tilte et a rit. Les autres cherchaient la date… Et l’eleve en question, Hirokazu… tiens, lui, quelle gentillesse. Fallait se le taper en cours, mais quelle gentillesse…
Le travail. Je suis dans un temple de classes moyennes, a Roppongi. Vue sur la ville, tour haute, beton. Et a 2 pas, l’ancien quartier, detestable. Des etrangers partout a vous refiler la xenophobie (j’en eprouve a chaque fois de terribles symptomes quand j’y passe). Des Americains d’un certain age, touristes ou residents, qui garderont de leur sejour ici le souvenir de ce quartier, entre une visite dans un quartier “typique” (a Asakusa, le Montmartre de Tokyo, et Ueno, son marche, son parc et ses clochard, si propres et si bien loges dans leurs belles tentes bleues, si dignes aussi, pas des mendiants, eux). De jeunes puceaux, Australiens, Americains, Neo-Zelandais, venus ici perdre leurs pucelage et exhiber leur acne dans leurs jeans slims, a la recherche d’un bon syphonage, leur ex-ancienne-future copine, 25 ans et un bon kilometrage, toujours friandes des nouveaux arrivages d’etrangers estampilles. C’est bien simple, il n’y a pas de difference dans les yeux d’un gay qui tourne dans le backroom du Depot et ceux d’un hetero a Roppongi. C’est vide, mais ca se retourne sur tout ce qui bouge. Sans compter les rabatteurs qui vous alpaguent pour aller dans un des bars, filles russes, thailandaises. Je gerbe ce quartier. Ca pue l’hetero de partout, des egouts aux poubelles. Mais comme c’est hetero, c’est dans la rue, et les heteros ne voient rien. Moi, ca m’agresse, et je pense que ca doit fichtrement mettre les femmes mal a l’aise aussi. Le quartier date des annees 70, donc en plus, c’est moche… Le plus etonnant, c’est que comme c’est le Japon, autours, ce sont des quartiers ultra chers, Azabu, Hiroo, Akasaka… En fait, Roppongi a emerge durant la Bulle. C’est le quartier d’un des plus puissant syndicat du crime du monde. En ce moment, on a droit a une camionette d’extreme droite bruyante tous les jours : les yaks viennent rappeler qu’ils prelevent leur dime sur ce quartier. Une fois payes, plus de camionette…
Le travail… Jun… La vie quoi.
Bonne chance, Pierre. On te manque, je le sais. Tu nous manques aussi. On est quand meme une sacree bande de frappes, non… ?

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lundi 7 avril 2008

Une si longue absence... 葛西, lundi 7 avril 2008


Ca y est, j'en ai une. Une vraie japonaise, qui lave a l'eau froide... mais qui seche!

Temps brumeux. Ce matin, quand j'ai ouvert la fenetre, j'ai pu regarder les derniers rayons de soleil de la journee : il doit pleuvoir a partir de cet apres midi, jusque mercredi. Helas… Du trentieme etage, j'appercois une etrange lumiere, celle des rayons de soleil percant la brume sur la ville, c'est tres etrange. Une intensite lumineuse refletee par les facades des immeubles au lilieu de la morne grisaille… Ca violente les yeux, mais c'est tres agreable aussi car il m'arrive de sentir les soleil venir caresser la Tour Mori. J'aime bien...
Je n’ai pas ecrit pendant un mois. Un peu au hasard, j’ai recu vos mails s’etonnant de ce silence. M’encourageant a ecrire. Esperant que tout aille bien. Me souhaitant du courage.
Ca fait plaisir…

Pour resumer, je vais bien. Je m’installe dans la vie banale d’un salarie, avec des week-ends regles comme du papier a musique, commencant le vendredi soir et s’achevant le lundi matin… Des week-end que je partage avec Jun, assez jalousement peut-etre, parfois avec un peu d’etouffement, mais aussi avec enormement de bonheur. Je vis au Japon, et je profite, enfin, du Japon. J’ai pu enfin, “comme tout le monde”, profiter des pruniers en fleurs annoncant l’arrivee prochaine du printemps.

Promenades sous le vent a Shinjuku Gyoenmae ou dans le froid a Yushima Tenjin. Et puis il y a eu l’allergie au pollen pendant une semaine, avec ses maux de tete, la respiration lourde et les poumons douloureux, la gorge irritee, une envie de vomir qui ne passe pas, le masque, et puis le soulagement. J’ai porte un masque, “comme tout le monde”. Et puis le vent s’est fait parfoir violent, les temperatures ont joue du yoyo, on a parle d’un printemps tardif, j’ai rallume le chauffage. Mince, ma facture d’electricite a double en fevrier. Et vers le 15/20 mars, bien que les vents aient continue a faire leur guerre interminable, la lutte feroce des vents du nord contre les vents du sud, le climat s’est soudain radouci, le soleil s’est fait plus intense et plus chaud, et les cerisiers ont ainsi commence a eclore le jour du printemps quand on les attendait bien plus tard. Alors, Jun et moi avons participe, “comme tout le monde”, a la folie cerisiere.
J’en ai ete prive pendant deux ans… NOVA, c’etait le travail le samedi, le travail le dimanche. “Comme tout le monde” se repose le week-end, la nonchalance des promeneurs de Ginza le dimanche, le son vrillant des flutes dans le Matsuri ou l’on tire un Mikoshi, les pique-niques improvises au bord de l’eau, les trains bondes de familles, tout cela n’etait pas pour moi, n’etait pas pour nous. Je l’ai deja ecrit, mon experience du travail le week-end m’a rendu hostile a toute forme de travail le dimanche. Quand Jacques Attalli publie son rapport sur la croissance, je trouve toute la gauche ridicule quand elle ne voit qu’un nouveau pave ultra liberal, pour la simple raison que la majorite des salaries vit deja dans l’ultra-liberalisme, dans l’ultra capitalisme. A mon avis, la vraie question n’est pas la. La vraie question, c’est quelle societe, quelle sociabilite voulons nous ? Pour creer demain quelques 20,000 emplois qui de toute facon seront detruits apres demain, sommes nous prets a sacrifier la tranquilite du week end, ce temps arrete ou les enfants retrouvent enfin leurs parents Je suis pour la societe du temps qui s’arrete un peu de temps en temps, ou les magasins sont fermes et ou le bonheur n’est pas dans le volume du caddy que l’on rempli mais dans le temps que l’on passe aupres des siens, amis et parents. Si c’est cela, aujourd’hui, le socialisme alors oui, je suis socialiste.
Je decouvre donc les joies du dimanche, les jardins ou l’on peut s’assoir et contempler les fleurs. Je n’arrete pas de photographier les fleurs, et comme c’est joli, les fleurs, parfois leur parfum est ennivrant, et j’imagine que pour beaucoup d’insectes il doit etre difficile de resister a leur atrait. J’ai decouvert notamment matsumata, au parfum de miel capiteux, entetant, on en redemande. Et quelle jolie fleur…
Si je vous parle de ces week-ends retrouver, je dois bien sur vous parler de ce qui en est l’origine, a savoir la semaine, et le travail. Nous dirons que je me fais une raison. Et que je me remette a ecrire au bureau comme je le faisais en France parfois, c’est que je suis desormais installe. Je travaille plutot bien, assez vite, j’ai deja eu des resultats. En fait, j’ai change d’equipe et je suis ici jusqu’en juin. Autant dire que je suis ici pour un bon moment encore. Par les temps qui courent, c’est plutot bien. Salaire minable toujours, mais j’ai tout de meme ete augmente. 80 yen de l’heure… C’est pas enorme, mais bon, sur un mois, ca fait tout de meme plus de 13,000 yens… Comme je rentre maintenant dans la Shakai Hoken (assurance sociale d’entreprise), ce n’est pas de trop puisque mon salaire va etre empute de cotisations… Ceci dit, je les payais deja, a plein regime, tout seul car NOVA ne payait rien que l’assurance chomage (et encore, il avait fallu un long proces), je devais payer l’assurance d’etat, la Kokumin Kenkou Hoken, normalement destinee aux artisans et travailleurs independants. Bref, je n’attends plus que ma nouvelle carte d’assure pour aller voir un medecin. Ca devrait aller vite.
Il m’arrive de prendre des notes sur des trucs que je vois. Par exemple. Par exemple, les maladies de peau. La semaine derniere, nous etions dans le metro, il y avait un type qui mangeais des hamburgers dans le metro, par grosse bouchee. Ses mains, son cou etaient couverts d’ecsaema. Je n’ai pas trouve de hazard, mais juste la manifestation d’un stress a l’image de ces hamburgers devores en vitesse. Beaucoup de Japonais souffrent d’allergies et d’ecsaema, parfois de facon visible et a la limite ecoeurant, comme pour cet homme don’t les mains portaient les traces de terribles demangeaisons. Les Japonais n’exteriorisent rien. Le plaisir, la souffrance, ici, tout est affaire personnelle, individuelle. Certains petent un cable, et ce sont alors des crimes sadiques atroces, corps decoupes et eparpilles dans la ville, meurtres anonymes commis par hazard. Un grand nombre se refugie dans des mangas obsenes ou le sang et le viol font bon menage. Mais pour beaucoup, ce sont ces maladies de peau qui permettent de “sortir”, d’exprimer le desarroi. Jun lui meme a parfois des plaques sur la peau, on dirait de la carapace… Recemment, cela aurait eu tendance a se dissiper. Je crois que mes deboires a NOVA avaient accompagne cette irruption. Jun ne dit jamais rien…
Parfois, dans le metro, on croise des femmes fantome. Et il y en a beaucoup. Leur attitude expriment une violence sexuelle subie, pas forcement un viol, mais quelque chose qui de toute facon a mon avis en est tres proche. Ces femmes, ces jeunes filles parfois, cachent leur visage avec leurs cheveux, regardent continuellement le sol et, si vous les bousculez par inadvertance, semblent sursauter, regardent leur pieds et en une pirouette se retournent et passent leur chemin. Elles semblent cramponnees a leur sac, sur le point de crier, mais rien. Plus vieille, elles ont un visage ferme (lire un accent aigu), ramolli, et quand elles sont debouts dans le train, regardent la vitre, toujours la vitre, meme s’il y a de l’espace autours d’elles, comme si elles etaient au piquet. Dans ce groupe de “femmes fantomes”, il y a les “poupees”, des femmes de parfois 50 ans ans, avec un noeud dans les cheveux, des chaussettes et des chaussures plates.
Meme si je pense que les propos tenus naguere par Segolene Royal sur les Mangas etaient simplistes et reducteurs, je pense neanmoins que la societe Japonaise telle qu’elle s’exprime a travers des pans entiers de sa culture populaire est une societe gravement malade et extremement violente, ou l’inhibition des tensions sociales s’exprime a travers dans un gout sadique pour la souffrance d’autrui (un grand nombre de Japonais vit avec des salaires insuffisants, malgre des heures supplementaires obligatoires mais non payees, experimente chauqe jour des conditions de transports se rapprochant plus du transport de bestiaux que du deplacement d’etres humains, vit dans des logements que nous taxerions d’insalubre, froids en hivers, chauds en ete, sonores, dans de veritables cages a lapin qui n’ont rien a envier a La Courneuve, avec des equipements collectifs dignes des annees Giscard (je vous renvoie au film Serie Noire, d’A. Corneau avec Patrice Devaerre) et bien entendu situes a plus d’une heure du lieu de travail, avec des syndicats lamines par la repression des annees 60/70 et avec la complicite de la CIA et des Yakuzas reunis…).
Ainsi, l’ex-chanteuse et star de television Wada Akiko, animatrice d’une emission basee sur… la laideur physique. Regardez cette pauvre femme, obese, les yeux trop “tires”, son double menton et sa mauvaise implantation de cheveux, les dents n’en parlons pas, vous souffrez ?, oui, depuis que je suis toute petite on se moque de moi, je me suis marie mais mon mari ne me respectait pas, j’ai eu un fils, je voudrais changer pour lui, tu aimes ta maman, oui, elle est belle, mais non, ne pleure pas, ta maman t’aime beaucoup, oui, mais a l’ecole ils disent qu’elle n’est pas belle, ne pleure pas, alors vous etes prete, oui, j’ai assez souffert, je voudrais mourir, je n’en peux plus, aidez-moi. Et maintenant, la voici sur notre plateau, devant vous, applaudissements, baaaahh des stars poupees en Chanel-Vuitton-Glamour-Sexy-brushing, la paaaauuuuuuuuuuuuuvre….., c’est horriiiiiiible…, c’est trriiiiiiiiiissste, mine de circonstance, on plaint cette femme, avec un physique pareil, normal qu’on se moque d’elle ou qu’on la plaigne, non? Mais nous, on ne se moque pas, nous la plaignons, parce que nous sommes des gentils sponsorises par Shiseido et Reve21, une clinique qui replante les cheveux. Eh oui, car cette emission, plutot qu’aider les gens a vivre leur physique, leur vie, et bien entendu condamner la veritable segregation don’t ils sont victime, pousse au contraire le sadisme a son paroxysme. C’est la laideur qui est en cause, pas les comportements de autres. Et nous retrouvons soudain la meme femme trois mois plus tard et, apres que des cris de surprises aient ete coupes par une page de publicite, Shiseido, Reve 21, nous retrouvons une autre femme sous les rires admiratifs des poupees en Chanel-Vuitton-Glamour-Sexy-brushing : une nouvelle camarade d’un jour les rejoint. Le crapeau se fait princesse avec l’aide de la chirurgie esthetique, de la liposucion, du maquillage et des “marques”. Revoici notre mere de famille perchee sur talons aiguilles, les joues creusees, les yeux ouverts “enfin”, la taille affinee, plus de double menton, et surtout un sourire magnifique, le meme que les poupees en Chanel-Vuitton-Glamour-Sexy-brushing. Certainement la meme clinique. Le meme menton pointu, en plastique aussi, certainement. Le nez a ete rendu plus conforme aux (supposes) criteres de beaute occidentaux, bref un peu pointu et retrouve (une fois, un chirurgien exhibait la petite prothese de nez et de menton…). Reportage, alors, tu es content ? l’enfant pleure, oui, il est trop heureux, elle est belle maintenant ta maman, oui, elle est belle, et il pleure, et alors c’est le moment de verite, les retrouvailles avec la mere, une femme qui vit seule dans un de ces apaato, ces gages a lapins pour celibataires avec leurs rangees de 10 portes sur deux etages, en prefabrique, donnant sur terrain vague ici, et un autre apaato par la. La mere sort, la fille, mamaaaan, la mere, va t’eeeeen, mamaaaann, oh, ma fille, mais qu’est qui t’est arrivee, tu es belle maintenant, oh, mamaaan, oh, ma fille…
Chaque semaine, trois cas. Une vielle de 70 ans a qui sa fille offre l’emission, je veux revoir ma mere jeune, des visages sortis du musee des horreurs exhibes devant un public qui peut ici exprimer publiquement des haines et des ressentimenst refoules. On ne peut pas dire a son chef qu’on le hait quand a 10 heures du soir, il vous “invite” au karaoke apres vous avoir impose une reunion a 6 heures et un rapport a retravailler a 7 heures. On ne peut pas dire a ses parents que malgre ses 27 ans on ne veut pas se marier avec le type don’t ils vous ont montre la photo, un garcon bien, qui travaille dans une grande societe, et on les deteste de brader votre liberte pour le qu’en dira t’on, quoi, votre fille n’est pas mariee, mais depechez vous, a 28 ans, elles ne sont plus bonnes, et a 30 ans… Mais c’est une occasion en or, ce mari, votre fille a 32 ans, il n’en a que 38, il est calme comme tout, il passe son temps a reparer des ordinateurs, il la laissera tranquille…
Les Japonaises ne font pas d’enfant.
La saison d’hivers de Doramas est terminee. J’en ai finalement suivi deux : Bonbi otoko et un autre don’t je ne me souviens pas le titre, avec Koyuki. J’hesite a m’abonner au calme, je me sens pret a devorer n’importe lequel serie americaine… L’indigeance de la television japonaise est affligeante et est un triste presage pour la television francaise, bien partie pour lui ressembler. Car quand il n’y aura plus de publicite sur France Television et que (ineluctable) France 3 aura ete privatisee, la television publique deviendra un sanctuaire du “bon gout” et de LA Culture, un peu comme au Japon. Je ne pense pas que nous irons jusqu’au cours de tricot comme sur la NHK, mais a mon avis, c’est la direction que nous prenons… On cite souvent la BBC, mais la BBC est une ORTF qui n’a pas ete demembree, gavee de publicite avant d’etre partiellement privatisee (TDF) et eclatee (INA, SFP, Radio-France).
Elle est restee une unitee integree, ou des synergies ont commence a se mettre en place quand l’heure de l’ultra concurrence est arrivee. Nous nous orientons plutot donc vers une sorte de NHK, une television publique chargee de faire ce que les chaines privees ne tiennent pas a faire. On commence donc par en eliminer la publicite! Le pour quoi faire n’a guere d’importance, TF1 trouvera bien le travail a donner a France Television selon les desideratas des nouveaux annonceurs.
Il nous reste internet.
La seule chaine que je regarde est La Tele Libre.
J’ai commence a regarder le Taiga Dorama produit pas la NHK, aussi. Atsu Hime, l’epouse du dernier Shogun. Un Oooku special pusique ce n’est un FujiTV qui le produit. Costumes somptueux comme toujours, mais cette fois-ci aussi, comme toujours avec le Taiga de la NHK, brochettes d’acteurs.
J’ai eu mon frere au telephone, ma mere plusieurs fois, Tarikavalli aussi. Des nouvelles de Nicolas et Mulgon Melta grace a Skype. Yann de temps en temps aussi. Recu un long mail de Vincent, qui continue son installation aux USA..
Mes promenades sont des promenades de reves encadrees de long temps de transport… C’est grand, Tokyo.
Kamakura. J’y suis alle deux fois en un mois… Ca c’est du vrai luxe, et l’ancienne capitale est en train de remplacer Versailles dans mes habitudes dominicales. Ca met a peu pres autant de temps, et le depaysement y est encore plus radicale car le contraste avec Tokyo est extreme. Je n’y vais plus avec un objectif precis, mais juste pour le plaisir de la promenade. Des endroits que je connais, d’autres que je ne connais pas. Je commence meme a aller vers les touristes perdus. Je fais parti des gens qui connaissent bien Kamakura, je veux dire, pour un etranger vivant a Tokyo. Les transports m’y sont familiers, Enoden, Bus ou JR, et nous nous y promenons sans carte. C’est mon petit Kyoto a moi. 40 minutes de train seulement… Nous avons admire les premiers signes du printemps le mois dernier, et hier c’est son triomphe eclatant que nous avons contemple : fleurs de cerisiers, fleurs de pechers, fleurs de pruniers tardifs rouges vifs, mais aussi azalees, pensees, feuilles d’erables japonais… La nature est en fete et les oiseaux, rossignols, merles, pies, faucons mais aussi les ecureuils et toutes les petites betes s’activent. Une promenade a Kamakura est un reconstituant unique. Prochainement, c’est a Enoshima que nous pousserons notre promenade. Une ile au large de Kamakura. Le printemps sera alors bien avance et tout sera tres vert. Dans trois semaines, pour la Golden week…
Ca me fait penser a l’interim, ici. Au Japon, un jour de conge n’est pas paye, quand on est interimaire. On est paye pour le travail qu’on fait. Pas plus. Pas de prime. Les vacances ne sont pas payees, elles sont prises dans le cadre du contrat, apres 6 mois bref, si on a quelques jours entre deux contrats, on perd ses vacances… Le reve du MEDEF. J’ai donc decide de faire de l’overtime pour couvrir les frais de mon assurance sociale, me payer les jours feries soit environ 30 heures de travail en plus dans le mois. Mais pas plus. Au poste ou je suis j’y ai droit, donc j’en fait. Je m’ocrtoie aussi du temps d’ecriture, c’est toujours ca de fait pour le soir. Mais c’est aussi un veritable plaisir, partir a l’heure pile et de les voir encore travailler. Je ne suis qu’interimaire, precaire a souhait, avec un salaire derisoire compare au leur. Mon seul plaisir est de quitter plus tot si je le souhaite. Devant moi de belles promenades a Tokyo, des promenades de debut de soiree.
Mon seul plaisir ? Non… J’ai aussi trouve une brulerie de café, Kaldi, don’t le café n’est pas trop onereux et ou j’achete desormais mon café. J’ai repense a ma mere, quand j’etais enfant, avant que papa ne soit au chomage, ma mere allant acheter son café chez Meo. J’ai pense dernierement que ce petit plaisir, derisoire, qui a du disparaitre definitivement avec le chomage de papa, ca a du etre tres dur. C’est a des details comme cela que se mesure, pour moi, le poids de la pauvrete. Quand on renonce a un petit plaisir. Une pause café, avec un bon café. C’est pas du Vuitton, c’est juste une petite tasse de café… Mais cette privation de quelque chose qu’elle aimait, c’est le symbole de toutes les autres qui sont venues avec. Nous n’etions pas riches, nous sommes devenus pauvres. Et les menages qu’elle a fait alors, et papa les petits boulots qu’il a trouve ici ou la, alors, n’ont jamais rapporte ce petit moment ou le temps s’arrete dans l’arome leger d’un café de Colombie fraichement torrefie.
Je suis tres fier de boire du Colombie fraichement torrefie.
Le café me fait penser a ma mere, les pensees (fleurs) aussi, mais c’est a mon frere qu’elles me rattachent. Ici, il y en a partout. Quand mon frere est ne, j’ai ete envoye chez mon oncle et ma tante deux ou trois jours. On m’a ainsi coupe de la joie familiale. Ben oui, papa devait travailler quand meme, personne n’aurait pu s’occuper de moi (papa partait a 6h30/7h00 et ne revenait pas avant 19h00…). Quand je suis revenu, avec mon oncle et ma tante, mes cousins, il y avait des fleurs dans des bacs, des pensees justement, et je crois que je n’ai jamais vu les fleurs aussi belles que ce jour la. C’etait le printemps, le mois de mai, une belle lumiere et un ciel bleu. Maman portait une jolie robe avec des motifs annees 50/60 couleur vin, elle etait rayonnante, elle portait mon frere et tout le monde portait leur attention vers eux. Et moi, je crois que je portais mon attention sur eux, car je ne sentais aucune attention portee sur moi, pour la premiere fois de ma vie. Depuis que je vis au Japon, je ressens enfin, a presque 40 ans de distance, la joie que je n’ai pu eprouver, partager ce jour la. Je ne peux plus la partager reellement, mais elle est la, presente. Et ca fait partie de ces moments, si j’avais a revivre ma vie, je me dis que je les revivrais desormais autrement, que mes yeux d’enfant ne pouvaient pas comprendre alors que le bonheur c’etait aussi savoir donner le bonheur aux autres at pas seulement l’attendre des autres. Mais que la vie a ete pour moi une fantastique lecon, et qu’elle l’est encore.
Quand je pense que Veronique et Stephane vont accueillir un petit d’Homme dans quelques jours… Veronique aura elle aussi cet air rayonnant, Stephane les yeux d’un papa-gamin, et j’espere que les deux petites demoiselles trouveront de suite toute leur place a ses cotes. Je profite de ce poste pour leur envoyer toutes mes pensees…
Kamakura, mais aussi beaucoup de jardins. Tokyo en est plein. Ils ne sont jamais bien grand, mais leur organisation permet d’y rester plus d’une heure dans une variete de paysages differents qui se recomposent au gre de la marche… Et puis hier, une promenade a la mode, LA promenade a la mode, de Roppongi, ou AsahiTV fete ses 50 ans, au nouveau batiment de la chaine TBS en passant pas le MidTown et son nouveau jardin, en traversant Akasaka. La promenade fut agreable, le temps radieux, presque chaud. Nous avons eu la chance de croiser un Matsuri, son Mikoshi et la foule nonchalante autours, peu nombreuse mais souriante. Et puis decouvrir donc le nouveau quartier autours de la chaine TBS.


Beaucoup de monde et de gargottes TBS, et la visite d’une camionette d’extreme droite avec discours et enka nationaliste. La police a mesure son degre de nuisance puis a verbalise. L’extreme droite fait ce qu’elle veut au Japon, et la police est plus enclin a embeter les cyclistes que les yakuzas/ extreme droite. Normal, cette derniere a ete utilisee pour casser les greves il y a une quarantaine d’annees… La semaine derniere, un film chinois racontant ce que represente le sanctuaire Yasukuni a ete “auto-censure” par les cinemas qui le diffusaient, sous la pression des menaces de l’extreme-droite. Avec Jun, voir cette camionette qui pour une majorite de Japonais tient du folklore, represente quelque chose d’effrayant. Son grand-pere a ete ennuye car il etait “pacifiste” a l’epoque du nationalisme, son pere est ne en Mandchourie (des centaines de milliers de Japonais y ont ete envoyes en “peuplement”), et il a experimente le rachat de l’entreprise ou il travaillait par la secte Sokka Gakkai, qui participe au gouvermenent du Japon sous le nom de Komeito, qui gagrene l’economie et don’t les Japonais ne parlent qu’a voix basse, comme ils le font des yakuzas…
Mais bon, notre promenade n’a pas varie pour cela, nous avons visite le centre commercial au pied de la nouvelle tour, je ne me souviens plus son nom, et avons pousse jusqu’Omote Sando. Ou j’ai achete du café chez Kaldi...

Voila, je suis chez moi, je vous ai fait une petite selection de photos. Je vous souhaite une bonne soiree. La pluie tombe... Jun m'envoie un mail, il parait qu'il y a 4000 policiers pour encadrer les manifestations de Tibetains a Paris. C'est un regime de honte.

Comme toujours, vous pouvez cliquer sur les photos...

















































































































































































































































































































































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