jeudi 29 janvier 2009

Tokyo, Decadi 10 Pluviose 217

Vous avez pas mal de lecture devant vous : je viens d'ecrire, en antidatant, les 10 derniers jours, depuis Primidi dernier. Bref, vous pouvez cliquer dans archives, janvier 2009. Ca m'a pas mal occupe. Je vous invite a regarder mon "autre blog, en photos" (lien sur le cote) car j'ai poste quelques photos sur ma promenade de samedi dernier : decouvrir un jardin qu'on ne connait pas dans un lieu qu'on croyait connaitre par coeur est toujours une surprise. Une agreable surprise.
Moi, je suis en pleine forme. Une forme un peu etrange. Un peu deprime certe de ne pas travailler, mais actif de nouveau, mobile de nouveau, et plutot heureux quand meme. La suite iLife est bien concue et offre des possibilites interessantes (je ne l'ai pas achetee pour l'avoir, contrairement a d'autres achats precedents rapidement suivis d'une certaine deception) mais parce que je vais pouvoir poster des albums dans Facebook et Flikr en un clic sans meme aller sur ces sites et que le montage video est enfin a la hauteur de la version d'il y a ... 4 ans ! J'ai constate au passage que je n'etais pas le seul a avoir ete rebute par la video dans iLife08 et a avoir reinstalle l'ancienne version (j'y ai eu recours egalement). Enfin, avec les points sur ma carte Yodobashi, ca m'a quasiment rien coute.
Je vous abandonne la car ca fait 4 heures que j'ecris sur ce blog retaille des photos, etc... Si je le sens, je reviendrai plus tard.
De Tokyo,
Suppaiku

mercredi 28 janvier 2009

Tokyo, Nonidi 9 Pluviose 217

Ce matin, c'etait Hello Work, l'ANPE-ASSEDIC. Rendez-vous a 10 heures. Leve de bonne heure, je suis parvenu a reduire sensiblement le volume de mon petit dejeune. Ce doit etre la grande ballade d'hier qui a redit ma fringale matinale... D'ailleurs, j'ai tres bien dormi. Arrive la bas, j'ai ete surpris par le monde : la crise est tres visible, il y avait bien deux fois plus de personne qu'il y a deux mois... J'ai remis mon formulaire rempli dans sa bannette et 20 minutes plus tard on m'a appele pour m'en remettre un nouveau accompagne de mon carnet de chomeur avec le montant du paiement de mes allocations a venir. Encore un rendez-vous fin fevrier, un paiement et hop! plus rien! C'est angoissant sur les bords, mais bon, c'est la vie... Il n'y a de travail nul part.
Je suis sorti et, decide d'acheter mon nouveau joujou -iLife-, j'ai marche jusqu'a Akihabara. Au hazard, j'ai trouve un petit temple avec un tout petit jardin vraiment mignon entre Kiba et Morishita. Je suis rentre a la maison vers 13 heures 30. Et j'ai installe mon joujou. iPhoto s'est mis a mouliner en ralentissant tout mon systeme : il est dote d'un systeme de reconnaissance des visages qui doit passer en revue les 40 et quelques milles photos de ma phototheque.
Jun arrive vers 20 heures. Je vais faire un grattin de pommes de terres et brocolis...
De Tokyo,
Suppaiku

mardi 27 janvier 2009

Tokyo, Octidi 8 Pluviose 217


Je ne vous ai pas parle de mon "kago", mon panier. Mon nouveau velo, quoi. Premier signe de ma remonte des profondeurs de la depression automnale, la carte de transport me permettant de sortir de chez moi. Deusxieme signe : mon velo achete il y a trois ans necessitait une revision generale (les pneux uses jusqu'a la corde, les freins a revoir, cables compris, les mecaniques rouillees par trois "etes" consecutifs (ah, la saison des pluies...). J'en ai achete un nouveau, le moins cher. Avec son petit panier devant. Un vrai velo japonais, renoncement de mon attachement au velo de course. Aujourd'hui, j'ai voulu voir si iLife09 etait enfin sorti. Je suis alle jusque Akihabara a Yodobashi Kamera, puis Ginza a l'Apple Store. Deception... Il ne sort que demain... Si j'avais fait le chemin en metro, j'aurai eu toutes les raisons d'etre decu. Cette traversee de Tokyo a velo, en tout environ 10 kilometres aller, m'a fait le plus grand bien. Je me suis senti oxygene dans ma tete et dans mon corp. Et au passage, ca faisait des mois que je n'avais pas roule aussi longtemps, aussi loin. J'ai traverse Koto-ku, pris des chemins peu connus, traverse Ningyocho, roule sur Eitabashi... Un reel plaisir. Ce soir, j'ai tchatte avec Yann : sale histoire avec son "copain" (parentheses de rigueur). J'ai recu un mail de Razen/Dominique, aussi, tres gentil. J'aime bien recevoir des voeux...
Une journee sport, une journee agreable.
J'adore mon Kago.
De Tokyo,
Suppaiku

lundi 26 janvier 2009

Tokyo, Septidi 7 Pluviose 217

Si je vous disais que je ne suis pas sorti de chez moi de la journee parce que ce matin, j'ai regarde Grindhouse, Planet Terror de Robert Rodriguez, vous penseriez quoi ? Et que de 13 heures jusque 19 heures j'ai travaille a cette idee dont je vous parlais la semaine derniere concernant le travail ? J'en reviens pas d'y avoir passe tant de temps, mais je pense avoir commence a developper un outil extremement utile et tres puissant si je fonce une fois qu'il est finalise. Bien sur, c'est a base de CV, bien sur, c'est en anglais et en japonais. Mais j'etais passe a cote de ce truc (un site internet) que Mulgon Melta connait. Dans ma situation, comme je vous l'ecrivais, vu que je n'ai plus rien a perdre, je suis decide a utiliser toutes les armes possibles et celle-la m'offre de puissantes possibilites. J'ai encore pas mal de travail a fournir dessus. J'ai aussi une autre idee, tres osee mais comme je vous l'ai dit : je n'ai rien a perdre. C'est un sentiment rare qui repose entierement sur mes energies feminines : je suis pret a tout pour ME proteger. C'est incroyable comme je suis passe d'une periode depressive a une demarche de construction appuyee sur une sorte de strategie. Je vous l'ai dit, j'ai les fleurs de cerisiers en ligne de mire. Il pourra m'arriver n'importe quoi d'ici la, je ne plirai pas. Il y aura des haut, il y aura des bas, mais rien ne va m'ecarter de cet objectif. J'ai la certitude que ce que je fais va payer.
Je sais ce que je vaux.
En soiree, j'ai regarde des episodes de Moonlightin' (Clair de lune).
De Tokyo,
Suppaiku

Et Bonne Annee aux peuples regis par le calendrier dit "chinois", placee sous les auspices de la vache de Terre (il y a 5 elements : terre, air, feu, fer et bois determinant avec les 12 signes chinois un cycle de 60 ans).

dimanche 25 janvier 2009

Tokyo, Sextidi 6 Pluviose 217

Sextidi... Autant hier le ciel etait couvert, autant aujourd'hui a brille un soleil qui donnait envie de se promener. Jun et moi avons toutefois pris notre temps ce matin et avons dejeune vers 10 heures. Je suis alle chercher le pain a la boulangerie Celeb vers la gare de Nishi Kasai. Le pain y est tres simple mais delicieux. Visiblement une bonne farine. On peut l'acheter le soir, il est toujours tres bien le matin. Jun avait envie d'aller voir une exposition consacree a l'art japonais du Maki-e (la laque avec incrustation de dessin) dans l'art occidental, avec un point d'orgue sur le 18eme siecle (presentation d'objets ayant appartenu a Mme de Pompadour et Marie-Antoinette). J'etais un peu reserve, mais je suis heureux de m'etre laisse tenter. Simplement magnifique. Les premieres salles etaient sublimes, avec de nombreux objets des epoques Heian a Momoyama. Il n'y avait finalement pas trop de monde pour cette exposition au musee Suntori MidTown (eh oui, encore MidTown) dont nous avions vu la promotion l'ete dernier au Musee d'art de Kyoto ou elle passait.
Ce soir, j'ai prepare de la cuisine japonaise, simplement delicieuse. Et nous avons regarde 3 episodes de Sex and the city avant de nous separer. Un tres agreable week end...
De Tokyo,
Suppaiku

samedi 24 janvier 2009

Tokyo, Quintidi 5 Pluviose 217

Leves un peu tard, Jun et moi avons mis le nez dehors vers 13 heures et quelques. J'ai suggere que nous sortions a Otemachi et que nous marchions jusque Tokyo Midtown : je voulais aller a la galerie FujiFilms ou il y a divers expositions de photographies dont l'une est consacree a des sites historiques peu connus. Pour cela, nous devions traverser Kokyo, les jardins du Palais Imperial, que nous connaissons par coeur. Cela ne devait donc pas prendre trop de temps.
Detrompez-vous, ce que je pensais etre une simple traversee s'est reveler une promenade pleine de surprise. J'ai en effet proposer de "tourner par la". Depuis trois ans que j'habite a Tokyo, nous avons traverse le parc une bonne vingtaine de fois, mais nous n'avions jamais "tourne par la". Une sorte de foret miniature : je m'appretais a photographier le grand endormissement de la nature, les arbres denudes. Or, a peine avions nous marche 5 minutes que nous appercevions un jardin a la japonaise : un jardin que nous n'avions jamais vu auparavant. Un lac, une chute d'eau, des pins sculptes, une maison de the, des ponts de pierre, le contraste saisissant des arbres denudes et des arbres encore verts. Et au detours, les premiers ume (abricotiers japonais, souvent appeles par erreur pruniers) en fleurs. Fleurs blanches, fleurs roses. La force et L'energie de la nature au milieu de la desolation. Moi traversant la crise economique, les yeux rives sur l'inevitable renaissance ? Quel optimisme et pourtant quelle verite. La nature est une lecon de vie. Car c'est vraie que la desolation de l'hivers, et la pluie, et le froid, et le vent, que rien n'empeche ce moment si plein d'epreuves d'etre egalement la source du renouveau et un moment d'un incroyable ressourcement, d'une redecouverte de soi et de la force de vie qui est enfouie au plus profond. Les premieres fleurs de ume sont le signe que cette energie est bel et bien la : bientot, a leur place, les premieres feuilles apparaitront. Ce sera alors le tour des cerisiers. Comme eux, je porte en moi l'energie de ma propre renaissance au coeur de ce long hivers ou l'economie capitaliste semble nous entrainer vers son propre neant.
La promenade dans le parc a bien dure une heure et demi. Nous avons continue ensuite vers Hanzomon, Kojimachi puis traverse Akasaka et sommes arrives a MidTown avant 17 heures. Nous avons au passage visite un jinja, nous nous sommes attardes ici et la, avons retrouve le siege de TBS ou nous etions alles l'an dernier lors de son inauguration. Je deviens vraiment expert a Tokyo, je ne me perd quasiment plus...
Apres avoir mange des pains achetes a Asanoya, nous avons visite les expositions - j'ai oublie mes lunettes a cote d'une lunette a vision en relief dans le petit musee rempli de vieux appareils photos... Comme je ne voulais pas du tout faire la cuisine (Jun en est strictement incapable), nous sommes alles manger des ramen a Ginza. On est rentre vers 21 heures et nous avons regarde Sex and the City. Je m'en veux d'etre passe a cote de cette serie car elle est vraiment tres bien vue!
De Tokyo,
Suppaiku

vendredi 23 janvier 2009

Tokyo, Quartidi 4 Pluviose 217

Ce matin, j'ai envoye des CV et repondu a des annonces. Mon CV est tres bon, maintenant. Mais sur le site internet que j'ai l'habitude de consulter pour trouver des propositions d'emploi, je vois le nombre d'offres se reduire presque a vue d'oeil. Ca s'annonce pas tres bien... Angoisse ? Pas tant que ca. Le sentiment general est que je n'ai plus rien a perdre et que je suis pret a tout, je dis bien tout, pour trouver un travail. J'ai une idee qui commence a germer.
Vers 12h30, coup de fil de Jean Baptiste. Je n'avais pas eu de ses nouvelles depuis longtemps. Nous nous sommes retrouves vers Kayabacho et avons passe l'apres-midi a echanger nos nouvelles, projets et autre. J'aime bien chez lui son debordement d'energie, son cote pas effraye par la marge, son caractere fonceur qui voit apres. Il ne cerebralise pas, il explore. Il compte partir quelques temps a Singapour avec sa femme, s'installer la-bas.
C'est marrant, ce point commun chez tous ceux qui passent par la case Japon : personne n'envisage la suite comme un retour en France...
Journee surchargee commence ce matin a 7 heures. Jun qui arrive tout a l'heure : je prepare un gratin de pates. Mercredi, j'avais fait un hachis Parmentier et gateau a la banane, ce soir, il n'y aura pas de dessert: pas eu le temps. Apres avoir quitte Jean Baptiste, j'ai fait quelques courses, et l'espace d'un instant je me suis senti un mercredi, avec une envie de flaner dans Tokyo en soiree. Je pouvais voir le sommet des tours de Tokyo et je me prenais a rever...
De Tokyo,
Suppaiku

jeudi 22 janvier 2009

Tokyo, Tridi 3 Pluviose 217

Je suis reste a la maison : IL FAIT MEGA FROID !!!!!!
J'ai mis de l'ordre sur mon ordinateur. Je ne sais pas si c'est l'effet Obama, mais j'ai eu terriblement envie de revoir Jacky Brown. A moins que ce ne soit Nicolas qui me manque: ce film m'a toujours fait penser a lui car je crois que nous partageons le meme point de vue sur Pam Gryer, simplement superbe. Le long traveling du debut et ses yeux dans nos yeux dans le generique de fin font parti de ces scenes qui me font craquer. C'est un tres bon thriller... Et je me suis appercu que sous son visage frippe, on pouvait appercevoir le visage de jeune homme de Robert Forster... Tarentino a decidemment bien choisi son acteur, petit garcon au regard tendre rattrappe par son age et intimide par cette superbe femme qui debarque dans sa vie.
Ma connection internet a plante deux ou trois heures... C'est incroyable comme on depend de ces choses la...
La crise est partout ici, et pas mal d'operations immobilieres gelees laissent la place a des parking... Hallucinant.
De Tokyo,
Suppaiku

mercredi 21 janvier 2009

Tokyo, Duodi 2 Pluviose 217

On ne peut pas sortir tous les jours... surtout quand un nouveau president vient d'etre intronise aux Etats-Unis, que ce nouveau president est noir, jeune, et semble representer une rupture significative avec son predecesseur. J'ai charge les podcasts de MSNBC et j'ai pu regarder ces moments importants en me disant que finalement, toute l'importance reside d'abord dans une mise en scene, un plan media elabore a la seconde pres et que le reste, ce n'est que dans notre tete que ca se passe. Obama est d'abord un miroir de nos desirs qu'il a su reveiller et incarner. En ce sens, il est deja un grand president puisqu'il a tourne l'abattement en espoir et en force de mobilisation. Je ne parle meme pas de la crise et de son plan de relance. Non. Ca s'est passe avant. Pour moi, l'enchantement est venu de son discours a Chicago il y a un an et demi alors que la Clinton etait donnee favorite. C'etait la premiere fois que je voyais un democrate, noir de surcroit, parler de penibilite du travail et de bas salaires, de la guerre comme un moyen de faire peur et de la democratie comme une exigence qui s'impose a tous et restaure leur dignite aux etres humains. On peut en effet entendre l'ideologie americaine de trois facons. L'une est la version si chere aux conservateurs francais, cet hymne au self-made man. C'est une version imparfaite qui ne recouvre pas la realite des ideaux americains. La seconde est une lecture gauchiste, ne voyant que de la collaboration de classe dans ces invocations aux Peuple, au Peuple uni. Car c'est oublie qu'une tres grande majorite de ce peuple est loin d'etre riche bien qu'attache a sa liberte, sa propriete. En fait, l'ideal americain est d'abord un ideal profondemment democratique, profondemment liberal et confiant dans les capacites des individus, pourvus qu'ils soient pleinement citoyens, d'organiser leur vie en societe. C'est sur ce ressort qu'Obama a organise sa campagne. En confiant a celles et ceux qui avaient des espoirs de changements et pour qui le desespoir etait devenu une des variantes de leur militantisme, le soin de faire la campagne, a leur facon, avec leurs moyens. Obama s'est laisse remplir par une force militante venue de la gauche de la societe. Il n'a pas seulement donne de l'espoir, il a laisse le soin a ceux qui etaient prets a esperer le soin de batir cet espoir. Ce n'est pas un hazard si pour la premiere fois tant de noirs des quartiers desherites ont vote pour la premiere fois. Ce n'est pas un hazard si des ouvriers blancs aient delaisse leur reticences envers les noirs se soient laisse entrainer a voter quand meme pour Obama : Obama, et avec lui toute cette force militante en mouvement, leur ont parle. Leurs salaires, leurs peurs des delocalisations, des expropriations, du chomage, leur (fragile) couverture sociale, la facilite a se retrouver sans rien, l'absence totale d'avenir pour eux et pour leurs enfants, d'autres sujets encore, pour la premiere fois depuis des decennies ont trouve leur place dans une campagne electorale. La victoire ecrasante des democrates est d'abord une victoire de la democratie, d'une democratie retrouvee, vivante. Alors, qu'Obama fasse ce qu'il a dit, qu'il mene la politique esperee n'est finalement pas pour le moment la question la plus importante. Moi, j'y voit d'abord et avant tout qu'il est toujours possible de mobiliser un peuple sur ses propres interets et non les interets de ses elites.
Et le fait qu'il soit noir est la petite touche de magie supplementaire. J'ai d'abord craque pour lui a cause de son discours en rupture avec les discours de gauche habituels. Mais la couleur de sa peau a ajoute une poesie supplementaire. L'inauguration, avec ses rappels historiques de ce que fut les combats du peuple afro-americain, et meme Bionce, et Aretha Franklin. Quelle fierte pour les noirs d'Amerique. Quelle beaute...
Je repense au 4/5 Novembre, Irene qui me telephone en larme, "tu as vu... excuse moi je pleure...". Et ces mails de Nicolas, boulverse par un couple sublime marchant vers son destin et celui de tout un peuple quand il y a seulement 50 ans ils n'auraient meme pas ete autorise a monter dans le meme autobus que des blancs...
Quel bonheur...
De Tokyo,
Suppaiku

mardi 20 janvier 2009

Tokyo, Primidi 1er Pluviose 217

Et nous voila en Pluviose...
Aujourd'hui, j'ai retrouve une ancienne eleve de Nova Ginza, Marie. Elle lit mon blog et apprecie particulierement mes photos des quartiers est de la capitale : elle m'a propose que nous nous retrouvions et nous promenions dans un quartier de mon choix. J'ai propose Kayabachou pour le rendez-vous, et de la nous avons marche vers la Sumida puis sommes remontes vers Ningyouchou ou nous avons dejeune/goute d'un senzai (quelques mochis frais et mochis grilles, 1 marron dans une sauce de haricots rouges azuki sucree, la photo) en buvant du the dans une petite boutique de the qui parfume le quartier des douces effluves grillees du houji-cha maison... Ce type de magasin est au the ce que la brulerie de cafe est au cafe : on ne peut pas y resister...
Nous avons continue la promenade, plus vers l'ouest jusque vers Ueno. Ce sont des quartiers ou elle ne va jamais. Elle etait ravie, et nous avons dors et deja prevu une autre promenade.
Nous nous sommes depeches d'aller a Shibuya ou nous avions prevu de voir le film PARIS, de Cedric Klapish, mais la sceance etait complete. Nous nous sommes replie au cafe des Deux Magots a Bunkamura. Le croque monsieur est moins que moyen : mediocre. L'expresso est delicieux.
Nous avons enormement bavarde. J'ai exprime mes points de vue avec beaucoup de franchise et Marie m'est apparue comme une personne qui souhaite que le pays s'ouvre plus, echange au vrai sens du terme (prendre et recevoir pour (se) transformer et (s') enchirir reciproquement. Si parfois je m'exprime de maniere violente quand a ce que je vois et entend ici, je sais aussi ne pas tomber dans le piege du systematisme. Je sais pertinament que ce pays est partage de points de vue contradictoires et qu'une forte minorite aimerait reprendre la direction d'une plus grande ouverture avec le sentiment d'avoir aussi quelque chose a y gagner. De mon cote, en exprimant parfois mes agacements, je ne peux que mieux ressentir aussi a quel point il est difficile quand on est un "blanc occidental" d'etre traite comme un negre Africain dans un pays "developpe". On hurle au genie quand on voit Obama, mais notre suprematie, notre suffisance, nous ne voulons la conceder pour rien au monde et ne concevons l'egalite que comme une elevation des autres a notre niveau, jamais comme une remise en cause dudit niveau. Apres tout, tout bien pese, mon niveau reel de japonais n'est-il pas equivalent du niveau de francais d'une femme de menage portugaise des annees 70 ? De quel droit pourrais-je pretendre a faire une carriere valorisante au Japon avec un niveau s'apparantant a de l'illetrisme ? Et encore, je fais partie de ceux qui peuvent lire un peu (avec 7/800 kanjis), ecrire soi-meme ses formulaires administratifs, avoir des conversation simple meme sur des sujets compliques... Intermediaire, quoi. La seule difference avec la femme de menage portugaise est que mon niveau dans ma propre langue est un niveau superieur, avec un bon maniment de certains concepts et une connaissance suffisante de mon ignorance totale concernant certains champs de la connaissance... ca evite le cafe du commerce). Mais "intermediaire", ce n'est qu'"intermediaire".
Et encore fais-je parti du "haut du panier", ceux qui se debrouillent quand meme. La grande majorite des etrangers occidentaux, ici, ne font aucun effort et voudraient etre traites "en egaux". C'est ca, la suffisance occidentale. Dans un pays comme le Japon, ca ne prend pas. Car le Japon est un pays developpe: on n'a pas besoin de nous.
Et c'est la que je peux reprendre mes critiques et ou Marie manifeste les siennes. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas besoins d'etrangers qu'il n'en faut pas. La France n'a pas besoin d'etrangers (version utilitariste, Le Pen), or, les etrangers apportent de la culture, un regard different, une sensibilite, de la gastronomie, des enthousiasmes, des savoirs faire. Une alterite bienfaisante. Je l'ai toujours pense pour la France, je le pense pour le Japon. En limitant sa politique d'immigration au stricte minimum, le Japon se prive de beaucoup de richesse pour lui-meme. Car si ce pays admet les etrangers "utiles" (et a qui personne ne demande de parler japonais), tout se omplique pour les etrangers qui parlent japonais et qui sont ici par passions. Il y aura toujours quelqu'un pour vous faire remarquer que parfois, on ne vous comprend pas, que votre niveau est excellent, mais... bref, on vous fera remarquer que vous n'etes pas Japonais.
Comme si on ne le savait pas... Comme si on allait voler quelque chose...
Marie fait partie de celles et ceux qui aimeraient voir ce pays accueillir plus, echanger plus. C'est terriblement rassurant. J'ai donc passe une tres bonne journee de Primidi, entre promenade et conversations. Je suis rentre heureux a la maison, le coeur gonfle de courage.
De Tokyo,
Suppaiku

lundi 19 janvier 2009

Tokyo, Decadi 30 Nivose 217

Starbuck a Ginza. J’avoue, j’ ai totalement perdu l’habitude du clavier français... Ce matin, je voulais sortir vers 8 heures et demi, un peu comme si je partais au travail. Objectif reporté : je me suis levé à cette heure là ! Hier soir, après que Jun soit parti, j’ai surfé et cela m’a conduit jusque deux heures du matin. Bon, se lever à huit heures et demi quand on ne travaille pas, ce n’est trop grave, d’autant que j’étais prêt à 10 heures... Putain, le clavier français, qu’est-ce que c’est difficile!
Plutôt que partir sur le champ, j’ai préparé mon ordinateur portable, j’y ai mis des documents utiles, comme des cours de japonais ou des C.V. Puis j’ai consulté le site de Tokyo-Metro pour les différentes options de laisser-passer. J’ai en effet fait une connerie monumentale quand j’ai perdu mon emploi: je n’ai pas acheté de pass, du coup, j’ai installé une sorte de barrière entre moi et la ville. Pour certains, cela ne prêterait pas à conséquence, pour moi, cela a accru mon malaise sur la fin de l’année dernière. J’ai donc décidé la semaine dernière de revenir sur cette erreur et, quoi que cela ne soit coûteux, j’ai acheté tout à l’heure un abonnement au métro jusqu’à Otemachi. Ainsi, je peux me déplacer sans avoir à débourser un centime pendant un mois, jusque dans le centre de la ville, sur les bords du Palais Impérial. Je déconseille à quiconque de renoncer à sa carte orange. Je le savais mais ce doit être un souvenir de l’an dernier, de mon entorse. Sale souvenir. Verre à demi plein, j’ai perdu deux mois en me cloîtrant chez moi. A demi plein, j’ai un pass de un mois désormais.
Il ne s’agit pas de résolution, plutôt d’une envie de promenade, de voir des visages, des lieux. D’écrire aussi; là, les souvenirs a la vue d’anciennes photos ne sont pas étrangères à ce désir qui monte. J’ai traversé autrefois une période autrement plus difficile et douloureuse et ne m’en suis sorti qu’en sortant de chez moi. Pourquoi n’en serait-il pas de même à Tôkyô? En fait, depuis que je suis arrivé ici, je n’ai pas eu le temps de choisir quelle vie je voulais au Japon pour que ça vaille le coup d’avoir déménagé si loin. En savais je seulement quelque chose? Peut-être vers le mois de juin, l’an dernier, alors que tout commençait à aller bien côté travail -on avait évoqué mon embauche-, et bien que ni l’entreprise ni le travail ne me plussent, j’étais ravi à l’idée d’avoir suffisamment pour envisager des week-ends en province, des congés à Kyoto et des vacances en France. Ce ne sont peut-être pas des objectifs transcendants, mais ce fut la première fois depuis que je suis au Japon que je me suis senti ici comme chez moi dans la durée. Avec Jun, nous nous promenions beaucoup et nous atterrissions souvent à Ginza, visitant Zara en rêvant de refaire toute notre garde-robe... On devient crétin quand on a un travail, penserez vous, mais en fait, mon salaire a NOVA ne me permettait pas grand chose. Pour beaucoup de professeurs, il était suffisant. ceux qui mangent des bento à 600 yens qu’ils achètent à Orijin-bento, habitent dans une gaijin-house où pour 60,000 yens, ils ont une pièce et pas de charges (moi, j’ai un loyer de 80,000 plus électricité, gaz, internet, etc. Si on rajoute la Sécu que NOVA ne payait pas, et les impôts locaux (très chers, beaucoup d’étrangers essaient de les esquiver), ça fait des dépenses fixes assez importantes). Moi, je fais la cuisine, je ne peux pas vivre de friture; il me faut mes légumes,mes fruits et pour la viande, je ne mange pas américain. Au Japon, il y a du boeuf aux hormones. Je mange peux de viande (je suis en fait très oeufs aux plats, cuits presque frits dans de l’huile d’olive, le blanc saisi croustillant et le jaune qui dégouline), mais quand j’en mange, ce n’est pas pour tomber malade (dans compter la bestiole a qui on a donné des antibiotiques pour calmer les effets des hormones sans bien entendu tenir compte de la souffrance que ce type de traitement inflige...). Ce choix a un prix, la viande japonaise est plus chère. Bref, j’en mange encore moins. Mais mon budget nourriture est assez important. Et c’est seulement à partir de juin que cela n’a plus été problématique, d’autant que quand on travaille, on dépense peu...
Bon, aujourd’hui, ce n’était pas très matinal ni très actif, mais je suis enfin sorti de chez moi sans raison particulière. Demain, j’ai rendez-vous avec une ancienne élève et nous allons nous promener : elle m’a proposé de choisir, j’ai opté pour Chûô Ku, entre Kayabacho, Ningyôcho, et peut-être jusque vers Asakusa-bashi. Une promenade en bordure mais à distance de la Sumida, dans ce qui fut une partie du centre économique de l’ancienne capitale, avec ses traditions d’artisans et de commerçants, la ville basse (ou plus justement de nos jours, les quartiers populaires, en opposition aux quartiers du centre -le palais impérial- et de l’ouest, propriété des Daimyô -l’aristocratie de souche militaire dominant à l’époque shogunale.
Il fait très beau, on annonce des températures avoisinant les 16 degrés... Demain, j’attaque de bonne heure.
 De Tôkyô,
Suppaiku

dimanche 18 janvier 2009

Tokyo, Nonidi 29 Nivose 217


Il est generalement admis que le Japon est un pays absoluement calme, ou l'on ignore le sentiment d'insecrurite. Ou chacun cede sa place au plus age. Ou les rues sont d'une incroyable proprete... La realite est un peu plus nuancee, heureusement. Nous avons nos 2 crimes hebdomadaires minimum que la television se fait un plaisir de nous rappeler a coup de reportages en direct, sans aucune information reelle a apporter, comme si le fait de nous repeter que la victime a ete fauchee a plus de 100 a l'heure, que la petite fille a d'abord ete torturee, que le voisin etait le criminel et qu'il avait ete interviewe comme temoin la veille (image en boucle)... Nous avons nos incendies dans des maisons qui ressemblent a des taudis, nos scandales alimentaires (un par semaine, en alternance avec les crimes), et des mariages de vedettes... Dans le metros, aux heures de pointe, les Japonais font passer les Parisiens pour des chefs d'oeuvre de politesse...
Heureusement, finalement. Le Japon est un pays comme les autres, ni plus ni moins, ni mieux ni pire. Disons qu'il fait ce que les autres font... a sa facon.
Vers Harajuku, graffities et tags rappellent que la jeunesse est ici, avant d'etre japonaise, terriblement jeune, et moi, je trouve ca tres rassurant...
De Tokyo,
Suppaiku

samedi 17 janvier 2009

Tokyo, Octidi 28 Nivose 217

チリがみ/ chiri gami
Pour tout vous dire, J'ai beaucoup ri quamd j'ai lu ce petit panneu a l'entree des toilettes a la station Kudanshita, au dessus d'un distributeur automatique...
CHIRI : les fesses, le derriere
KAMI : papier
Bref, du papier toilette, mais sans l'encombrement de politesses inutiles,  sans salamaleks... Du papier pour les fesses... du papier cul, quoi ! Du PQ !
Jun m'a quand meme dit que ca fait un peu ancien... Ce doit etre mon cote 昭和, mais j'aime bien...
昭和/ showa, nom de l'ancien empereur, mort en 1989.
De Tokyo,
Suppaiku

vendredi 16 janvier 2009

Tokyo, Septidi 27 Nivose 217

Grand soleil sur Tokyo, 5 degres. Au moment ou le Japon etait sous la douche, avant de partir au travail, alors que la France se couchait, un Airbus s'est abime dans l'Hudson, a New-York, aux Etats Unis d'Amerique. Il semblerait qu'il n'y ait pas eu de morts. La nouvelle est passe aux informations ici. Visiblement un bel exploit du pilote qui est parvenu a faire "atterir" son appareil sur l'eau, "en douceur", apres en avoir perdu le controle lors du decollage (des oiseaux seraient la cause de cette perte de controle). Bel exploit egalement des equipes de secours arrivees sur place immediatement. C'est le genre de nouvelle qui me laissent songeur... On a si souvent l'image de l'accident forcemment mortel quand on parle d'accident d'avion qu'on en oublie completement que l'accident mortel est l'exception, que l'interet meme des compagnies et des constructeurs est de traquer la faute, meme minime, pour eviter la catastrophe, d'entrainer les personnels au maximum pour les aider a bien reagir s'il le faut. L'actualite rapporte les accidents mais ne rapporte pas les accidents evites de justesse. Je me souviens une fois, l'avion arrivait sur le danemark ou les Pas-bas, au retour de Tokyo, l'altitude etait tres elevee, la vitesse au maximum. On pouvait voir les avions au loin, avec leurs differentes altitudes, les plus hautes pour les long-courriers, plus basses pour les vols plus courts. Et puis d'un seul coup, alors que je regardais ce ballet elegant qui laisse de longs fils blancs dans le ciel, sans meme que je realise ce qui se passait, on en a une un qui est passe juste en dessous de nous : on a bien senti son passage, ca a un peu tangue. Un avion vert, si proche qu'on a eu a peine le temps de le voir... Les avions sont equipes de nos jours d'instruments precis qui donnent des instructions en matiere d'altitude pour eviter les collisions. J'ai quand meme ete pris d'une sorte de panique interieure, un micro traumatisme, "et si...". Quand j'habitais Paris, j'avais un voisin steward a Air France : visiblement, collisions evitees de justesse, train d'atterissage qui ne repond pas, etc, sont des "pepins" frequents qui ne portent pas a consequence car le personnel reste vigilant. Apres tout, c'est un peu la meme chose en voiture, en restant attentif, on echappe au conducteur qui ouvre sa portiere sans prevenir, au coup de frein brutal et si on n'appuie pas sur le champignon pour un rien, a la collision au carrefour quand un abruti grille un feu qui vient de passer au rouge. L'avion, c'est un peu pareil, un gros poids lourd qui vole. En tout cas, bravo au capitaine...
J'ai ressorti mes livres de japonais. Je parle a toute allure desormais, il semble que j'ai une intonation correcte et un accent correct aussi mais... j'ai perdu beaucoup de vocabulaire, je ne sais plus ecrire (enfin, c'est relatif, il doit bien me rester 500 kanjis). J'ai travaille dans une banque americaine un an, NOVA deux ans, bref, je n'ai pas pratique le japonais dans un registre "exigeant" une grande quantite de vocabulaire. Si je compte couramment, par exemple, j'eprouve toujours de la difficulte a traduire car dans les grande quantite il y a une differente de 1 pour 10, et quand on parle en milliards, je dois penser... Les japonais aussi, dans l'autre sens. Mais comme on est au Japon, ce n'est pas problematique. Pour moi, c'est carrement dramatique. Une cure intensive de lecture et d'ecriture devrait me remettre a niveau et meme plus (car j'ai quand meme appris pas mal de chose). Je compte passer le 日本語能力試験2級 cette annee : il y a une cession en juillet, desormais. J'ai regarde l'echelle des nouveaux niveaux qui seront appliques a partir de 2010 (5 niveaux au lieu de 4), je suis dans le nouveau niveau 3, qui correspond a un niveau intermediaire entre le 3 et le 2. Sans etudier, ce n'est pas si mal, finalement. 6 mois pour avoir un niveau qualifie de "business" ou "advanced".
Je vous laisse la, je vais me promener. Ce soir, Jun vient a la maison, le week-end commence. A part ca, il n'y a pas des masses de taf; j'ai envoye mon CV plusieurs fois, sans reponses aucune... Je vais vous en faire, des albums photos, a ce rythme...
De Tokyo,
Suppaiku

Rajout : Vous pouvez jouer au Bail out game. --->ici<---

jeudi 15 janvier 2009

Tokyo, Sextidi 26 Nivose 217

J'ai poste ce matin un plein album de photographies argentiques d'il y a quelques annees. Photographies de Paris, de Londres et meme de Tokyo. Je vous en avais deja parle -longues seances de scan-, il ne manquait plus qu'a realiser un album : c'est chose faite. Vous pouvez y acceder sur mon autre blog, en photo bien entendu (Promenade en argentique). Mais comme je suis gentil, vous pouvez egalement y acceder en grand format depuis Ma Galerie MobileMe.
Ci-jointe dans ce post une photographie prise il y a 5 ans a Paris, place des Victoires. Quel privilegie j'etais, sans vraiment m'en rendre compte, d'habiter si pres de ce quartier. Je me souviens, pendant longtemps, quand je disais que j'habitais Strasbourg Saint Denis, on me regardait de travers. Moi, j'aimais bien ce quartier populaire, avec ses primeurs, ses passages et les boulevards. C'est vers 1992 que m'est venue, de facon presque automatique, la promenade "en face". J'habitais sur le boulevard Bonne Nouvelle, cote dixieme, et j'ai alors pris l'habitude de traverser et silloner le deuxieme jusqu'au premier arrondissement. Je garde un souvenir gracieux de la recession des annees 92/93 grace a ces deambulations qui passaient toujours par le Centre-Ville, mon cafe d'election rue Montorgueil, bifurquaient par les Victoires, puis m'emmenaient jusqu'au Palais Royal, son Jardin, Burren, puis Le Louvres, les quais... Je pense alors avoir ete le rmiste le plus heureux de la terre, je me suis regenere au contact de ces facades, de ces rues qui la nuit devenaient etranges, et puis j'ai decide de retourner a la fac pour etudier le 18eme siecle, faire parler ces murs. Ma psy m'a donne l'energie de sortir de chez moi, de ne plus me prendre pour une victime, le centre de la capitale m'a redonne de l'appetit, de la curiosite. Bref, j'aime cette photo de XIV en ses victoires, nouvel Alexandre, nouvel Appolon, magnifique mariage baroque de l'histoire et de la mythologie au centre d'une ville, la mienne, l'une des plus belles du monde. A Tokyo, les facades me depriment et seules mes promenades dans l'est m'inspirent quelque chose. Mais Tokyo n'est pas, et cela definitivement, Paris.
Il y a des photos de Paris, il y a des photos de Londres. Alain habitait alors vers Bermondsey, dans le Borough de Southwark. La rive Sud de Londres a ete l'autre coeur de la capitale. Les classes moyennes habitaient la City, les ouvriers et artisans Southwark. Si vous connaissez un peu Londres, le quartier le plus connu est Elephant and Castle (histoire populaire qui trouve son origine dans l'infante de Castille, the Infant of Castil), devaste par les bombardements nazis, avec aujourd'hui l'un des plus laids centre commerciaux que je connaisse, a degouter a vie de tout revival 70! Le reste du Borough est peu connu. Quand j'habitais Londres, j'aimais m'y promener. Donc quand Alain y a emmenager, cela a ete un reel plaisir de m'y promener. Ce quartier s'est boboise a tres grande vitesse dans les annees 2000. On y trouve de belles maisons georgiennes (mes preferees) des anciens immeubles populaires de 3 ou 4 etages, tout en brique rouge et recemment renoves. Bermondsey est presque devenu un quartier chic. Il faut avouer que c'est central (London Bridge a 10 minutes a pied), que c'est calme et que le patrimoine architectural est extremement interessant. Moi, ce qui me fascine, ce sont tous les tunnels de chemins de fer et les ponts qui tissent le paysage. C'est qu'a la difference de Paris, ou tout est bien ordonne avec nos gares en peripheries, en terre plein, Londres est traversee par beaucoup de lignes de trains sans que celles-ci ne semblent trouver un terminus quelque part. Vous me direz, et Waterloo ? Eh bien oui, Waterloo, justement. En chemin, si vous regardez bien, il y a des aiguillages, vers Charring-Cross, vers Paddington, vers King Cross, etc... Ce n'est pas etonnant qu'apres 20 annees de sous investissements thatcherien, il y ait eu autant d'accidents mortels, deraillements et collisions... Le reseau est tres complexe, enchevetre. La moindre erreur (due a la vetuste des systemes de regulation et a l'accroissement du traffic) pouvait etre fatale. Pour moi, ces promenades au milieux de ces tunnels revetaient quelque chose de magique. C'est en fait tres esthetique. J'aime beaucoup Londres, je m'y suis toujours senti tres bien, tranquille, a l'aise.
C'est interessant, une exploration du passe et des endroits a travers des photos.

Reviennent en memoire ce que l'on n'a pas photographier. Araki a recemment "decide" que la photo etait un objet mort qui ne representait que des cadavres. J'ai pendant un moment parfaitement compris cela. Le temps n'est plus, cela est parfois tres violent. Mais en fait en allant plus loin, je ne suis plus si d'accord, car restent des sensations de ce qui fut, etces sensations sont la vie qui reste, meme dans ce qui n'est plus, dans ce qui est mort. Je prefere voir dans la photographie le support de nos nostalgie, cette sorte de balance entre la vie et la mort, le passe et le present, le bonheur et la tristesse. Etonnant comment une photo de ma chatte Siouxsie -elle a vecue 16 ans- provoque comme sentiments contradictoires. Elle est morte, mais je garde aussi intacte le souvenir qu'a ce moment precis, elle vivait, elle etait la. La photo n'a pas arrete le temps, elle atteste la verite d'un instant, pour (mon) eternite. J'ai bien entendu commence a scanner mes photographies prises a Londres quand j'y habitait. Nostalgie reelle, mais aussi sentiment de plenitude. J'y ai ete heureux, et ces photos en attestent: pourquoi serais-je triste, alors. Paradis perdu certe, mais j'y ai habite, et la photographie m'en rend sa part. Elle me rend l'oeil qui a vu et le touche qui a fait. Cette photo, par exemple, avec ce sexe deballe. Je me revois en train de la prendre... Il devait etre plus de minuit, un samedi soir, lors d'un de mes nombreux week-ends a Londres. J'avais certainement ete au Bar-Code (mon bar prefere en "before" car il ferme a une heure du matin : en basement, une salle de peut etre 100 m" a tout casser, au moins 200 mecs qui dansent, une tres bonne sono et de bons DJ. Ah, le Bar Code. Vers minuit, il y a quatre options. Premierement, se preparer a rentrer chez soi. Deuxiemement, aller en boite : Londres est la capitale des (vraies) boites gays, avec les meilleurs DJ house de la terre et/ou les meilleurs DJ de pop ringarde. Troisieme option, un bordel a backroom; mais comme il n'y a globalement plus que ca a Paris depuis que la mafia (et les Guettas) y controle le marche (le Queen n'est pas une boite gay MAIS appartient bien a la maffia), je n'y ait jamais mis les pieds. Reste, quatrieme solution, le CXR79 (pour 79 Charring Cross), mais se prononce sexer79). Un pub gay ringard et anodin en journee, le plus gigantesque boozer a partir de 23 heures. Eh oui, a Londres, ca ferme quasiment partout a 23 heures. Pour 3 pounds, vous pouvez rentrer au CXR79 jusqu'a 5 heures du matin. Bref, la clientele arrive alcoolisee, elle en ressort completement pintee. C'est un tres grand pub, avec un etage, et ca boit, ca boit, en causant, en matant (mais avec une efficacite tres relative vue la tres forte consommation de biere). J'ai toujours trouve cet endroit marrant. On n'a jamais eu ca, a Paris, un bar pour y boire comme des heteros ! Enfin, plus que des heteros puisqu'il n'y a pas bobonne pour nous dire que c'est fini... Peut-etre le COX le samedi vers 19 heures... Un piccoloir ! Quand j'ai pris cette photo, je devais etre moi-meme assez cuite. Je suis monte a l'etage, le bas etait archi bonde. Mon appareil photo faisait sensation. Deux gars se sont embrasses pour que je les photographie, on me regardait, mi-curieux mi amuse. A deux heures de l'apres-midi, je pense qu'on m'aurait plutot degage... Et puis il y a une petit mec, peut-etre 25 ans, completement saoul, qui me montre ses fesses. Clic-clac... La photo est tres floue (il faut dire aussi que c'est un pub, bref, pas super clair). Et il me demande si je veux voir sa queue, la je ris, autours, tout le monde rit, il se retourne et baisse son pantalon. Vu le peu de lumiere et le cote instantanne, la photo est tres reussie... Cette photo, c'est plus qu'une photo, elle raconte ce bar. Le gars aurait pu se faire jete si un barman l'avait vu, car ce n'est pas le style maison... mais les pintes, ca decoince quand meme pas mal.
De Tokyo,
Suppaiku

mercredi 14 janvier 2009

Tokyo, Quintidi 25 Nivose 217

Il y a vraiment un truc que je deteste plus que tout, dans la vie. Trop de mauvais souvenirs, trop de deceptions. Chercher du travail. En ce moment, je cherche du travail. Rien a rajouter sur le sujet, si ce n'est que nous sommes bel et bien dans la pire periode qui soit pour le faire. Je n'en suis pas surpris, j'attendais janvier avec inquietude, comme ici quand le Typhon arrive, sachant que celui qui vient est certainement le pire depuis longtemps. Il y a un moment ou il faut faire avec, et si l'on est en chemin quand tout se met a bouger, le vent a souffler, les arbres a plier et les rivieres a deborder, il n'ya a pas d'autres solutions qu'attendre que ca passe, en essayant de frayer son chemin dans cette apocalypse - qui sait, j'atteindrai peut-etre la maison a temps. On n'a pas le choix. L'hivers sera long, ai-je ecrit, et je sais qu'il le sera. Je suis pris dans le pire typhon de tous les temps, alors je courbe le dos, le vent glisse, j'ai deja compris que je n'atteindrai pas la maison sain et sauf, j'y laisserai quelques plumes au passage. Mais comme je savais depuis plus de 6 mois qu'on s'en preparait une mauvaise, comme je l'ecrivais fin septembre :
"Et la crise ?
Cette crise que nous traversons, si vous voulez mon opinion, va etre profonde mais ne va pas durer longtemps. De type, reprise en V (optimiste) ou en U (realiste). Mais en rien le L (stagnation) que ceux qui hier nous predisaient un avenir tout rose presagent aujourd'hui. Je continue de penser que les matieres premieres vont d'abord baisser (ca commence) avant de s'ecrouler l'an prochain, liberant du pouvoir d'achat et baissant les prix dans un environnement de concurrence exacerbe : les entreprises font de gros profits et rogneront ces profits pour accelerer la baisse des prix. Bref, apres une recession on aura une reprise tres forte et je pense meme que l'immobilier repartira a ce moment la. J'ai ecris en mars qu'on avait un gros ajustement a venir mais qu'il n'y aurait pas de grosse crise car les matieres premieres baisseront. Je persiste et signe, et ce n'est pas a la mode."
Les prix des matieres premieres se sont ecroules, le baril de petrole est passe de pres de 150 dollars a une fourchette de 35 a 45 dollars, le prix des cereales a lui aussi fondu. Pour le coup, c'est vriment le marche qui a corrige ce qui etait le fruit de la speculation. Le marche action et l'immobilier avaient atteind leur limite des la fin 2006 et ont amorce une pause voire un debut de baisse : la speculation s'est tournee vers les matieres premieres. Or, apres la crise du credit liee a la crise de la titrisation des credits hypothecaires aux USA, la faillite (plus ou voulue) de Lehman a precipite la chute des bourses; les perspectives de croissances se sont trouvees reduites et par la meme les prix "futures" esquisses par la speculation se sont averes aberrants (ils l'etaient deja, mais fin septembre, c'etait franchement une evidence). Pire, beaucoup de compagnies, Hedges Funds comme banques ou societes de credit, a cours de liquidites dans ce contexte de crise du credit, on du liquider leurs positions coute que coute, accelerant les baisses des matieres premieres et des marches boursiers. Si bien souvent, on fait porter le chapeau des crises au marche quand il s'agit de l'action des actionnaires (la bulle internet, par exemple), dans ce qui s'est passe en septembre octobre, c'est vraiment le marche, d'ou l'allure generale de debandade, de debacle incontrolee, de fin du monde. C'est a ce moment la que ceux qui avaient nie la realite d'une crise, visible dans le retrournement de tous les marches des le printemps 2007), parlant d'"atterissage en douceur" et de reprise des 2008, se sont mis a decreter que nous etions revenus a la grande depression. Et il est vrai que les resultats economiques actuels semblent leur donner raison. Tout comme les bons resultats des entreprises jusqu'a cet ete semblaient leur donner raison.
En fait, je continue de penser que le pire est passe, que Janvier sera le pic mais qu'on y verra aussi les signes qu'on n'etait pas sur le Titanic. A la lecture des forums consacres a la bourse, beaucoup desormais preparent leurs billes, ils attendent encore un plongeon pour investir en masse. Les volume sont en effet tres faibles, comme si personne ne voulait se risquer. Cette crise est a comparer a la crise de 1907, la "panique des banquiers (lien vers wikipedia)". Je reste convaincu que des Fevrier, on entendra non plus seulement des nouvelles catastrophiques, mais egalement les premiers redressement de la production industrielle. Le "plan Obama", lui, redonnera envie aux Americains de consommer. Des avril, je reste persuader qu'on commencera a parler de reprise. Je suis piege dans l'oeil du cyclone, je sais qu'apres encore quelques vents violents, l'eclaircie sera a la mesure. J'ai le printemps en ligne de mire.
Comme je l'ai ecrit recemment, ici, la crise prend une tournure politique. Aso n'a plus l'adhesion que de 18% de Japonais, record toute categorie. Le PLD est au bord de l'implosion, des deputes commencent a se mettre en reserve, voire quittent le parti. Jamais l'opposition, reunie autours du PDJ et reunissant les socialites et le communistes ainsi que des independants, n'a ete autant en mesure de vaincre, offrant pour la premiere fois un front uni dans les attaques contre la majorite. Je ne suis pas fana d'Ozawa, un ancien du PLD reconverti au centrisme, mais je confesse que jusqu'ici, sa performance est un sans faute et que nous pourrions bien avoir un Japon de centre-gauche pour la fin de l'annee. Il faut dire que le parti au pouvoir a bati une economie portee par les exportation, comme un pays sous-developpe, avec une grande partie de la population sous-payee, voire precarisee, et que le decrochage des grandes economies est une catastrophe pour le Japon qui voit le volume de ses exportations s'effondrer sans pouvoir compter sur son marche interieur pour compenser. Ce ne sont pas les 12,000 yens que Aso veut donner a chaque Japonais qui relanceront la machine, ce ne sera que de la dette en plus dans le budget de l'Etat. L'opposition suggere que la dette serait mieux utiliser dans des investissements pour les ecoles et les hopitaux, principalement en renforcement des structures (la plupart des ecoles ne sont pas aux normes anti-sysmiques...).
Comme je vous l'ai dit, je cherche du travail, et ce n'est pas facile, surtout quand les factures continuent d'arriver.
Ce soir, Jun vient a la maison : je dois aller acheter du pain. Je vais en effet preparer un gratin de pates. Ces derniers temps, je prepare des plats japonais simples, comme le sukiyaki (je suis desormais un expert), et des sortes de nabe de legumes. Mais ce soir, ce sera gratin.
J'espere que la nouvelle allure de ce blog vous plait.
De Tokyo,
Suppaiku

mardi 13 janvier 2009

Tokyo, Quartidi 24 Nivose 217

Cela ne se voit peut-etre pas, mais le peu de changements que j'ai opere sur ce blog m'ont demande un certain temps. Pas que ce soit difficile, mais je ne suis pas un professionel du html or, pour personnaliser ces pages, il n'y a pas d'autres solutions que mettre les mains dans le cambouis, et corriger, rectifier, effacer, comparer jusqu'a avoir un resultat correct. Je suis desormais tres proche de ce que je cherche. TB m'avait invite a changer le fond et prendre un fond clair car ce serait plus lisible; voila qui est fait. J'hesite toutefois a adopter le tout blanc : ne serait-ce pas trop flashy ? J'ai change les polices, optant pour la tres classique Times pour les titres et ne conservant Trebuchet (!) qu'aux textes, la encore pour des raisons de lisibilite : Times, ca ne le fait pas. Et puis egalement, a mon grand regret, je vais banir la couleur de ce blog. Il n'y a rien a faire, ca ne fait pas propre. Ce blog n'est pas un livre d'image. Et puis peut-etre irez vous, comme Popol, regarder les photos que je poste dans mon "autre blog" (lien dans ce texte et a gauche). J'ai actualise les contenus et posterai de nouveaux albums dans les jours qui viennent. Ca aussi, ca demande un temps incroyable... Je reve a la suite iLife09 qui sort dans quelques jours; iMovie acheve sa revolution. En fait, je ne fais plus de videos a cause de iMovie08 ! Je vous assure que c'est vrai... iMovie06 etait un peu archaique, certe. Ca moulinait grave, des fois, et l'utilisation etait parfois fastidieuse car assez peu precise (a moins de prendre tout son temps). iMovie08 a ete en terme d'ergonomie un reel progres car l'interface est beaucoup plus precise et le travail est rapide. Seul point noir : la disparition de presque tous les effets speciaux, transitions et autres "gadgets" qui faisaient le charme de iMovie... Un logiciel de montage video, point barre. Je me suis mis a reporter mes projets, et puis je n'en ai plus fait. iMovie09 garde la nouvelle interface (a la Final Cut) mais integre de nouveaux tous les effets des anciennes versions, en en integrant de nouveaux dont un stabilisateur d'images. J'aimerais refaire des videos, ce logiciel m'en redonne l'envie. Et comme j'ai plein de points sur ma carte Yodobashi Camera, ca ne coutera quasiment rien. Et comme j'ai du temps devant moi, ca m'occupera...
Pour les photos, j'ai scanne pas mal de films que je glisserai dans des albums sur mon "autre blog", comme je viens de le faire pour des photos prises au Pere Lachaise il y a une dizaine d'annees a Paris (avec mon vieux Practica, mort entre temps...). La photographie argentique est ideale pour photographier la lumiere, comme vous pourrez le voir sur ces photos que je n'ai pas retouchees. La luminosite du ciel en ce moment m'invite a ressortir mon vieil Olympus OM1. C'est drole, ces appareils photos : mon Olympus date de 1973. Je l'ai paye 30 Euros il y a 6 ans. Les joints en mousse avaient "brule". Je les ai remplaces par ceux du vieux Practica, tout simplement. Il est comme neuf. A Ginza, dans les boutiques specialisee, un OM1 vaut environ 40,000 yens... Oui, 320 euros ! Ca creve pas, ces vieilles betes. Alors que des Canon digitals ultra sophistiques sortis il y a 5 ou 6 ans, ca ne vaut plus que 20 ou 30,000 yens (quand ca en valait plus de 100,000). Ben oui, les pixels demodent vite, et l'electronique finit par rendre l'ame. J'adorait regarder les boitiers sur le boulevard Beaumarchais. Reitinette, Nikkormat et Leica, Ricoh et Pentax K1000... Et que dire de ces magnifiques boitiers moyens et grand formats dont les epreuves peuvent etre agrandis 100 fois, 1000 fois sans souffrir le flou... J'ai passe quelques heures dans ces petites boutiques entre Ginza et Shimbashi il y a quelques semaines, juste le plaisir de voir ces vieux appareils photos qui ne sont plus recherches desormais que par des amateurs eclaires et quelques photographes. Tout comme pour les platines disques, quelques marques se lancent dans le 24x36 et sortent des reflex a l'allure robuste mais qui ne rentreront jamais dans la legende. Mon OM1 est une legende a lui tout seul : il fut le premier 24x36 reflex grand public a proposer des accessoires de qualite professionelle; la gamme d'optique etait impressionante et les differents teleobjectifs valent aujourd'hui de petites fortunes; en effet, la marque utilisa tout son savoir fait acquis dans l'optique medicale (les microscopes) pour presenter un gamme de grande precision. Quand a l'appareil, il etait le plus compact de son epoque.
J'aime mon OM1 (ca me rapelle une certaine video, dans Jacky Brown).
Ici, il continue de faire dramatiquement froid. Duodi, Jun et moi sommes alles nous promener vers Matsudo puis Kogane, dans le departement de Chiba. Si le Parc / residence des Tokugawa a Matsudo s'avera terriblement decevant (je passe sur les 2 guides qui ont fait semblant de ne pas me voir, mais qui furent tres prevenant avec d'autres visiteurs de la "villa"), je ne peux que vous encourager a aller a Kita Kogane au Hondoji. La periode la plus favorable semble etre juin, car il y a des ajisai (rododindrons) partout : ce doit etre tres beau (photos en ligne demain sur mon "autre blog". Hier, Tridi, c'etait ferie. Nous avons fait une rapide sortie vers Ueno/ Akihabara faire quelques courses, mais il faisait vraiment tres tres froid. Je me plains, avec nos 1 a 2 degres du matin... J'ai vu qu'en France, c'est carrement glacial.
Allez, il est tres tard, nous voila deja Quintidi. Bon anniversaire a Tarikavalli, nee le 25 Nivose...
De Tokyo,
Suppaiku

vendredi 9 janvier 2009

Tokyo, Decadi 20 Nivose 217


Une curiosite au hazard des promenades...

Fin de la 11eme Decade de 217. De Primidi a Tridi, c'est conge.  En Gregorien, cela donne une "fin de semaine" plus un lundi ferie.
Ce matin, il fait tres froid dehors, il pleut a peu pres partout, et il semblerait meme qu'il ait neige dans le coeur de la capitale : ce n'est qu'un passage, il devrait faire beau de nouveau toute la prochaine decade. J'occupe mes journees comme je le peux., bref ma maison est impeccablement soignee. Je regarde (j'avale) des series americaines, comme Nip/Tuck. Une vraie merde, Nip/ Tuck : apres une premiere saison correcte, l'histoire de deux chirurgiens esthetiques - un cynique play-boy et un "gentil" pere de famille-, on tombe dans le melo hetero pur jus, le play boy se revelant un gros salop et le gentil de plus en plus machiste et saupoudrant sa vie de violence domestique. Il faut avouer que sa femme vire progressivement a la vraie cruche qui passe son temps a dire pardon. Les maitresses, elles, se succedent, passant au plumard apres avoir perdu la graisse du bide et pris deux tailles de soutif sur le billard. Elles attrappent des gosses, aussi, et le VIH parfois. Bref, le vecu minable de deux heterosexuels blindes d'argent qui ont des problemes de classes moyennes, le public cible des scenaristes: la garde d'enfant dont je me soucis comme de l'an 40 (je reformule ma question, pourquoi doit on se moquer de l'an 40 ?), leurs divorces, leurs femmes entre poufiasses peroxydees, liposucees et gourdes de premiere categorie, leurs psy/profiler/inspectrices/etc/femmes de tetes (forcement) obsedees sexuelles qui, vengeresses, tranforment ces gros cons laches et machos salopard en pauvre victime incomprise qui a traverse une enfance malheureuse. A gerber.

Imaginez. Des discours a la Bigard avec cette tete la... Et en plus, il fait des fautes de lecture regulierement. La reprise, au Japon, c'est pas pour demain...

Avec Jun, nous louons Ugly Betty, c'est amusant, bien vu. Nous avons acheve Atsu Hime, j'ai verse ma petite larme. J'adore pleurer sur la vie des princesses, c'est peut-etre un reste de mes origines sociales, tiens, et de ma mere qui plaignait la "pauvre" Soraya, la femme du Shah d'Iran. J'avais ete vane en ecoutant la chanson de Marie-Paul Belle, Les larmes de Soraya...
Ici, la crise economique tourne a la crise politique. En fait, depuis le depart de Koizumi, les Japonais ont le sentiment de ne plus etre gouvernes, ou plutot si, par des premiers ministres tous plus incompetents les uns que les autres. Il y a eu Abe, d'abord, l'ultra reactionnaire depressif qui a demissionne "pour raisons de sante". Puis il y a eu Fukuda, le dynamique papy de 72 ans, choisi (a mon avis) pour son cote "modere" en matiere internationale, histoire de faire bonne figure pour le G8 de Hokkaido et les jeux de Pekin. Degage en Vendemiaire (septembre, en Gregorien) juste apres les JO par une fronde menee par le nationaliste (au sens annees 140 du terme -1930 en Gregorien-, je ne blague pas du tout) et tres catholique (je me demande si on ne devrait pas petitionner pour le faire excomunnier, tiens...) Aso. Son credeau, la relance economique. Manque de chance, il se revele le plus lamentable premier ministre ever, tombant en Frimaire a 21% de bonnes opinions. Grace a lui, l'opposition est quasi certaine de gagner les elections de Fructidore prochain (du 22 aout au 21 septembre en Gregorien). Ce type est vulgaire au vrai sens du terme, usant et abusant de vulgarites verbales qui ont fait sa "popularite" un temps, mais qui desormais le coulent a vitesse grand V : imaginez Bigard premier ministre. Le bonhomme a aussi fait parler de lui pour etre amateur de mangas : a Akihabara, il y a des tonnes de mascottes Aso. Aso, le premier des puceaux Akibakei. En fait, il est une tres mauvaise publicite pour tout ce qui touche au Japon de pres ou de loin, et le moment ne va pas tarder ou il va etre vraiment deteste (hormis chez les puceaux occidentaux fans de Maid, de mangas "lolitas" "trop cools" et qui delaissent leurs jeans de merde, leurs TShirts noirs delaves et leur allure de puceaux louches quand ils viennent au Japon pour s'habiller Visual... Imaginez une Australienne, ou Francaise, ou Americaine de 28 ans, avec ses 15 kilos de surcharge ponderale, son acnee, habillee comme Candy-Candy... Ca fait rire les Japonais : normal, c'est un trip d'adolescente de 15 ans, ici ! Les filles plus agees qui s'habillent comme ca, en fait, c'est leur travail. Entraineuses dans des bars a Geeks-neo-puceaux de 30 ans dans le quartier de Akihabara. La culture Aso...).

A Kamakura, debut Nivose. Un (riche) mariage dans un (riche)  sanctuaire Shinto, des musiciens jouent du Gagaku (forme musicale importee de Chine vers le 8eme siecle). Je prenais de photos, quand  Jun me demande en riant si j'aime bien photographier de riches Japonais traditionalistes de droite. On a beaucoup ri...

Les informations TV sont en ce moment pleines d'histoires d'interimaires licencies, de SDF et, nouveaute, d'employes fixes menaces de licenciements et conduits au chomage partiel. Toyota va fermer 11 jours en Pluviose et Ventose et Sony a licencie 8000 personnes, Canon 1500. C'est la crise... De mon cote, je cherche du travail mais je vous avoue ne pas foncer non plus : ce mois-ci, il n'y a rien du tout. Le pire est que c'est en ce moment partout pareil... Je ne fonce pas car je ne tiens pas a faire une depression nerveuse, quand il n'y a rien, il n'y a rien. Si vous avez des pistes...
Debut Nivose, j'ai recu mon Decadaire mail-spam de Joost qui m'informait que desormais l'application Joost etait inutile et que desormais l'ensemble des programmes etait directement accessibles sur Joost. S'ensuivaient les programmes de Noel. J'ai fonce sur Ministry of Sound. Ca m'a fait tout drole de revoir tous ces video clip de Dance avec des filles (mais aussi des types) a moitie (aux 99/100eme) a poil... Ca m'a fait tout drole car j'ai compris en un eclair que je vivais dans un pays pudibon ou les acteurs font visiblement semblant de s'embrasser dans les doramas (cela n'a pas toujours ete le cas, ils y a 20 ans, ils s'embrassaient), ou les homosexuels sont totalement invisibles et ne se outent pas, ou les series americaines sont quasiment inexistantes (il faut les louer a Tsutaya, ce que font massivement les -pauvres- Japonais), que ce pays vivait reclus des grand courants "jeunes" du monde entier au point que les seuls artistes "etrangers" a la TV sont des artistes purement locaux, a l'image, dans les annees 180 de droite (annees 1970 en Gregorien),  de nos Dalida l'Italienne/Petula Clark l'Anglaise/Jane Manson l'Americaine/Nana Mouscouri la Grecque/ Rika Zarai l'Israelienne/ Enrico Macias l'Algerien/ Yvan Rebrof le Russe, etc... J'ai ressenti en un millioniemme de seconde le caractere quasi consangain de la "J-Pop", le hold-up opere sur ce nom lui meme, cree il y a 15 ans pour des artistes "ouverts sur le monde" et participant de la musique mondiale comme Towa-Tei (ex DJ de Dee Lite, le groupe anglais), de Cornelius et Pizzicato Five, et qu'on aurait pu donner sans que ce sit vole a la (brillante) Togawa Jun mais aujourd'hui dispense a toute la variete "fermee" du Japon, toutes ces chansons qu'on a deja l'impression d'avoir entendu 1000 fois, avec toujours les memes voix, les memes sapes, ces especes de simili petites filles a la voix boudeuse, ces "Johnnies" habilles comme des cloches... Le plus insense, c'est le replacement dans le contexte. Pas un sein, pas une cuisse, mais des salles de jeu partout, des patchinkos et des bars a hotesse a foison, des filles et des hommes qui tapinent comme si c'etait normal, mais en cachette, avec la respectabilite qui se gagne a force de sacs Vuitton et de lunettes Chanel.
Qu'on me permette de preferer la "decadence" Europeenne : je ne supporte pas la pudibonderie, d'autant qu'elle n'est au Japon motivee par aucun motif religieux. Allez, speciale dedicace aux puceaux accrocs a la Jpop : quitte a ecouter de la merde... (pour ceux qui preferent la musique, il y a un lecteur sur le cote).

Allez, je vous laisse.
De Tokyo,
Suppaiku

jeudi 8 janvier 2009

Tokyo, Nonidi 19 Nivose 217

J'ai cree quelques albums photos, --->ICI.
Eh oui, pour la premiere fois depuis que j'habite ici, je n'ai pas pu passer les fetes a Kyoto. Ce fut donc Tokyo, avec de longues promenades sous un soleil fidele. Acces direct a partir de chacun de ces liens :
---> Une promenade vers Mejiro
---> Dernieres promenades
Bonne soiree,
De Tokyo,
Suppaiku

mercredi 7 janvier 2009

Tokyo, Octidi, 18 Nivose 217

Amusant... Je poste mes voeux pour le nouvel an Romain Chretien, et j'ai 5 commentaires dans la foulee... Je devrais bidouiller le calendrier plus souvet ! Explications...
Ici, au Japon, un etrange mixage s'est opere entre differents calendriers, aboutissant a un resultat etrange, que je crois seuls les Japonais sont capables de creer, a la limite de l'absurde et a l'image de l'obstination qui parfois les caracterise... Le Japon avec ses tremblements de terre, les typhons, les raz de maree, la moiteur de l'ete mais aussi la douceur de l'automne, la spendide luminosite baignee de vert tout au long de l'annee, est un pays terriblement marque par la force implacable de la nature, et cela se trouve au coeur de la religion "reelle" des Japonais, faite de superstitions, de craintes non-dites mais visibles au detours des chemins de campagne, un Jizo ici, un petit sanctuaire la, ailleurs un arbre sanctifie, et partout les montagnes et leurs forets desertees, livrees aux etres surnaturels et aux moines errants, autrefois aux Mikos, ces pretresses magiciennes operant le lien entre le ciel et la terre, pretresse venerees des sanctuaires anciens, avant que l'influence chinoise ne les remplace par des hommes. La Divinite la plus importante est feminine, c'est Amaterasu, le soleil. C'est rare et, comme le signale tres bien Beauvoir dans le 2eme sexe, a peu pres partout la devinite feminine du soleil a ete evincee au profit d'une divinite masculine du soleil, comme Appolon. Pas au Japon. Ces pratiques et ces cultes tres anciens, d'avant la Chine, portant la trace d'une veneration melee de crainte pour tous les phenomenes naturels, sont l'ame du Japon ancien et perdurent jusque dans le Japon d'aujourd'hui; si le Japon a beaucoup pris a la Chine - la "vraie", comme la Chine "au prisme de la Coree", il a su aussi interpreter ce qui etait commun pour exalter ce qui etait sa propre culture. Et le calendrier ancien, emprunte a la Chine, permettait bien cette fusion d'une modernite importee et la sensibilite du peuple japonais.
L'annee commencait comme en Chine, vers fevrier. Le calendrier chinois est un calendrier qui colle a la nature. Au Japon, ainsi, on arretait le temps peu avant le nouvel an, et puis on ranimait les elements avec la nouvelle annee : le printemps pouvait commencer; on allait admirer les premieres fleurs d'abricotiers japonais (ume n'est pas une prune, mais une variete d'abricots, quel est le con qui a ose traduire prune !). Puis il y avait la fete des filles en mars (2eme mois), puis les cerisiers, puis les garcons... En fait, le calendrier importe collait aussi parfaitement au rythme agraire du riz, lui aussi importe. Ainsi, progressivement, le calendrier chinois impregna les gestes en collant a l'esprit des campagnes. De plus, ce calendrier n'ayant de reelle importance qu'a la cour, il ne contredisait pas les pratiques locales du Shinto. Au contraire, son aspect symbolique (les 4 elements, le zodiaque...) enrichirent la palette de divination deja presente dans les anciennes pratiues religieuses. Je m'arrete la, ce n'est pas ma specialite : je vous invite a lire G. Sieffert pour en savoir plus (Les religions anciennes du Japon).
Et puis il y eu l'Occident, ses canons pointes sur la Baie d'Edo, le chantage a "l'ouverture", bref, la traditionelle histoire de la colonisation, et puis la resistance japonaise qui deboucha sur la prise du pouvoir de quelques clans a travers la "restauration" de l'autorite imperiale. Meiji, 1868. A partir de la, il fallut "moderniser". La hantise des Japonais fut alors de ne pas apparaitre etrangers a l'occident, mais au contraire y coller, lui ressembler le plus possible. Pourquoi ? Pour ne pas apparaitre comme des sauvages. L'occident Europeen etait raciste a cette epoque et ses velleites de progres cacahient les appetits des commercants et les envies de puissances. Fins observateurs, les Japonais avaient bien observe ce qui s'etait passe en Chine et avaient bien compris que derriere les traites commerciaux se cachaient la presence militaire, les deportations de populations au profits d'entreprises etrangeres et enfin les expropriations en masse. Si le remede qu'il convenait d'adopter differait entre partisans du Shogun (le pouvoir en place) et les partisans de Meiji (l'empereur), tous s'accordaient sur le constat. Le Shogun perit de son indecision et de sa strategie : gagner du temps. Les partisans de Meiji gagnerent grace a leur soif d'action, mais a une politique anti-etrangere qui leur valut le soutien de jeunes samurais exaltes, il s'orienterent a 100% dans une politique d'occidentalisation. On se coupa les cheveux, on porta le costume 3 pieces, les dames mirent le corset, on roula en caleche et on se fit construire des villa en pierre dans lesquelles on mangeait a table assis sur des chaises. Bien sur, ces changements valurent pour l'elite et affecterent peu la population sur le moment. La, ce fut une lente impregnation dont je peux vous assurer que le processus est toujours en cours...
Il fut decide un certains nombres de "modernisations culturelles". Tout d'abord, des universitaires furent charges de traduire le vocabulaire scientifique, philosophique et universitaire en japonais : d'horribles barbarismes virent alors le jour, au sens tres aleatoire et que les Japonais meme eduques ont parfois du mal a comprendre; ces universitaires utiliserent les kanjis (caracteres chinois) en fonction de leur sens en y plaquerent des lectures "a la japonaise". Il est communement admis par beaucoup de Japonais que ces mots ne sont pas japonais, mais chinois puisque parfois il existait un mot japonais pour dire la meme chose. Mais je doute que les Chinois puissent comprendre ce vocabulaire "rebus"...
Le calendrier fut aussi concerne par l'occidentalisation. On adopta donc le calendrier Gregorien (calendrier Romain dit Julien, reforme en 1582 pour suivre la course du soleil). On garda de l'ancien systeme le decompte des "eres" afin de bien marquer l'importance de l'Empereur. Ere Meiji (1868/1912), Ere Taisho (1912/ 1925), Ere Showa (1925/ 1989), ere Heisei (1989, ~). L'adoption du calendrier Gregorien eut bien entendu pour consequence de decaler le nouvel an de mi-fevrier au 1er janvier. Qu'a cela ne tienne, on decida de decaller toute l'ancienne symbolique avec. Si vous etes au japon en ce moment, vous verrez partout ce 初春/ litt. debut du printemps, qui est synonime de nouvelle annee... Au sanctuaire de Fushimi-Inari, le 4 janvier a lieu une ceremonie agraire en l'honneur d'Inari. On presente du riz afin de favoriser les recoltes et on fait une premiere plantation. Sous la neige, bien souvent... De l'ancien calendrier reste une fete secondaire pour les enfants : "鬼は外、福は内"/ litt. Les demons, dehors, la chance, dedans. On jette des bonbon et des graines au dehors en repetant cela 3 fois, les enfants arborent des masques. Ce qui est amusant est que beaucoup de gestes accomplis entre le 23 decembre et le 1er janvier ont la meme signification : le grand menage et les grosses ordures, la maison ouverte en grand, les 120 coups de cloches au temple... Bref, cette mini-fete de trois fois rien en fevrier est un peu comme notre premier avril. Une emprunte... La seule difference est que l'occident n'a pas change ses fetes. Le Japon a tout demenage avec.
C'est tres japonais...
Alors maintenant, revenons a notre calendrier. Un calendrier est une des formes visibles que revet le "vivre ensemble". Il porte la marque de l'histoire mais il est aussi le projet que l'on se donne. Dire que nous vivons en 2009, c'est croire qu'au commencement il y a Jesus Christ et c'est avoir mis en place le compteur pour son retour.
Le calendrier "Republicain" a un enorme avantage sur le calendrier Gregorien : il n'est pas Chretien. Il prend place dans un projet politique qui pratique l'inclusion de tous dans le projet Republicain. En Republique, on n'est ni Juif, ni Chretien, ni Musulman, ni Bouddhiste, ni Athee. On est citoyen : etre adulte doue de raison, maitre de son destin. Le corp des citoyens assembles represente la souverainete, la realite du pouvoir. C'est a la maison, parmi les siens, au Temple, dans des assemblees reunies librements, dans des evenements partages librements, qu'on est Juif, Chretien, Musulman, Bouddhiste ou Athee. Le calendrier Republicain retablit cette neutralite qui seule sied a une Republique qui decide d'etre autre chose que "ses racines Chretiennes".
On pourra objecter les horreurs de la Revolution Francaise. Je suis le premier a les reconnaitre et je vais meme souvent bien plus loin. Je suis intimement convaincu qu'il convient de rejuger le "citoyen Louis Capet" et "la veuve Capet, Marie-Antoinette dite l'Autrichienne" parce que je ne voit pas ou le Roi et la Reine se trouvent dans un tel acte d'accusation (formules au nom d'individus et non de Souverains), que le droit a toute defense leur a ete refusee, que les accusations les plus crapuleuses et malhonnetes ont ete formulees avec pression sur des "temoins" (Marie-Antoinette a ete accusee d'attouchements incestueux sur son fils), etc. La "Revolution", ce non-evenement catastrophique qui a profondemment marque l'epoque contemporaine, a ete l'occasion de reglements de comptes divers, de crimes. Elle a pourtant egalement ete la premiere manifestation de la lente impregnation des Lumieres sur l'ensemble de la population francaise, la preuve dans les faits que les Francais etaient prets pour le changement que la monarchie n'a pas su leur apporter. L'Absolutisme avait fait son temps, tout simplement.
Au vu de l'histoire qui a suivi : le Directoire, puis la neo-dictature du Consulat, puis la Tyrannie sanglante Napoleonienne, puis la Restauration Reactionnaire, puis la Monarchie Oligarchique et bourgeoise de Juillet, puis la Tyrannie conservatrice et bourgeoise de Napoleon III et enfin la boucherie bourgeoise anti-communarde (plus de 150.000 Parisiens executes par la milice Versaillaise en 1871), il devient clair qu'a quelques exceptions pres, il fallut attendre 1877 (victoire des republicains aux elections legislatives) pour que le niveau des libertes publiques depasse reellement ce qu'il etait sous Louis 16 (et atteigne le niveau pendant 100 ans inegales de 1792). Je ne sais pas pour vous, mais moi, les 2 Napoleons, la restauration et la Commune, ca me donne honte pour l'execution de Louis 16 (qui n'a rien reprime du tout...) et de Marie-Antoinette (qui n'en avait meme pas le pouvoir). Mais en revanche, ce souffle de liberte de la France de 1789/1792, cette envie de creer du "vivre ensemble" par le contrat, par la liberte, par l'association, par l'egalite, ce souffle democratique plus fort en fait que l'envie de Republique (et qui rendit possible un temps la monarchie parlementaire), je continue de penser que c'est un tres grand moment de notre histoire, un moment ou le peuple est debout. Juste avant que certains decident de se mettre a sa tete, "pour son bien" et se revelent bien pire que le Souverain dechu qu'ils s'empressent d'executer pour offrir un expiatoire a leur incapacites et masquer les complots qu'ils ourdissent les uns contre les autres. La Terreur est un moment terrible. On a souvent compare Robespierre et Staline. Non, Staline, ce fut Napoleon, le grand stabilisateur qui blanchit les anciennes elites apres qu'elles se soient inclinees. Robespierre, Danton, Saint-Just, Fouquier-Tinville, Baboeuf, Marat... des heros romantiques, des etres perdus dans les evenements qu'ils n'ont pas sucites mais qui les ont propulse au sommet, dans le vide beant laisse par la fin de la monarchie la plus puissante d'Europe. Des etres peu doues pour le pouvoir mais decides a tout pour le garder, au non du bien. Des etres tragiques, des heros de romans qui n'auraient jamais du rentrer dans le monde reel, au coeurs des intrigues poussees par des speculateurs, des intrigants, toute la clique qui prit les renes sous le directoire avant de faire ses salamaleques a Buonaparte/Napoleon le tyran. Qui abolit le calendrier Republicain.
Et nous revenons au calendrier Republicain. Un calendrier raconte une societe et son vivre ensemble. Je reste persuade qu'en 1945, une occasion unique de forger un calendrier universelle a ete manquee. Un calendrier qui s'enracine dans la Shoah pour que plus jamais il n'y ait d'extermination en raison de la religion ou de l'appartenance a un peuple en particulier. Un calendrier de maturite de notre espece. Un calendrier que la realite du genocide Juif conduit a reconnaitre le genocide dont les populations indiennes ont ete victimes. Un calendrier que la realite de l'extermination de 6 millions de Juifs, de plus d'un million de trisomiques, prostitue/e/s, tsiganes et "non aryens" conduit a reconnaitre le sort des populations deportees en fonction de leur religion ou de l'appartenance a un peuple en particulier, a commencer par les deportations massives d'Africains vers l'Amerique apres qu'on en eut extermine les habitants. Un calendrier de la reconnaissance des faits historiques et de leur commemoration.
Y a t'il un "jour de la Shoah", du "souvenir de la deportation" ? Je veux dire, une journee mondiale ? Qui s'impose a tous, et meme si ca les fache, aux ennemis d'Israel ?
Non, nous avons conserve notre bon vieux calendrier solaire et chretien, avec son Noel, sa Pacque, son Ascension de la Vierge (le fameux 15 aout) et sa Pentecote, sa mi-careme, et ses Jean, Pierre, Andre, ces ribambelles de martyrs du Christianisme que nous ressentons comme des noms allant d'eux meme. Savez-vous qu'en France, ce n'est que grace a Robert Badinter, que l'on peut reellement appeler ses enfants comme on veut ? Que par exemple Pierre et Sylvie ne pouvaient pas appeler leur garcon "Idriss", "Karim", "Moshe" ou "Pivoine"... On a progresse a ce moment la. Mais alors, pourquoi nos calendriers portent-ils des noms qui excluent une partie de la population ? Une Republique ne devrait elle pas etre neutre ? Eh bien non, chaque annee, la television nous apprend chaque 1er novembre, "comme chaque anne, les Francais sont alles se recueillir sur la tombe de leurs morts". Quid des juifs, des musulmans et des bouddhistes de nationalite francaise ?
Je ne suis pas militant du calendrier Republicain. Mais en temps que Citoyen, l'abolition de la monarchie me concerne autrement plus que la synchronisation avec le cycle solaire : je ne suis pas cure et ne me sens en rien lie au comput Gregorien. En revanche, partager ma joie de vivre en citoyen libre dans un monde domine par l'argent et les dictatures theocratiques me semble autrement plus important.
Bref, aujourd'hui, nous sommes Octidi, 18 Nivose 217
De Tokyo,
Suppaiku