lundi 30 mars 2009

Et revoici des photos...

Promenade ce week-end a Koishikawa Korakuen (小石川後楽園) et a Kyosumi teien (清澄庭園). C'est le debut de la saison des cerisiers. Cette annee, ils prennent leur temps... Le "peak" devrait etre entre le 1er et le week end... (cliquer sur les photos)
A Ueno, les baches bleues commencent deja a recouvrir le bitume pour les "traditionnels" pic-nic auquel sont parfois contraints les salaries. Je detesterais la saison des cerisiers, si j'etais un de ces salaryman... Mais bon, moi, je ne fais que me promener et, au detours d'un regard, je m'amuse de petits riens... (cliquer sur les photos)
L'usage des langues etrangeres est ici omni-present. Non par pour echanger, mais pour "etre", "incarner". Cela conduit bien entendu a des aberrations ou des malentendus.
Je ne sais pas, vous, mais moi, la premiere photo me fait penser a Rocco Sifredi... La seconde parle d'elle meme...
Je rajoute la troisieme pour vous informer que Matsuya a decide de faire une exposition consacree a la marque francaise TATI et a demande a la celebre societe de presenter ses mailleurs modeles. On reconnait bien le style TATI, les charmes indemodables de l'acrylique, des couleurs flashy et des faux plis. Il semblerait que TATI ait decide ici, de se vendre sous forme de griffe chez MATSUYA pour concurrencer directement H&M (cliquer sur les photos)
De Tokyo,
Suppaiku

Et revoici le printemps...

Je vous l'avais dit, tout au long de ce tres long hivers, j'ai garde les yeux fixes sur le printemps a venir. Et voila que nous y sommes. Et comme tout ne vient jamais seul, voila que les economistes commencent a constater des signes contradictoires, parfois meme d'exceptionnelles surprises. Du coup, les bourses ont partout grimpe... C'etait inimaginable il y a encore un mois... Et cela valide mon analyse de cette crise dont j'ecrivais il y a plus d'un an qu'elle serait severe mais courte. D'ou ma comparaison cet hiver avec un typhon. Alertes preliminaires des 2007, premiere faillite en janvier 2008 (on a deja oublie Bear Sterns...), puis l'arrivee de cette masse bien chargee de CDO et CDS, le typhon en plein entre septembre et novembre, et puis l'oeil en decembre, comme un grand calme, et puis de nouveau cette intense activite a partir de fin janvier, ou on a vu les bourses revenir a leurs niveaux d'il y a 10 ans, avec tout ce que cela suppose en terme de destruction de richesse et d'augmentation proportionnelle des ratios d'endettements... Et puis voila que des fin fevriers des indicateurs montrent que c'est moins pire que prevu dans l'economie "reelle". Et en mars voila meme des statistiques plutot bonnes aux USA... Le typhon est passe, et tout ce que nous vivons desormais en est la consequence. Les destructions sont massives, mais il n'y en aura pas d'autres a venir...
Les etats, eux, vont desormais etre contraints de s'endetter a des niveaux exceptionnellement eleves. Et contrairement a une idee a la mode qui veut qu'on arrete les derives, on va rentrer dans l'age d'or des derives ! Car le seul moyen de limiter l'endettement sera de sur-adosser ce qui l'est deja ! On va faire des CDO de CDO !
La reprise ? Je continue de penser qu'elle sera rapide et brutale, mais je crois aussi qu'elle se fera en deux temps. D'abord une "correction", la premiere reprise, ou on retrouvera des niveau anterieurs, limitant d'autant la recession. J'ai lu des -6% pour l'Allemagne, je n'y crois absoluement pas, ce n'est pas rationnel : cela voudrait dire que nous serions revenus en 1930, avant les etats providence. Il y aura donc une "reprise" qui sera essentiellement une "correction". Elle sera suivi d'une sorte de stagnation, le temps que les mesures de "relance" regonfle la demande. Et alors il y aura une reprise, certainement tres dynamique, et l'an prochain devrait etre une annee de forte croissance dans pas mal de pays. Si c'est le cas, les etats auront interet a penser a se desendetter avec les rentrees fiscales supplementaires.
Je l'ai ecrit deja : ce n'est pas cette crise qui me fait peur, mais la prochaine, dans une quinzaine d'annee. Les entreprises aujourd'hui sont rentables, la preuve, la plupart n'annoncent que des "reductions d'objectifs" de profits. En 1929, la bourse a chute car elles perdaient de l'argent! De plus, la structure des prix est de nos jours nettement inflationniste (moderement, avec du 2/3% manipule, et du 4/5% reel) alors qu'elle etait deja deflationniste tout au long des annees 20... Or, cette configuration n'est pas eternelle. Nous aurons de nouveau une phase de baisse du profit lie a une surproduction, mondiale cette fois. Le rencherissement des matieres premieres lie a leur epuisement, l'augmentation des couts divers (securite des transports -piraterie, guerres civiles; pollution; normes environnementales...) rendra la concurrence encore plus violente et tendanciellement destructrice. Le premier choc financier sera fatal comme il le fut en 1929. Car je ne crois pas que de la crise actuelle sortira une vraie regulation. Mais il en sortira des montagnes de dettes auquel ne pourront pas s'ajouter de nouvelles de dettes...
Notre seul risque a court terme est en effet du cote de la dette et je pense que c'est cela qui provoqura la stagnation apres la "correction cette annee". Le yield resultant de la difference interet/interet pratique atteind desormais des taux record proche des 4%. En fait, le marche des taux est en situation d'asphixye. Je vous rappelle qu'un taux de 0,5 a 1,5% est la situation normale... Mais il faut bien se representer que non seulement les banques doutent de la solidite des entreprises donc se couvrent en augmentant les taux, mais en plus les etats jouent desormais le role d'aspirateur a capitaux en augmentant leur dette. Naissent egalement des "paniques" sur la solidite des etats ainsi que des craintes d'un retour a l'inflation qui annulerait l'interet (ben oui, si vous etes remuneres 5% et que l'inflation atteind 6%, vous perdez 1%...).
Mais en meme temps, ce qui est nouveau c'est que malgre la violence du choc financier, en un mois, les discussions portent sur la sortie de la crise et les caracteristiques de la reprise. Psychologiquement, c'est un changement notoire qui pousse egalement a une sortie rapide.
En W.
Voila, c'est ma petite note d'optimisme printannier, dopee par les fleurs de cerisiers que nous nous empressons d'aller admirer.
De Tokyo,
Suppaiku

mardi 3 mars 2009

Mariage a la japonaise

Cliquez pour agrandir Sur les hauteurs, les salles de mariage de style japonais, avec vue sur un Jardin, bordure de bonzai, puis le parc. Pour classe moyenne superieure.
Jun et moi nous sommes promenes samedi dernier dans le quartier de Shirogane, dans le sud ouest de la capitale (un peu avant Meguro). C'est un quartier a la mode parait-il, et c'est vrai que les mansion ne manquent pas. J'avoue toutefois ne pas ceder a la vague et j'ai trouve ce quartier absoluement quelquonque, anonyme.

Cliquez pour agrandir Dans le jardin sur les hauteurs, kimonos, bonnes manieres.
Tout ca pour arriver un un grand jardin datant de Meiji. Tres beau jardin a la japonaise, une enclave de verdure dans cet environnement fait de tours d'habitations que ni ne depayseraient pas les habitants de Sarcelles ou Velisy (je dis ca un peu au hazard, je ne connais ni Sarcelles, ni Velizy... et n'y voyez pas du parisiannisme, mais en fait, comme tout francilien, je ne connais que mon coin, bref, Bondy/Noisy-le-Sec/Bobigny ou j'ai habite de 8 a 18 ans, et (tout) Paris ou je suis ne et ou je suis revenu passes mes 18 ans. On pourrait rajouter Asnieres ou j'ai habite deux ans, du temps des annees Boost et du Petit Poucet).

Cliquez pour agrandir Le lac, vue sur le grand batiment en beton. Mariages a la chaine pour classes moyennes.
Pour entrer dans ce parc, il faut franchir une porte, en fait un grand porche a la japonaise, en tachant de se frayer un chemin au milieu d'un ballet incessant de voitures qui vont et viennent. De grandes et elegantes voitures noires. Passe le porche, on n'est pas en reste car c'est alors un rond point, avec quelques taxis qui attendent, nos voitures noires, et puis ici ou la, une jeune fille en kimono qui coure d'un endroit a un autre. Bienvenue dans un haut lieu du mariage pour classes moyennes, une sorte de Club Med' specialise dans le paraitre qui sied aux unions legitimes. Qu'importe si dans deux ans on fera lit separe, si aucun enfant ne viendra egayer le foyer, si monsieur rentrera tous les jours un peu plus tard en s'oubliant dans les decolletes genereux des robes a pailletes bon marche de quelquonque hotesses de bar : le mariage aura obeit aux regles strictes d'un bonheur de facade immortalise par un photographiseur sans talent : robe, costume, discours interminables durant une reception elle meme interminable, jardin "romantique" et cloches de l'eglise.

Cliquez pour agrandir Pres du lac, une sorte de terre plein pour la photo. Deja, d'autres attendent leur tour.
Le mariage japonais est une obligation, et c'est avant tout une illusion. Que l'on ne fasse que se promener en ce lieu et soudain, devenu simple spectateur, c'est tout l'artifice qui apparait : un immeuble de beton, environ 5 etages, abritant une dizaine de grandes salles de receptions -pleines en ce samedi-, avec de grandes baies vitrees par lesquelles on voit une reproduction des memes gestes, des memes costumes, a l'identique. Mariages "bon marches". Autours du parc sont construits d'autres batiments, cette fois dans un style plus "japonais", dont un alignement de trois sur les hauteurs, avec des serveuses en kimono, un grand parc ou pins, cerisiers et muriers, dessinant un paysage que bordent des bonzais en bordure de l'allee du parc, annonce des mariages plus couteux. Jun et moi nous sommes trouves encercles par une bonne quinzaine de mariages... A un moment de la promenade, de la "Chapelle" est sorti le son d'une cloche -enregistree bien entendu. Elle a du sonner 15 bonnes minutes. Comme je l'expliquais a Jun, en France, cela voudrait dire qu'une guerre vient d'etre declaree. Ou pour le Japon, qu'un tremblement de terre est imminent. Non, ce n'est ici qu'un mariage en boite.

Cliquez pour agrandir Il faut reconnaitre que si l'on sait s'abstraire de la specificite matrimoniaire, ce parc est vraiment tres beau, plaisant.
Un etang borde d'erable repose tranquile au fond de ce qui ressemble a une valle. Ce parc est vraiment joli, bien fait. Nous pouvons y voir les couple et leurs invites se succeder ou faire la queue pour faire LA photo de mariage. Je constate que la plupart des hommes revetent un de ces costumes mal tailles qu'ils portent pour aller au travail en semaine, masse noir quasi-interchangeable. Les mariees portent a peu pres toute la meme robe blanche a volant de princesse et sont coiffees du meme chignon a anglaises. Parfois une mariee en kimono, aux motifs riches mais imprimes... Les hommes sont eux souvent habilles en blanc dans un costume mal coupe certainement achete chez Aoyama. Seuls les parents, en particulier les femmes, semblent avoir sorti LE beau kimono pour l'occasion.

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La "Chapelle"... Les Japonais ont decide qu'un mariage se celebrait dans une eglise. Par par foi, mais parce que c'est comme ca. Il y a donc au Japon des eglises a mariage, avec des pretres (etrangers, bien entendu) recrutes specialement pour ca (tiens, voila une piste de travail...). Les haut-parleurs de celle-ci ont "sonne" pendant 15/20 minutes...


U
ne usine a mariage dans un parc magnifique. Voila une bien interessante curiosite...
De Tokyo,
Suppaiku

lundi 2 mars 2009

Premier changement

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Vers Shirogane. Parfois des restes interessants, comme cet escalier 20eme siecle.


Une mutation est un changement. Dans le silence assourdissant qui m'environne (pensez-donc, je ne recois quasiment aucun mails...), je realise que ces quelques mois me separant de Lehman Brothers ont agi comme une coupure. Apres NOVA, il n'y eu pas de coupure, mais un tres lent glissement dans la depression qui ne prit fin que quelques mois apres avoir commence a travailer a Lehman. C'est que cette histoire de salaires impayes qui commenca des le mois d'aout (pour les staffs Japonais) jusque la fin en octobre (pour tout le monde) nous plongea tous dans un etat etrange, nos yeaus rives en permanence sur un forum tres actifs ou circulaient les dernieres rumeurs et des menaces fantasmatiques sur nos visas, notre status, nos droits. C'etait assez effrayant, et nous n'avions que nous, anciens professeurs, pour nous epancher. Quand j'ai commence a travailler, je me suis fait l'impression d'etre un rescape d'une tempete et je me suis accroche a mon radeau -ce travail- avec toute la force du desespoir. Ce n'est que tres progressivement que mon attitude a change, et ou je me suis, enfin, permis de donner des ordres a certains collegues, a en envoyer ballader d'autres - croyez-moi, de vrais incapables comme Lehman en etait rempli. Curieusement, mon equipe etait assez ouverte a mes reactions et la confiance s'installa progressivement. Mais une autre equipe avec laquelle je devais travailler tres souvent, ne parvint jamais a accepter mes analyses qu'apres que quelqu'un se soit finalement penche une deuxieme fois sur le probleme et se soit appercu que je voyais juste. Ce type de bras de fer, quoi que fort fatiguant, me conforterent dans la valeur de mon travail et me permirent d'oublier NOVA. L'ete a ete extremement leger malgre les heures supplementaires et j'avoue meme avoir commence a prendre du plaisir a me debattre a Lehman.
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Entre Shirogane et Meguro, ce tres beau temple construit dans la premiere moitie du 17eme siecle.


C'est sur que la fin ne fut pas la meilleurs experience que j'ai pu vivre, mais d'un autre cote, la page NOVA etait tournee. Enfin, c'est ce que je pensais car la suite fut un peu plus compliquee que cela, comme vous avez pu le suivre sur ce journal. Car ma situation est un echo d'une situation globale, l'echouage sublime de la montagne de credits derives batie au long de la decennie 2000. Avec tous ces phantasmes de recession, de deflation que les journalistes Americains ont fini par nous faire rentrer dans nos esprits. Ca n'aide pas, entendre partout que l'on est en 1930, quand on vient de perdre son travail. Parce qu'on se dit au fond de soi qu'on va mettre 10 ans a retrouver quelque chose... On a l'air con.
Je commence a travailler une dizaine d'heures par semaine dans une ecole de langue a partir de demain. Ce n'est pas enorme, mais c'est deja suffisant pour payer le loyer et mes factures. L'ecole est loin de chez moi, il me faut une heure de transport. Le contrat est un contrat a l'heure et non au mois. Voila pour l'aspect negatif. L'aspect positif, je n'ai qu'un changement, c'est correctement paye, et l'ecole est dans un batiment moderne. Enfin, c'est de la conversation, comme NOVA bref, cela ne demande pas une montagne de travail. Je dois desormais trouver une autre ecole qui me permettra de completer mes revenus afin de pouvoir aussi acheter de quoi manger... Voila qui va me permettre d'attendre une amelioration sur d'autre fronts.
Ce qui est etonnant, c'est a quel point je me suis senti a l'aise en entrant dans cette ecole. Une sorte de mini NOVA... C'est clair, tres clair. Il n'y a pas de dress code, les professeurs sont souriant. J'ai du faire une lecon de demonstration, embauche de suite ! On verra pour la suite, si ca se passe bien.
De Tokyo,
Suppaiku