dimanche 30 novembre 2008

Detente en attendant l'hivers

Quelques photos prises au hazard... C'est bientot l'hivers et le ciel est de plus en plus souvent bleu, l'air clair presque transparent.

J'allais a Hello work, l'ANPE japonaise. Lui aussi. J'ai aime le "chat ruine".

Ces chaussures, c'est le mystere de l'hivers. A ces especes de bouts de plastique recycles thermomoule de l'ete succedent ces bout de plastiques recycles d'apparence textile et de style mongole. Une horreur qui envahit les rues. J'ecris recycle: j'espere. C'est ring' avant meme d'exister. Je ne peux pas imaginer un gay avec ca aux pieds, et pourtant je suis sur qu'il y en a.

C'est la saison des erables rouges. Les parcs sont envahis, on se fait photographier a qui mieux mieux. Ici, le calme parc du palais imperial. Dimanche a Meiji Gyoenmae, c'etait simplement l'horreur. On se serait cru a la fete de l'Huma : boissons, fritures, grillades... des milliers de visiteurs...tout ca pour admirer les feuilles de Ichou/ Ginko jaunes.

Voici la Villa d'Este vers Takadanobaba. J'aime cet envahissement par le vegetal. L'homme conquiert l'espace au Japon avec une radicalite inconnue en France. Pourtant l'espace est tout aussi radicalement reconquis par la nature. Rouille, deformation, distorsion, vegetation sont les ineffacables marques du temps. Jusqu'a ce que l'homme, de nouveau, ne reprenne sa lutte. Peut etre ici, bientot, une tour. Qui sait...

Le logo est le meme... En fait, j'adore ces restes des annees 60/70. C'est cracra a l'interieur mais dans la vie cela cree une certaine chaleur qui manque definitivement aux endroits recents tout en vitre.

samedi 29 novembre 2008

Avec le recul, grand bien m'en fit !

Ca ne vous dérange pas, si j'antidate ? On est aujourd'hui lundi mais en fait je désirais écrire au plus vite samedi, ce que la présence de Jun (pour mon plus grand plaisir au demeurant), ne permit pas. Ce qui va suivre me trotte dans la tête depuis vendredi. Je termine l'année en toute beauté, allégeant mon esprit des poids qui lui pèsent. J'ai trituré dans tous les sens, fond blanc, photos noir et blanc, etc, mais rien de tout cela ne me satisfaisait. Ce n'est pas de nouveau dont j'ai besoin. C'est de profondeur, c'est reprendre le chemin tel que je l'ai trace il y a bien longtemps dans mes cahiers, c'est raconter ce qui me passe par la tete comme ca vient. Suppaiku et non tel ou tel sujet qui, en forme de diversion, me conduisent par force diversion a m'eloigner de ce blog qui finalement ne me ressemble plus. Ecrire ne me sert a rien si je n'y trouve pas le plaisir que la liberte me procure. Il y a quelques sujets que vous devrez helas subir, que je n'ai pas traverse helas durant ces longs mois d'absence - comme si durant tout ce temps ce blog ne m'avait plus appartenu. Je vous promets en revanche, si vous l'aimez et le lisez, de nouveaux plaisirs de lecteurs car ... vous verrez. Si Cecile Balladino me lit aujourd'hui, qu'elle soit assuree que je pense a elle.
Mise en bouche...
Mon pere est arrive en France en 1947. Il est reparti quelques annees plus tard puis, de nouveau, est venu en France pour y rester jusqu'a sa mort en 1989. Il est mort d'une leucemie attrapee au contact de l'amiante, comme beaucoup d'ouvriers de sa generation, apres avoir passe les 10 dernieres annees de sa vie au chomage, comme beaucoup des ouvriers de sa generation et juste au moment ou il pouvait enfin profiter de sa retraite, comme beaucoup d'ouvriers. Cet echec social qui est le lot de tant d'ouvriers declasses par les vagues de restructurations successives de l'industries depuis les annees 70, j'ai mis bien du temps a le depasser pour retrouver le pere d'abord, puis l'homme ensuite. Le pere aimant qui me promenait durant mon enfance, le dimanche, et m'emmenait voir les derniers trains a vapeur avant de m'acheter quelque bonbon ou quelque jouet, mettant ma mere hors d'elle, je n'avais parfois pas ete tres sage durant la semaine. J'aimais tirer les sonnettes... De terribles bronchites, d'horribles rhino-pharyngites me clouaient au lits pour des semaines, la sante fracassee par les tonnes d'(inutiles) antibiotiques qui me ruinaient la digestion, aides par les tonnes de lait-yaourt que ma mere me forcait a ingurgiter pour le calcium... J'ai souvenir de nuit de cauchemards, de fievre atroce, douloureuse, et d'une peur informulee mais intuitive... Eh bien malgre cela j'etais un enfant souriant, bavard (une pipelette, on disait), qui aimait courir, faire des farces. Et qui aimait les grandes promenades avec son papa. J'aimais la vie, et j'etais vivant. Je me souviens ces histoires que mon pere me racontait, des histoires avec des chacals. L'Afrique du nord regorge de ces histoires ou l'animal ruse l'homme, comme le renard en Europe. Il y avait le desert, des montagnes. Des histoires Berberes venues du fond des ages et transmises par les meres a leurs enfants mais que mon pere me fit l'immense privilege de me les raconter. Je me souviens ce frisson qui me parcourait dans ces moments la, un frisson de plaisir. J'ai ete un petit garcon aime par ses parents. Et qu'importe si ces parents ne savaient pas si prendre et se sont montres parfois terriblement violents. J'ai appris a faire la part des choses et j'ai panse (pense) ces douleurs. Deux parents venant de la campagne, la Kabylie, le Maine, ou l'on elevait des enfants comme de petits adultes a qui on ne pardonne rien, a coup de claques, de pied, de fessees, de balais, de mots blessants (quand ma mere a dit a sa mere qu'elle avait mal au ventre et qu'elle perdait du sang, elle s'est pris une paire de claque) : comment pouvait-ils devenir des parents patients, comprehensifs... Je leur sais gre, pourtant, d'avoir au moins essaye.
Certains me plaindront en lisant ces lignes. Je les inviterai a un peu plus de lucidite : la violence domestique, les enfants battus, c'est bien un quart des foyers francais. Ca commence avec une claque. Apres, le pas est franchis. Sur les enfants, c'est le plus facile car il n'y a pas de violence en retour et c'est une violence socialement admise. Je la regarde comme une maladie, une maladie terrible que le parent, sans meme s'en appercevoir, transmet a son enfant. A moins qu'a travers des mots degradant, il ne corrompe sa force. Ma mere, ainsi, passe son temps a dire qu'elle n'a jamais ete bonne a rien. Qui le lui a si bien mis dans le crane ? Pourtant, et c'est mon pere qui me le disait peu de temps avant de mourir, c'est elle qui a tenu notre famille quand, papa licencie, il a fallu jongle. Papa ne retrouvait pas de travail, s'entendait dire parfois qu'il n'avait qu'a retourner dans son pays. De 1979 a 1981, nous avons vecu avec l'allocation de chomage degressive, avec environ 1000 francs par mois, 300 francs d'allocation familliales et une allocation logement directement appliquee au loyer dont il restait environ 500 francs a payer. Maman a recommence a faire des menages comme quand elle etait jeune, et mes deux parents ramassaient fruits et legumes sur les marches pour nous donner a manger. Je revois ma mere et mon pere, le caddie rempli. Ils etaient souriant parfois car ils avaient trouve beaucoup de pommes, des fraises, parfois des fromages... Nous mangions des abats que ma mere cuisinait en pates. C'est seulement avec le recul que je mesure la terrible monotonie de nos repas. Nous ne recevions presque plus. Ma mere s'est confiee a une tante qui en a parle a la famille. Je sais que cette annonce a profondemment blesse ma mere. Apres, on a arrete de recevoir totalement. Au fond d'eux cette situation devait les meurtir profondemment. Il y a de quoi, ramasser fruits et legumes sur les marches... Mon pere cherchait desesperemment du travail, mais on fait quoi, a 50 ans, quand on a ete ouvrier toute sa vie, dans une epoque ou toute l'industrie periclitait et licenciait.
Ce pere la a altere l'image que je pouvais avoir de l'homme qu'il etait. J'avais un pere Algerien, au chomage. Il y avait bien ce syndicaliste qu'il avait ete, il y avait bien cette guerre d'independance auquelle il avait pris part, mais cela finalement ne composait pas un portrait complet. Je butais desesperemment sur le travailleur immigre Algerien licencie par "une societe degueulasse". Mon pere avait rejoint une categorie du politique chez l'adolescent contestataire que j'etais.
Il m'a fallu travailler longtemps apres sa mort pour ne plus regarder mon pere comme un Francais de gauche regarde l'exemple de l'exploitation de l'homme par l'homme. Il m'a fallu longtemps pour reconnaitre la valeur de ma mere et regarder la femme qu'elle etait, une femme qui certe a fait son devoir d'epouse la plus traditionnelle, mais l'a fait sans rien en communiquer des sacrifices qui furent pourtant si douloureux. J'ai eu des parents admirables, et ma mere n'a jamais ete une bonne a rien car sa vie prouve au contraire une tres grande force et un incroyable courage. Mon pere a lui progressivement revele sa profondeur, me laissant ces derniers jours comme une enigme qu'il me fallut bien du temps pour resoudre.
Comment pouvais-je comprendre apres avoir grandit a l'ombre de ce spectacle de l'echouage d'une famille dont le chef n'etait qu'un immigre Algerien comme tant d'autres. Les indices pourtant ne manquaient pas de reveler une personnalite plus complexe qu'il n'y paraissait, mais ma mere avait decide d'appliquer a son entourage la terrible sanction que ses propres parents avait portee sur elle : "votre pere est bon a rien". Et c'est vrai que papa n'etait pas doue pour le bricolage... Vers 74, papa avait commence des cours pour apprendre le francais qu'il ne savait ni lire ni ecrire. Il a arrete apres 15 jours, il y a eu une scene entre papa et maman a ce sujet. Plus tard, j'ai vu le livre et je comprends... Des histoires de Ali, Mamadou, des toune-vis, une usine et une pedagogie a deux balles.
Papa n'etait pas analphabete. Il avait etudie dans une madressa, une ecole Coranique traditionnelle. Mon pere, que dis-je, nous appartenons a une lignee qui remonte au 7eme siecle, quand un lointain ancetre s'est installe sur ce flan de montagne de Kabylie, s'est marie et a converti ses habitants chretiens "paianises". Nous avons progressivement, avec quelques autres, organises cette region, son administration. Notre influence s'est etendue jusqu'au 12eme siecle puis a lentement declinee. Malgre cela, nous avons continue a garder l'influence morale que conferait notre connaissance de la religion. Je suis d'une lignee de Marabouts, ces sages que l'on appelait pour eviter une bagarre entre deux clans ou pour y mettre fin et celler une alliance par devant Dieu. Nous detenions des secrets anciens, la poesie et la connaissance des sciences. Nous frequentions les voyageurs qui nous rapportaient les nouveautes, les livres qui faisaient avancer les connaissances et la science. La proximite de la puissante Andalousie faisait de nous une elite cultivee quand toute l'Afrique du nord commencait a se decomposer. Les luttes politiques faisaient rage dans le monde arabe et la puissance turque se precisait. Il fallut bientot faire avec quand la Turquie envahit Alger et mit fin a la domination arabe sur la Maghreb. Deja, auparavant, l'Espagne avait pousse son influence jusqu'a Oran. Ma famille fut une des familles qui representa les tribus Kabyles aupres de la Grande Porte. Plus tard, quand la France a decide de s'installer au Maghreb, ce sont les memes familles qui ont conduit l'assaut contre le nouvel occupant et ne se sont rendu que fort tard, quelques vingts ans apres le debut de la colonisation. Mon pere me l'avait raconte. Fort National. Les Kabyles ne se sont pas rendus, ils ont ete defaits. Il en tirait une tres grande fierte. Et les militaires Francais eux memes respecterent ces tribus Kabyles qui se battirent courageusement mais qui aussi surent reconnaitre la superiorite de l'armee francaise apres la defaite.
Mon pere etait riche d'une histoire familliale qu'il connaissait. Cela s'appelle l'aristocratie... Une aristocratie sans argent, sans pouvoir politique mais dotee d'un pouvoir d'influence sur les populations qui les respectaient. Malgre le declin amorce il y a des siecles. Malgre les mariages consangains destines a garder la lignee intacte. C'est arme de cette culture de base, la culture arable du classicisme, les philosophes grecs Platons et Aristote qu'il avait lu a travers des traites anciens, les poetes et bien entendu le Coran, qu'il a decide de quitter l'Algerie et une arrieration qu'il detestait. Il n'aimait pas la Kabylie et ses traditions : le mariage force, le drap tache de sang, les guerisseurs et les superstitions, la langue Kabyle elle meme. Kabyle, il se pensait Arabe. D'une lointaine civilisation. Et Republicain. Je suspecte chez mon pere, bien qu'il ne l'ai jamais dit comme tel, une admiration enorme pour la republique, pour l'instruction publique, pour la culture de liberte. Bref, pour la France telle qu'elle se reve. Sitot arrive en France, il a vite compris que le destin des Francais etait difficile, ce qui l'a tres vite amene a des idees communistes puisque le PCF etait le seul a ne pas accorder d'importance a l'origine. Mon pere revait pour l'Algerie d'une Republique realisee. Il n'a pas failli a la tradition familiale et est tres tot rentre au FLN en meme temps qu'il prenait ses distances avec les idees communistes. Plus tard, c'est de la meme facon qu'il a quitte la CGT pour rejoindre la CFDT, entrainant avec lui de nombreux collegues qui ne comprenaient pas vraiment mais lui faisaient confiance. Le licenciement l'a abbatu. Pourtant, c'est a cette epoque qu'il a appris a lire le francais -et l'ecrire- tout seul. Avec Le Monde. Mamadou et ses tournevis ne l'interessait definitivement pas. La revolution islamique et la guerre sovietique en Afghanistan l'inquietaient terriblement. Frequentant la mosquee de Barbes, il les voyait, les barbus, recruter des jeunes a tour de bras et les envoyer en Afghanistan. Il a confie a maman a cette epoque que des choses terribles arriveraient car la tradition de l'Islam ancien avait ete cassee dans de nombreux pays, dont l'Algerie, et qu'on remplacait les sages par des imams qui ne savaient pas lire les textes et les interpreter. Il etait contre le voile des femmes et pour leur emancipation par les etudes et le travail - en pensant toutefois, comme tout "religieux" qu'elle devait interrompre toute activite pour s'occuper de ses enfants. Je suis heureux qu'il soit mort avant le derapage en Algerie, ca l'aurait mine.
Quand il parlait d'Israel, il etait parfois extremement violent. Je l'ai entendu dire des fois de horreurs sur les Juifs, sur Israel. Ce n'etait pas de l'antisemitisme. C'etait une blessure profonde, comme de l'amour apres la trahison et le separation. Je me souviens d'une collegue Juive Tunisienne. Des fois, quand elle parlait des Arabes, c'etait la meme chose. Une fois, elle s'est emportee, est allee jusqu'a la bombe atomique. Mon pere aussi etait alle jusque la. Mais pour les deux, ce n'etait pas pour exterminer l'autre : ils ont utilise les meme mots, "pour leur faire comprendre". Je m'etais dispute avec mon pere, j'ai laisse parle ma collegue. Elle avait une tete d'Arabe, avait un accent Tunisien, avait une nostalgie pas possible du soleil et etait capable de dire des choses extremement gentilles sur les Arabes, aussi.
Un jour, a la maison, je ne sais pas pourquoi, j'ai voulu faire mon interessant, j'ai ressorti un truc que j'avais entendu a l'ecole. J'ai dit a mon frere qu'il mangeait "en juif". Je me suis recu une baffe... Mon pere avait une tete hallucinee, comme si je l'avais deshonore. J'ai eu honte pour ce que j'ai dit. Mon pere a efface pour toujours toute eventuelle tentation pour l'antisemitisme. En fait, a la maison, il n'y avait que lui qui pouvait dire du mal des Juifs, comme si venant de lui, c'etait sous controle. Je regrette qu'il ne soit plus la pour lui dire, au moins une fois, de la fermer, qu'il se deshonorait lui-meme pour de tels propos. Mais je crois que le fond de l'affaire n'etait pas les Juifs, c'est le fait que les USA utilisaient Israel pour diviser le monde Arabe et qu'Israel en profitait. Car en meme temps, il allait acheter de la viande a la boucherie juive et qu'il y discutait religion. Il me citait les enfants du boucher en exemple car ils travaillaient bien a l'ecole. Je n'ai jamais entendu dire que les Juifs etaient riches ou qu'ils complotaient. Au contraire, mon pere mettaient en exergue que les prophetes dans le Corans etaient tous juifs, sauf le dernier... Un jour, sur ARTE, il y avait une emission sur le conflit au Proche Orient. Un historien Israelien disait qu'il fallait se depecher de faire la paix car la generation des Palestinien "historique" allait s'eteindre. Des militants qui, bien que parfois extremistes, connaissaient les Juifs, connaissaient la Shoah. Il redoutait la jeune generation dont les seules references etaient la violence et une ignorance totale des Jifs, de leur histoire et une negation de plus en plus admise de la Shoah. Mon pere n'a jamais nie la Shoah. Au contraire, il ne comprenait pas bien cette reconciliation avec l'Occident qui les avait massacres.
Ca m'amuse de penser que mon pere etait parfois un vieux con. J'y mets beaucoup de gentillesse meme s'il en tenait une sacree couche, des fois. Mais quand j'y pense, ce petit bohnomme de 1 metre 67, ouvrier puis chomeur qui faisait les marches, comme on dit, et qui lisait Le Monde de temps en temps, et qui connaissait Aristote, qui maitrisait parfaitement la langue arabe (qui n'etait pas sa langue maternelle, mais une langue etrangere) et la calligraphiait, qui pouvait reciter le Coran, qui avait milite, parfois au peril de sa vie et qui meme sur le Proche Orient, avait une vision complexe. Cela force mon respect et je me dis que finalement je suis bien son fils et que ma vie ne doit pas grand chose au hazard.
Ou je voulais en venir...
Je ne veux pas dire que si je vous raconte mon pere, c'est comme si je me racontais moi-meme. En revanche, vous pouvez tres aisement comprendre d'ou me viennent certaines reactions. Je suis certainement culturellement plus "abouti" que lui -quoi que-, mais c'est a son travail que je le dois (les etudes) et a son esprit et son caractere. Il etait un esprit independant. Je suis un esprit libre et c'est a lui que je le dois. Ma mere, elle, m'a donne le gout pour la lecture -mon pere lisait finalement assez peu jusqu'a ce qu'il soit au chomage- et une curiosite pour la culture francaise et l'histoire de France. Elle n'avait aucune reelle culture et beaucoup de prejuges - Picasso, c'est pas bien parce que ca ne ressemble pas - mais pour elle les Musees et les livres, c'etait bien. Elle aimait Chopin et Luis Mariano. L'ecole m'a fait decaper tout ca mais la curioite qu'elle m'avait inculque (elle est curieuse et pouvait prendre un livre a la bibliotheque juste parce qu'on lui avait dit que c'etait bien... il lui arrivait d'etre decue, et ni Sartre, ni Vian ou Sagan ne parvinrent a casser son education de jeune fille de la Sarthe... mais elle s'y essaya), cette curiosite m'a emmene sur les terres du Baroque apres des perigrinations au pays des musiques industrielles... J'ai une culture de petit bourgeois cultive : c'est une serieux progres...
Vendredi, je surfais sur le web, j'ai voulu verifier un truc, j'ai toujours des intuitions qui me viennent comme ca, et je ne me trompe jamais. Ce doit etre un reste de marabout en moi... Je plaisante ! Je suis alle sur le site de l'ecole ou j'ai travaille trois semaines l'an dernier. Je suis au chomage de nouveau et c'est logique que je me retrouve a penser a l'an dernier. Bref, j'ai visite le site de A la Francaise. Vous noterez que c'est la premiere fois que j'ecris le nom reel, mais comme le chantais si bien Barbara, moi, j'm'en balance... Cette visite sera le pretexte a en parler une bonne fois pour toute. Vous ferez le lien entre tout ce qui precede et ce que j'ai vecu dans cette histoire comme vous le voudrez.
Tout d'abord, quand on arrive sur la page d'accueil, il y a la voix d'une enseignante. L'an dernier, quand j'ai travaille a l'ecole, elle s'appretait a quitter le Japon car elle voulait passer a autre chose puis, au bout d'une semaine, elle a fondu en larme face au directeur car elle ne savait pas trop si elle voulait partir car elle venait de rencontrer un Australien et que ca se passait bien. Le directeur lui repondit qu'il devait faire vite pour recruter de nouveaux professeurs car bientot, ils seraient tous partis (sic). NOVA venait de faire faillite et beaucoup de mes ex-collegues n'avaient pas un centime. Je l'ai encore entendu pleurer une fois quand Berenice est arrive la premiere fois. Je me souviens d'avoir bavarde avec elle deux fois en allant au metro a Ebisu. Elle pensait que la France craint a cause de ce qui se passe dans pas mal de quartiers. Les filles sont obligees de mettre le voile, elle ne sont pas respectees. Je lui repliquais que c'etait quand meme pas a ce point la. Elle me disait que je ne pouvais pas comprendre (sic), que ces types etaient violents et qu'elle se sentait plus libre au Japon. Ses objections a mes reserves tendaient a dire que j'etais un privilegie qui ne vivait pas dans le monde reel (Paris), et qu'il y avait d'autres choses encore, "enfin bon" (sic). J'en tirais une impression etrange, mais je suis une personne liberale ne prejugeant pas les sentiments des autres. Elle n'a visiblement pas quitte le Japon et travaille toujours A la Francaise, sa voix accueille les visiteurs du site.
C'est Maruchan qui m'avait donne les coordonnees de l'ecole. Je n'ai plus de nouvelles de lui, je me demande si mon aventure, les recits, je ne sais, ont conduit a ce silence. Entre la fin du contrat, mon entorse, le chomage, j'avais le moral a zero, n'ai meme pas pense a lui ecrire en particulier et je pense que mes recits alambiques ne devaient guere donner l'image de cette histoire. Il y avait comme une honte, un truc profond avec une sorte d'intuition qui me bloquait. Il y a des choses qu'on ne peut pas dire.
Je suis alle la premiere fois a l'ecole pour l'entretien. Un petit immeuble propret de deux ou trois etages construits dans les annees 70, avec des fleurs devant et un panneau A la Francaise dans une typo "Word/Word Art" Microsoft, jaune et rose. Une porte en bois. Je sonnais, le directeur vint m'ouvrir . On dit souvent que les homosexuels "se reconnaissent entre eux" (cette phrase m'a toujours tres discretement fait rire), et je confirme que la premiere vision de cet homme grand et tres mince d'environ 35 ans, aux cheveux ras mais visiblement chatains, au teint pale, aux oreilles un peu decollees, au nez proeminent au milieu d'un visage long un peu maigre, habille d'un sweet pastels et d'un jean achetes chez Uniqlo, atestaient d'une heterosexualite de pure origine, sentiment que la musique d'accordeon venait preque certifier. Il me tendit la main, arborant un grand sourire. Il faisait tres chaud. L'ecole etait plutot sombre pour 4 heures de l'apres-midi. De premier abord, je pensais que je n'aimerais pas travailler dans un tel endroit, avec cette chaleur et des neons allumes en permanence. Il m'invita a le suivre, nous passames dans une des salles de classe, tres grande. Il m'expliqua comment fonctionnait l'ecole. Il venait de se separer d'un professeur. En fait j'appris par la suite que plusieurs professeurs s'etaient succedes, mais j'avoue que je n'arrive pas tres bien a reconstituer. Une ancienne eleve de NOVA Ginza connait au moins deux anciens professeurs de A la Francaise et dont la fin du contrat s'est passee un peu de la meme facon. Il m'expliqua qu'il me serait interdit de travailler dans une autre ecole, de donner des cours en dehors de l'ecole et que cela serait une clause de cessation de contrat. Il me dit egalement que normalement il payait bien ses professeurs mais qu'il changeait cette regle pour les deux premiers mois (ou le salaire etait inferieur d'un tiers). Comme je lui demandais de combien d'heures je disposerais pour commencer, il me dit 8 a 10 heures, puis qu'on verrait. Je faisais les calculs dans ma tete, ca ne faisait pas beaucoup mais cela etait cumulable avec le chomage. En le quittant, je ne savais pas trop mais n'avais pas, non plus, totalement le choix. Il me telephona tres vite, j'acceptai.
Ainsi commenca ma semaine -non payee- de formation. Je fis connaissance de sa femme, tres jolie, souriante et qui faisait preuve de competence pour assurer l'accueil, regler les questions administratives tout en restant calme et accueillante avec les eleves. L'accordeon souvent, Cherie FM parfois donnaient le La a l'entree. Dans les salles, les affiches de l'Office du Tourisme avec leurs plateaux de fromages, les alpages et les paturages reconstituaient la France eternelle. Une decoration meridionale (sic) completait le tout dans une atmosphere resoluement familliale. Il s'agissait en fait d'un appartement de 4 pieces plus une cuisine totalement equipee qui servait de salle des professeurs. Durant ma "formation" et meme par la suite, j'ai passe beaucoup de temps a travailler dans cette cuisine. Mais a mon grand etonnement, personne n'y sejournait longtemps quand j'y etais et n'ai jamais recu de quiquonque le loindre conseil pour batir une lecon. Berenice a ressenti la meme chose et j'ai meme constate que le directeur appelait le collegue qui se serait trouve dans la "salle des professeurs" en meme temps que moi. Ce n'est pas moi qui etait vise, c'est une methode de controle pour eviter les groupes. Le tutoiement me fut impose, les conversations etaient familieres et decontractees. La formation consistait a assister a une semaine de lecons. Je n'eu aucun debriefing, je dus juste digerer une semaine de cours construits sur des livres que je ne connaissais pas, souvent en plein milieu de la lecon. Les enseignant parlaient enormement en Japonais pour donner des explications. Les lecons a NOVA etaient construites, tant bien que la sur les principes de FLE : on donnait en gros 5 mots ou une structure, que l'on expliquait, on creait des exercices mecaniques de repetition, on faisait un exercice qui allait mobiliser les acquis et la nouveaute, une ecoute avec une question ou deux et enfin 15 minutes de situation / jeu / pratique. Tout ca en 40 minutes. On ne devait pas apporter de nouveaux elements apres la phase de mecas, et surtout pas durant la pratique (conversation) afin de laisser l'eleve parler suivant ses propres moyens. A A la francaise, tout cela etait chamboule par un apport non maitrise de vocabulaire a la demande des etudiants, mais aussi par un flux continu d'explications en japonais ou de questions en japonais formulees par les etudiants. J'ai vu les etudiants prendre des notes meme pendant la phase de soi-disant conversation car le tableau se couvrait aussi d'explications. Ca m'a parfois plus fait l'impression d'un bourrage de crane. Et le resultat etait assorti: les etudiants de NOVA avaient une meilleurs fluidite dans l'elocution, plus de spontaneite. De l'autonomie. C'est ce qui me frappait le plus et me desarconnait dans cet ecole. Car au passage, je ne comprenais pas tres bien comment fonctionnait le manuel. Ni les objectifs pedagogiques. Pour preuve, les avancaient utilisaient le manuel de conversation d'un celebre manuel... niveau debutant. Et la premiere lecon etait la boulangerie. J'ai assiste a une lecon pour des avances qui ressemblait a s'y meprendre a ma lecon phare pour les grand debutants NOVA, la boulangerie "vous avez des choux a la creme ? Oui, j'ai des choux a la cremes / Je voudrais deux choux a la creme / Ce sera tout ? / Non, je voudrais deux tartes / Quelles tartes vous voulez/ Je voudrais une tarte au chocolat et une tarte au citron / Vous voulez autre chose / Oui, je voudrais de croissants / Combien de croissants vous voulez ? / Je voudrais 4 croissants / Ce sera tout ? / Oui. C'est combien ? C'est 15 Euros / Voila / Merci ! Voila ! Merci, au revoir / Au revoir !". J'aimais bien car je construisais la trame avec eux. Objectif pedagogique, un/des/combien de/un-deux.../c'est combien. On faisait la conversation dans les deux sens, le boulanger puis le client. Je n'ai jamais pointe d'erreurs sur un/une/des/le/la/les avec les etudiants que j'ai eu.
Ca m'a fait drole, des avances avec un livre pour debutants. Mais le manuel de l'ecole fournissait la reponse a lui tout seul.
Cette ecole utilise son propre manuel. Des textes ecrits par le directeurs. Quelques fautes de francais, des fautes d'orthographes que les professeurs successifs signalaient pour correction. J'en ai trouve au moins 5, plus des fautes de francais dont on m'expliqua que "ca se dit". En tout cas, a Paris, nous ne parlons pas comme ca, pensais-je... Ce livret avait deja plus de deux ans.
Des textes et aucun manuel ni didactitiel pour guider. Il fallait donc deduire les points grammaticaux, le vocabulaire (qu'on donnait directement en japonais aux etudiants s'ils ne comprenaient pas) puis construire des mecas, des exercices, des exemples, puis proceder a une ecoute, poser au moins trentes questions, puis aux etudiants de se reposer trentes questions, puis encore une fois, puis jouer la scene puis encore une fois puis une conversation sur un sujet extrapole a partir du texte. Un enorme travail de preparation m'attendait.
Un changement de taille egalement, je reprendrais toutes les classes d'un des professeurs licencie, reputees difficiles. Les cours avaient lieu le matin, puis de nouveau en fin d'apres midi jusque 22 heures. L'ecole est a Ebisu, je rentrais chez moi a 23 heures. Je pouvais esperer pour tout cela entre 180,000 et 200,000 yen. A Nova, je gagnais 250,000 yens... Il y avais aussi des cours particuliers en apres-midi. La premiere semaine, j'en ai manque un : on ne me l'avait pas dit, ce que je fis remarquer : le directeur m'objecta que j'aurais du regarder le tableau. On ne me l'avait pas dit non plus, et ca, c'est sa femme qui le signala. L'affaire fut "oubliee", il consentit a ne pas me deduire le cours de mon salaire (sic). C'etait la premiere semaine. Le samedi etait une journee non stop, sans pause, de 10 heures a 19 heures. Une pause me fut accordee la troisieme semaine car il y avait un autres nouveau professeur. Les cours particuliers, eux, etaient donc hors schedules et on etait informe pour ceux ci du jour au lendemain; ils prenaient place entre 12 heures trente et 17 heures.
Ma formation n'ayant consister qu'a regarder des classes, et devant prendre ces memes classes en plein milieu de lecons commencees, je debordais de questions divers. Et c'est la que je constatais a quel point la cuisine-salle des professeurs etait bel et bien une cuisine mais pas une salle des professeurs. Comme je l'ai ecrit, pas une idee, pas un conseil. Je devais construire des cours par moi-meme pour plus de 20 heures de cours, avec des niveaux differents, avec des textes sans objectifs pedagogiques deja determines, sans conseils. De plus, les livrets pour avances me furent fournis a la derniere minute, tout comme le manuel anote du precedent professeur -ca aurait pu m'aider. Je me jetais pourtant dans le bain, confiant en moi et me donnant un mois pour connaitre les manuels. Mais la pression etait tres forte et du cote du directeur, et du cote des eleves. Je me suis mis a faire des cauchemards, a mal dormir. Je posais des questions au directeurs, est-ce qu'on peut faire ca, etc... Il m'a mis "en garde de ne pas faire comme" l'ancien professeur (que je ne connais pas...). Tres rapidement, il s'est mis a me comparer a l'autre, me nommant meme deux fois comme lui (lapsus). Il ecoutait les lecons a travers les parois. Puis, il en a ecoute une, puis une autre. Je pense que sa decision etait dors et deja prise, mais il lui fallait un pretexte. Le pretexte fut un mail extremement long de trois etudiantes, qui suivit quelques reserves de 1 etudiante.
Je ne pretendrais jamais avoir fait des cours remarquables dans ce contexte ou rien ne me fut facilite. J'ai fais des erreurs. J'ai meme enseigne une faute de francais que j'ai inventee. Oui, quand on travail avec un manuel qui en regorge, un manuel mal ecrit, le stress aidant, on epluche ledit manuel comme un automate, sans trop penser. Parce qu'on a cours le matin de 10 heures a 13 heures et qu'on rattaque a 17 heures, que le soir on rentre a 23 heures et qu'on n'a pas le temps de travailler ses lecons, qu'on en a 20 a preparer pour la semaine. Alors oui, j'ai cree une faute de francais comme si c'etait du bon francais. La phrase etait "avant manger, on fait ca". J'ai donc cree la structure "avant/apres + verbe infinitif". C'etait pour des debutant avances (7A a NOVA). Tout d'abord, je ne vois pas l'interet de "avant manger" pour des debutant c'est une structure peu utilisee (on lui prefere "avant de" que l'on abordait justement en 7A a NOVA, beaucoup plus frequente et utilisable avec tous les verbes; elle permet ensuite les premieres declinaisons du PC, avant de manger, j'ai...). Comme les fautes de francais etaient nombreuses et qu'il m'a ete repondu que "on dit comme ca", le stress aidant, j'ai donc cree une structure fausse en me disant que ca doit se dire quelque part en province. C'etait la lecon qu'il ecoutait, pas de chance. J'ai beaucoup ri par la suite en y repensant. A NOVA, on y a tous rever sans oser le faire. Je l'ai fait, et serieusement. Avant manger/avant dormir, ... avant lire,... j'ai fait un meca avec et les etudiantes etaient parfaites. Ma faute est une faute grave, mais elle trouve son origine dans un manuel mal construit, mal ecrit, aux objectifs finalement assez peu clairs.
Le long mail de plainte a selle mon destin. Un jour ou mes lecons s'etaient bien passees et ou j'avais eu les premiers sourires. La vieille egalement, d'ailleurs, j'avais eu un bon climat et etait parvenu a "tenir" des etudiantes qu'on m'avait annoncees difficiles. Ainsi va la vie. Mais je suis egalement certain que la decision avait ete prise auparavant. L'ecole s'acheminait vers le sureffectif puisque celle qui s'appretait a partir ne partait finalement peut etre plus. Il y avait deux autres nouveaux professeurs desormais. Il y avait de la marge. Une abondance relative de professeurs sur le marche pret a accepter moins de 200,000 yens pendant deux mois pour 24 heures de travail hebdomadaire, sans protection sociale, sans meme cotiser au chomage.
Parfois, dans cette ecole, on discutait de choses et d'autres. Mon prenom, lors de ma presentation aux eleves fut detournes en une sorte de jeu de mot. Pour information, mon prenom est un prenom musulman qui est un des 99 noms de Dieu. Magnanime. Ma mere a refuse que j'en soit le serviteur. Donc, mon prenon n'est pas precede d'Abdel (serviteur de). Non, ma mere n'aurait pas de fils appele Abdel quelque chose... Mon pere a cede. C'est amusant car mon pere etait appele par tout le monde du prenom que sa mere lui avait donne, un vrai prenom Kabyle. Akli. Mais ce n'etait pas le prenom de mon pere... Du pouvoir des meres... En parlant de Kabyle, justement, bien entendu, j'etais Kabyle et pas Arabe (sic).
C'est la premiere fois de ma vie ou, pour resumer, je ne peux pas vraiment comprendre certaines choses sur ce qu'il se passe vraiment en France, qu'on insiste fortement sur le fait que je ne sais pas parler correctement francais, que je suis, bien entendu Kabyle et pas Arabe, que c'est la premiere fois qu'il y a une telle serie de plaintes pour un seul prefesseur (sic) en si peu de temps(sic) et qu'il doit bien y abvaoir une raison(sic) mais qu'on ne peut pas courir de risque(sic) et que je suis donc suspendu. Le directeur m'informa qu'il demanderaient aux eleves ce qu'ils pensaient de moi : ca, c'etait lache.
Il informa la semaine suivante qu'il n'avait pas eu d'elements suffisants pour me garder. Deux jours plus tard, je recevais "N'ayant pas recu de reponse de ta part a mon mail de lundi, je me permets de t'ecrire a nouveau pour te dire qu'il faudra que tu rapportes les 5 livres le 13 decembre au plus tard, car les salaires seront payes le 14 puisque le 15 decembre tombe un samedi). Dans le cas contraire, je serai oblige de retenir le montant des manuels sur ton salaire, et ca aussi ca serait tres dommage. Merci d'avance pour ta comprehension." Bref, j'etais vire et je me faisais presque traiter de voleur... a moins qu'on ne me parla comme a un gosse qui a fait une grosse betise et qui va etre puni.
C'est la premiere fois que je me sens victime de racisme. Ca m'a pris un an a pouvoir le dire, l'ecrire et vous voyez tout le temps qu'il me faut pour l'ecrire. Pas le racisme frontal, sale Arabe, completement depasse dans la jeune generation qui a cotoye des Arabes. Pas le racisme haineux, pas le racisme bete et mechant. Un racisme bien plus banal. Comme celui de Cortal ou j'ai travaille. Mon collegue Abdel devenait "Abel", ca passe mieux chez les clients. C'est pas du racisme comme avant, celui la est peut-etre pire car c'est un truc invisible. Vous pourrez me prendre pour un allume, c'est de toute facon toujours ce qui se dit dans ces cas la. Mais en regardant le blog sur le site de ladite ecole, je suis tombe sur la synthese d'une sorte de Voice sur les greves en France, pourquoi y a t'il des greves en France ? (liens vers une traduction automatique Google pour vous faire une idee)Reponses. Tout d'abord, en France il y a beaucoup de communistes qui organisent des greves, qu'il faut se souvenir que les communistes ont tue beaucoup de gens mais qu'ils sont encore puissants en France (je resume). De plus en France il y a beaucoup de fonctionnaires : ce sont des privilegies qui se mettent toujours en greve. Les Francais n'approuvent pas ces greves qui causent beaucoup de desordre, mais qui sont encoragees par les communistes et les syndicats. Pour les etudiants, c'est la meme chose, les syndicats empechent les etudiants d'etudier. Etc, etc...
Rajouter de l'accordeon a l'entree.
Je ne dis pas que le directeur est fondamentalement raciste (je pense que quelqu'un d'autre l'est, en revanche). Je pense que des etudiants ont du se poser des questions sur mon nom, mon origine, dans une ecole qui vehicule l'image d'une France qui n'a jamais existe (ideale), en proie a l'agitation sociale et a l'insecurite montante dans les Banlieue. Je pense que ces etudiants ont du avoir des doutes sur les capacites d'un enfant d'immigre Algerien a leur enseigner la langue francaise. Je pense que le directeur de cette ecole a tres rapidement compris la situation et son "erreur" : il y avait quelqu'un qui alterait "l'image" de l'etablissement. Ce ne sont pas des impressions, c'est aussi ce qui m'a ete rapporte depuis de plusieurs sources dont deux sont extremement fiables. C'est triste mais c'est comme ca. Moi, je viens de vider mon sac. He he he... Et je benis le moment ou j'ai lu le blog aux arguments tellement provinciaux, ringards, ecules, tellement FN. Vieille France. Celle qui preparait 1940 et si bien decrite par Roger Martin du Gars.
Ma place n'y etait pas et je l'ai su des que j'ai vu le panneau dans la rue, la porte en bois et cet incroyable manque de lumiere, ces affiches plateau a fromage et cette explication tant de fois repetee : "je fais un business, le francais, la litterature, je m'en fous. Mes etudiants paient cher et au mois, je ne peux pas me permettre de prendre de risque".
Dont acte.
Heureusement qu'ils ont le Japon, on se demande ce qu'ils feraient de leur vie sans lui. Je me suis laisse dire qu'une enseignante a l'Institut pense comme moi a ce sujet. C'est une juive pied noir. Oh, comme je la comprends !

vendredi 28 novembre 2008

Ouf...


La nouvelle ecole de design et d'architecture a Shinjuku. Ca fait u peu penser au "suppositoire", a Londres. En sous sol, Book1st, la grande librairie.

Ca va mieux en le disant, comme on dit... C'est toujours interessant de constater a quel point il y a toujours un decallage entre ce que l'on ressent et le moment ou l'on peut l'esprimer... Depuis quelques semaines, des phrases se bousculaient en moi et, pire, ou mieux, ceratins endroits, certianes images reveillaient en moi des sentiments et donnaient naissance a une narration interieure parfois d'une rare intensite. J'ai profite de la crise pour me replonger dans les annees 20, les annees 30 et j'ai fini par revisiter jusqu'aux annees 60 : Youtube est un outil extraordinaire. J'ai profite d'une visite au nouveau Book1st a Shinjuku pour, tranquilement assis, me plonger dans des livres de desing. Mon cerveau criait famine. A l'heure ou j'ecris ces lignes, des formes et des phrases circulent dans ma tete et irriguent mon esprit, en lutte contre la depression. Ca va bien, et je me suis donne un travail qui va m'occuper un certain. C'est mur.
Ce midi, j'ai commence le truc que l'on n'a jamais le temps de faire en temps normal : j'ai libere 60 Go de place sur mon disque dur, puis j'ai fait une optimisation integrale. J'ai plus de 70 Go disponible, c'est pas mal. Surtout si l'on songe aux dizaines de gigas de photos, de musiques et de clips videos...
Je me sens nostalgique de bien des choses, et meme de choses que je ne connais finalement pas, comme les annees 20, par exemple. Si je devait donner un sens a cette crise economique, ce serait celui-la : la fin reelle du 20eme siecle et l'entree dans le 21eme. Un fantastique telescopage de signes connus se bousculent et se presentent comme nous ne les attendons pas. En plein revival annees 80, voici une recession qui evoque celle des annees 30. Le president elu Barack Obama, aux USA, se presente comme le nouveau Kennedy qui retablira l'Amerique a la maniere de Roosevelt. Les fleurons de l'automobile se voient desormais, au bord de la faillite, sommer de faire des voitures propres, ecologiques, electriques. Des images de Mars nous revelent la presence de glaciers a des latitudes ou les scientifiques n'en attendaient pas, et dans de grande quantite qui permettront aux futurs cosmonautes de rester un certains temps. Le terrorisme frappe Mumbai, que plus personne n'appelle desormais Bombay, et les journalistes presentent la ville comme "une des principales capitales financieres". Un peu partout de grands restaurants, des magasins ferment faute de clients, tous victimes de la crise, New York est sinistree. A Tokyo, le quartier de Roppongi est desormais sinistre, les banquiers n'auront pas de bonus. La culture des nouveaux riches "hype" est desormais derriere nous. Il parait qu'a New York, les costumes sont sombres, les chemises blanches et les cravates sobres et discretes.
Les periodes de crise sont interessantes a etudier, passionnantes. Si vous avez mon age, vous rappelez vous quand les epaules ont arrete d'etre carrees pour les femmes et surtout a partir de quand vous avez regarde celles qui portaient encore des epaulettes comme des ringardes ? Ces changements interviennent dans une crise (entre 1990 et 1992) pour les epaulettes et on ne s'en appercoit meme pas. Seulement apres coup, en regardant une serie tele, on rigole.
J'ai des nostalgies donc, des nostalgies d'avant dans le temps, des nostalgies d'avant dans l'espace. Jun et moi avons regarde la serie Queer as Folk, les 5 saisons. Nostalgie de la vie gay, de Paris, le COX le dimanche en fin d'apres midi, une pinte, deux pintes, trois, quatre, bavarder, rentrer en velo un sourire jusqu'aux oreilles, et puis Londres, Le Bar Code dans Soho (sorte de COX mais avec un club hyper sympa en sous-sol... ouah, s'il y avait un incendie la-dedans, ai-je souvent pense, mais la musique et l'ambiance valent vraiment de... ne pas y penser), et puis le Comptons, et meme le CXR (prononcer sexer...), ce pub ouvert jusque pas d'heure sur Charing Cross Street ou des typres suralcoolises, beaux, pas beaux, jeunes, moins jeunes, viennent finir la soiree a la recherche de la derniere chance (ou, desabuses, du dernier verre)... et que dire de Heaven, Fridge et de l'absolutly ringard... mince, je ne me souviens pas ! Meme a cote de chez moi, a Lewisham, il y avait des pubs gay!
A Tokyo, il n'y a pas de vie gay, il n'y a pas de communaute gay. Un grand nombre de gays se marient et vivent leur sexualite en cachette en allant dans les saunas gays et les sex clubs ou regnent une promiscuite silencieuse, anonyme. Les bars gays ne sont pas des bars gays, mais des bars a la japonaise ou 3, 4 ou 5 clients s'assieds au comptoir et bavardent avec mama-san, chantent au karaoke. Ni-Chome, repute quartier gay, est un endroit sinistre et triste a mourir avec des entraineurs qui alpaguent dans la rue et un faux bar gay a terrasse, le Advocates, nul!
Je suis intimement persuade que c'est du milieu gay que nous est venu notre courage de revendiquer des droits, affronter gouvernements et milieux medicaux quand le SIDA est arrive. Parce que ce "milieu" nous donne la certitude que nous ne sommes pas seuls, comme tentent toujours de nous le demontrer nos ennemis, les heteros, ceux qui nous disignent comme homos et, ici parents, la professeur, ou encore psychanalystes, ou cure/imam/rabbin/bonze nous jugent meme sans nous connaitre. Cette masse hetero qui, incarnee par tout le corp social et la morale qui les habite, trouve toute sa force dans notre isolement "naturel", ici le fils, la fille, le collegue, la voisine, le cousin. C'est seul que nous nous construisons malgre eux. Malgre vous.
Nos bars, nos discotheques, nos journaux, nos bordels, notre humour, tout ce qui insupporte tant Finkelkraut, c'est ce qui nous donne de la force, c'est ce qui nous fait comprendre le mensonge hetero. Et la gay pride, bien que spectacle d'une affligeante nullite, c'est ce qui nous permet d'exposer leur propre mensonge a la figure des heteros. On est pas seul, nous sommes nombreux.
Les discours anti-communautaristes sont les discours faciles de la nouvelle reaction soft. Moi, qui suis gay, qui suis metis algerien, je suis profondemment anti-communautariste. C'est une option philosophique : je suis democrate et je considere chaque "autre" egal a moi. Je ne connais aucune difference entre les individus. Le fait d'avoir un long nez, des petits pieds, la peau brune, blanche ou noire (j'adore ces "nouveaux blancs" cools, genre Aubry, qui vont rajouter le vert et le jaune pour bien demontrer qu'ils ne sont pas, mais alors, pas du tout, racistes), d'aimer ou un homme, ou une femme, ou les deux, de ne pas concevoir le vide et croire en dieu, d'avoir une intelligence vive, synthetique, abstraite, lente, portee sur les images, ou les sons, ou le touche, toutes ces possibilites venues d'un assemblage de mollecules et creant toute cette palette, toute cette richesse d'individus ne justifie en rien que l'on etablisse des hierarchies et des differences en droit. Il est donc evident que je ne peux etre pour la designation de communautes puisqu'a mes yeux le role de la politique est de permettre a l'homme de choisir son propre destin independamment de son origine, des convictions de ses parents, et selon ses qualites propres.
Mais comment faire si c'est la societe qui defini la communaute. Je n'ai pas choisi ma sexualite, et j'ai encore moins choisi qu'on la designe, qu'on la repertorie et qu'on la discrimine. Que faudra-il faire pour que nous ayons le mariage, l'adoption bref, une egalite totale de traitement, de consideration, d'avenir et d'esperence ? Ici, la societe nous oppose "l'institution du mariage" comme "l'union d'un homme et d'une femme dans le but de fonder une famille". Quid de la contraception, des divorces, du viol conjugal et des violences domestiques ? La, on nous oppose le caractere "sacre" du mariage. Est-ce a dire que l'homosexualite est sale ? On eput ainsi continuer a demonter les arguments, il en ressortira toujours que l'heterosexualite est le groupe communautaire le plus puissant et qu'il exerce sa domination avec un zele tres actif au detriment des individus. C'est le groupe heterosexuel qui s'opposait au mariage, a l'avortement, au droit des femmes a disposer de leur propre corp et a conduire leur vie. La communaute heterosexuelle a ete une communaute extrement rigide avec ses propres membres et il a fallu beaucoup de luttes pour qu'un grand nombre d'heterosexuels affirment enfin leur liberte d'individu, leur droit au bonheur et a l'echec. Nous, homosexuels avons egalement beaucoup accompli et le premier pas fut justement de nous batir en groupe: cette construction peut paraitre choquante mais elle etait necessaire pour exister en tant qu'individus. A cette egard, l'absence de communaute au Japon produit la vie qui va avec. Une vie de merde, solitaire, ou apres 30 ans etre gay passe pour une tare (la plupart des bars sont interdits aux plus de 30 ans), ou etre gay est reduit a une question de sexe.
On obtiendra le mariage. On finira pas faire dire aux livres d'histoire ce qu'ils cachent de Shakespeare, Mozart, Da Vinci ou le tres a la mode en ce moment, Keynes. Blanche Neige et Cendrillon feront une infidelite a leurs princes et partiront vivre au pays de La Belle au Bois Dormant ou elles se mariront et adopteront les freres et soeurs du Petit Poucet qui n'auront plus a avoir peur d'etre abandonnes (par leur parents biologiques).
Ca me manque, ici, cette communaute. Cette presence des "copines". C'est pas pour draguer, c'est autre chose.
Le Japon est un paradis pour heteros. C'est ce que dit mon ami Yan et c'est ce que nous pensons tous, nous, les homos. Regardez-les, ces montagnes que puceaux blanc-bec de France ou d'ailleurs. Ca debarque ici, ca couche/ca couche, un jour ils rencontre "leur" Japonaise, ils se marient, visa permanent donnant le droit de faire le travail qu'ils souhaitent, etre travailleur independant ou ouvrir leur propre entreprise (tout cela interdit aux autres), generalement cautionnes par leur belle famille. Pour les homos, c'est cuit. Il y aura bien des heteros qui me trouveront injuste, partisan, malhonnete comme les blancs trouvent parfois les noirs un peu trop extremistes quand ils soulevent la question du recrutement a diplome egal : je m'en contre fiche (desabonnez vous du flux rss, je m'en tape je n'ecris pas pour vous)...
Nous avons pour nous d'etre une tres grande famille et ce sont nos ancetres qui, en habillant vos grand-meres, en leur creant des parfums, en les peignant, en les coiffant et en leur ecrivant chansons et musiques, ont fait bander vos grands-peres.
Je ne crois pas a l'homosexualite ni a l'homosexualite, mais je connais l'histoire de notre oppression. Je sais aussi qu'heureusement, produit de luttes pour l'emancipation individuelle, une masse grandissante d'heterosexuels ne se pensent plus heterosexuels et ne nous voient plus comme homosexuels. Parmi eux se trouvent mes amis en Europe. Oui, je suis un homosexuel radical dont la tres grande majorite des amis sont heterosexuels.
C'est marrant, je voulais juste dire que j'avais vu Queer as Folk enfin (je n'en avais vu que 2 saisons sur Pink TV), et voila une longue presentation radicalement tarlouze !
Je vous avoue etre particulierement honteux de la pauvre ecriture qu'il me reste apres avoir passe tant de temps sans ecrire. Mais comme je vous l'ai explique plus haut, j'ai un travail a terminer et je dois donc travailler, travailler, travailler.
Ben oui, je n'ai pas de travail, alors je n'ai plus qu'un truc a faire... Travailler.

jeudi 27 novembre 2008

Fatigue morale, lassitude : vers le grand ressourcement ?


Samedi dernier, un clochard vers Takadanobaba. Tokyo n'a rien a envier à Paris, les clochards y sont nombreux, ignorés et isolés, force de travail bon marché pour la mafia qui les recrutent pour les faire homme-sandwish (au profit des bars à putes, des patchinkos et salles de jeux, des bars-manga).

Je ne vous referai ni le coup du Japon (j'aime ça, j'aime pas ça...), ni le coup du nouveau départ sur ce blog (me revoilà, ça me manquait, etc), ni tous ces trucs dont je me moque finalement comme de l'an 40 (il faudra m'expliquer pourquoi on doit se moquer de l'an 40...). J'ai de nouveau envie d'écrire et j'espère que mon incursion par ici ne vous dérangera pas. De toute façon, vous avez toujours la possibilité de vous désabonner du flux rss si ce que j'écris ne vous plaît pas. Vraiment désolé de ne pouvoir vous aider. J'ai de nouveau besoin de moi, vous comprenez...
Qu'est-il à comprendre. Tout d'abord, je suis fatigué dans ma tête, très fatigué. Mon indicateur habituel, cette envie de mourir, de disparaître, d'en finir, s'est rallumée pour me rappeler que j'étais de nouveaux dans les terres insondables de ma dépression. C'est un bon indicateur car pour tout vous dire, je n'ai ni envie de mourir, ni envie de disparaître, ni d'en finir. Je suis d'un naturel vivant, souriant, et celles et ceux qui me connaissent savent à quel point je peux être différent d'une personne introvertie qui encaisse sans broncher jusqu'à la dernière limite humainement possible. Cette tendance suicidaire chez moi vient de ma mère et s'est manifestée pour de vrai il y a une bonne quinzaine d'années, sans que je ne m'en aperçoive (c'est le propre des pulsions suicidaires, cette propension à s'insinuer dans la vie en toute discrétion, adoptant l'apparence la plus improbable, drogue, alcoolisme, violence contre les autres, automutilation, etc bref tout ce qui progressivement enferme et rend tout nouveau progrès de la maladie inéluctable, l'échéance fatale, inévitable, en tout cas dans l'esprit de qui elle frappe). J'en suis revenu paré de la certitude qu'il n'y a pas de difficulté dans la vie qui ne puisse être surmontée pourvu qu'on la regarde avec la plus grande honnêteté vis à vie de soi. Cette honnêteté, c'est d'ailleurs ce que l'on perd en premier dans ces circonstances car pour être honnête vis-à-vis de soi, il faut être prêt à encaisser l'échec, la défaite, la honte et par conséquent avoir une estime de soi, un amour de soi, une ambition de soi, bref des sentiments à son propre égard suffisamment forts pour continuer à se faire confiance et pouvoir ainsi se relever, s'amender et continuer. Se suicider, c'est avoir perdu l'amour de soi et la confiance en soi. J'ai eu un ami qui s'est suicidé il y a une dizaine d'années. L'alcool était devenu sa dernière bouée, mais il devait y avoir au fond de lui bien peu de confiance et plus aucune estime de soi, juste la nostalgie trop floue de ce qu'il fut. Sa mort - il s'est pendu, seul, la nuit-, n'a pas seulement marqué un vide. J'ai ressenti le poids de sa tristesse, de la solitude de son "moi" perdu au fond d'un corps et dans une vie qui lui étaient devenus étrangers. Un moi que rien ni personne n'avaient été en mesure de lui rappeler que c'était son corps, que c'était sa vie et qu'il lui était encore possible d'agir et d'être le plus fort, donc, le plus beau. Un profond mépris de soi devait en fait l'habiter et seule la mort pouvait l'en délivrer. Mort, on ne souffre plus de soi.
Philippe était un garçon extrêmement gentil, honnête.
Souvent, la révolte me prend quand j'entends des hommes/femmes politiques parler de la pauvreté, de l'exclusion comme ils disent. Martine Aubry, par exemple, la reine des mains qu'il faut tendre (j'aime cette expression car sémantiquement elle a deux sens : tendre, verbe et tendre, adjectif bref cette main qu'il faut tendre mais qui est dure, rêche, sèche). Je dit Aubry puisqu'elle est la nouvelle technocrate que l'appareil sosse s'est choisi pour "être de gauche".
La révolte me prend car leur langage reflète leur ignorance ou pire, leur complicité. Je me souviens un soir, à gare de l'est, direction Orléans. Nous attendions le métro. En face, quelques exclus (vocabulaire aubriste), bref des clochards, entre 40 et 60 ans, anesthésiés par l'alcool (tiens, eux aussi, l'alcool...). Un peu à l'écart, une femme d'environ 60 ans. C'était l'hiver et le métro est le seul endroit chaud de la capitale. Voilà qu'un homme se lève, va vers la femme, la déculotte, elle bronche, et il la saute. Ca a duré 10 secondes. 10 secondes de honte. Par pour cette femme, même pas pour cet homme, non. Pour nous. Très bien décrite par Agnès Varda dans Sans toit ni loi quand Danièle Evenoux, après avoir laissée la jeune fille sur le bord de la route et l'avoir vue s'éloigner dans la campagne, aperçoit un homme qui marche et se demande qui est cet homme qui rôde, ce qui peut se passer, quand sa simple question est le reflet de ce qu'elle sait déjà et de sa propre lâcheté.
Tous les discours sur "l'exclusion" sont des mensonges et de la complicité. Les clochards rôdent la nuit dans la capitale, mangeant les restes de MacDo avariés jetés dans les bennes sur les boulevards. Il mangent les produits périmés. Les femmes se font violées, sont battues, prostituées et les jeunes garçons aussi. Une loi du plus fort règne parmi ces humains que la société accepte de voir réduits à l'état de sous homme. Ce n'est pas de RMI, de réinsersion, de "recherche active d'un emploi" dont ils ont besoin. C'est de la ré-émergence au fond d'eux de l'envie de redevenir des humains, comprendre après l'avoir verbalisé que manger dans les poubelles, s'anesthésier au gros rouge, accepter l'inacceptable, tout cela aura été leur plus beau courage pour continuer à vivre, qu'il devienne temps enfin d'y mettre un terme : ils méritent tellement mieux, eux aussi.
Vous vous réveilleriez dans cette vie un matin, et puis le surlendemain, tout serait terminé, auriez vous encore envie de vivre ? Ne vous mépriseriez vous pas pour cette journée rendue à l'état de semi-poubelle, violé(e), battu, humilié ?
Une vraie politique de lutte contre la pauvreté est aussi une politique de reconstruction de la personne. Ca coûte extrêmement cher, ça prend du temps, ça ne peut réussir qu'avec le consentement de l'individu.
C'est plus fort que moi, depuis mon analyse, je ne peux m'empêcher de me voir en chaque "sdf" que je vois, moi aussi, piégé dans un corps, piégé dans une vie qui n'est pas la mienne parce que je ne me rappelle plus comment j'en suis arrivé là, que je ne veux pas y penser et que j'ai oublié pourquoi vivre peut valoir le coup.
Il faut rompre avec la propagandes des puceaux qui aiment le Japon : il y a ici énormément de pauvres, de vrais clochards, seuls, isolés, qui sentent mauvais et que la société ignore quand elle ne les méprise pas. On dirait bien que finalement on attend qu'ils meurent, qu'ils se suicident, inutiles qu'ils sont cette société où même les vieux font semblant de travailler pour montrer qu'ils sont toujours dans le coup. La France est un pays catholique; nous plaignons les pauvres et veillons à ce qu'ils meurent loin du regard des caméras.
Comme vous le voyez, je suis dans ma période "lucide", crue. La crise m'y incite, ma situation personnelle, le chômage, réveille de vieilles angoisses, de vieilles craintes.


À partir de mi-novembre, les feuilles d'érables rougissent. C'est l'occasion de belles promenades comme ici à Mogusaen / 百草園.

Mais pour ceux qui m'aiment, je les rassure, je vais bien et n'ai nullement l'intention de mettre fin à mes jours. Dans le pire des cas, je rentrerai en France. Le Japon n'est pas ma prison. Et puis, bien que cette situation soit très difficile, et que le moral en prend un coup, je l'ai choisie. Je n'ai rien raté, aucun échec ne vient ternir l'estime de moi. Tout au plus ai-je progressivement, pendant un bon mois, oublié un peu tout ça en ne voulant pas trop regarder où j'en étais ni où j'allais, aboutissant, oui, à ces symptômes de dépression, sentiment de tourner en rond, de ne plus pouvoir avancer, me terrant (de terreur?) dans mon lit le matin, souffrant à l'idée de me séparer de Jun, passant ma journée à regarder des programmes américains sur l'élection présidentielle (et puis, après le 5 novembre, le vide qui s'installe, la vraie dépression...). Je dois à William Sheller de m'avoir sorti de cet état de torpeur qui fait de la vie une mort aménagée, une salle d'attente (mais où l'on attend quoi...). Non pas au CD lui-même, je l'ai peu écouté (Sheller est un auteur aux mots trop précis pour être écouté tout de go et être aimé, chaque chanson a besoin de son contexte pour qu'un jour...), mais à l'ensemble du colis que j'ai commandé sur Amazon. Les frais de port son proportionnellement inverse aux quantités. J'ai donc acheté quelques livres. Rien de difficile, du léger, les enquêtes de Nicolas Le Floch, commissaire de police au Châtelet de 1761 à ... (l'auteur n'a pas encore décidé...). Des enquêtes à rebondissement en soi peu intéressantes mais une reconstitution très minutieuse de Paris, de ses odeurs, de son architecture, de la trame historique et de la société de cour. L'auteur, ambassadeur, est d'abord historien et par conséquent son travail est très précis et juste sur le plan historique. C'était exactement ce dont j'avais besoin. J'ai passé des jours entiers à lire, retrouvant au passage un plaisir presque oublié (NOVA me vidait, Lehman ne me laissait pas de temps). Et je ne vous apprendrai rien si je vous dit que le plaisir est le début de tout.
Hier, je suis allé à Hello Work, l'ANPE/ASSEDIC japonais. Je suis indemnisé à partir de la semaine prochaine mais j'ai cru que j'allais éclater de rire quand j'ai vu le montant. Un truc ridicule, en gros le RMI... En fait, ils n'ont pas terminé le calcul du montant car il leur manque des infirmations. Ils m'ont mis au minimum. J'avoue qu'à ses conditions, je n'aurais pas trop le choix... Mais je fais confiance à l'explication qui m'a été donnée. J'ai en outre du subir, avec environ 50 autres personnes, moyenne d'âge 45 ans, pas mal de femmes) la vidéo de 40 mn expliquant le système pour trouver rapidement un emploi. La société japonaise a environ 10 ans d'avance sur la France (plus de luttes sociales depuis les années 70). Le résultat, une majorité de chômeurs ont, comme moi, droit à 3 mois d'allocation. Ils peuvent cumuler avec un "baito", petit boulot, les jours de travail étant déduits du montant indemnisé, prolongeant d'autant la durée d'indemnisation. Ces baitos n'offrent aucune couverture sociale, aucune assurance chômage: ce sont des emplois dits "à l'heure". On peut y être licencié a tout moment. À l'origine travails (je maintiens qu'on peut mettre un s à travail et non aux dans ce cas car des travaux a sémantiquement un sens différent de des travails /usage perdu à la fin du 17ème siècle, mais qui correspond bien à la réalité contemporaine) d'appoints pour les étudiants ou les retraités (les pensions sont parfois très minces), ils sont aujourd'hui le lot d'un nombre grandissant de chômeurs et femmes décidées à retourner dans la vie active (notamment pour payer les études des enfants, véritablement hors de prix).
Vous imaginez bien que dans mon cas, je n'ai pas le droit à ces petit boulot. Mes possibilités de trouver un travail sont extrêmement réduites dans le marché actuel. Avec une allocation "correcte", j'ai trois mois. Ca mérite d'être tenté. Avec ce que j'ai vu sur ma fiche hier, mon aventure ici revêt quelque chose d'absurde.
En fait, je récolte aujourd'hui le fruit de choix que j'ai opéré. Les mauvais (le chômage) et les bons (Jun). Je ne peux pas dire que je suis victime de quoi que ce soit, j'ai décidé de venir ici. Tout était volontaire, je ne peux rien reprocher à quiconque, pas même à moi. Je dois désormais prendre de nouvelles décisions. Parmi celles-ci : si je ne vois rien venir fin janvier, je devrai envisager de quitter le Japon. Ce n'est pas de gaité de coeur mais je ne vois pas trop quelle autre possibilité s'offrira à moi à ce moment là. C'est juste faire preuve de maturité. J'ai donc deux mois devant mois pour débloquer ma situation, trouver quelque chose. Je ne suis pas si pessimiste, j'ai toujours eu une certaine chance.
Et puis aussi, maintenant que j'ai du temps, je peux travailler un peu pour moi, me promener, écrire. Me préparer au pire dans la tranquillité en préparant le meilleurs aussi. On verra où penche la balance. Je n'ai jamais été meilleurs qu'en suivant mes intuitions...
Allez, je vous abandonne sur ces considérations variées. J'ai écrit sur mon iBook, j'ai totalement oublié comment écrire avec un clavier français. Mais je ne suis pas mécontent de réutiliser accents et cédilles...

jeudi 6 novembre 2008

En ecoutant William Sheller...

Samedi, musee Nihon Minkaen vers Kawasaki. Deux artisans et un gardien. Au Japon, on travaille deja au dela de 65 ans...

Je vous ai deja parle de William Sheller, et j'y reviens car la semaine derniere est sorti son dernier album, Avatar.
C'est marrant, ce chanteur, il ecrit toujours LA meme chanson, mais elle se pare a chaque fois de couleurs differentes. Il est tres proche de Vivaldi en cela.
J'aime SA chanson.
J'ai donc commande Avatar sur Amazon et il est arrive extremement rapidement. Et comme toujours, il va me falloir des mois pour penetrer chaque texte et y trouver celui, ceux qui me parlent, car les textes de William Sheller parlent. Ce n'est pas de l'intime, c'est beaucoup plus profond que cela. Du quotidien. Une impression. Une pensee. Avec Sheller, c'est souvent moi meme que j'ai ressenti, retrouve. J'ai ecoute Epure 3 ans apres sa sortie, presque en boucle, parce qu'un jour une chanson m'a parle, et puis apres d'autres. Ils sont rares celles et ceux qui me font cela. Il y eu bien sur Barbara, et puis Dominique A y est parvenu, mais helas ses pauvres musiques m'ont vite fatigue et ses textes m'ont progressivement donne l'impression de tourner en rond. Non, je ne classe pas Ferre dans cette categorie. Ferre, c'est autre chose, et Ferre ne se compare pas. Ferre me donne envie de hurler.
Sheller, lui, continue de faire dans le simple, avec des mots de post adolescent, du temps d'avant la maturite, du temps des reves et des ambitions intactes. Des constats froids mais reels, "tu fous tout par terre". Cet album est rempli de bruits divers et de musiques sublimes et je crois qu'il est enfin parvenu a realiser ce qu'il voulait faire en matiere de depassement des styles. Ici, une tres belle unite domine et pourtant, une tres grande variete...
Dur, ecrire avec de la musique en fond, et particulierement un disque que je ne connais pas, j'ai l'oreille a l'affut. Hop, stop!
Nihon Minkaen. Maison du 19eme siecle, prefecture de Gifu.

J'ai profite de commander ce disque sur Amazon pour commander des livres (et ainsi amortir les frais de port). J'ai commande ainsi une belle flampee d'enquetes de Nicolas Le Floch, cet inspecteur de l'ombre de la deuxieme moitie du 18eme siecle cree imagine par J. F. parot. J'en avait lu 3, j'en ai commande 4! J'y ai ajoute un roman de Claude Izner (il s'agit en fait du pseudo pour deux soeurs), en esperant retrouver ce que j'aimai dans Adele Blanc Sec quand je la decouvrit, puisqu'il s'agit d'enquetes dans le Paris de la fin du 19eme siecle... Bref, j'ai commande des policiers historiques qui se lisent rapidement en se plongeant dans l'exotisme des epoques passees. Comme j'ai etudie le 18eme, mon cerveau y rajoute des images et, comme je connais bien Paris, j'espere que le roman d'Izner agira egalement...
Cet apres-midi, je compte me rendre a Ebisu ou se trouve la bibliotheque de la Maison Franco-Japonaise. C'est la-bas que j'ai eu un entretien la semaine derniere, au 29eme etage de la tour Garden Place. Ce fut etonnant : 4 personnes differentes dont deux en conference call car elles etaient a Hong Kong. 15 minutes chacunes, on se sent devenir une machine qui raconte toujours la meme chose. Les trois premiers entretiens furent bon, le quatrieme un vautrage car j'essayai de varier le contenu. Crash en rase campagne... Une employee de mon agence de recrutement etait la. Je lui ai demande de me donner une note sur 10, elle a dit 7. J'aurais pas loupe le 4eme, j'avais bien 9... J'attends la reponse, ils prennent leur temps. Il s'agit d'interim, mais sur une tres longue duree, pour remplacer un depart en conge maternite.
Ebisu, c'est loin de chez moi, mais c'est mille fois mieux que Roppongi. On peut s'y promener, faire un peu de shopping, on peut marcher jusque Shibuya a vingt minutes a pied... Le travail est pas tip-top, la tour affiche des tonalites cremes assez sombres mais l'impression que j'ai eu en arrivant sur le plateau a ete surtout "c'est propre", et malgre un cote un peu sombre, tout paraissait net, a sa place. Ca m'a fait penser a BNPP a Paris. Avec une vue directe, comme toujours, sur la Tour de Tokyo.
Au Japon, une pouf est VRAIMENT une pouf !

J'avais eu un autre entretien la semaine precedente a Tokyo/ Otemachi. Depuis assez longtemps, je crois l'avoir deja dit, c'est la que je souhaite vraiment travailler. J'aime le quartier (et le fait de pouvoir y etre en 10 mn de metro...) et j'aime la societe en question. Du 43eme etage ou j'eu mon entretien, la vue etait magnifique, offrant tout Tokyo du regard, sa baie, des tours et son cafarnaum de rues, avenues, autoroutes... Au loin en hiver, je ne doute pas que le Fuji apparaisse dans toute sa grace. Ce jour la, le temps etait ensoleille et brumeux a la fois, comme Tokyo (et le Japon) sait si bien le faire...
Par les temps qui courent, les entretiens dans la finance, c'est rare, alors...
Nous avons eu un long week end de trois jours, ici. Nous avons fait de belles promenades : un musee en plein air vers Kawasaki (des maisons japonaises anciennes, parfois 2/300 ans) samedi, et puis dimanche de Kagurazaka jusque Shinjuku (en passant par l'Institut); nous voulions voir le nouveau Book First dans la toute nouvelle tour mais en fait la date d'ouverture est "debut novembre"... c'est flou et on etait donc vraissemblablement encore un peu trop au debut... Partout les illuminations de Noel font leur apparition. Et Lundi, ce fut enfin le matsuri "historique" de Tokyo, a Asakusa. C'est marrant, le defile s'arretait a la fin du 19eme siecle. Il est toujours impossible de parler du 20eme siecle. Mais bon, le defile nous a reserve de belles surprises amusantes... Jun et moi avons beaucoup ri quand est arrive O-Oku (le harem du Shogun) qui ressemblait plus a un defile de maratres qu'a un concours de beaute. On ne peut pas grand chose contre la demographie... et les jeunes preferent sans doute participer au Samba Matsuri qu'a ce defile "historique"... Comme toujours, nous avons continue l'apres-midi par une longue matrche jusuqe Ueno d'abord puis Nihon bashi avant de prendre le metro pour le retour.

mercredi 5 novembre 2008

A day in America

J'ai ecris ces quelques lignes a mes amis. Et puis j'ai telephone a Freddie. Il y a des jours ou on accueille le monde a plein poumons...
"Pour vous le debut de la journee, et pour moi la fin. (...)
Aujourd'hui, donc, des 9 heures trente, j'ai mis NBC et regarde la "soiree electorale" en direct.
Joies du decallage horaire... Ma journee commencait, vous vous etiez de votre cote doucement enseveli dans votre couette et les americains s'appretaient a diner. Chez moi, c'etait deja le 5 et chez eux encore le 4...
La premiere heure, j'etais tres inquiet, rien ne donnait le sentiment que ca allait dans le bon sens, au contraire. Mais il a fallut que 4 etats "massifs" soient du cote Obama pour que l'optimisme revienne.
Et puis il y a eu la cote ouest... C'est alle tres vite, c'est monte a 260 delegues et quelques, et puis d'un seul coup, je ne sais pas trop comment, les presentateurs se sont tus apres avoir dit qu'Obama etait le 44 eme president des USA... La foule hurlait sur l'ecran, aucun commentaire, moi, je pleurais comme une madeleine, reminiscence de 1981 melee d'un sentiment plus profond, appelons le generosite pour tous les descendants d'esclaves que je voyais a l'ecran, desir d'y etre aussi, dans cette foule metissee, amour de l'Amerique peut etre egalement car elle produit ce genre d'evenement qui semble plus fort qu'une recession ou n'importe quelle guerre. Une ancienne collegue m'a appele, elle aussi regardait.
J'ai desire tres fort que nous soyons ensemble le jour ou la France sera prete pour vivre quelque chose d'aussi fort. Parce que malgre la distance, je vous assure, avoir pleure avec une bonne centaine de million de gens, fallait vraiment que ce soit fort. Et je crois, comme le disent les journalistes americains, on n'a pas encore realise la porte.
Une famille Afro-Americaine va habiter a Washington...
De son cote, John McCain a ete tres bien, et ce n'est pas que du fair-play, son discours a ete courageux; la preuve, il a ete siffle par son public de petits blancs...
L'Amerique est gouvernee par un type neuf qui n'est ni Kennedy, ni Roosevelt, ni Lincoln mais que l'on compare deja aux trois... Et il est noir. Et de gauche.
On va mettre un moment a integrer ce que cela represente... L'Europe soudain voit ses exigences relever et ses insufisances encore plus criantes, notamment privee de toute constitution.
Allez, je ne dis rien sur le PS... aujourd'hui, ne pensons qu'a Obama...
Je vous embrasse et vous laisse savourer cette magnifique journee americaine."
Voila,
Hier, j'ai revu Diva, de Benneix, et je m'apprete a ecouter le nouveau Sheller que je viens de recevoir grace a Amazon...