J'ai regarde le film de Michael Moore, Sicko, hier soir. Je comprends parfaitement que le realisateur ait voulu faire la demonstration d'une Amerique sous-developpee medicalement et livree aux assurances privees. Les images et les interviews realises depassent ce que j'imaginais sur la question; non pas que je ne savais pas a quel niveau ce pouvait etre, mais etre place face a des exemples concrets rend tres precisemment les situations de desarroi qui sont la contrepartie dramatique de la course aux profit des entreprises privees. Refus de soins et d'actes chirurgicaux sont monnaie courantes et cette prise de conscience auquel le film nous invite n'est pas pour rien dans le lead democrate tout au long de la campagne electorale. On a eu beau dire que seule la crise financiere expliquait la victoire d'Obama, c'est oublier que toute la campagne s'est faite sur les themes du Parti Democrate ou la protection sociale a eu une place centrale. Un lead republicain aurait place au coeur la politique d'immigration car c'etait l'obsession de 2 candidats lors des primaires. Je continue toutefois de penser, et le film m'a conforte dans ce sens, qu'Hillary Clinton avait un bien meilleur projet que Barrack Obama, puisqu'elle entendait instituer une protection sociale d'Etat accessible a tous et concurrente des assurances privees, avec obligation de souscrire a l'un ou l'autre systeme bref, permettre a chacun d'avoir une protection sociale. Obama lui, propose l'acces a l'assurance privee de son choix pour tous et non l'assurance universelle de Clinton. Bien sur, je ne dis pas que le systeme Clinton etait excellent, mais en creant une couverture universelle d'Etat, bien qu'optionnelle, Clinton cassait le monopole des assureurs prives et offrait une chance aux cancereux, sideens, personnes agees, diabetiques, hypertendus, cardiaques, obeses, etc, d'etre soignes quand les assureurs prives trouvent toujours un pretexte pour les exclure. Des fois, je me suis demande si Obama n'etait pas soutenu dans certains milieux financiers essentiellement pour ca : laisser la main libre aux entreprises privees.
Bref, ce film demonstration m'a toutefois enerve quand il s'est agi des exemples europeens, et parmi eux, francais. L'interview de Tony Benn, le vieux baron du Labour, de son aile "gauche", qui n'hesitait pas a s'appuyer sur l'aile trotskyste pour maintenir son parti dans la mouvance du socialisme (les illetres du PS et du journalisme racontent souvent bien des betises a propos de la "modernisation" du Labour entreprise par Blair, car en fait de modernisation, Blair a ramene le Labour la ou il en etait dans les annees 30, un parti peu ideologique, pragmatique et aux revendications d'origine syndicales... ce n'est pas un hazard si la seule grande reforme du Blairisme est l'introduction d'un salaire minimum), en cela fidele au parti tel qu'il se redefini dans la guerre puis dans l'apres guerre, avec la medecine gratuite d'etat, le controle syndical dans les entreprises, une fiscalite hyper progressive et des nationalisations. Tony Benn est une personnalite comme il n'en existe pas en France, c'est l'anti-Thatcher. En fait, la variante francaise serait plutot Chevenement que Melanchon tant Chevenement est un homme politique particulier, et dont les idees s'enracinent profondemment dans l'histoire de la gauche francaise, avec toute la complexite et les contradictions que cela suppose : je n'aime pas du tout ses idees et pourtant, il y a quelque chose qui m'empeche de les detester. Sa politique d'immigration ne m'a pas du tout plu, et pourtant, il est le seul "haut" responsable politique a plaider pour une promotion volontariste d'une elite d'origine musulmane, africaine et asiatique dans les appareils politiques et administratifs. Son cote Marseillaise a l'ecole provoque de l'urticaire, pourtant sa volonte d'en faire apprendre les 7 couplets est un des plus puissants antidotes au Lepenisme qui soit (eh oui, la marseillaise est un chant international qui appelle les francais qui se sont liberes de la tyrannie a venir en aide aux autres peuples : le Palais d'Hivers a Moscou a ete envahit au chant de la Marseillaise, en Russe, et les independantistes algeriens avaient eux aussi une Marseillaise en arabe...). Bref, Tony Benn est un choix politique de la part de Moore. Pour l'Anglettere, c'est un peu comme si pour parler de la protection sociale on interviewait Laguiller en France. La personne est hautement respectee, on reconnait le symbole, mais c'est tres type ideologiquement. Toutefois, je dois dire que je me reconnais beaucoup plus dans ce socialisme "radical" anglais que dans le socialisme "radical" francais. Car en France, le socialisme n'a jamais ete populaire, cette base ayant ete captee par le Parci Communiste apres 1920. Et si le Parti Communiste n'a jamais ete petri de liberalisme politique et d'ideal democratique, le socialisme francais a toujours fait passer "le ventre" sur "la liberte" (l'opposition est de Anna Arendt) dans l'opposition, en oubliant les deux une fois au pouvoir. C'est etonnant comment Tony Benn exprime un socialisme petri de democratie et pour lequel c'est la democratie qui realise le socialisme par le pouvoir accorde au peuple : il conclu en imaginant un peuple qui se reveille et exprime sa propre volonte et ses propres interets par et pour la democratie. On peut trouver ca utopique, mais c'est pourtant cela, le socialisme, et dans ce cadre on n'a pas besoin d'y rajouter "democratique". Le socialisme de Benn est un socialisme qui se confond dans la democratie et je suis a peu pres sur que les socialistes Americains sont dans la meme ideologie.
On visite alors un hopital et un dispensaire. En Grande Bretagne, la sante est gratuite, ce qui epate Moore. Il eut toutefois ete honnete de presenter la decrepitude du NHS il y a une dizaine d'annees, quand 20 annees de pouvoir conservateur avaient pauperise l'ensemble de l'appareil en gelant les credits a leur niveau de 1981 et en stoppant tous les investissements. Les britanniques ont du etre tres reserves sur le film... L'apotheose de la malhonnetete est atteinte en France. On nous presente un systeme social gratuit qui paie les baby-sitters... Rien sur les forfaits, le ticket moderateur... C'est vrai que les affections graves sont en France remarquablement bien couvertes, que les hopitaux sont modernes, que les allocations familliales, handicapees, premier enfant sont veritablement des avancees sociales contre lesquels tout gouvernement butera sur un refus de les amenager tant ils s'inscrivent dans un consensus qui mele socialisme et democratie chretienne, ce creuset ne durant la resistance, cimente par l'aura charismatique du General De Gaulle. Mais n'eut il pas ete honnete de rappeler que generallement, un tiers de la consultation est a la charge du patient, et que generalement il devra s'acquiter de deux tiers du traitement ? Que le salaire moyen est de 1500 euros et le plus petit studio parisien coute 600 euros ? Qu'avec 1500 euros, il faut deduire 300 euros d'impots (d'etat et locaux), bref, que le net a vivre est alors de 600 euros. Et qu'ainsi, sans mutuelle (bref, une assurance privee), une visite chez le medecin peut facilement revenir a 20 euros net. Ca peut paraitre peu, ces 3,20% du net a vivre, mais qu'on y rajoute les soins dentaires, les analyses -reste 30%-, les lunettes et on s'appercoit que notre securite sociale ne repose plus seulement sur le principe de solidarite puisqu'il faut y adjoindre des "complemetaires" dont 5 a 6 millions sont exclus. Le PS "barre a gauche" de la Aubry ne remet d'ailleurs pas du tout en cause ce grignottage puisque c'est lui qui l'a introduit des les annees 80 (premiers deremboursement et creation de la categorie "de confort" rembourses aujourd'hui a 30%) puis sacralisee avec la creation, par Martine Aubry, de la Couverture Medicalisee Universelle, branche privee de l'assurance maladie puisque geree par un organisme mutualiste ou ue assurance privee (le souscripteur recoit une liste et choisi qui il prefere... bravo, Martine, "a gauche toute!"). Ce sont helas les socialistes qui ont cree cette sorte de privatisation rampante qui ne dit pas son nom : autrefois, jusque 1983/84, la securite sociale remboursait tout au minimum 80% : medecin, medicaments, hopital. La gauche, qui aujourd'hui crie au scandale avec les forfaits de Sarkosy, a introduit d'abord le forfait hospitalier journalier non rembourse (laissant ce soin au mutuelles), puis a cree les trois categories de medicaments en baissant les taux : normal a 75%, de confort a 35%, "facultatifs" non rembourses; parmi eux l'aspirine et le paracetamol, les vitamines... La suite de l'histoire des socialistes et de la protection sociale est une logue histoire d'augmentation des forfaits hospitaliers, de baisse des taux de remboursement et de deremboursements. Pour le plus grand bonheur des mutuelles, instituees partenaires sociales a part entiere par les socialistes. Martine Aubry, deux fois ministre chargee des affaires sociales est passee maitre dans l'art de realiser des budgets equilibres sur le dos des assures sociaux. Certains objecteront que la medecine coute de plus en plus cher. Comment font donc les anglais, les allemands, les canadiens, les suedois... ? Je suis pour la nationalisation de la medecine, comme en Grande Bretagne. Le NHS coute 2 fois moins cher que la securite sociale..
Bref, Moore a volontairement souligne le contraste entre des societes basees sur la solidarite et une societe basee sur l'egoisme. Au prix d'omissions un peu malhonnetes. C'est la ou on touche a la limites des films de Moore : presentes comme des documentaires, ce sont des oeuvres de fiction, du cinema d'auteur, puisque Moore sait d'avance ce qu'il veut dire, comment le dire, et avec qui. La scene finale, ou des secouristes et pompiers du 11 septembre sont soignes a Cuba pour 3 fois rien quand le systeme americain les a exclu en est la triste expression, ramassant l'ensemble du film dans un melo larmoyant. Un documentaire aurait privilegie une comparaison, des interviews de Cubain. Il a choisi un derive de Tele Realite.
Ici, le temps finit par se lever, il a plus hier et jusque ce matin. On prevoit desormais du beau temps, je vais en profiter pour me promener.
mercredi 10 décembre 2008
mardi 9 décembre 2008
Et revoila une nouvelle semaine

L'enseigne d'un restaurant de cuisine francaise a Kamakura, le restaurant "coin de rue" (prononcer ko-a-n'-do-rou/コアンドル), a Kamakura.
J'ai beau desormais avoir compris que la situation economique ne va guere s'ameliorer du jour au lendemain, j'ai beau avoir integre que retrouver un travail ne va pas etre une mince affaire, je ne peux m'empecher de trouver le temps long du matin a la fin d'apres-midi puis, soudain, terriblement rapide quand je m'appercois que la nuit est tombee. C'est bien cela, le chomage, et c'est pour cela que je me suis progressivement enferme dans un etat depressif jusqu'a la mi-novembre. Je peux confirmer que je vais beaucoup mieux. Comme je vous l'ai dit, j'ai defini ma strategie, qui sera ciblee et originale, basee sur le principe simple de "rien a perdre". Certains me diront, mais si, justement, tu as quelque chose a perdre, tu devrais faire attention, chercher du travail tous azimut, te surractiver, faire "un CV qui tue la mort" et bombarder tout autours. Comme mes ex-collegues Lehman Brothers, par exemple. 1500 CV qui ont litterralement bombarde le marche a Tokyo, que dis-je, 1500 candidats qui ont chacun envoye leur CV qui tuait la mort dans tous les cabinets de recrutement, dans toutes les banques, au moment ou chacune d'entre elles annoncaient leurs plans de licenciements. Et au passage, qui ont eu l'extreme politesse de ne pas se presenter aux entretiens qu'ils avaient pu eventuellement obtenir apres que NOMURA eut annonce qu'ils rachetaient Lehman. Allez envoyer votre CV apres ca, surtout un CV ou est inscrite la marque infame, "Lehman".
Mon option est "a situation critique, strategie critique" : il n'y a pas de travail ou tres peu, les agences recherchent des pointures. Je ne suis pas une pointure classique; j'appartiens a la categorie John Lobb, je suis sur mesure. Je me vendrai donc sur mesure, laissant aux candidats standards, notamment la categorie Weston, le privilege de leurs 3 largeurs et leurs demi-ponture. Ca ne se compare meme pas, je vous laisse le soin de vous forger une opinion par vous meme. En tout cas, je n'ai jamais reve de chaussures Weston. Mais les pausseries Lobb, la quinzaine de jours reservee a la fabrication sont des choses qui m'ont toujours fascine, sans compter que Lobb offre egalement, bien entendu, les trois largeurs et les demi-pointures pour ceux qui ne peuvent pas payer le sur mesure... Lobb, ce n'est pas une marque. C'est de l'artisanat. De luxe, mais de l'artisanat. Weston, c'est des pompes cheres avec le nom marque quelque part. Le Vuiton de la (P)ompe en quelque sorte.
La semaine derniere, j'ai fait un grand menage sur mon ordinateur, j'ai continue aujourd'hui. J'ai reconfigure mon client de messagerie (Mail) et mes onglets de navigateur. Je suis desormais parfaitement nomade (IMAP en messagerie, Safari en navigateur). Apres tout, j'utilise le serveur MobileMe (Mac) qui offre des possibilites etendues de synchronisation. En mettant a jour mes onglets, j'en ai bien supprimes les 2 tiers. J'ai notamment supprime le tres long thread consacre a NOVA sur Let's Japan. On a bien ete 2000 a avoir les yeux, puis notre imagination et enfin nos angoisses accroches a ce Forum. Ce devait etre comme ca, le Titanic. Tous les jours, tous les matins, je me levais (et mes collegues tout comme moi) pour y trouver quelque nouvelle information, quelque bruit de couloir, quelque rumeur. Nous pressentions le pire mais tout comme le chat est paralyse par un faisceau de lumiere, nous etions tetanises par ce qui semblaient bien etre le feuilleton d'une faillite annoncee puis la saga d'un naufrage collectif, avec des etudiants floues de millions de yens et des professeurs laches dans un pays dont pour la plupart ils ne parlaient pas la langue ou ils leurs faudrait entreprendre des demarches pour recevoir une compensation aux salaires impayes et eventuellement chercher un nouvel emploi. Quelle angoisse ce fut... Ce forum ou la plupart des messages etaient postes de 9 heure de matin (un traditionnel "je suis alle au ATM, toujours pas paye") a 4 heures du matin ("il parait que les staffs ne recoivent plus leur salaire depuis trois mois"), avec des nuits qui n'etaient plus vraiment des nuits, mais juste une variante nocturne du temps qui passe. De mon cote, a ce qui m'apparait presque comme la recette ideale de la depression nerveuse, s'est vu adjoindre l'histoire de A la francaise, puis dans la foulee (marrant, ce jeu de mot), une entorse qui m'a privee de ma mobilite pour une bonne quinzaine de jours avant quinze autres jours de mobilite reduite. Il y eu Kyoto - j'avais reserve a mi-novembre et il etait hors de question de renoncer - et a mon retour je me cassai le petit doigt de pied. Et de nouveau ce fut la mobilite reduite. De l'hivers, je ne garde quasiment aucun souvenirs et meme pour Kyoto il me faut presque fouiller dans ma memoire. Non, en fait, en y pensant bien, j'en ai des souvenirs tres precis.
J'aurais tant aimer y passer le nouvel an cette annee encore. Mais je ne veux pas rejouer le meme jeu dangereux que l'an dernier, avec mes cartes de credit. Je suis bien decide a ne pas y toucher et ne les reserver que pour une eventuelle "soudure". Cette annee, je n'irai pas a Kyoto.
Mais je sais que les Kamis de Kyoto me protegent. et m'aideront des le debut de l'an prochain. He he he...
J'ai donc enfin efface cet onglet, et avec lui beaucoup d'autres qui n'avaient pas ou n'avaient plus de raison d'etre. Mon navigateur a retrouve son allure compacte. J'avais trie mes papiers (factures, certificats, etc) il y a deux semaines : ce travail de remise a jour continue. Au Japon, on fait ce travail la en fin d'annee. C'est bien involontairement que je me retrouve en train de le faire mais finalement, je trouve cela plutot agreable. Je me souviens, du temps de mon analyse, je voyais une obligation en toutes ces demarches, ces classements et ces mises a jours. J'aime desormais voir emerger derriere ce travail tres simple comme du renouveau, un effet de neuf, de propre. Un peu comme retourner la terre avant les semances : j'ai toujours aime les paysages a ce moment la a la campagne; les champs offrent alors le joli dessin d'une terre bien propre, prete a recevoir et a donner. Je crois bien que la vie est un peu comme cela aussi. Je ne crois pas qu'il y ait une obligation a "nettoyer ses onglets", mais il faut avouer que c'est bien pratique, en surfant, de trouver tout de suite ce que l'on cherche. Et puis, comme MobileMe offre une reelle synchronisation, ce serait vraiment du gachis de ne pas en profiter. Me voila donc de retour a Safari dont je constate les indeniables progres en terme de compatibilite : je l'avais abandonne au profit de Firefox car Safari etait incapable d'ouvrir correctement la page de creation sous Blogger ou il manquait alors un certain nombre de fonctionnalites, ce qui est desormais resolu. Sa rapidite est un plus. Et enfin, la possibilite de synchroniser les preferences et les onglets avec MobileMe est vraiment un plus puisque j'ai deux ordinateurs dont un portable. Avantage ? Si je modifie quelque chose dans l'un, ca modifie immediatement dans l'autre et cela modifierait mon iPhone si j'en possedait un. De meme pour mon email, j'ai decide de revenir au protocole IMAP qui permet de ne pas effacer les emails sur le serveur. On peut donc consulter ses mails de partout et, la encore, les recevoir sur deux ordinateurs differents (POP efface le message sur le serveur apres reception, ce qui n'est pas pratique en situation de mobilite).
Oui, je sais, ce n'est pas interessant. Mais en fait, dans ma situation, je tente de penser a tout ce qui augmente mes chances, mes opportunites bien decide a ne rien laisser passer. J'ai pense a cela, et l'ai immediatement fait. Ce n'est pas avec la synchronisation par MobileMe que je trouverai du travail, certe. Mais c'est avec un esprit ouvert a toute possibilite et pret a ouvrir toutes les portes que je trouverai. De cela, j'en suis certains. Parce que j'appartiens a la categorie Lobb, comme explique plus haut. Helas, Weston est incapable d'habiller les pieds deformes. Nul doute que les cordonniers britanniques sauront eux elegamment masquer l'infirmite.

Au Japon aussi, tout est fait pour faire travailler jusqu'a 70 ans. Mais comme on est au Japon, c'est fait a la japonaise. En gros, "J'ai envie" de travailler jusqu'a 70 ans parce que "je suis en forme". Le slogan est basique, il s'agit de faire une societe qui puisse travailler longtemps. Vous voyez, je n'ai rien a vous envier. Sarkosy "le Japonais". Youpee !
J'ai termine un dorama avec Kimura Takuya, Concerto (1997). Je suis toujours frappe par certains evenements dans les doramas. Imaginez un architecte de renom, qui dessine une bibliotheque prestigieuse et qui se voit retirer toute responsabilite sur l'ouvrage sur decision personnelle d'un entrepreneur. Le Japon ignorerait il les droits d'auteurs ? Les rapports sociaux seraient ils ignorant des legislations ? Ce qui est frappant dans les doramas est le degre d'acceptation. La police qui n'arrive qu'apres un carnage et n'arrete personne, les coupables qui attendrissent les policiers, les victimes prises a parti et suspectees de porter une part de responsabilite dans ce qui leur arrive... C'est un portrait sans complaisance (bien involontairement) sur les disfonctionnements de toute la societe que les doramas montrent a l'oeil de l'etranger. Une societe de lachete paree de bons sentiments suintants ou personne ne fait confiance a personne et ou les crimes des "dominants" s'amendent avec les annees et les regrets, au mepris total des victimes soumises. Il y a des fois, je me demande si les jeunes qui ne sortent pas de leur chambre (estimes entre 5 et 10%) ne sont pas les plus normaux. A l'ecole, l'intimidation commence tres tot. Brimades, bousculades, mepris : l'ijime (harcelement) est la norme dans une societe qui fait de la vie en groupe la base meme de l'identite des individus. Ce sort, reserve a la categorie des "tapettes" en France, touche ici indifferemment selon des criteres d'exclusion simple : nouvel eleve, trop petit, trop grand, trop jolie, trop bon eleve, etc... Il suffit de ne pas plaire a un des eleves charismatique d'un groupe d'eleve pour que la scolarite devienne un enfer. J'ai ete, enfant, victime d'une certaine forme de harcelement, mais on ne m'a jamais demande de mourir, on ne m'a jamais fait de mal en profondeur. Et j'avais suffisament d'humour pour laisser passer. De plus, je n'ai aucun souvenir de mepris, de haine. Et cela ne m'empechait pas d'avoir des camarades, ni d'etre delegue de classe (de la 6eme a la premiere!). Au Japon, un eleve victime d'ijime est ostracise. Kusai !, il pue... Shine !, creve... Vous imaginez, a sept ans, huit ans... Les informations regorgent de ces faits divers d'enfants assassines par d'autres enfants, d'enfants qui se suicident, parfois en groupe apres s'etre donne rendez vous sur un site internet... Les medias s'interrogent sur les moyens de proteger ces enfants, mais tres souvent l'ijime est vu comme une faiblesse de la part de celui qui en est victime, qui s'enferme alors encore plus dans sa honte. Un jour, il/elle ne peut plus aller a l'ecole, s'enferme a la maison dans une depression nerveuse d'adolescent (les pires), faisant porter le poids de la honte sur la famille entiere.
Bien entendu, ce n'est pas une categorie dominante au Japon, mais c'est un phenomene typiquement Japonais. En Europe, l'ijime frappe avant tout les jeunes homosexuels et n'est pas, heureusement, aussi socialement admis qu'au Japon. L'ijime, ici, se continue ici sous des formes divers dans l'age adulte. Le groupe fait pression sur celles et ceux qui ne sont pas maries. On ostracise les meres celibataires et les divorces (qui finissent par demissioner de leur entreprise tant la pression est alors insupportable : travail degradant, surtravail, blames, exclusion des activites du groupe, etc) ainsi que leurs enfants quand la situation s'ebruite parmi cette force sociale de la conservation, les "meres" (certaines ecoles demandent au parent de retirer leurs enfants pour ne pas ternir l'image de l'etablissement). La encore, bien entendu, les exceptions existent, mais ce penchant de la societe et du groupe de s'immiscer dans la vie des individus est le plus fort, meme dans une ville comme Tokyo. Ainsi, il y a 15 ans, une manager japonaise a Paribas Tokyo a ete menacee d'etre renvoyee apres qu'elle eut divorcee car, d'apres le directeur, Japonais, elle salissait l'image de la maison. Elle a pu heureusement obtenir une mutation a Londres, elle s'est remarie et... elle a remplace celui qui voulait la renvoyer. Sa chance etait de travailler pour une grande entreprise internationale.
La passivite des individus dans les doramas ne laisse de me surprendre. J'y vois un reflet, bien involontairement compose, d'une societe ou le plus fort domine le plus faible, ou le plus faible se sent responsable, voire coupable de sa situation et ou la masse intermediaire tente par tous les moyens de ne pas basculer dans le camps des plus faibles en acceptant les mariages arranges, les heures supplementaires non remunerees, les soirees karaoke avec le chef qui chante mal et le dernier metro manque, les enfants qu'on ne voit jamais parce que le chef veut qu'on aille aussi travailler le samedi, les ecoles de bachotage qui accueillent les eleves de 18 heures a 22 heures et coutent une fortune que les parents paient quand meme parce que si on ne le fait pas ni les voisins ni les camarades de classe ni les autres parents d'eleve ne les comprennent...
Pour finir, un peu d'humour. Dans les supermarches, il y a des magnetos partout avec de petites musiques pour attirer l'attention du client sur un produit ou une promotion. Voici ma chanson preferee. Je l'ai appelee : la danse de la viande. "sukiyaki, shabu shabu..." (etc) "mangeons de la viande, de la viande, mangeons de la viande, en mangeant de la viande, tout le monde est en pleine forme" etc.
J'adore !
dimanche 7 décembre 2008
Par un beau dimanche, promenade a Kamakura
Je vous ai prepare un album avec quelques photos. Grand beau temps, Jun et moi sommes partis de bonne heure pour en profiter pleinement. Grand plaisir de gouter a cet air frais et tonifiant, de revoir ces temples et ces jardins pourtant familliers mais changes par la saison. Au Japon, il y a des arbres verts toute l'annee; ici, on compose les paysages comme on compose les jardins. Ces erables rouges, ces ginko jaunes, tout porte la marque de l'homme et cette nature si pregnante n'est en fait pas la nature mais un travail minutieux accompli il y a parfois plus de 5 siecles. Les Japonais d'autrefois avaient plutot peur de la vraie nature, peuplee de fantomes, de divinites et d'esprits errants et de Tengu. Seuls des moines bouddhistes, des pretresses tombees dans la sorcellerie s'aventuraient dans les forets et les montagnes. Vous avez vu Momonoke ? Le resultat est une conservation remarquable des grandes forets dans certaines regions. Mais partout ou l'homme affirmait sa presence en nombre, il tendait a grignoter le paysage et a le recomposer selon sa volonte, faisant de la nature non plus un objet de crainte mais de contemplation.Ainsi, les forets limitrophes des villes, comme Kyoto, ou des temples comme a Kamakura, offrent au gre des saisons des couleurs differentes et des plaisirs renouveles. Le paysage n'est jamais domine par le gris comme en France. Ici, le vert domine toujours, mais en hivers c'est un vert eteint, un peu sombre et bien peu lumineux en comparaison du vert qui explose litteralement en ete et vous brule les yeux avec autant de force que le soleil.
Les jardiniers japonais sont de veritables maitres dans l'art d'utiliser les differentes essences, les differentes especes de fleurs. Et ce reel genie va jusqu'a cet amour pour les lickens, les mousses, et j'ose encore revenir dessus, cette acceptation de la rouille et de la ruine comme une variante du vegetal et du mineral. Ce en quoi je les admire veritablement car il y a quelque chose de juste la dedans. Une vielle bicyclette rouillee, esquintee, gagnee par les ronces offre en definitive bien plus de plaisir visuel que nos pots de fleurs briques et lustree dans lesquelles nos plantes vertes semblent etouffer. Ici, la nature foisonne, deborde d'energie, et la vieille bicyclette s'habille de la nostalgie que notre imagination se charge de lui donner. Une vielle chanson d'Yves Montant, il y a bien longtemps...
Je vous laisse avec ces quelques photos prises a Kamakura, que vous pouvez regarder en cliquant ici.
Les jardiniers japonais sont de veritables maitres dans l'art d'utiliser les differentes essences, les differentes especes de fleurs. Et ce reel genie va jusqu'a cet amour pour les lickens, les mousses, et j'ose encore revenir dessus, cette acceptation de la rouille et de la ruine comme une variante du vegetal et du mineral. Ce en quoi je les admire veritablement car il y a quelque chose de juste la dedans. Une vielle bicyclette rouillee, esquintee, gagnee par les ronces offre en definitive bien plus de plaisir visuel que nos pots de fleurs briques et lustree dans lesquelles nos plantes vertes semblent etouffer. Ici, la nature foisonne, deborde d'energie, et la vieille bicyclette s'habille de la nostalgie que notre imagination se charge de lui donner. Une vielle chanson d'Yves Montant, il y a bien longtemps...
Je vous laisse avec ces quelques photos prises a Kamakura, que vous pouvez regarder en cliquant ici.
samedi 6 décembre 2008
紅葉, ou les feuilles d'automne
Dernieres promenades avant l'hivers... D'abord a Hamarikyu, puis a Koichikawa korakuen. Les erables sont rouges et perdront bientot leurs feuilles. Demain, nous allons a Kamakura, je vous posterai des photos en soiree.
Recits du week end lundi. Bonne promenade.

















Recits du week end lundi. Bonne promenade.

















vendredi 5 décembre 2008
Pensees eparses avant le week end
Mercredi, apres que je sois alle a Hello Work, un sentiment de liberte est monte en moi tranquilement, et j'ai marche quelques heures en me laissant bercer. J'ai eprouve un plaisir dans la marche comme cela faisait bien longtemps. Je ne me sentais redevable de rien, exigeant rien, n'attendant rien, l'esprit ouvert a tous les possibles qui privent alors les formes des rues, du grand parc de Kiba, des feuilles jaunes, rouges et encore vertes, du soleil qui declinait jusqu'a nuit noire, le ciel avec la Lune, Jupiter et Venus en un trio inedit, mysterieux comme une promesse d'un avenir deja bien avance. Bien sur, j'attendais qu'on modifie mon allocation, mais je ne crois pas que ce ne soit que ca. On a modifie mon allocation, c'est pas autant que j'attendais, mais c'est deja plus qu'apres NOVA. J'aurais tres bien pu fixer mon attention sur la duree derisoire, 90 jours. Non. Quand je vous disais que j'allais beaucoup mieux, c'est vrai. Je ne m'oblige pas a me lever a 7 heures; j'ai juste laisse la fenetre du loft comme elle est pour etre reveille par la lumiere du jour. Quand on ne travaille pas, ou est le probleme a se lever a 8 heures / 8 heures et demi. On m'opposera que je dois chercher du travail a toute vitesse, je repondrai qu'il n'y a pas de travail car il n'y a plus de budgets. Je suis persuade qu'il y aura une tenue fenetre de tir prochainement, je me repose, enfin, en attendant. Il va me falloir en effet avoir une collection de 10 CV dont au moins un en japonais, et un outil tres peu utilise par les demandeurs d'emploi mais que je suis bien decide a utilise car je n'ai rien a perdre. De la meme facon que j'ai partage avec vous quelques posts sur des sujets qui me passaient par la tete auparavant, je vais devoir m'atteler a cette tache, ce qui necessite certaines clarifications avec moi-meme : un CV doit porter une part d'interpretation personnelle pour se differencier des autres CV, et je reflechis a cet aspect des choses, le plus difficile. Par ailleurs, l'outil auquel je pense doit etre manie a la perfection, j'ai donc a y penser avant de me lancer. Tout sera pret d'ici une quinzaine. Tout devra etre pret.
J'aime, ce ne sera une revelation pour personne, l'arrondissement de Koto-ku. En sortant de l'agence, un immeuble recent et quelques brochures a l'entree : il y reste quelques studios pour un prix relativement correct. La vue sur le parc doit y etre simplement magnifique, et je me suis prix a imaginer habiter la, ne pas avoir de rideaux car il n'y a pas de vis-a-vis, et les pic-nics au printemps, et les belles promenades dans ce quartier rempli de vieilles maisons. Kiba est un quartier ideal, une sorte de vingtieme arrondissement portant profondemment les marques de la culture populaire de la ville et ce, depuis plusieurs siecles. Autrefois, par ici, non loin des marecages de la baie, on pechait, on cultivait le riz et on vendait le tout aux marchants de Monzen Nakacho qui approvisionnaient Edo. Du parc Kiba, Ginza est a 20 minutes en velo...
Je suis rentre tranquilement vers 20/21 heures... Oblige de rien, libre de tout. J'etait affame car je n'avais pas mange le matin. Je me cuisinais du poulet et des pates remplies d'ail.
Si je vous raconte cela, c'est parce que ca faisait longtemps que je n7avais pas eu le gout d'une deambulation au hazard. Bien sur, c'est un arrondissement que je connais bien, mais au Japon plus qu'ailleurs, par la grace des jardiniers, les couleurs des saisons sont bien plus marquees qu'en France ou le morne gris s'installe pour 3 mois quand vient la mi-novembre...
Hier, j'ai passe un certain temps a ecrire mon post; il necessiterait une serieuse relecture et une correction drastique des fautes de frappes, d'orthographes et, pire, des fautes d'accords et d'infinitifs/participes passes. Pas ma faute... Cela n'arrive pas quand j'ecris avec un stylo, mais avec le clavier, je pense plus vite que je n'ecris et sans m'en rendre compte j'accorde un verbe avec le sujet auquel je pense et non avec son propre sujet. Les fautes de participes sont a mon avis les pires fautes qui soient car elle tendent a montrer qu'on ne sait pas de qui/quoi on parle... Mon post hier en est gave. D'un autre cote, ce n'est qu'un blog, un instantanne "honnete" et revenir dessus me semble un peu etrange.
Peut-etre un jour faudra t'il en revanche, que j'extraies une sorte de compilation, et que je passe un certains temps a corriger. Corriger un texte papier est interessant car il reste la trace de la correction. Corriger un blog, c'est faire disparaitre l'instantanne a tout jamais. Je trouve le procede a la limite de la malhonnetete. En tout cas, en ce qui concerne ce blog que je ne relis ni ne corrige. Je l'ai dela ecrit, ce n'est qu'un journal.









J'aime, ce ne sera une revelation pour personne, l'arrondissement de Koto-ku. En sortant de l'agence, un immeuble recent et quelques brochures a l'entree : il y reste quelques studios pour un prix relativement correct. La vue sur le parc doit y etre simplement magnifique, et je me suis prix a imaginer habiter la, ne pas avoir de rideaux car il n'y a pas de vis-a-vis, et les pic-nics au printemps, et les belles promenades dans ce quartier rempli de vieilles maisons. Kiba est un quartier ideal, une sorte de vingtieme arrondissement portant profondemment les marques de la culture populaire de la ville et ce, depuis plusieurs siecles. Autrefois, par ici, non loin des marecages de la baie, on pechait, on cultivait le riz et on vendait le tout aux marchants de Monzen Nakacho qui approvisionnaient Edo. Du parc Kiba, Ginza est a 20 minutes en velo...
Je suis rentre tranquilement vers 20/21 heures... Oblige de rien, libre de tout. J'etait affame car je n'avais pas mange le matin. Je me cuisinais du poulet et des pates remplies d'ail.
Si je vous raconte cela, c'est parce que ca faisait longtemps que je n7avais pas eu le gout d'une deambulation au hazard. Bien sur, c'est un arrondissement que je connais bien, mais au Japon plus qu'ailleurs, par la grace des jardiniers, les couleurs des saisons sont bien plus marquees qu'en France ou le morne gris s'installe pour 3 mois quand vient la mi-novembre...
Hier, j'ai passe un certain temps a ecrire mon post; il necessiterait une serieuse relecture et une correction drastique des fautes de frappes, d'orthographes et, pire, des fautes d'accords et d'infinitifs/participes passes. Pas ma faute... Cela n'arrive pas quand j'ecris avec un stylo, mais avec le clavier, je pense plus vite que je n'ecris et sans m'en rendre compte j'accorde un verbe avec le sujet auquel je pense et non avec son propre sujet. Les fautes de participes sont a mon avis les pires fautes qui soient car elle tendent a montrer qu'on ne sait pas de qui/quoi on parle... Mon post hier en est gave. D'un autre cote, ce n'est qu'un blog, un instantanne "honnete" et revenir dessus me semble un peu etrange.
Peut-etre un jour faudra t'il en revanche, que j'extraies une sorte de compilation, et que je passe un certains temps a corriger. Corriger un texte papier est interessant car il reste la trace de la correction. Corriger un blog, c'est faire disparaitre l'instantanne a tout jamais. Je trouve le procede a la limite de la malhonnetete. En tout cas, en ce qui concerne ce blog que je ne relis ni ne corrige. Je l'ai dela ecrit, ce n'est qu'un journal.









jeudi 4 décembre 2008
De la crise en general
Ce faisait un petit moment que je voulais parler de la crise, mettre par ecrit ce que j'en pense, tant pour moi qu'eventuellement pour vous.
(juste avant, un petit bonjour a Agnes C., dont j'ai vu sur son blog, Zuihitsu, qu'elle se prepare pour son prochain voyage au Japon...)
Tout d'abord, quelques definitions (pour moi tres utile, c'est mon auto-revision).
La deregulation de la finance remonte a 1971 : la guerre du Vietnam coutant de plus en plus chers aux Etats-Unis, les deficits se creusent et rencherissent les taux d'interet de la derniere monnaie garantie sur l'or : il n'y a plus d'autre solution que de mettre fin aux accords de Bretton Woods qui faisaient du Dollar une monnaie internationale de reference depuis 1944 (contre l'avis de Keynes qui proposait une monnaie fictive, "etalon" des autres monnaies). A partir de cette date, les monnaies commencerent a "flotter", soumises aux aleas de l'offre et de la demande. Pour le Dollar, ce fut une lente depreciation qui dura jusque 1980, pour le Deutschmark une lente appreciation, le Franc basant sa politique sur la parite avec le Dollar, fidele a sa tradition de devaluation et a sa preference pour l'inflation. On connait les resultats, les patrons Francais aimaient ce franc faible qui leur evitait d'investir en empochant les profits tout en cedant aux revendications salariales exacerbees par une inflation toujours plus forte. Soumise a la concurrence de plus en plus forte avec l'etranger, le deficit commercial se creusait, la production nationale ne repondait plus aux politiques de relance successives des gouvernements Pompidou puis Chirac, le chomage s'envolait, les deficits se creusaient sous le double poids des allocations versees et des subventions aux entreprises qui generalement les reversaient directement a leurs actionnaires, cette faiblesse chronique entrainant une nouvelle depreciation de la monnaie, renforcant d'autant l'inflation sans doper pour autant les exportations car dans une telle economie de rente, l'innovation etait particulierement absente.
Ce sombre tableau etait en fait commun a la France, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis (proteges par leur monnaie encore utilisee comme monnaie de reserve dans le monde entier).
Dans une telle instabilite melant inflation et stagnation (stagflation), sorte de deflation rampante portee a bout de bras par les deficits publique, le fait que le dollar, dont la valeur se depreciait, serve encore pour le commerce international comme pour les reserves de change, accentuait l'instabilite de tout l'edifice car c'est a cette epoque que se developpait, parrallelement, les grands contrats sur plusieurs annees destines, justement, a se premunir contre l'inflation. Par exemple, acheter du ble pour dans cinq ans a un prix fixe a l'avance. La conclusion de tels contrats, en dollar, posait un reel probleme. Un rencherissement ou une forte depressiation du dollar changeait radicalement les termes du contrat.
Ce probleme entravait le developpement du commerce international. Or, il etait evident que le developpement dudit commerce etait une clef majeure de la sortie de la crise dans lequel le monde semblait s'enliser depuis la fin des annees 60, avec ses poussees d'inflation, sa chute des profits et une lente montee du nombre de chomeurs que les plans de relance si efficaces jusqu'au milieu des annees 60 ne parvenaient plus a remettre au travail. Au contraire, ces plans, de plus en plus couteux et inefficaces, semblaient concourir a augmenter les deficits et l'inflation et a terme le nombre de chomeurs.
Les Socialistes/Sociaux-Democrates/Travaillistes avaient depuis longtemps renonce a penser le systeme, l'economie ainsi que leur projet de societe. Ils avaient trouve dans Keynes l'alibi de leur demission ideologique (vous voyez, elle ne date pas de Jospin ni meme Mitterrand, mais plus lointain, des annees 40. Les politiques keynesiennes, avec leur etat providence, leurs droits sociaux et leurs plans de relance en cas de ralentissement economique etaient devenu le nouvel horizon de cette oligarchie qui ne demandait plus qu'a rejoindre l'establishment. La crise des annees 30, le nazisme avait par ailleurs converties les nouvelles elites conservatrices aux vertues keynesiennes. En France, c'est le gaullisme qui se chargea de gerer cette social-democratie qui ne disait pas son nom. S'il est vrai que les gouvernements "de gauche" se montraient les plus genereux, la droite au pouvoir ne remettait pas en cause ce compromis social et y participait. Ainsi, les gouvernements conservateurs, Geoffrey Howe en Grande Bretagne ou Pompidou/Giscard en France, augmenterent les impots allegrement comme aujourd'hui aucun socialiste n'oserait le faire, ni meme y penser.
Pendant que la gauche et la droite y allaient de leurs inefficaces relances, seuls quelques ultras conservateurs avaient decide de penser le monde non plus en fonctions de criteres utiles mais en fonction de leurs propres valeurs. La Social-Democratie est morte de n'avoir pas su faire cette mue des la fin des annees 60. Les conservateurs surent le faire.
Leur socle ideologique etait pourtant minimal. La critique de Milton Friedman sur les "erreurs" de Keynes constituaient le ciment commun, les travaux de Hayek sur le caractere nuisible et socialiste des politiques keynesiennes fourniraient le baggage conceptuel. Aux etats-Unis s' greffa un discours sur le retour aux valeurs, religieuses s'entend. L'ennemi etait le communisme et son soldat avance, le socialisme qui avait habitue les gens a ne plus entreprendre mais a etre assiste.
Vous me direz, quel rapport avec la crise actuelle. J'y viens. Mais disons que meconnaitre que l'absence d'analyse et de reinvention de la part des sociaux democrates dans les annees 60 a laisse le champs libre a la droite ultra conservatrice d'etre la seule force ayant une vision du monde quand il deviendrait patent que les politiques keynesiennes ne marchaient pas et qu'il faudrait bien finir par y renoncer.
C'est le Parti conservateur britannique qui a ouvert le bal. Un penseur de genie, Keith Joseph. Ses discours etaient extreme, mais il les rythmaient d'appel au bon sens. La chance des nouveaux conservateurs va etre sa foi en ses idees avant sa propre carriere : il decida de ne pas briguer la direction du parti apres la double defaite aux elections de 1974 (les travaillistes gagnerent de justesse en coalition avec des partis autonomistes et les "liberaux", puis gagnerent plus franchement apres que de nouvelles elections furent organisees). Le parti etait divise en factions rivales qui deciderent de porter a leur tete une ancienne ministre de l'education en attendant de se mettre d'accord sur un successeur digne de ce nom. Cette ancienne ministre s'etait depuis 1972/1973 rapprochee de Keith Joseph et la defaite de 1974 avait accelere sa conversion a une remise en cause totale du parti conservateur tel qu'il etait devenu depuis 1945. Elle resuma ce qu'elle pensait de la defaite en une conclusion tres simple : les conservateurs ont perdu parce qu'ils faisaient une politique socialiste. Cet argument tire de la frequention de Keith Joseph allait faire mouche lors du congres puis, de facon inattendu, contre les travaillistes eux meme quand leur plan de relance s'avererait un echec et necessiterait des mesures de rigueur. L'argument coula de source : vous renoncez a votre politique, c'est malhonnete vis-a-vis de vos electeurs mais c'est une bonne nouvelle pour la Grande-Bretagne; ca ne marchera pas car cela reste une politique socialiste.
J'ai toujours dit, toujours pense, toujours ecrit que ceux qui ont une reelle ideologie, une reelle vision du monde sont inattaquables et font passer ceux qui n'en ont pas pour de pietres ideologues et des menteurs, car cette force des conviction s'enonce clairement en de petites phrases simples qui font mouche. C'est en quelques phrases tres simple que Thatcher a tue le socialisme en GB. Ou plutot, revele a quel point il etait moribond. Elle l'a acheve.
Revenons a la crise, maintenant. Le deuxieme choc petrolier en 1979 ravive l'inflation, relance la montee du chomage dans des economies a peines remises du premier choc de 1973 et de la fin de l'etalon or/ Dollar de 1971. C'est cette annee la que Thatcher est elu. Elle doit sa victoire a la lassitude de l'opinion apres une greve qui a dure tout l'hivers : l'inflation rognait les salaires et alimentait les mecontentements, ruinant les espors de politique de moderation du gouvernement travailliste de Callaghan. Thatcher attaqua les menteurs et axa son discours sur le bon sens, le travail, le courage, l'initiative, seuls outils permettant au pays de s'en sortir et, au fond, reelles qualites du merveilleux peuple Britanique. De la belle pommade dont le Royaume gouta amerement des l'hivers suivant.
Pour que le printemps fleurisse dru, il faut couper toutes les vieilles branches et croiser les doigts pour que l'hivers soit bien rude. Le Royaume Uni fut le premier pays a gouter les delisses de la deregulation. Moneratiste, Thatcher choisit de defendre la parite de la Livre. Le choc petrolier, les revendications salariales poussaient l'inflation autours de 20 % (j'aime ceux qui disent que nos 3% actuels c'est beaucoup!) et il n'etait pas exclus qu'on atteigne 30 %... En France, on etait desormais autours de 14 %... Il y avait 1,4 millions de chomeurs en GB (autant en France). Thatcher surprit tout le monde quand on s'appercu qu'elle n'avait pas de politique pour les salaires et que son ministre cedait plus ou moins aux revendications. Et hop, plus 25% pour les fonctionnaires... Ce que personne ne voyait, c'etait que la Banque d'Angleterre, a l'epoque controlee par le gouvernement, montait progressivement ses taux aux alentours de 30 %. Seuls les proches de Thatcher savaient ce qui etait en train de se passer. A 30%, on ne peut pas investir, on ne peut pas s'endetter, on ne peut pas acheter sa maison, payer ses traites (au RU, on utilise des prets a taux variables...) : le but etait maitriser M3, cette obsessions des Thatcherites, la masse monetaire globale bref la quantite de monnaie en circulation, sensee prefigurer l'inflation et determiner la valeur reelle de la monnaie. Le remede fut radical, en 6 mois, l'economie anglaise s'assecha de ses liquidites et plongea dans une violente recession. Mines du nord, siderurgie, industrie automobile, tout le pays fut frappe par de violente fermetures d'entreprises qui jusqu'ici parvenaient a vivoter grace a la depressiation de la monnaie et au maintient de la demande par les politiques de relance. Il y eu 4 million de chomeurs tres rapidement. Londres etait sinistree, le Nord, Liverpool, Manchester devastes. La Livre, elle, se rencherissait et etait redevenu une monnaie forte, les capitaux venaient se placer dans cette devise qui les remunerait si genereusement. Pour de nombreuses entreprises, l'inadaptation des produits a la concurrence due a l'absence d'investissement, leur non competitivite causa leur mort quand la Livre atteignit les sommets de l'hivers 81/82. Vous connaissez, les voitures British Leyland ? Elles perient durant l'hivers en laissant sur le carreau plus de 100,000 travailleurs. Bientot, ce serait au tour des charbonnages, devenus trop couteux (une monnaie forte reduit les prix des biens importes) face a la concurrence : la fermeture prevue des 1984 entraina une greve de plus d'un an et demi qui cassa definitivement la combatitivite des syndicats car Thatcher ne conceda rien.
Si vous doutez qu'il y ait un lien entre ce qui s'est passe recemment et cette epoque, vous vous trompez : pour la premiere fois depuis les annees 20, on a confie aux taux d'interet le role de regulateur de l'economie. Car le keynesianisme confiait cette fonction a la demande que l'on pouvait accroitre ou moderer grace aux impots, aux salaires, a la redistribution... Or, justement, depuis 1980, ce sont les taux qui concourent plus ou moins a piloter l'economie. Et confier aux taux d'interet seuls le pilotage de l'economie, cela revient a confier les clefs de la maison... aux banquiers.
Autre caracteristique, le desinteret du gouvernement pour les taux de salaire et pour le demande globale qui est une rupture avec les politiques keynesiennes. Desormais, c'est la societe qui s'organisera a sa facon, le gouvernement ne s'occupera de rien. Nous avons dans cette attitude les bases de toutes les deregulations a venir.
Car en fait ce type de politique, que les Etats-Unis de reagan vont suivre egalement, entrainant en 1982 le monde entier (sauf la France, en pleine relance) dans la recession a leur suite, en confiant aux institutions financiere une telle importance - financer les massifs deficits publics a des taux prohibitif pour des monnaies dont les cours atteignent desormais des sommets - va concourir a accelerer l'innovation jusqu'ici balbultiante. La crise des subprimes se joue aux alentours de 1980 (bien que l'instrument financier qui l'a vehicule ne fur invente qu'en 2002), mais quand vous aurez compris comment ca marche, vous comprendrez que cette crise n'est pas une grosse crise, bien que violente, et que celle(s) a venir sera/ont autrement devastatrices.
C'est vers 1980 que sont conclus les premiers SWAPS. Qu'est-ce qu'un swap ? C'est, pour deux parties, la conclusions de 2 prets pour des montants identiques a des conditions differentes : un taux fixe contre un taux flottant. Je vous prete 1 million a 5 %/an, vous me pretez 1 million EONIA (c'est un taux base sur les taux d'interet de la banque centrale qui varie chaque jour au gre de la politique monetaire et de la demande). On n'echangera rien au debut puisque 1 million de chaque cote. En revanche, tous les trois mois, on calculera l'interet du et la difference des deux; l'une des deux partie aura a payer cette difference. Vous me direz, a quoi ca sert ?
Imaginez. Vous avez achete votre maison 1 million, a 5 % annuel. Et puis recemment, les taux ont baisse, vous aimeriez beneficier de cete baisse, mais aussi beneficier des baisses a venir. Pas evident de renegocier un payx, qui de plus est parfois une procedure couteuse, longue, sans compter qu'il faut trouver une banque qui accepte, etc. Vous pouvez a la place conclure un SWAP avec une banque. Vous vendez votre pret a 5 % et vous achez un pret a taux variable. Ainsi, chaque trimestre, la banque paiera 5 % (ca annule le cout de votre credit) et vous lui payez le flottant. Vous etes desendettes d'autant.
Voila ce qu'est un swap et quel est son interet. Bien sur, cela ne concerne pas les credits individuels, mais les entreprises, les etats, les banques elles-memes. Cela peut etre un moyen de se desendetter, mais aussi un moyen de gagner de l'argent, de faire de la tresorerie sans toucher a des fond inutiliser en vue d'un investissement, etc. A partir de 1985, les taux d'interet se sont mis a baisser fortement, le dollar qui avait atteind des sommet a commence a baisser. Les etats, les entreprises ont pu conclure des swaps pour reduire la facture des emprunts des annees 80/83. Ce mouvement a cree de la richesse qui est allee s'investir... en bourse. La periode 1984/1989 est l'age des golden boys, a Londres et New-York d'abord, puis a Tokyo et Paris ensuite. Car a la periode de vache maigre monetariste de 1979/1983 succede la periode liberale proprement dite. Les privatisations se succedent a grande vitesse, creant la nouvelle masse monetaire de la nouvelle consommation. Les taux baissant et l'inflation n'etant plus qu'un lointain souvenir, les banques vont devenir les vehicules du nouvel Eldorado pour les survivants de la grande purge. Si Monchester, Leeds et Liverpool s'enfoncent encore plus dans la crise, une frenesie s'empare du Kent et de Londres. On achete des maison (dont les prix ont chute pendant la recessions) et on boursicote. Chaque nouvelle introduction en bourse est un succes qui enrichit ces nouvelles classes moyennes. Certains economistes pointent le caractere artificiel de la nouvelle croissance qui, finalement, ne repose que sur la financiarisation de l'economie, les reserves de petrole de la mer du Nord (ou du Texas) et les importations massives de biens etrangers ; ils sont balayes d'un revers (ideologique) de la main comme etant des socialistes nostalgiques et que c'est precisemment cette nouvelle prosperite qui creera les richesses, les emplois et les entreprises de demains. Et c'est vrai que le chomage recule. Thatcher a decide de geler les budgets sociaux qui entretiennent l'assistance (sic); les millions de chomeurs sont obliges de vivre avec les allocations dont la valeur n'a pas change depuis 1980, or l'inflation a encore sevit pendant un a deux ans bref, les chomeurs vivent dans une tres grande pauvrete. Des 1983/84, a la faveur de la reprise, ils accepterent ce qu'on leur proposait, dans un pays qui alors ne connaissait pas de salaire minimum. Londres en 1987, c'etait l'opulente City et des armadas de livreurs de pizzas, de cireurs de chaussures, de chauffeurs de taxis "libres", de laveurs de carreaux payes a la piece... Il faut reconnaitre que ca n'a guere change... Londres pue la bouffe. A l'heure actuelle, toutes ces echoppes doivent etre les premieres a fermer.
Face a une economie qui boursicote, Thatcher innove encore une fois et encourage le mouvement : c'est le Big-bang. Un jour de 1986, ces morceaux de papiers que l'on appelait des actions disparaissent, remplacees par un code et des transmissions electroniques. L'avantage d'un tel systeme est evident : totale fluidite, achat-vente instantanne possible, vente a decouvert (sans encore avoir achete le titre) et surtout, la vraie revolution, negociation 24 heures sur 24. En France, c'est Pierre Beregovoy qui conduira le Big Bang, modestement appele "la demat'" (pour dematerialisation), vers 1989.
Car de la meme facon que l'echec ideologique de la droite la conduisit a accompagner les politiques social-democrates de 1945 a 1975, la defaite totale des politiques keynesiennes conduisit les socialistes a appliquer la feuille de route du liberalisme economique. C'est tres peu rapporte, mais Blair a eu maintes fois l'occasion de dire que son modele etait les socialistes francais d'apres 1983...
Et nos swaps, alors... A la fin des annees 80, les swaps se sont developpes et eux aussi, deviennent des transactions electroniques : il y en a de trop. Et puis, une nouvelle categorie fait son apparition, le swap exotique. Entendez, il y a une particularite qui necessite un traitement special. En effet, a la simplicite des premiers swaps, on passe a des swaps entre deux monnaies (cross-currency swap, par exemple yen contre dollar, chacun sur un taux flottant), des swaps "option" (swaption, par exemple, j'achete en payant une prime aujourd'hui, le droit de commencer un swap dans 5 ans a des conditions fixees aujourd'hui), des swaps avec un maximum (cap, si le taux flottant monte au dela d'un certain seuil, cela active soit un gel du taux), un minimum (floor), un cap et un floor (corridor), un cap et/ou un floor variable avec des possibilites de taux particuliers en cas de franchissement du seuil et une redefinition dans le temps avec option exercable annuellement (straddle), un amortissement annuel (amortizing), un recalcul avant chaque paiement trimestriel du montant initial dans une monnaie par rapport a l'autre monnaie pour tenir compte des fluctuation des taux de change (marked-to-market), etc.
Aujourd'hui encore, on en invente de nouveaux. Moi, si vous voulez mon avis, je trouve cela absoluement fantastique est c'est une preuve du genie de l'esprit humain car tous ces swaps sont de veritables inventations, de petits chefs d'oeuvre d'architecture.
Vers la fin des annees 80, un certains nombre de ces swaps n'avaient pas encore vu le jour, d'autre commencaient leur carriere, au compte goutte, en donnant bien du travail a ceux qui les voyaient pour la premiere fois. Surtout ne rien omettre...
Parallelement se developpait le commerce international avec de fortes pressions pour sa liberalisation. Celle-ci triompherait vers 1993 avec les premiers accord du Gatt (Urugay round). C'est a cette epoque que commencerent a se developper les premiers contrats futurs sur le petrole, le cafe, etc. Comprenez, pas seulement acheter a un certain prix pour dans cinq ans; mais la creation d'un titre negociable comme une action adossee au contrat (option d'achat) a 5 ans. Que la perspective de prix soit a la hausse et le titre adossee voit sa valeur montee sous l'effet de la demande. Imaginez aujourd'hui si je vous proposait un contrat futur expiration lundi prochain avec le baril de petrole a 15 Dollars (ca doit trainer, des trucs emis il y a dix ans...), combien seriez vous pret a le payer ? C'est vite et mal resume, mais en gros, les futurs, c'est ca, et ca s'est mis en place progressivement avec la liberalisation du commerce. Il faut egalement signales les contrats futurs sur les devises qui minaient regulierement le franc et la lire en les prevoyant a la baisse.
Maintenant, synthetisons. Nous avons les actions pour speculer, les futurs pour etre prevoyant en se reservant la possibilite de speculer, nous avons bien entendu les "obligations" (part d'un emprunt qui peut s'echanger comme une action), nous avons les swaps pour annules certains effets dus a des fluctuations, etc. En quelques annees, la finance a etoffe ses outils et peut desormais remplir pleinement le role que lui reservaient les thatcherites : etre la force issue de la societe a meme de reguler le marche. Adieu l'etat, vivent les banques. Privatisees, au passage.
L'eclatement de la bulle immobiliere des 1989, l'inflation qui conduisit a relever les taux (ca y etait, ce serait aux banques centrales de "refroidir l'economie) et conduisit a la chute des bourses -notamment aux Japon-, ne remirent en rien en cause ces nouveaux instruments. Au contraire, la periode de "refinancement" qui commenca vers 1991 quand, en pleine recession il fut question de baisser les taux, allait voir leur generalisation et meme mieux, leur imbrication.
L'age d'or des Credits Derivatifs allait commencer. Et l'eclatement de la bulle Japonaise fournissait un argument de taille : les banques avaient pretes sans compter et devaient assumer seules la totalite du risque.
La finance liberee, pourvue de tous ces instruments, serait desormais une finance de la "couverture", des produits "structures". Bref, on allait utiliser tous ces instruments afin d'en creer de nouveaux. Utiliser des actions pour garantir des prets qui seraient adosses a des swaps, le tout permettant de generer de nouveaux titres emis sur le marche. La encore, je fais un tres vilain resume, mais c'est juste pour vous donner une idee. Je me souviens la premiere fois que j'ai vu un swap a 0% d'un cote, 7% de l'autre. Quel interet, ai-je dit ! Ma collegue Odile m'a repondu que ce qui comptait etait le titre adosse a ce swap. Et c'est vrai qu'en y reflechissant. Je vous fait un credit extremement risque, donc a 11%. Normalement, j'aurais du vous consentir du 4%. Je gage ce credit sur la valeur d'un bien immobilise (je monte dessus la condition du swap 0%/7%, et je monte encore un truc de cote la pour me couvrir). Tant que vous me remboursez, finalement, le taux est de 11-7 = 4%. Mais qu'advienne un defaut de paiement, une clause particuliere dans le swap invalide le swap (clause d'option au vendeur), je peux saisir le bien et compter le pret initial a 11% comme du, bref, en cas de faillite, je recupererai des interets a 11% (peut-etre). Mon exemple est bancal, je sais : je ne suis pas "structureur", mais cela donne une idee de comment ont ete utilises ces differents instruments a partir des annees 90. Ainsi, adosse a des actions/obligations/ Futur, un swap est devenu Equity swap. On a meme commence a imbriquer Futures et swaps pour, par exemple, la definition du taux flottant.
Comme me le disait Odile, "tout est possible, on peut tout faire".
Pour reguler toute cette innovation dont le but est, in fine, assurer la liquidite d'un marche financier, une Association, ISDA, se reunit chaque jour et actualise les definitions des termes techniques et des conditions de negociations entre les parties. On evite ainsi que chaque contrat soit une masse volumineuse de paperasse (quand on sait qu'il doit y avoir des dixaines de milliers de swaps negocies chaque jour, chacun avec son propre contrat...), la simple sitation de l'ISDA reduit le document a l'essentiel puisque chacun des termes utilise est "admis". Si je dis "EONIA trois mois", je n'ai pas besoin de reproduire d'equation, de citer la Banque centrale, etc.
Dans une economie liberale comme celle ou nous sommes maintenant, les ecarts de salaires sont de plus en plus importants. Une partie des classes moyennes investit dans l'immobilier comme on pourrait le faire a la bourse, poussant les prix a la hausse et privant l'autre partie des classes moyennes et la classe en dessous de toute possibilite d'acheter sa maison, son appartement. L'ideologie liberale a en effet fait de l'acquisition de son bien immobilie la piece maitresse de sa politique. Etre chez soi. Et surtout, reduire encore plus les budgets sociaux (HLM) pour baisser les impots des classes moyennes superieures et au dessus. Gains immediatement investis en bourse et dans l'immobilie dont les prix montent encore.
Les banques ont donc decide de faire le travail qu'on attendait d'elles. Puisque desormais les politiques publiques etaient prises en charge par le secteur financier, le secteur financier procurerait des logements en abondance meme aux plus pauvres. Car bien entendu, la politique liberale avait precarise une partie de la population. On compte un tiers d'Americains vivant sous le seuil de pauvrete. Livrer des pizzas, travailler a mi-temps a wall mart ne nourrit pas une famille. En France, de plus en plus de salaries frequentent les restaurants du coeur ou/et la banque alimentaire.
Inimaginable dans la societe de regulation keynesienne comme le furent le Royaume Unis des annees 50, la Suede, et les USA de Roosevelt ou vaincre la pauvrete fut l'objectif prioritaire, a tout prix.
C'est donc ainsi qu'on en vint a la CDS, le Credit Default Swap et son pendant le CDO, Collateral Debt Obligation. La CDS est un swap entre deux parties adosse a un credit conclu entre une de ces deux parties et ne partie tiers. En cas de defaut de remboursement, l'une des deux parties verse une prime a l'autre partie. La CDS etant adosse a un credit, il a ete imagine qu'on pouvait titriser le credit, puisque, globalement, tous les credits sont generalement rembourses, et qu'en plus en cas de probleme, une prime versee viendrait reduire le coup de la perte. Enfin, comme aux USA le credit est hypothecaire, il y avait a l'arrivee peu de risque de perte, mais au contraire, de belles perspectives de gains (theorique) : en effet, si le risaue de faillite augmante, la possibilite de recevoir la prime PLUS le produit de la vente du bien, et enfin les taux prohibitifs lies aux CDS, ont fait de ces instruments des instruments tres juteux. Ce duo de choc crees en 2002 (CDS) et 2004 (CDO) sont fait gagner des fortunes aux traders, aux banques. D'un bon rapport, celles-ci se sont empressees de vendre des CDO aux fonds de pension, aux mairies, et meme aux entreprises pour faire fructifier leur tresorerie, comme des produits extremement surs et d'un bon rendement (6, 7 parfois 8 %) et tres liquides (on pouvait les revendre comme des actions, parfois avec une plus value).
Pendant ce temps, nos swaps ont continue a ce multiplies et les activites sur "futures" se sont etendues a toutes les matieres premieres.
Bien entendu, a partir de 2005/2006, un plateau etait atteind commencant a provoquer de l'inflation, notamment dans l'immobilier (20, 30% par an). Les banques centrales ont donc commence a remonter leurs taux d'interets. Il est vrai qu'apres la fin de la bulle internet pui le 11 septembre, tout le monde avait profite de taux ridiculement bas, encourageant l'usage du credit. Acheter sa maison a 3%, j'ai beau etre socialiste, je trouve ce taux ridiculement bas. Car a ce taux, tout le monde (bref, les 60% de ceux qui vivent bien) veut acheter, et cela cree les hausse de prix que l'on a constate, ces 15, 20, 30% annuels. La plus-value pour ceux qui ont achete a 3% en 2002 a ainsi ete de l'ordre de 50% en 3 ans (Paris). Finance a 3%, ca vaut le coup. Bref, je suis contre des taux aussi bas, inferieur meme au livret d'epargne !
L'augmentation des taux a ete reel fin 2006 et la bourse qui avait pas mal monte sous cet effet de richesse a cesse de monter. Ce fut l'age d'or du CDS car les risques de defaut etaient optimum. Et donc du CDO refourgues de banques en banques, remelanges a d'autres produits dans des fonds, etc. Les speculateurs ont retire leur bille de Wall Street a partir de 2007 et se sont portes sur les Futurs, les matieres premieres. C'etait le bon moment : des incendies en Australie allaient priver le monde d'un de ses premiers fournisseurs de bleds et laitages. On l'a bien senti, au Japon, a partir de Janvier 2008, le beurre a tout simplement disparu et le prix du pain s'est envole.
Tous les prix ont alors commence a s'envoler car c'etait desormais l'alimentation qui etait le nouveau "truc". Et pour calmer ces hausses de prix, les banques centrales ont encore augmente leurs taux. Ce n'est pas un hazard si un office independant vient de backdate le debut de la recession a decembre 2007. Les Americains ont traverse 2007 comme une mauvaise annee avec les premieres expropriations de maisons dues a l'impossibilite de payer, les debuts de la chute des prix dans l'immobilier et l'augmentation du prix de tout. Ils l'ont bien senti, qu'ils se pauperisaient. D'autant que la baisse de l'immobilier n'etait pas prevue.
Nos CDO et CDS reposaient globalement sur l'idee que la valeur gagee garantissait le pret. Que parfois, souvent meme, quand le bien gage avait pris de la valeur, la banque proposait une rallonge de pret. Avec la chute des prix amorcee dans certains etats des fin 2006, c'est le scenario inverse qui se met en place. Les prets, a taux variables, reposent entre autre sur une equation qui tient compte de la valeur du bien, les taux d'interets et le montant restant a rembourser. Si la valeur baisse, le poids du pret s'allourdit et le taux monte, renforce par le mouvement a la hausse des taux de la Federal Reserve. De plus en plus de menages ont ete dans l'impossibilite de payer, ont ete expropries, renforcant la pression a la baisse de l'immobilie par exces de demande. Les rpix continuant de baisser, de nouveaux menages ont vu leurs taux monter, etc A cela s'ajoutait le rencherissement de la vie. La recession a bien commence l'an dernier, la crise actuelle en est le resultat, et certainement pas la cause.
Car maintenant revenons a nos swaps, nos CDS et CDO. L'augmentation du nombre de faillites personnelles, la chute des cours de l'immobilier a ouvert les yeux. Je suis extremement fier d'avoir travaille a BNP Paribas qui a ete la premiere banque a reconnaitre qu'elle avait un probleme de valorisation avec 3 portefeuilles. Pas parce que BNP Paribas c'est super top machin... Non, parce que mes anciens collegues travaillent bien, et que "nous" avons mis en place de bonnes procedures de controle en se posant les bonnes questions. J'y ai contribue moi-meme en remontant parfois des interrogations qui deplaisaient a mes superieurs mais qui s'averaient pertinentes. Avec toujours le soutien de ma collegue Odile (qui etait responsable de mon activite). Je n'ai jamais cru a l'explication "ca va, c'est interne, il n'y a pas de probleme, c'est qu'une ecriture". A mon modeste niveau, je suis souvent parvenu a demontrer le contraire. Je n'etais pas seul et je pense que c'est ce soucis des controle qui a conduit BNPP a s'interroger sur ces fond jusqu'a non seulement l'annoncer mais egalement les suspendre. Je prefere ne pas imaginer les saloperies qu'il y avait la dedans. Certainement des saloperies notees AAA par Moody's, Standart and Poor et autres... sans savoir ce qu'il y avait dedans ni a quels prets, quels clients, quels risques correspondaient reellement ces titres. Les agences de notations sont une plaie. Vous avez l'explication pourquoi BNPP a continue a gagner de l'argent quand tant d'autres s'ecroulaient sous les pertes des montagnes de CDS et CDO.
A partir du moment ou les faillites ont commence a se multiplier, un certain nombre de contreparties dans le cadre de CDS ont eu des problemes pour payer les primes liees au Defauult. Dans les banques, on a commence a comprendre la problematique. Comme je l'ai ecrit, BNPP a avoue etre incapable de valoriser 3 fonds en aout 2007. Les autres ont annonce que tout allait bien, au contraire, certaines ont rachete les CDS et les CDO dont on ne voulait plus, pariant sur un retournement du marche immobilie des 2008. C'est comme ca que Goldman Sachs s'est debarrasse de toutes ses CDS et CDO et a engrange de large profits.
Mais le vers etait dans le fruit. Tout le monde savait que tout le monde avait plein de ces saloperies. Les banques commencaient a faire des couvertures, a prevoir de mettre de cote pour couvrir des pertes. A annoncer des pertes, puis a avoir recours au marche bancaire pour refinancer tel ou tel branche. 2008 a vu le marche interbancaire de plus en plus tendu car personne sur la place ne connaissait l'etendue du desastre. Or, je vous l'ai dit, pour faire un swap, il faut etre deux.
A la TV, on vous parle de "l'argent que les banques se pretent". Ce ne sont pas que des prets, ce sont souvent des swaps. Ces swaps procurent des liquidites sans toucher a la structure de la banque, sa ses fonds propres. X a trop de yen non investis aujourd'hui, mais a un leger trou en Dollar, Y a trop de Dollar mais a besoin de Yen, hop, un swap.
L'ennui, si personne ne se fait confiance, est que cela fait monter les taux. Et que quand survient une faillite (Bear Sterns), alors tout le monde sur la place comprend que desormais, c'est chacun pour soi. Et les taux montent. La bourse et l'immobilier descendent, eux, augmentant en proportion les taux d'endettement et donc les taux de remboursement. Le petrole, la nourriture atteignent des sommets et aux USA, le chomage commence a monter. Fideles a leur conception du monde, nos chefs d'etats admettent que l'atterissage de l'economie americaine est plus brutal que prevu, mais que les fondamentaux sont sains, et que le probleme numero un est l'inflation : 3,5% c'est beaucoup trop (je vous rappelle les 25% anglais ou les 14% francais pour mettre de l'objectivite).
La suite, vous la connaissez, c'est le moment ou la television a commence a en parler. Les pertes des banques de plus en plus lourdes, une mefiance generalisee, les faillites des caisses regionales aux USA, l'arret de l'immobilier en Angleterre et en Espagne, les volumes d'echange, en generale a la vente, de plus en plus important en bourse, et puis la faillite de Lehman, moitie a cause de son exposition aux CDS, moitie par vengeance de Wall Street envers cet intrus (le secretaire au tresor Pawlson est un ancien Goldman Sachs et GS detestait LB...), le meme week end ou Merrill Lynch est rachete par Bank of America. La semaine qui suit est une beresina totale, le marche interbancaire est gele, les trader ne tradent plus, plus personne n'a confiance, apres Lehman, a qui le tour. Depuis le debut de l'annee, les volumes des transactions baissaient, cette fois, c'est l'arret. Ce manque de liquidite sur le marche conduit des societes a vendre leurs actions, amplifiant la baisse. A partir de la, les gouvernements decident d'aider la finance, plans de sauvetage voire nationalisations se succedent.
Le marche financier se ranime maintenant, lentement mais surement. Le sauvetage recent de Citibank evite la faillite que je redoutais par dessus tout. Restent les consequences d'une annee d'assechement de ce qui fait le coeur de la croissance depuis 20 ans. Le gel du credit a stoppe la consommation, deja atone. Le gel du credit rencherit le cout de tresorerie des entreprises. Le gel du credit a fait chuter l'acces au credit. L'immobilier, l'automobile plongent. La crise financiere est terminee. Il y aura certainement des rechutes a la bourse, mais desormais, les banques se refont des swaps, se refinancent les unes les autres. En revanche l'hivers s'annonce long, tres long et menacant pour ce qu'on appelle l'"economie reelle", cette grande oubliee des 20 dernieres annees, toutes ces entreprises placee de fait a la merci de la finance.
Qu'on ne me fasse toutefois pas dire ce que je ne pense pas. Je ne pense pas que la Finance soit responsable de la crise. La finance est une activite economique comme une autre. La "rupture conceptuelle Thatcherienne" a offert des opportunites de business. Apres tout, c'est la "rupture conceptuelle Keunesienne" qui a entraine le boom de l'industrie. Dans une economie de marche, les hommes repondent aux opportunites qui se presentent. Les etats ont encourages la pression salariale, ont arrete de financer le logement social. Pour autants, la population voulait continuer a se loger, a avoir un chez soi. Les banques ont cree des instruments qui leur permettraient de realiser ce reve en essayant de se proteger, donc en demandant des taux plus elever et en structurant le plus possible.
S'il y a une responsabilite, elle est politique. On a accepte un consensus social fait de bas salaire et de baisse d'impots. On a l'economie qui va avec. Et la societe qui va avec cette economie.
Maintenant, j'ai beaucoup entendu les socialistes gesticuler sur une victoire de leurs idees dans cette crise. Si j'ecris ce post, c'est parce que je ne suis pas d'accord. Il ne peut y avoir de victoire des idees socialistes dans cette histoire parce que tout d'abord ils n'avaient jamais fait le constat de cette situation (j'accorde un credit a P. Larrouturou qui a tente depuis 3 ans de faire debattre sur cette question, soutenu en cela par Michel Rocard qui avait alors declare tres justement que les socialistes n'echapperaient pas a un debat sur ce qu'est reellement le marche, a moins de vouloir assister impuissant a la desagregation de la bulle financiere...), qu'ensuite ils ont accompagne le mouvement (en France, ils ont libere les prix, privatise, promu le franc fort, dematerialise la bourse, promu la restructuration de la dette (des swaps) et son son effacement pour les pays du tiers monde (mention special pour Mitterrand qui en a fait effacer une partie). Qu'enfin, j'aimerais qu'on me dise quelles idees ont gagne. Et c'est la desormais ou je veux en venir.
Le fameux retour de l'Etat. Oui, l'Etat eponge est de retour. L'etat qui en France subventionnait la siderurgie pour que la siderurgie puisse verser un dividende aux actionnaires. Si c'est ca, le retour de l'etat qui fait tant plaisir aux socialistes, je le leur laisse.
Car en fait, nul part, pas meme aux Etats-Unis, on ne se tourne vers la cause reelle de cette crise. Une vision du monde basee sur la demission des ambitions collectives et la promotion de l'ambition individuels. Cette crise, c'est le resultat de 30 ans de baisse des salaires. C'est l'abandon des ambitions sociales fondatrices d'egalite : medecine gratuite, education gratuite, secteur immobilier mixte (public et prive), salaires eleves et prestations de qualites. Si l'economie ne sert pas a vivre en societe, j'aimerais qu'on m'explique a quoi sert de vivre en societe. Je ne promeux pas le retour aux politiques des annees 60. Je reviens juste a la base du socialisme, avant Keynes, une ambition collective qui permette la realisation pleine de chaque individu bref, un authentique projet democratique qui pose la question du pouvoir, de qui l'exerce et comment il l'exerce. Un authentique socialiste ne peut qu'etre anti-bolchevique, ce systeme qui nie l'individu et rejette la democratie au nom d'un ideal superieur n'appelant aucune concession (c'est a peu pres ce qu'exigeaient les 21 conditions adressees par Lenine aux socialistes du monde entier et qui value la scission entre socialisme et communisme). Mais un authentique socialiste ne peu que nourir d'un meme rejet une societe tout autant anti-democratique, ou toute ambition collective se trouve limitee, contredite voire anihilee par "le marche", en fait le petit groupe d'individus suffisamment riche pour controler la propriete. Qu'ont fait les travailleurs chez Ford pour meriter peut-etre bientot de perdre leur emploi ? Sont-ils responsable du gel du credit, des CDS, des CDO ? Des mauvais choix de leurs dirigeants, des megas bonus qu'ils ont empoches pendant des annees ? Non, ils ont assemble tranquillement les voitures qu'ont leur demandait d'assembler. Avec la chute de la bourse, leur retraite par fond de pension vient de partir en fumee et un eventuel licenciement mettra fin a leur assurance maladie privee. Ils ont souvent quitte leur region pour venir travailler a Detroit. Si Ford fait faillite, ils ne trouveront pas de travail dans cette ville dediee a la voiture.
Que deviendra leur vie ? C'est cela, la democratie ? Etre victimes de decisions que l'on n'a pas prise, mieux, etre victime de decisions que l'on n'a pas prise parce que les repressions anti-syndicales et anti-socialistes des annees 1880, 90, 1900, 1910, 1920... etc, ont elimine toute possibilite d'entendre la democratie comme un pouvoir, aussi, de l'activite economique par celle et ceux qui la font vivre, limitant le champs de revendication au seul champs qui interesse lesdites entreprises : le "pouvoir d'achat" (donc les debouches). "Les distinctions sociales ne peuvent se justifier que sur l'utilite commune" dit la declaration des droits de l'homme. Les travailleurs ne sont donc pas utiles ? Et les dirigeants corrompus sont plus a meme de prendre des decisions dont ils ne sont redevables que devant eux ? Voila de belles violations des droits de l'homme et par voix de consequence, a notre constitution.
Alors, en ecoutant des dirigeants de gauche dire que ce sont leurs idees qui gagne, cela m'attriste autant que cela me fait sourire. Ils n'ont pas d'idee. Et les plans de sauvetage ne sont pas socialistes. Comment le pourrait-ils quand il s'agit d'eviter la barbarie d'une disparition de la finance (avec Super Hitler et ses micro-onde geants face a Giga Layatolah en face avec ses ogives nucleaires). Il faut sauver la finance pour sauver egalement la possibilite de la sociabiliser un jour. Enfin, la je blague un peu...
Au contraire. Une fois la bourasque passee, on va faire encore plus de swaps, encore plus de derives. Car tout l'environnement financier a change, en trois mois. Des institutions qui ont fusionne, des taux d'interet qui ont fondu, des etats qui vont avoir besoin de liquidites, et des millions de personnes qui vont profiter de renegociations de leurs taux... Ca fait beaucoup de travail pour la finance. Je pense que je secteur va se reveiller vraiment dans le courant de l'hivers et tournera a plein regine des la fin de l'annee prochaine. Je pense egalement que pour tres violente et profonde qu'elle sera, la recession sera de courte duree et que la reprise economique sera assez forte. En V. Ca ne veut pas dire que cette crise ne laissera pas de trace. Mais je ne pense pas que ce soit une grosse crise durable. Il y a deja en place beaucoup d'elements qui plaident pour une embellie rapide. J'ai vu les premieres etiquette "pris en baisse, remontee du yen", et bientot la taxe sur les carburants appliquee par les compagnies aeriennes ne sera plus qu'un lointain souvenir. L'alimentation sera en baisse tres rapidement.
Toutefois, comme je l'ai ecrit, le fond des politiques n'a pas change. Et on preparera la prochaine crise. Et l'economie ne sera pas toujours en mesure d'encaisser une telle violence. Pour cette fois-ci, parce que nous sommes toujours dans une phase longue de croissance, que la plupart des secteurs economiques font des profits (rognes en ce moment, mais il en reste) et on beaucoup investi, je reste persuade que la reprise sera plus rapide que prevue (je l'avais ecrit je crois en Janvier en prevoyant en meme temps une correction brutale quand tout le monde ne voyait rien venir) et que suivront plusieurs annees de forte croissance ou nos gouvernements utiliseront l'argument de l'intervention publique actuelle pour faire encore plus de coupes sur les budgets sociaux.
Allez, c'est fini pour aujourd'hui.
(juste avant, un petit bonjour a Agnes C., dont j'ai vu sur son blog, Zuihitsu, qu'elle se prepare pour son prochain voyage au Japon...)
Tout d'abord, quelques definitions (pour moi tres utile, c'est mon auto-revision).
La deregulation de la finance remonte a 1971 : la guerre du Vietnam coutant de plus en plus chers aux Etats-Unis, les deficits se creusent et rencherissent les taux d'interet de la derniere monnaie garantie sur l'or : il n'y a plus d'autre solution que de mettre fin aux accords de Bretton Woods qui faisaient du Dollar une monnaie internationale de reference depuis 1944 (contre l'avis de Keynes qui proposait une monnaie fictive, "etalon" des autres monnaies). A partir de cette date, les monnaies commencerent a "flotter", soumises aux aleas de l'offre et de la demande. Pour le Dollar, ce fut une lente depreciation qui dura jusque 1980, pour le Deutschmark une lente appreciation, le Franc basant sa politique sur la parite avec le Dollar, fidele a sa tradition de devaluation et a sa preference pour l'inflation. On connait les resultats, les patrons Francais aimaient ce franc faible qui leur evitait d'investir en empochant les profits tout en cedant aux revendications salariales exacerbees par une inflation toujours plus forte. Soumise a la concurrence de plus en plus forte avec l'etranger, le deficit commercial se creusait, la production nationale ne repondait plus aux politiques de relance successives des gouvernements Pompidou puis Chirac, le chomage s'envolait, les deficits se creusaient sous le double poids des allocations versees et des subventions aux entreprises qui generalement les reversaient directement a leurs actionnaires, cette faiblesse chronique entrainant une nouvelle depreciation de la monnaie, renforcant d'autant l'inflation sans doper pour autant les exportations car dans une telle economie de rente, l'innovation etait particulierement absente.
Ce sombre tableau etait en fait commun a la France, le Royaume-Uni ou les Etats-Unis (proteges par leur monnaie encore utilisee comme monnaie de reserve dans le monde entier).
Dans une telle instabilite melant inflation et stagnation (stagflation), sorte de deflation rampante portee a bout de bras par les deficits publique, le fait que le dollar, dont la valeur se depreciait, serve encore pour le commerce international comme pour les reserves de change, accentuait l'instabilite de tout l'edifice car c'est a cette epoque que se developpait, parrallelement, les grands contrats sur plusieurs annees destines, justement, a se premunir contre l'inflation. Par exemple, acheter du ble pour dans cinq ans a un prix fixe a l'avance. La conclusion de tels contrats, en dollar, posait un reel probleme. Un rencherissement ou une forte depressiation du dollar changeait radicalement les termes du contrat.
Ce probleme entravait le developpement du commerce international. Or, il etait evident que le developpement dudit commerce etait une clef majeure de la sortie de la crise dans lequel le monde semblait s'enliser depuis la fin des annees 60, avec ses poussees d'inflation, sa chute des profits et une lente montee du nombre de chomeurs que les plans de relance si efficaces jusqu'au milieu des annees 60 ne parvenaient plus a remettre au travail. Au contraire, ces plans, de plus en plus couteux et inefficaces, semblaient concourir a augmenter les deficits et l'inflation et a terme le nombre de chomeurs.
Les Socialistes/Sociaux-Democrates/Travaillistes avaient depuis longtemps renonce a penser le systeme, l'economie ainsi que leur projet de societe. Ils avaient trouve dans Keynes l'alibi de leur demission ideologique (vous voyez, elle ne date pas de Jospin ni meme Mitterrand, mais plus lointain, des annees 40. Les politiques keynesiennes, avec leur etat providence, leurs droits sociaux et leurs plans de relance en cas de ralentissement economique etaient devenu le nouvel horizon de cette oligarchie qui ne demandait plus qu'a rejoindre l'establishment. La crise des annees 30, le nazisme avait par ailleurs converties les nouvelles elites conservatrices aux vertues keynesiennes. En France, c'est le gaullisme qui se chargea de gerer cette social-democratie qui ne disait pas son nom. S'il est vrai que les gouvernements "de gauche" se montraient les plus genereux, la droite au pouvoir ne remettait pas en cause ce compromis social et y participait. Ainsi, les gouvernements conservateurs, Geoffrey Howe en Grande Bretagne ou Pompidou/Giscard en France, augmenterent les impots allegrement comme aujourd'hui aucun socialiste n'oserait le faire, ni meme y penser.
Pendant que la gauche et la droite y allaient de leurs inefficaces relances, seuls quelques ultras conservateurs avaient decide de penser le monde non plus en fonctions de criteres utiles mais en fonction de leurs propres valeurs. La Social-Democratie est morte de n'avoir pas su faire cette mue des la fin des annees 60. Les conservateurs surent le faire.
Leur socle ideologique etait pourtant minimal. La critique de Milton Friedman sur les "erreurs" de Keynes constituaient le ciment commun, les travaux de Hayek sur le caractere nuisible et socialiste des politiques keynesiennes fourniraient le baggage conceptuel. Aux etats-Unis s' greffa un discours sur le retour aux valeurs, religieuses s'entend. L'ennemi etait le communisme et son soldat avance, le socialisme qui avait habitue les gens a ne plus entreprendre mais a etre assiste.
Vous me direz, quel rapport avec la crise actuelle. J'y viens. Mais disons que meconnaitre que l'absence d'analyse et de reinvention de la part des sociaux democrates dans les annees 60 a laisse le champs libre a la droite ultra conservatrice d'etre la seule force ayant une vision du monde quand il deviendrait patent que les politiques keynesiennes ne marchaient pas et qu'il faudrait bien finir par y renoncer.
C'est le Parti conservateur britannique qui a ouvert le bal. Un penseur de genie, Keith Joseph. Ses discours etaient extreme, mais il les rythmaient d'appel au bon sens. La chance des nouveaux conservateurs va etre sa foi en ses idees avant sa propre carriere : il decida de ne pas briguer la direction du parti apres la double defaite aux elections de 1974 (les travaillistes gagnerent de justesse en coalition avec des partis autonomistes et les "liberaux", puis gagnerent plus franchement apres que de nouvelles elections furent organisees). Le parti etait divise en factions rivales qui deciderent de porter a leur tete une ancienne ministre de l'education en attendant de se mettre d'accord sur un successeur digne de ce nom. Cette ancienne ministre s'etait depuis 1972/1973 rapprochee de Keith Joseph et la defaite de 1974 avait accelere sa conversion a une remise en cause totale du parti conservateur tel qu'il etait devenu depuis 1945. Elle resuma ce qu'elle pensait de la defaite en une conclusion tres simple : les conservateurs ont perdu parce qu'ils faisaient une politique socialiste. Cet argument tire de la frequention de Keith Joseph allait faire mouche lors du congres puis, de facon inattendu, contre les travaillistes eux meme quand leur plan de relance s'avererait un echec et necessiterait des mesures de rigueur. L'argument coula de source : vous renoncez a votre politique, c'est malhonnete vis-a-vis de vos electeurs mais c'est une bonne nouvelle pour la Grande-Bretagne; ca ne marchera pas car cela reste une politique socialiste.
J'ai toujours dit, toujours pense, toujours ecrit que ceux qui ont une reelle ideologie, une reelle vision du monde sont inattaquables et font passer ceux qui n'en ont pas pour de pietres ideologues et des menteurs, car cette force des conviction s'enonce clairement en de petites phrases simples qui font mouche. C'est en quelques phrases tres simple que Thatcher a tue le socialisme en GB. Ou plutot, revele a quel point il etait moribond. Elle l'a acheve.
Revenons a la crise, maintenant. Le deuxieme choc petrolier en 1979 ravive l'inflation, relance la montee du chomage dans des economies a peines remises du premier choc de 1973 et de la fin de l'etalon or/ Dollar de 1971. C'est cette annee la que Thatcher est elu. Elle doit sa victoire a la lassitude de l'opinion apres une greve qui a dure tout l'hivers : l'inflation rognait les salaires et alimentait les mecontentements, ruinant les espors de politique de moderation du gouvernement travailliste de Callaghan. Thatcher attaqua les menteurs et axa son discours sur le bon sens, le travail, le courage, l'initiative, seuls outils permettant au pays de s'en sortir et, au fond, reelles qualites du merveilleux peuple Britanique. De la belle pommade dont le Royaume gouta amerement des l'hivers suivant.
Pour que le printemps fleurisse dru, il faut couper toutes les vieilles branches et croiser les doigts pour que l'hivers soit bien rude. Le Royaume Uni fut le premier pays a gouter les delisses de la deregulation. Moneratiste, Thatcher choisit de defendre la parite de la Livre. Le choc petrolier, les revendications salariales poussaient l'inflation autours de 20 % (j'aime ceux qui disent que nos 3% actuels c'est beaucoup!) et il n'etait pas exclus qu'on atteigne 30 %... En France, on etait desormais autours de 14 %... Il y avait 1,4 millions de chomeurs en GB (autant en France). Thatcher surprit tout le monde quand on s'appercu qu'elle n'avait pas de politique pour les salaires et que son ministre cedait plus ou moins aux revendications. Et hop, plus 25% pour les fonctionnaires... Ce que personne ne voyait, c'etait que la Banque d'Angleterre, a l'epoque controlee par le gouvernement, montait progressivement ses taux aux alentours de 30 %. Seuls les proches de Thatcher savaient ce qui etait en train de se passer. A 30%, on ne peut pas investir, on ne peut pas s'endetter, on ne peut pas acheter sa maison, payer ses traites (au RU, on utilise des prets a taux variables...) : le but etait maitriser M3, cette obsessions des Thatcherites, la masse monetaire globale bref la quantite de monnaie en circulation, sensee prefigurer l'inflation et determiner la valeur reelle de la monnaie. Le remede fut radical, en 6 mois, l'economie anglaise s'assecha de ses liquidites et plongea dans une violente recession. Mines du nord, siderurgie, industrie automobile, tout le pays fut frappe par de violente fermetures d'entreprises qui jusqu'ici parvenaient a vivoter grace a la depressiation de la monnaie et au maintient de la demande par les politiques de relance. Il y eu 4 million de chomeurs tres rapidement. Londres etait sinistree, le Nord, Liverpool, Manchester devastes. La Livre, elle, se rencherissait et etait redevenu une monnaie forte, les capitaux venaient se placer dans cette devise qui les remunerait si genereusement. Pour de nombreuses entreprises, l'inadaptation des produits a la concurrence due a l'absence d'investissement, leur non competitivite causa leur mort quand la Livre atteignit les sommets de l'hivers 81/82. Vous connaissez, les voitures British Leyland ? Elles perient durant l'hivers en laissant sur le carreau plus de 100,000 travailleurs. Bientot, ce serait au tour des charbonnages, devenus trop couteux (une monnaie forte reduit les prix des biens importes) face a la concurrence : la fermeture prevue des 1984 entraina une greve de plus d'un an et demi qui cassa definitivement la combatitivite des syndicats car Thatcher ne conceda rien.
Si vous doutez qu'il y ait un lien entre ce qui s'est passe recemment et cette epoque, vous vous trompez : pour la premiere fois depuis les annees 20, on a confie aux taux d'interet le role de regulateur de l'economie. Car le keynesianisme confiait cette fonction a la demande que l'on pouvait accroitre ou moderer grace aux impots, aux salaires, a la redistribution... Or, justement, depuis 1980, ce sont les taux qui concourent plus ou moins a piloter l'economie. Et confier aux taux d'interet seuls le pilotage de l'economie, cela revient a confier les clefs de la maison... aux banquiers.
Autre caracteristique, le desinteret du gouvernement pour les taux de salaire et pour le demande globale qui est une rupture avec les politiques keynesiennes. Desormais, c'est la societe qui s'organisera a sa facon, le gouvernement ne s'occupera de rien. Nous avons dans cette attitude les bases de toutes les deregulations a venir.
Car en fait ce type de politique, que les Etats-Unis de reagan vont suivre egalement, entrainant en 1982 le monde entier (sauf la France, en pleine relance) dans la recession a leur suite, en confiant aux institutions financiere une telle importance - financer les massifs deficits publics a des taux prohibitif pour des monnaies dont les cours atteignent desormais des sommets - va concourir a accelerer l'innovation jusqu'ici balbultiante. La crise des subprimes se joue aux alentours de 1980 (bien que l'instrument financier qui l'a vehicule ne fur invente qu'en 2002), mais quand vous aurez compris comment ca marche, vous comprendrez que cette crise n'est pas une grosse crise, bien que violente, et que celle(s) a venir sera/ont autrement devastatrices.
C'est vers 1980 que sont conclus les premiers SWAPS. Qu'est-ce qu'un swap ? C'est, pour deux parties, la conclusions de 2 prets pour des montants identiques a des conditions differentes : un taux fixe contre un taux flottant. Je vous prete 1 million a 5 %/an, vous me pretez 1 million EONIA (c'est un taux base sur les taux d'interet de la banque centrale qui varie chaque jour au gre de la politique monetaire et de la demande). On n'echangera rien au debut puisque 1 million de chaque cote. En revanche, tous les trois mois, on calculera l'interet du et la difference des deux; l'une des deux partie aura a payer cette difference. Vous me direz, a quoi ca sert ?
Imaginez. Vous avez achete votre maison 1 million, a 5 % annuel. Et puis recemment, les taux ont baisse, vous aimeriez beneficier de cete baisse, mais aussi beneficier des baisses a venir. Pas evident de renegocier un payx, qui de plus est parfois une procedure couteuse, longue, sans compter qu'il faut trouver une banque qui accepte, etc. Vous pouvez a la place conclure un SWAP avec une banque. Vous vendez votre pret a 5 % et vous achez un pret a taux variable. Ainsi, chaque trimestre, la banque paiera 5 % (ca annule le cout de votre credit) et vous lui payez le flottant. Vous etes desendettes d'autant.
Voila ce qu'est un swap et quel est son interet. Bien sur, cela ne concerne pas les credits individuels, mais les entreprises, les etats, les banques elles-memes. Cela peut etre un moyen de se desendetter, mais aussi un moyen de gagner de l'argent, de faire de la tresorerie sans toucher a des fond inutiliser en vue d'un investissement, etc. A partir de 1985, les taux d'interet se sont mis a baisser fortement, le dollar qui avait atteind des sommet a commence a baisser. Les etats, les entreprises ont pu conclure des swaps pour reduire la facture des emprunts des annees 80/83. Ce mouvement a cree de la richesse qui est allee s'investir... en bourse. La periode 1984/1989 est l'age des golden boys, a Londres et New-York d'abord, puis a Tokyo et Paris ensuite. Car a la periode de vache maigre monetariste de 1979/1983 succede la periode liberale proprement dite. Les privatisations se succedent a grande vitesse, creant la nouvelle masse monetaire de la nouvelle consommation. Les taux baissant et l'inflation n'etant plus qu'un lointain souvenir, les banques vont devenir les vehicules du nouvel Eldorado pour les survivants de la grande purge. Si Monchester, Leeds et Liverpool s'enfoncent encore plus dans la crise, une frenesie s'empare du Kent et de Londres. On achete des maison (dont les prix ont chute pendant la recessions) et on boursicote. Chaque nouvelle introduction en bourse est un succes qui enrichit ces nouvelles classes moyennes. Certains economistes pointent le caractere artificiel de la nouvelle croissance qui, finalement, ne repose que sur la financiarisation de l'economie, les reserves de petrole de la mer du Nord (ou du Texas) et les importations massives de biens etrangers ; ils sont balayes d'un revers (ideologique) de la main comme etant des socialistes nostalgiques et que c'est precisemment cette nouvelle prosperite qui creera les richesses, les emplois et les entreprises de demains. Et c'est vrai que le chomage recule. Thatcher a decide de geler les budgets sociaux qui entretiennent l'assistance (sic); les millions de chomeurs sont obliges de vivre avec les allocations dont la valeur n'a pas change depuis 1980, or l'inflation a encore sevit pendant un a deux ans bref, les chomeurs vivent dans une tres grande pauvrete. Des 1983/84, a la faveur de la reprise, ils accepterent ce qu'on leur proposait, dans un pays qui alors ne connaissait pas de salaire minimum. Londres en 1987, c'etait l'opulente City et des armadas de livreurs de pizzas, de cireurs de chaussures, de chauffeurs de taxis "libres", de laveurs de carreaux payes a la piece... Il faut reconnaitre que ca n'a guere change... Londres pue la bouffe. A l'heure actuelle, toutes ces echoppes doivent etre les premieres a fermer.
Face a une economie qui boursicote, Thatcher innove encore une fois et encourage le mouvement : c'est le Big-bang. Un jour de 1986, ces morceaux de papiers que l'on appelait des actions disparaissent, remplacees par un code et des transmissions electroniques. L'avantage d'un tel systeme est evident : totale fluidite, achat-vente instantanne possible, vente a decouvert (sans encore avoir achete le titre) et surtout, la vraie revolution, negociation 24 heures sur 24. En France, c'est Pierre Beregovoy qui conduira le Big Bang, modestement appele "la demat'" (pour dematerialisation), vers 1989.
Car de la meme facon que l'echec ideologique de la droite la conduisit a accompagner les politiques social-democrates de 1945 a 1975, la defaite totale des politiques keynesiennes conduisit les socialistes a appliquer la feuille de route du liberalisme economique. C'est tres peu rapporte, mais Blair a eu maintes fois l'occasion de dire que son modele etait les socialistes francais d'apres 1983...
Et nos swaps, alors... A la fin des annees 80, les swaps se sont developpes et eux aussi, deviennent des transactions electroniques : il y en a de trop. Et puis, une nouvelle categorie fait son apparition, le swap exotique. Entendez, il y a une particularite qui necessite un traitement special. En effet, a la simplicite des premiers swaps, on passe a des swaps entre deux monnaies (cross-currency swap, par exemple yen contre dollar, chacun sur un taux flottant), des swaps "option" (swaption, par exemple, j'achete en payant une prime aujourd'hui, le droit de commencer un swap dans 5 ans a des conditions fixees aujourd'hui), des swaps avec un maximum (cap, si le taux flottant monte au dela d'un certain seuil, cela active soit un gel du taux), un minimum (floor), un cap et un floor (corridor), un cap et/ou un floor variable avec des possibilites de taux particuliers en cas de franchissement du seuil et une redefinition dans le temps avec option exercable annuellement (straddle), un amortissement annuel (amortizing), un recalcul avant chaque paiement trimestriel du montant initial dans une monnaie par rapport a l'autre monnaie pour tenir compte des fluctuation des taux de change (marked-to-market), etc.
Aujourd'hui encore, on en invente de nouveaux. Moi, si vous voulez mon avis, je trouve cela absoluement fantastique est c'est une preuve du genie de l'esprit humain car tous ces swaps sont de veritables inventations, de petits chefs d'oeuvre d'architecture.
Vers la fin des annees 80, un certains nombre de ces swaps n'avaient pas encore vu le jour, d'autre commencaient leur carriere, au compte goutte, en donnant bien du travail a ceux qui les voyaient pour la premiere fois. Surtout ne rien omettre...
Parallelement se developpait le commerce international avec de fortes pressions pour sa liberalisation. Celle-ci triompherait vers 1993 avec les premiers accord du Gatt (Urugay round). C'est a cette epoque que commencerent a se developper les premiers contrats futurs sur le petrole, le cafe, etc. Comprenez, pas seulement acheter a un certain prix pour dans cinq ans; mais la creation d'un titre negociable comme une action adossee au contrat (option d'achat) a 5 ans. Que la perspective de prix soit a la hausse et le titre adossee voit sa valeur montee sous l'effet de la demande. Imaginez aujourd'hui si je vous proposait un contrat futur expiration lundi prochain avec le baril de petrole a 15 Dollars (ca doit trainer, des trucs emis il y a dix ans...), combien seriez vous pret a le payer ? C'est vite et mal resume, mais en gros, les futurs, c'est ca, et ca s'est mis en place progressivement avec la liberalisation du commerce. Il faut egalement signales les contrats futurs sur les devises qui minaient regulierement le franc et la lire en les prevoyant a la baisse.
Maintenant, synthetisons. Nous avons les actions pour speculer, les futurs pour etre prevoyant en se reservant la possibilite de speculer, nous avons bien entendu les "obligations" (part d'un emprunt qui peut s'echanger comme une action), nous avons les swaps pour annules certains effets dus a des fluctuations, etc. En quelques annees, la finance a etoffe ses outils et peut desormais remplir pleinement le role que lui reservaient les thatcherites : etre la force issue de la societe a meme de reguler le marche. Adieu l'etat, vivent les banques. Privatisees, au passage.
L'eclatement de la bulle immobiliere des 1989, l'inflation qui conduisit a relever les taux (ca y etait, ce serait aux banques centrales de "refroidir l'economie) et conduisit a la chute des bourses -notamment aux Japon-, ne remirent en rien en cause ces nouveaux instruments. Au contraire, la periode de "refinancement" qui commenca vers 1991 quand, en pleine recession il fut question de baisser les taux, allait voir leur generalisation et meme mieux, leur imbrication.
L'age d'or des Credits Derivatifs allait commencer. Et l'eclatement de la bulle Japonaise fournissait un argument de taille : les banques avaient pretes sans compter et devaient assumer seules la totalite du risque.
La finance liberee, pourvue de tous ces instruments, serait desormais une finance de la "couverture", des produits "structures". Bref, on allait utiliser tous ces instruments afin d'en creer de nouveaux. Utiliser des actions pour garantir des prets qui seraient adosses a des swaps, le tout permettant de generer de nouveaux titres emis sur le marche. La encore, je fais un tres vilain resume, mais c'est juste pour vous donner une idee. Je me souviens la premiere fois que j'ai vu un swap a 0% d'un cote, 7% de l'autre. Quel interet, ai-je dit ! Ma collegue Odile m'a repondu que ce qui comptait etait le titre adosse a ce swap. Et c'est vrai qu'en y reflechissant. Je vous fait un credit extremement risque, donc a 11%. Normalement, j'aurais du vous consentir du 4%. Je gage ce credit sur la valeur d'un bien immobilise (je monte dessus la condition du swap 0%/7%, et je monte encore un truc de cote la pour me couvrir). Tant que vous me remboursez, finalement, le taux est de 11-7 = 4%. Mais qu'advienne un defaut de paiement, une clause particuliere dans le swap invalide le swap (clause d'option au vendeur), je peux saisir le bien et compter le pret initial a 11% comme du, bref, en cas de faillite, je recupererai des interets a 11% (peut-etre). Mon exemple est bancal, je sais : je ne suis pas "structureur", mais cela donne une idee de comment ont ete utilises ces differents instruments a partir des annees 90. Ainsi, adosse a des actions/obligations/ Futur, un swap est devenu Equity swap. On a meme commence a imbriquer Futures et swaps pour, par exemple, la definition du taux flottant.
Comme me le disait Odile, "tout est possible, on peut tout faire".
Pour reguler toute cette innovation dont le but est, in fine, assurer la liquidite d'un marche financier, une Association, ISDA, se reunit chaque jour et actualise les definitions des termes techniques et des conditions de negociations entre les parties. On evite ainsi que chaque contrat soit une masse volumineuse de paperasse (quand on sait qu'il doit y avoir des dixaines de milliers de swaps negocies chaque jour, chacun avec son propre contrat...), la simple sitation de l'ISDA reduit le document a l'essentiel puisque chacun des termes utilise est "admis". Si je dis "EONIA trois mois", je n'ai pas besoin de reproduire d'equation, de citer la Banque centrale, etc.
Dans une economie liberale comme celle ou nous sommes maintenant, les ecarts de salaires sont de plus en plus importants. Une partie des classes moyennes investit dans l'immobilier comme on pourrait le faire a la bourse, poussant les prix a la hausse et privant l'autre partie des classes moyennes et la classe en dessous de toute possibilite d'acheter sa maison, son appartement. L'ideologie liberale a en effet fait de l'acquisition de son bien immobilie la piece maitresse de sa politique. Etre chez soi. Et surtout, reduire encore plus les budgets sociaux (HLM) pour baisser les impots des classes moyennes superieures et au dessus. Gains immediatement investis en bourse et dans l'immobilie dont les prix montent encore.
Les banques ont donc decide de faire le travail qu'on attendait d'elles. Puisque desormais les politiques publiques etaient prises en charge par le secteur financier, le secteur financier procurerait des logements en abondance meme aux plus pauvres. Car bien entendu, la politique liberale avait precarise une partie de la population. On compte un tiers d'Americains vivant sous le seuil de pauvrete. Livrer des pizzas, travailler a mi-temps a wall mart ne nourrit pas une famille. En France, de plus en plus de salaries frequentent les restaurants du coeur ou/et la banque alimentaire.
Inimaginable dans la societe de regulation keynesienne comme le furent le Royaume Unis des annees 50, la Suede, et les USA de Roosevelt ou vaincre la pauvrete fut l'objectif prioritaire, a tout prix.
C'est donc ainsi qu'on en vint a la CDS, le Credit Default Swap et son pendant le CDO, Collateral Debt Obligation. La CDS est un swap entre deux parties adosse a un credit conclu entre une de ces deux parties et ne partie tiers. En cas de defaut de remboursement, l'une des deux parties verse une prime a l'autre partie. La CDS etant adosse a un credit, il a ete imagine qu'on pouvait titriser le credit, puisque, globalement, tous les credits sont generalement rembourses, et qu'en plus en cas de probleme, une prime versee viendrait reduire le coup de la perte. Enfin, comme aux USA le credit est hypothecaire, il y avait a l'arrivee peu de risque de perte, mais au contraire, de belles perspectives de gains (theorique) : en effet, si le risaue de faillite augmante, la possibilite de recevoir la prime PLUS le produit de la vente du bien, et enfin les taux prohibitifs lies aux CDS, ont fait de ces instruments des instruments tres juteux. Ce duo de choc crees en 2002 (CDS) et 2004 (CDO) sont fait gagner des fortunes aux traders, aux banques. D'un bon rapport, celles-ci se sont empressees de vendre des CDO aux fonds de pension, aux mairies, et meme aux entreprises pour faire fructifier leur tresorerie, comme des produits extremement surs et d'un bon rendement (6, 7 parfois 8 %) et tres liquides (on pouvait les revendre comme des actions, parfois avec une plus value).
Pendant ce temps, nos swaps ont continue a ce multiplies et les activites sur "futures" se sont etendues a toutes les matieres premieres.
Bien entendu, a partir de 2005/2006, un plateau etait atteind commencant a provoquer de l'inflation, notamment dans l'immobilier (20, 30% par an). Les banques centrales ont donc commence a remonter leurs taux d'interets. Il est vrai qu'apres la fin de la bulle internet pui le 11 septembre, tout le monde avait profite de taux ridiculement bas, encourageant l'usage du credit. Acheter sa maison a 3%, j'ai beau etre socialiste, je trouve ce taux ridiculement bas. Car a ce taux, tout le monde (bref, les 60% de ceux qui vivent bien) veut acheter, et cela cree les hausse de prix que l'on a constate, ces 15, 20, 30% annuels. La plus-value pour ceux qui ont achete a 3% en 2002 a ainsi ete de l'ordre de 50% en 3 ans (Paris). Finance a 3%, ca vaut le coup. Bref, je suis contre des taux aussi bas, inferieur meme au livret d'epargne !
L'augmentation des taux a ete reel fin 2006 et la bourse qui avait pas mal monte sous cet effet de richesse a cesse de monter. Ce fut l'age d'or du CDS car les risques de defaut etaient optimum. Et donc du CDO refourgues de banques en banques, remelanges a d'autres produits dans des fonds, etc. Les speculateurs ont retire leur bille de Wall Street a partir de 2007 et se sont portes sur les Futurs, les matieres premieres. C'etait le bon moment : des incendies en Australie allaient priver le monde d'un de ses premiers fournisseurs de bleds et laitages. On l'a bien senti, au Japon, a partir de Janvier 2008, le beurre a tout simplement disparu et le prix du pain s'est envole.
Tous les prix ont alors commence a s'envoler car c'etait desormais l'alimentation qui etait le nouveau "truc". Et pour calmer ces hausses de prix, les banques centrales ont encore augmente leurs taux. Ce n'est pas un hazard si un office independant vient de backdate le debut de la recession a decembre 2007. Les Americains ont traverse 2007 comme une mauvaise annee avec les premieres expropriations de maisons dues a l'impossibilite de payer, les debuts de la chute des prix dans l'immobilier et l'augmentation du prix de tout. Ils l'ont bien senti, qu'ils se pauperisaient. D'autant que la baisse de l'immobilier n'etait pas prevue.
Nos CDO et CDS reposaient globalement sur l'idee que la valeur gagee garantissait le pret. Que parfois, souvent meme, quand le bien gage avait pris de la valeur, la banque proposait une rallonge de pret. Avec la chute des prix amorcee dans certains etats des fin 2006, c'est le scenario inverse qui se met en place. Les prets, a taux variables, reposent entre autre sur une equation qui tient compte de la valeur du bien, les taux d'interets et le montant restant a rembourser. Si la valeur baisse, le poids du pret s'allourdit et le taux monte, renforce par le mouvement a la hausse des taux de la Federal Reserve. De plus en plus de menages ont ete dans l'impossibilite de payer, ont ete expropries, renforcant la pression a la baisse de l'immobilie par exces de demande. Les rpix continuant de baisser, de nouveaux menages ont vu leurs taux monter, etc A cela s'ajoutait le rencherissement de la vie. La recession a bien commence l'an dernier, la crise actuelle en est le resultat, et certainement pas la cause.
Car maintenant revenons a nos swaps, nos CDS et CDO. L'augmentation du nombre de faillites personnelles, la chute des cours de l'immobilier a ouvert les yeux. Je suis extremement fier d'avoir travaille a BNP Paribas qui a ete la premiere banque a reconnaitre qu'elle avait un probleme de valorisation avec 3 portefeuilles. Pas parce que BNP Paribas c'est super top machin... Non, parce que mes anciens collegues travaillent bien, et que "nous" avons mis en place de bonnes procedures de controle en se posant les bonnes questions. J'y ai contribue moi-meme en remontant parfois des interrogations qui deplaisaient a mes superieurs mais qui s'averaient pertinentes. Avec toujours le soutien de ma collegue Odile (qui etait responsable de mon activite). Je n'ai jamais cru a l'explication "ca va, c'est interne, il n'y a pas de probleme, c'est qu'une ecriture". A mon modeste niveau, je suis souvent parvenu a demontrer le contraire. Je n'etais pas seul et je pense que c'est ce soucis des controle qui a conduit BNPP a s'interroger sur ces fond jusqu'a non seulement l'annoncer mais egalement les suspendre. Je prefere ne pas imaginer les saloperies qu'il y avait la dedans. Certainement des saloperies notees AAA par Moody's, Standart and Poor et autres... sans savoir ce qu'il y avait dedans ni a quels prets, quels clients, quels risques correspondaient reellement ces titres. Les agences de notations sont une plaie. Vous avez l'explication pourquoi BNPP a continue a gagner de l'argent quand tant d'autres s'ecroulaient sous les pertes des montagnes de CDS et CDO.
A partir du moment ou les faillites ont commence a se multiplier, un certain nombre de contreparties dans le cadre de CDS ont eu des problemes pour payer les primes liees au Defauult. Dans les banques, on a commence a comprendre la problematique. Comme je l'ai ecrit, BNPP a avoue etre incapable de valoriser 3 fonds en aout 2007. Les autres ont annonce que tout allait bien, au contraire, certaines ont rachete les CDS et les CDO dont on ne voulait plus, pariant sur un retournement du marche immobilie des 2008. C'est comme ca que Goldman Sachs s'est debarrasse de toutes ses CDS et CDO et a engrange de large profits.
Mais le vers etait dans le fruit. Tout le monde savait que tout le monde avait plein de ces saloperies. Les banques commencaient a faire des couvertures, a prevoir de mettre de cote pour couvrir des pertes. A annoncer des pertes, puis a avoir recours au marche bancaire pour refinancer tel ou tel branche. 2008 a vu le marche interbancaire de plus en plus tendu car personne sur la place ne connaissait l'etendue du desastre. Or, je vous l'ai dit, pour faire un swap, il faut etre deux.
A la TV, on vous parle de "l'argent que les banques se pretent". Ce ne sont pas que des prets, ce sont souvent des swaps. Ces swaps procurent des liquidites sans toucher a la structure de la banque, sa ses fonds propres. X a trop de yen non investis aujourd'hui, mais a un leger trou en Dollar, Y a trop de Dollar mais a besoin de Yen, hop, un swap.
L'ennui, si personne ne se fait confiance, est que cela fait monter les taux. Et que quand survient une faillite (Bear Sterns), alors tout le monde sur la place comprend que desormais, c'est chacun pour soi. Et les taux montent. La bourse et l'immobilier descendent, eux, augmentant en proportion les taux d'endettement et donc les taux de remboursement. Le petrole, la nourriture atteignent des sommets et aux USA, le chomage commence a monter. Fideles a leur conception du monde, nos chefs d'etats admettent que l'atterissage de l'economie americaine est plus brutal que prevu, mais que les fondamentaux sont sains, et que le probleme numero un est l'inflation : 3,5% c'est beaucoup trop (je vous rappelle les 25% anglais ou les 14% francais pour mettre de l'objectivite).
La suite, vous la connaissez, c'est le moment ou la television a commence a en parler. Les pertes des banques de plus en plus lourdes, une mefiance generalisee, les faillites des caisses regionales aux USA, l'arret de l'immobilier en Angleterre et en Espagne, les volumes d'echange, en generale a la vente, de plus en plus important en bourse, et puis la faillite de Lehman, moitie a cause de son exposition aux CDS, moitie par vengeance de Wall Street envers cet intrus (le secretaire au tresor Pawlson est un ancien Goldman Sachs et GS detestait LB...), le meme week end ou Merrill Lynch est rachete par Bank of America. La semaine qui suit est une beresina totale, le marche interbancaire est gele, les trader ne tradent plus, plus personne n'a confiance, apres Lehman, a qui le tour. Depuis le debut de l'annee, les volumes des transactions baissaient, cette fois, c'est l'arret. Ce manque de liquidite sur le marche conduit des societes a vendre leurs actions, amplifiant la baisse. A partir de la, les gouvernements decident d'aider la finance, plans de sauvetage voire nationalisations se succedent.
Le marche financier se ranime maintenant, lentement mais surement. Le sauvetage recent de Citibank evite la faillite que je redoutais par dessus tout. Restent les consequences d'une annee d'assechement de ce qui fait le coeur de la croissance depuis 20 ans. Le gel du credit a stoppe la consommation, deja atone. Le gel du credit rencherit le cout de tresorerie des entreprises. Le gel du credit a fait chuter l'acces au credit. L'immobilier, l'automobile plongent. La crise financiere est terminee. Il y aura certainement des rechutes a la bourse, mais desormais, les banques se refont des swaps, se refinancent les unes les autres. En revanche l'hivers s'annonce long, tres long et menacant pour ce qu'on appelle l'"economie reelle", cette grande oubliee des 20 dernieres annees, toutes ces entreprises placee de fait a la merci de la finance.
Qu'on ne me fasse toutefois pas dire ce que je ne pense pas. Je ne pense pas que la Finance soit responsable de la crise. La finance est une activite economique comme une autre. La "rupture conceptuelle Thatcherienne" a offert des opportunites de business. Apres tout, c'est la "rupture conceptuelle Keunesienne" qui a entraine le boom de l'industrie. Dans une economie de marche, les hommes repondent aux opportunites qui se presentent. Les etats ont encourages la pression salariale, ont arrete de financer le logement social. Pour autants, la population voulait continuer a se loger, a avoir un chez soi. Les banques ont cree des instruments qui leur permettraient de realiser ce reve en essayant de se proteger, donc en demandant des taux plus elever et en structurant le plus possible.
S'il y a une responsabilite, elle est politique. On a accepte un consensus social fait de bas salaire et de baisse d'impots. On a l'economie qui va avec. Et la societe qui va avec cette economie.
Maintenant, j'ai beaucoup entendu les socialistes gesticuler sur une victoire de leurs idees dans cette crise. Si j'ecris ce post, c'est parce que je ne suis pas d'accord. Il ne peut y avoir de victoire des idees socialistes dans cette histoire parce que tout d'abord ils n'avaient jamais fait le constat de cette situation (j'accorde un credit a P. Larrouturou qui a tente depuis 3 ans de faire debattre sur cette question, soutenu en cela par Michel Rocard qui avait alors declare tres justement que les socialistes n'echapperaient pas a un debat sur ce qu'est reellement le marche, a moins de vouloir assister impuissant a la desagregation de la bulle financiere...), qu'ensuite ils ont accompagne le mouvement (en France, ils ont libere les prix, privatise, promu le franc fort, dematerialise la bourse, promu la restructuration de la dette (des swaps) et son son effacement pour les pays du tiers monde (mention special pour Mitterrand qui en a fait effacer une partie). Qu'enfin, j'aimerais qu'on me dise quelles idees ont gagne. Et c'est la desormais ou je veux en venir.
Le fameux retour de l'Etat. Oui, l'Etat eponge est de retour. L'etat qui en France subventionnait la siderurgie pour que la siderurgie puisse verser un dividende aux actionnaires. Si c'est ca, le retour de l'etat qui fait tant plaisir aux socialistes, je le leur laisse.
Car en fait, nul part, pas meme aux Etats-Unis, on ne se tourne vers la cause reelle de cette crise. Une vision du monde basee sur la demission des ambitions collectives et la promotion de l'ambition individuels. Cette crise, c'est le resultat de 30 ans de baisse des salaires. C'est l'abandon des ambitions sociales fondatrices d'egalite : medecine gratuite, education gratuite, secteur immobilier mixte (public et prive), salaires eleves et prestations de qualites. Si l'economie ne sert pas a vivre en societe, j'aimerais qu'on m'explique a quoi sert de vivre en societe. Je ne promeux pas le retour aux politiques des annees 60. Je reviens juste a la base du socialisme, avant Keynes, une ambition collective qui permette la realisation pleine de chaque individu bref, un authentique projet democratique qui pose la question du pouvoir, de qui l'exerce et comment il l'exerce. Un authentique socialiste ne peut qu'etre anti-bolchevique, ce systeme qui nie l'individu et rejette la democratie au nom d'un ideal superieur n'appelant aucune concession (c'est a peu pres ce qu'exigeaient les 21 conditions adressees par Lenine aux socialistes du monde entier et qui value la scission entre socialisme et communisme). Mais un authentique socialiste ne peu que nourir d'un meme rejet une societe tout autant anti-democratique, ou toute ambition collective se trouve limitee, contredite voire anihilee par "le marche", en fait le petit groupe d'individus suffisamment riche pour controler la propriete. Qu'ont fait les travailleurs chez Ford pour meriter peut-etre bientot de perdre leur emploi ? Sont-ils responsable du gel du credit, des CDS, des CDO ? Des mauvais choix de leurs dirigeants, des megas bonus qu'ils ont empoches pendant des annees ? Non, ils ont assemble tranquillement les voitures qu'ont leur demandait d'assembler. Avec la chute de la bourse, leur retraite par fond de pension vient de partir en fumee et un eventuel licenciement mettra fin a leur assurance maladie privee. Ils ont souvent quitte leur region pour venir travailler a Detroit. Si Ford fait faillite, ils ne trouveront pas de travail dans cette ville dediee a la voiture.
Que deviendra leur vie ? C'est cela, la democratie ? Etre victimes de decisions que l'on n'a pas prise, mieux, etre victime de decisions que l'on n'a pas prise parce que les repressions anti-syndicales et anti-socialistes des annees 1880, 90, 1900, 1910, 1920... etc, ont elimine toute possibilite d'entendre la democratie comme un pouvoir, aussi, de l'activite economique par celle et ceux qui la font vivre, limitant le champs de revendication au seul champs qui interesse lesdites entreprises : le "pouvoir d'achat" (donc les debouches). "Les distinctions sociales ne peuvent se justifier que sur l'utilite commune" dit la declaration des droits de l'homme. Les travailleurs ne sont donc pas utiles ? Et les dirigeants corrompus sont plus a meme de prendre des decisions dont ils ne sont redevables que devant eux ? Voila de belles violations des droits de l'homme et par voix de consequence, a notre constitution.
Alors, en ecoutant des dirigeants de gauche dire que ce sont leurs idees qui gagne, cela m'attriste autant que cela me fait sourire. Ils n'ont pas d'idee. Et les plans de sauvetage ne sont pas socialistes. Comment le pourrait-ils quand il s'agit d'eviter la barbarie d'une disparition de la finance (avec Super Hitler et ses micro-onde geants face a Giga Layatolah en face avec ses ogives nucleaires). Il faut sauver la finance pour sauver egalement la possibilite de la sociabiliser un jour. Enfin, la je blague un peu...
Au contraire. Une fois la bourasque passee, on va faire encore plus de swaps, encore plus de derives. Car tout l'environnement financier a change, en trois mois. Des institutions qui ont fusionne, des taux d'interet qui ont fondu, des etats qui vont avoir besoin de liquidites, et des millions de personnes qui vont profiter de renegociations de leurs taux... Ca fait beaucoup de travail pour la finance. Je pense que je secteur va se reveiller vraiment dans le courant de l'hivers et tournera a plein regine des la fin de l'annee prochaine. Je pense egalement que pour tres violente et profonde qu'elle sera, la recession sera de courte duree et que la reprise economique sera assez forte. En V. Ca ne veut pas dire que cette crise ne laissera pas de trace. Mais je ne pense pas que ce soit une grosse crise durable. Il y a deja en place beaucoup d'elements qui plaident pour une embellie rapide. J'ai vu les premieres etiquette "pris en baisse, remontee du yen", et bientot la taxe sur les carburants appliquee par les compagnies aeriennes ne sera plus qu'un lointain souvenir. L'alimentation sera en baisse tres rapidement.
Toutefois, comme je l'ai ecrit, le fond des politiques n'a pas change. Et on preparera la prochaine crise. Et l'economie ne sera pas toujours en mesure d'encaisser une telle violence. Pour cette fois-ci, parce que nous sommes toujours dans une phase longue de croissance, que la plupart des secteurs economiques font des profits (rognes en ce moment, mais il en reste) et on beaucoup investi, je reste persuade que la reprise sera plus rapide que prevue (je l'avais ecrit je crois en Janvier en prevoyant en meme temps une correction brutale quand tout le monde ne voyait rien venir) et que suivront plusieurs annees de forte croissance ou nos gouvernements utiliseront l'argument de l'intervention publique actuelle pour faire encore plus de coupes sur les budgets sociaux.
Allez, c'est fini pour aujourd'hui.
lundi 1 décembre 2008
Passent les week-ends...
Et de nouveau lundi. Ce week end avec Jun, la visite de l'exposition Vermeer au Musee National, a Ueno. Pour le coup, une exposition magnifique, et cela faisait tres longtemps que je n'avais pas eprouve une telle joie a regarder de la peinture. J'aime enormement la peinture des Flandres au 17eme siecle et ce qui etait present dans cette exposition etait tout simplement somptueux. Pas moins de 7 ou 8 toiles de Vermeer, cela deja etait etait exceptionnel. Mais ce qui accompagnait ces toiles, des oeuvres de l'ecole de Delf, comme par exemple De Hoocht, tous ces interieurs ou regne une intimite nouvelle baignee d'une lumiere si caracteristique, ces femmes qui vaquent a leur occupation quotidienne, vetues de ces vetements simples et propres de la prospere bourgeoisie urbaine des villes du Nord. Absoluement magnifique. Je n7ai pu m'empecher d'etre historien, de rechercher les outils, la vaisselle, evaluer leur qualite et tenter de percer a travers ces simples tableaux les mysteres d'un quotidien. Un grand plaisir malgre une foule enorme, des queues pour chaque tableau, des reflexions stupides faites de prejuges entendus je ne sais ou mais dont finalement je n'ai pas grand chose a faire : j'ai souvent entendu de reelles betises dans les expositions de la MCJP et peut-etre moi-meme en ai-je saupoudre mes propres commentaires. La richesse de l'exposition m'a plonge dans un etat de bien etre, a allege bien de mes soucis. Et vous savez comme j'en ai.
On ne le repetera jamais assez, tokyo est une grande ville pour l'art : les foules se bousculent aux expositions et sont pretes a payer a peu pres le double de ce qu'elles valent en France. Le resultat, les grandes expositions americaines et europeennes passent par Tokyo. Pour voir toutes les expositions que je peux voir ici, il me faudrait voyager et silloner l'Europe entiere. Ici, ce sont elles qui viennent a moi, compensant la tres grande pauvrete des fonds nationaux ainsi que le manque d'initiative general qui caracterise la vie culturelle au Japon. L'art contemporain est un parent pauvre de cette megapole de 30 millions d'habitants dans laquelle on s'attendrait a trouver plus d'audace et de vitalite. Il faut croire que les elites ont les moyens d'aller a new-York, Bilbao, londres, Paris ou Kohn frequemment...
Notre visite a bien duree 3 heures. Et j'ai achete des cartes, ce qui s'etait fait rares ces derniers temps. Je crois devoir preciser que les cartes ne sont jamais (sauf au Mori Bijutsukan) les cartes originales de chaque musee, mais un tirage local specialement edite pour l'occasion. Le resultat est une pietre qualite des couleurs, de la lumiere. Cela a le don de m'exasperer au plus haut point. Quand on pense a l'extreme qualite des tirages/cartes postales des Musees Nationaux, de la Tate ou de la national Gallery, et meme ici des differents musees nationaux, ces impressions "sponsorisees par Epson" font tache.
Nul.
Enfin, cela ne gache pas mon plaisir et n'est finalement qu'anecdotique.
On a mange tres rapidememnt puis nous sommes alles jusqu'au jardin du Palais Imperial a pied. L'hivers desormais s'installe, avec son ciel bleu et son air pur presque transparent. Le froid l'accompagne : la nuit les temperatures descendent autours de 8/9 degres et nous devrions atteindre 5 ou 6 degres vers la fin de cette semaine. J'ai remis le chauffage depuis une petite quinzaine. Je connais cela assez bien maintenant : le basculement s'opere subreptissement sans que personne ne s'en appercoivent. Un jour, on s'appercoit qu'il fait vraiment froid. Generalement, c'est synchronise avec la chute des feuilles d'erables, a la mi-descembre (Tokyo).
Dimanche, nous voulions aller a Gyoenmae. N'y allez pas. C'est inutile. Il y a plein de monde. Trop de monde.
On a pousse jusqu'Omotesando, puis on a pris le metro. Je me suis achete un croissant chez "Jean-Francois" dans la mini-galerie "Marche de Metro" : il etait parfait. Symplement parfait. Craquant, plein de miettes mais tendre dedans avec un bon gout de beurre, mais pas de beurre concentre, du beurre frais. A Paris, quand j'habitais strasbourg Saint Denis, il me fallait marcher au moins 15 minutes jusque Montorgueil pour avoir quelque chose d'avoisinant, mais moins croustillant. En parlant de Montorgueil, le "marche de metro" est une espece de rue Montorgueil, pavee, avec des terrasses, des reverberes et une plaque de rue "rue de marche de metro". Pour le reste ce ne sont que cafes et restaurant ainsi que la boulangerie "jean-Francois". Mais c'est pas trop kitsch, finalement. En tout cas, ca inspire bien plus Paris que l'ecole de langue dont je vous parlais l'autre jour.
Jun et moi partageons desormais les frais quand je fais la cuisine. On a eu un petit passage a vide la semaine derniere. Quand je suis alle a Hello Work mercredi dernier, il m'ont annonce un montant derisoire pour l'indemnisation. Ca m'a casse et cela a resume de facon parfaite mon etat d'esprit. La veille, j'etais alle retrouver Yan a son travail, un restaurant, et je m'etais etonne d'avoir fait si aisement le tour de la question, de me liberer si facilement. Le resultat fut un diner morose avec Jun le mercredi soir ou il se mit a faire la tete puis prefera partir de bonne heure. On a echange quelques mails, il m'a accuse de ne pas lui faciliter la tache en ne faisant que ruminer ma situation. Il m'a assure qu'il pouvait m'aider, m'avancer de l'argent jusqu'a ce que je trouve un travail. Cette explication a eu ca de bon que ce week end s'est finalement bien passe, qu'on a pu meme parler travail. Moi-meme finalement, je pense que ce soudain acces de lucidite en milieu de semaine dernier a mis fin a l'episode depressif dans lequel, finalement, je me complaisait. Que je recommence a ecrire est finalement la trace la plus palpable d'un seuil franchi apres mon retour a la lecture en mi-novembre. J'admets ne pas avoir de travail, je ne me considere pas coince au Japon, ce qui m'arrive n'est pas de ma faute, la meme situation pourrait me toucher en France egalement. En attendant, je suis ici, je l'ai choisi, j'ai un copain, un appartement correct, des amis qui ne me laisseront pas tomber. Je suis intelligent et je m'accorde une certaine valeur, des capacites. C'est pour cela que je bouscule les limites sur ce blog, car c'est ma liberte qui fera la difference sur un marche du travail terrifiant. C'est ma desinvolture, mon independance d'esprit et mon audace qui m'ouvriront des portes. Pour cela je ne dois plus avoir peur de moi et encore moins de votre jugement. Qui m'aime me suive. Je gage qu'ils seront nombreux.
Ce midi, j'ai dejeune avec Junko, Noriko et Martin, dans un restaurant francais de Kagurazaka, sans facon. La cuisine etait delicieuse et j'ai ete etonne par les prix terriblement raisonnables. Je confirme que cette histoire de prix exorbitant a Tokyo est vraiment un truc d'expat'. Le menu le moins cher, entree/plat/dessert et cafe, corbeille de pain (rare a Tokyo) est a 1,850 yens (soit environ 15,50 Eur... eh oui, le yen a fortement monte). Y a t-il encore a Paris de bons petits restaurants a ce prix la ? On a bavarde de pas mal de choses, Junko et Noriko sont intelligentes, cultivees. J'etais heureux de retrouver Martin pour qui l'avenir sourit : il travaille beaucoup, ce qui, pour un illustrateur, est le signe indeniable de la reussite.
Je suis rentre apres cela, mais j'ai du ressortir car j'avais perdu mon echarpe il y a quelques jours : je suis alle jusque Ueno aux objets trouves. La, vraiment incroyable, un immence cimetiere de parapluies, et des sacs de tout, dates, estamplilles. Mon echarpe etait la, dans un sac a echarpes. Je l'ai reconnue de suite au milieux des autres. L'etiquette portait bien et le jour, et l'heure et le lieu, l'agent du metro ne pouvait douter que ce fusse bien la mienne. J'en ai profite pour aller chez Kaldi acheter du cafe, des spaghettis et des boites de tomates. La hausse du yen commence a se repercuter sur les prix des denrees importees, en baisse sensible parfois. J'achete mon Colombie chez Kaldi car il n'y est pas trop cher : 450 yens les 200 grammes. Je prefererais aller dans un supermarche mais le cafe, au Japon, est proprement degueulasse. Origine incertaine, mixage de robusta et arabicas dans des proportions aleatoires, prix souvent, finalement, exhorbitant. 300, 400 ou plus pource genre de qualite. Les marques sont des sortes de monopole japonais, comme UCC, certainement tenus par de riches planteurs Japonais du Bresil. Mais je vous confesse que quand je lis, au sujet de l'origine, " Bresil, Colombie, Vietnam, Indonesie, autres", ca ne me donne pas trop envie. Je n'ai rien contre l'Indonesie, le Vietnam ou "Autres" (!) mais ce ne sont pas des origines qui me sont familieres et le resultat jusqu'ici ne m'a guere convaincu. Ca m'evoque beaucoup plus de ces Japonais du Bresil ayant achete des terres et produisant a bas cout dans ces pays d'Asie qu'une origine de qualite.
Kaldi est une chaine hollandaise presente un peu partout dans le monde. Au Japon, c'est une sorte de paradis des produits importes. Le cafe est moulu sur place, les origines nombreuses, les blends parfois tres raffines pour cette gamme de prix, somme toute raisonnable. Sans Kaldi, je ne sais pas comment je ferais. Je epux me passer de beaucoup de choses, mais le cafe...
J'ai marche jusqu'Akihabara ou je me suis attarde au stand Softbank pour regarder le Samsung Omnia, ce simili iPhone meilleurs que l'original. Eh bien, le Omnia japonais a ete customise pour le Japon. Il ne fait pas wifi et les outils multi-medias ont ete limites. Internet a ete bride. Bref, c'est un telephone lecteur de musique equipe d'un appareil photo 5 Mpix.
De l'art de proteger l'industie locale. Je doute que ce telephone connaisse ici le succes qu'il rencontre en Europe.
Carte postales, cafe, telephones. Ce pays est vraiment refugie derrieres des barrieres. Ca ne l'empeche pourtant pas de recevoir la bourrasque financiere en pleine figure. Avec l'actuel premier ministres dont beaucoup se demandent deja comment le renvoyer a ses mangas, ca risque d'etre encore pire que prevu. Je continue de parier que comme il verrouille tout a son profit, les proches de Koizumi mais aussi les proches de Fukuda (qui doit etre encore en train de digerer son eviction) n'auront d'autre solution que d'aider -clandestinement- la coalition de centre gauche reunie autours du DPJ qui, si elle gagnait, permettrait aux "koizumi children" de prendre le controle du LDP (droite). Ce ne serait pas un mauvais pari car on peut douter de la viabilite de la coalition de centre gauche reunissant le Parti Democrate (centre), le Parti Socialiste (tres a gauche), le Parti Communiste (anti militariste, a gauche), le Nouveau Parti du Peuple (centre droit, transfuges du LDP) et il est fort probable que l'aventure ne durerait pas longtemps. Mais le TSA, Tout Sauf Aso se profile a l'horizon. Il ne rssemble deja plus que 29% de bonne opinion. Apres avoir convaincu son camps que seul lui pouvait prendre des mesures pour l'economie il y a 3 mois, degageant Fukuda (le modere homme qui marche), il se caracterise par son populisme extreme, des conneries toutes plus grosses que lui (la derniere en date, dire qu'il en avait marre de payer pour des gens qui ne font rien, en reference aux personnes agees) et surtout son incroyable inaction. On dirait que l'election d'Obama a tetanise l'ultra nationaliste pro-americain. Ce n'est pas prevu par son logiciel. Le resultat, une bourse atone et un doute qui gagne le Japon au moment ou les Americains, vaille que vaille, reprennent une certaine confiance en l'avenir.
Je suis rentre apres cette petite visite. Ce qui est etonnant, c'est le monde dans ce quartier a une telle heure de la soiree.
On ne le repetera jamais assez, tokyo est une grande ville pour l'art : les foules se bousculent aux expositions et sont pretes a payer a peu pres le double de ce qu'elles valent en France. Le resultat, les grandes expositions americaines et europeennes passent par Tokyo. Pour voir toutes les expositions que je peux voir ici, il me faudrait voyager et silloner l'Europe entiere. Ici, ce sont elles qui viennent a moi, compensant la tres grande pauvrete des fonds nationaux ainsi que le manque d'initiative general qui caracterise la vie culturelle au Japon. L'art contemporain est un parent pauvre de cette megapole de 30 millions d'habitants dans laquelle on s'attendrait a trouver plus d'audace et de vitalite. Il faut croire que les elites ont les moyens d'aller a new-York, Bilbao, londres, Paris ou Kohn frequemment...
Notre visite a bien duree 3 heures. Et j'ai achete des cartes, ce qui s'etait fait rares ces derniers temps. Je crois devoir preciser que les cartes ne sont jamais (sauf au Mori Bijutsukan) les cartes originales de chaque musee, mais un tirage local specialement edite pour l'occasion. Le resultat est une pietre qualite des couleurs, de la lumiere. Cela a le don de m'exasperer au plus haut point. Quand on pense a l'extreme qualite des tirages/cartes postales des Musees Nationaux, de la Tate ou de la national Gallery, et meme ici des differents musees nationaux, ces impressions "sponsorisees par Epson" font tache.
Nul.
Enfin, cela ne gache pas mon plaisir et n'est finalement qu'anecdotique.
On a mange tres rapidememnt puis nous sommes alles jusqu'au jardin du Palais Imperial a pied. L'hivers desormais s'installe, avec son ciel bleu et son air pur presque transparent. Le froid l'accompagne : la nuit les temperatures descendent autours de 8/9 degres et nous devrions atteindre 5 ou 6 degres vers la fin de cette semaine. J'ai remis le chauffage depuis une petite quinzaine. Je connais cela assez bien maintenant : le basculement s'opere subreptissement sans que personne ne s'en appercoivent. Un jour, on s'appercoit qu'il fait vraiment froid. Generalement, c'est synchronise avec la chute des feuilles d'erables, a la mi-descembre (Tokyo).
Dimanche, nous voulions aller a Gyoenmae. N'y allez pas. C'est inutile. Il y a plein de monde. Trop de monde.
On a pousse jusqu'Omotesando, puis on a pris le metro. Je me suis achete un croissant chez "Jean-Francois" dans la mini-galerie "Marche de Metro" : il etait parfait. Symplement parfait. Craquant, plein de miettes mais tendre dedans avec un bon gout de beurre, mais pas de beurre concentre, du beurre frais. A Paris, quand j'habitais strasbourg Saint Denis, il me fallait marcher au moins 15 minutes jusque Montorgueil pour avoir quelque chose d'avoisinant, mais moins croustillant. En parlant de Montorgueil, le "marche de metro" est une espece de rue Montorgueil, pavee, avec des terrasses, des reverberes et une plaque de rue "rue de marche de metro". Pour le reste ce ne sont que cafes et restaurant ainsi que la boulangerie "jean-Francois". Mais c'est pas trop kitsch, finalement. En tout cas, ca inspire bien plus Paris que l'ecole de langue dont je vous parlais l'autre jour.
Jun et moi partageons desormais les frais quand je fais la cuisine. On a eu un petit passage a vide la semaine derniere. Quand je suis alle a Hello Work mercredi dernier, il m'ont annonce un montant derisoire pour l'indemnisation. Ca m'a casse et cela a resume de facon parfaite mon etat d'esprit. La veille, j'etais alle retrouver Yan a son travail, un restaurant, et je m'etais etonne d'avoir fait si aisement le tour de la question, de me liberer si facilement. Le resultat fut un diner morose avec Jun le mercredi soir ou il se mit a faire la tete puis prefera partir de bonne heure. On a echange quelques mails, il m'a accuse de ne pas lui faciliter la tache en ne faisant que ruminer ma situation. Il m'a assure qu'il pouvait m'aider, m'avancer de l'argent jusqu'a ce que je trouve un travail. Cette explication a eu ca de bon que ce week end s'est finalement bien passe, qu'on a pu meme parler travail. Moi-meme finalement, je pense que ce soudain acces de lucidite en milieu de semaine dernier a mis fin a l'episode depressif dans lequel, finalement, je me complaisait. Que je recommence a ecrire est finalement la trace la plus palpable d'un seuil franchi apres mon retour a la lecture en mi-novembre. J'admets ne pas avoir de travail, je ne me considere pas coince au Japon, ce qui m'arrive n'est pas de ma faute, la meme situation pourrait me toucher en France egalement. En attendant, je suis ici, je l'ai choisi, j'ai un copain, un appartement correct, des amis qui ne me laisseront pas tomber. Je suis intelligent et je m'accorde une certaine valeur, des capacites. C'est pour cela que je bouscule les limites sur ce blog, car c'est ma liberte qui fera la difference sur un marche du travail terrifiant. C'est ma desinvolture, mon independance d'esprit et mon audace qui m'ouvriront des portes. Pour cela je ne dois plus avoir peur de moi et encore moins de votre jugement. Qui m'aime me suive. Je gage qu'ils seront nombreux.
Ce midi, j'ai dejeune avec Junko, Noriko et Martin, dans un restaurant francais de Kagurazaka, sans facon. La cuisine etait delicieuse et j'ai ete etonne par les prix terriblement raisonnables. Je confirme que cette histoire de prix exorbitant a Tokyo est vraiment un truc d'expat'. Le menu le moins cher, entree/plat/dessert et cafe, corbeille de pain (rare a Tokyo) est a 1,850 yens (soit environ 15,50 Eur... eh oui, le yen a fortement monte). Y a t-il encore a Paris de bons petits restaurants a ce prix la ? On a bavarde de pas mal de choses, Junko et Noriko sont intelligentes, cultivees. J'etais heureux de retrouver Martin pour qui l'avenir sourit : il travaille beaucoup, ce qui, pour un illustrateur, est le signe indeniable de la reussite.
Je suis rentre apres cela, mais j'ai du ressortir car j'avais perdu mon echarpe il y a quelques jours : je suis alle jusque Ueno aux objets trouves. La, vraiment incroyable, un immence cimetiere de parapluies, et des sacs de tout, dates, estamplilles. Mon echarpe etait la, dans un sac a echarpes. Je l'ai reconnue de suite au milieux des autres. L'etiquette portait bien et le jour, et l'heure et le lieu, l'agent du metro ne pouvait douter que ce fusse bien la mienne. J'en ai profite pour aller chez Kaldi acheter du cafe, des spaghettis et des boites de tomates. La hausse du yen commence a se repercuter sur les prix des denrees importees, en baisse sensible parfois. J'achete mon Colombie chez Kaldi car il n'y est pas trop cher : 450 yens les 200 grammes. Je prefererais aller dans un supermarche mais le cafe, au Japon, est proprement degueulasse. Origine incertaine, mixage de robusta et arabicas dans des proportions aleatoires, prix souvent, finalement, exhorbitant. 300, 400 ou plus pource genre de qualite. Les marques sont des sortes de monopole japonais, comme UCC, certainement tenus par de riches planteurs Japonais du Bresil. Mais je vous confesse que quand je lis, au sujet de l'origine, " Bresil, Colombie, Vietnam, Indonesie, autres", ca ne me donne pas trop envie. Je n'ai rien contre l'Indonesie, le Vietnam ou "Autres" (!) mais ce ne sont pas des origines qui me sont familieres et le resultat jusqu'ici ne m'a guere convaincu. Ca m'evoque beaucoup plus de ces Japonais du Bresil ayant achete des terres et produisant a bas cout dans ces pays d'Asie qu'une origine de qualite.
Kaldi est une chaine hollandaise presente un peu partout dans le monde. Au Japon, c'est une sorte de paradis des produits importes. Le cafe est moulu sur place, les origines nombreuses, les blends parfois tres raffines pour cette gamme de prix, somme toute raisonnable. Sans Kaldi, je ne sais pas comment je ferais. Je epux me passer de beaucoup de choses, mais le cafe...
J'ai marche jusqu'Akihabara ou je me suis attarde au stand Softbank pour regarder le Samsung Omnia, ce simili iPhone meilleurs que l'original. Eh bien, le Omnia japonais a ete customise pour le Japon. Il ne fait pas wifi et les outils multi-medias ont ete limites. Internet a ete bride. Bref, c'est un telephone lecteur de musique equipe d'un appareil photo 5 Mpix.
De l'art de proteger l'industie locale. Je doute que ce telephone connaisse ici le succes qu'il rencontre en Europe.
Carte postales, cafe, telephones. Ce pays est vraiment refugie derrieres des barrieres. Ca ne l'empeche pourtant pas de recevoir la bourrasque financiere en pleine figure. Avec l'actuel premier ministres dont beaucoup se demandent deja comment le renvoyer a ses mangas, ca risque d'etre encore pire que prevu. Je continue de parier que comme il verrouille tout a son profit, les proches de Koizumi mais aussi les proches de Fukuda (qui doit etre encore en train de digerer son eviction) n'auront d'autre solution que d'aider -clandestinement- la coalition de centre gauche reunie autours du DPJ qui, si elle gagnait, permettrait aux "koizumi children" de prendre le controle du LDP (droite). Ce ne serait pas un mauvais pari car on peut douter de la viabilite de la coalition de centre gauche reunissant le Parti Democrate (centre), le Parti Socialiste (tres a gauche), le Parti Communiste (anti militariste, a gauche), le Nouveau Parti du Peuple (centre droit, transfuges du LDP) et il est fort probable que l'aventure ne durerait pas longtemps. Mais le TSA, Tout Sauf Aso se profile a l'horizon. Il ne rssemble deja plus que 29% de bonne opinion. Apres avoir convaincu son camps que seul lui pouvait prendre des mesures pour l'economie il y a 3 mois, degageant Fukuda (le modere homme qui marche), il se caracterise par son populisme extreme, des conneries toutes plus grosses que lui (la derniere en date, dire qu'il en avait marre de payer pour des gens qui ne font rien, en reference aux personnes agees) et surtout son incroyable inaction. On dirait que l'election d'Obama a tetanise l'ultra nationaliste pro-americain. Ce n'est pas prevu par son logiciel. Le resultat, une bourse atone et un doute qui gagne le Japon au moment ou les Americains, vaille que vaille, reprennent une certaine confiance en l'avenir.
Je suis rentre apres cette petite visite. Ce qui est etonnant, c'est le monde dans ce quartier a une telle heure de la soiree.
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