lundi 15 juin 2009

A Tokyo, après le week end

Inutile de vous préciser que depuis un an déjà, j'adore photographier les fleurs... Passer à côté du plaisir de regarder les fleurs au Japon, c'est un peu comme passer à côté de la gastronomie lors d'un long sejour en France, c'est manquer les musées à Florence, ignorer la Lagune à Venise et les pubs à Londres... Le Japon est un pays où les hommes cultivent les saisons. On retient souvent les fleurs de cerisiers, véritable marqueur de l'arrivée du printemps, mais en fait, c'est toute l'année. On a avant admiré les fleurs de pruniers (ume) et tout l'hivers, les fleurs de camélias (tsubaki). En février, c'est mitsumata (en français ?). Et après les cerisiers (sakura), ce sont les bougainvilliers (fuji) et les éphémères azalées (tsutsuji) avant que ne fleurissent fin mai les multitudes de variétés de rhododendrons (ajisai) bleus, mauves, rouges, roses ou blancs, à petites fleurs ou à gigantesque pelotes comme celles que je vous ai offertes dans le dernier album. A la même saison, en juin, les iris (shôbu) et les premières fleurs de lotus (hasu). Et nous voilà dans la chaleurs impitoyable de l'été. Tout est vert, lumineusement vert, incroyablement vert. Quand nos champs Européens jaunissent, au Japon, ils resplendissent: le riz ne brunit qu'en septembre, avec l'automne.
Je suis resté ignorant du nom des fleurs jusqu'à ce que je sois venu vivre au Japon. J'en connais mieux désormais le nom en Japonais et je suis parfois obligé de prendre mon dictionnaire pour connaitre leur nom en français car je l'ignore superbement.

Quand je parle de culture du Japon, de littérature, il peut m'arriver d'être un peu con-con tant il est vrai qu'une simple traversée de Kamakura confirme mon affection pour ce pays. L'histoire y est en fait très présente dès que l'on quitte la capitale que les seïsmes et la guerre ont anéantie (quoi qu'il y ait pourtant ici et là quelques restes inattendus), et les paysages eux-même en portent la marque.
Mais que j'en vienne à parler de la politique ici, et c'est immédiatement un rejet, tant elle infiltre les esprits jusqu'à atteindre la plus crasse connerie. Je pense qu'il n'y a qu'au Japon que des jeunes se vanteront presque de ne pas savoir parler anglais, en en riant, avant de retourner écouter cette pop "consanguine" qui ne copule qu'avec elle même au point de se répéter à l'infini... Vu dans le métro, un très bon exemple de la presse de droite où se véhiculent les clichés les plus crétins sur le monde et la supériorité du Japon. Ici, la Chine et "100 raisons de ne pas lui faire confiance". Hormi la photo de Mao, une liste de bétises qui confine la Chine au rang de pays sous développé où on ne fait que du frelaté. L'élite Japonaise n'est qu'un ramassis de vieux crétins qui enferment ce pays dans l'arriération et la bétise. Pas étonnant que les jeunes aujourd'hui ne veulent ni voyager, ni parler une langue étrangère: le Japon, c'est tellement bien... Par contre, pour les (nombreux) Japonais normaux, c'est vraiment pas très amusant, voir les jeunes libres à l'étranger, sur internet, et ce pays verouillé.
Au Japon, il n'y a de glaces Miko (Walls/ Danone) ou Gervais (Nestlé). Les glaces Japonaises valent les saloperies qu'on mangeait dans les années 50, à l'eau et toujours les trois/quatre même parfum. Il y a Haagen Das, chères bien entendu.
Au Japon, les machines à laver, en plastique, lavent à l'eau froide : les Européens lavent à l'eau chaude car il y a des puces et des poux en Europe (sic, entendu de nombreuses fois).
Au Japon, on ne mange que du riz Japonais. Pas de riz Thai, pas de riz Basmati. Ils ne sont pas bons et le riz Japonais est le meilleurs du monde (sic, entendu de nombreuses fois).
Au Japon, les chaussures anglaises sont fabriquées au Japon car les Japonais ont des pieds différents, de 27 cm de long (42,5) au maximum (sic, plusieurs vendeurs).
Je crois que les élites Japonaises n'ont pas compris qu'avec sa dette de 220% et de telles restrictions au commerce au profit des seules multinationales Japonaises, le monde n'a plus besoin du Japon... Surtout avec la Chine, ses surplus, sa croissance et son commerce mondialisé...
Boutique Chanel, sur Omotesandô. Je ne comprends pas bien la référence constructiviste de cette vitrine, son côté soviétique : "Madame" Chanel est en effet plutôt réputée pour avoir été outrée par la grève de ses employées en 1936 et pour avoir retrouvé une seconde jeunesse entre 1940 et 1944. Bref, en 1944, plutôt que s'attarder sur de pauv' filles qui avaient couché avec des Allemands (après tout, il y en avait de très mignon, et les histoires de fesses, ce n'est pas très politique...), c'est "Madame" Chanel, qu'il aurait fallu tondre et rouler dans du goudron et des plumes de poulet avant d'exhiber sa photo en page de l'Officiel, de Vogue et de Haarpers. Qu'on continue de vouer un culte à cette Pétainiste notoire est un mystère qui n'a d'égal que le culte voué au Nazi encarté Herbert Van Karajan, qui n'a même pas été épuré.
La culture des nouveaux riches, ce sont des marques et une résonnance "culturelle" mêlés. Acheter un sac Vuitton, c'est rentrer dans le cercle privilégié de celles et ceux qui, moyennant 700 à 1000 euros, appartiennent à la jetset des cartes de crédit et des artistes contemporains décallés, comme Murakami Takashi. Bref, c'est non-bourgeois, et presque jetable.
Je crois que c'est un phénomène mondial et aujourd'hui, aux informations, j'ai vu un jeune Iranien manifester sa colère. Il portait un Tee-shirt Dolce & Gabanna. Je me suis demandé alors, un peu à la manière de Tocqueville, s'il ne manifestait pas pour pouvoir s'acheter le jean qui va avec, et la montre Bulgari assortie...
J'espère finalement que ce système absurde s'écroulera suffisament tôt pour qu'il nous reste encore des fleurs à regarder quand nous n'aurons plus d'argent.
Madjid

vendredi 12 juin 2009

Il fait beau, profitons-en!

En route, 1994

On avait presque oublié le soleil. Ces derniers jours, alors que la grisaille domine et que les températures montent, nous avons appris que ça y était, nous étions entrés dans le Tsuyu. Le Tsuyu n'est pas une saison des pluies à proprement parler, ce sont plutôt des remontées diverses et variables venant alternativement du sud (et alors il se met à faire chaud, mouate, sans qu'il ne pleuve forcément sous le ciel gris) et de l'est (et là la température et plus fraîche, et en générale il pleut). Bref, un mois d'humidité plus où moins forte au milieu de températures de plus en plus chaude puisque quoi qu'il arrive, ce sont les vents du sud qui l'emportent. Ce sont eux qui nous amènent, plus tard dans l'été, ce rafraichisseur naturel appelé Taifû, le typhon!
J'ai raffraichi le "layout" de mon site. Ce changement a été salué par "n". Eh oui, c'est selon l'humeur, et une pause de plus d'un mois est une bonne occasion pour changer l'apparence de ce site. Je suis assez satisfait. Après plusieurs essais ces derniers jours, je pense être parvenu à un certain équilibre entre structure et ouverture.
Je suis à l'école. Ce vendredi, c'est pas très amusant, je travaille depuis trois heures trentes jusqu'à 9 heures trente. Mais je n'ai que trois heures de cours bref, trois heures de trou aussi. Une opportunité pour ce blog.
(je n'ai pas continué à écrire, mais allez bon! je publie quand même...)

Madjid

jeudi 11 juin 2009

Quelques photos


(cliquez pour agrandir) Un Rododundron, a Kamakura, dimanche dernier.

Je viens de poster un nouvel album photos, prises entre mai et juin, avec comme toujours, beaucoup de fleurs.
Si le coeur vous en dit, c'est >ici<.

Madjid

mercredi 10 juin 2009

De mes identités multiples

Je viens de relire, O que j'aime ce desordre de l'ecriture et de la pensee...

De vous a moi, 1993


Je suis à l'école. Premier post en plus d'un mois et demi.
Dehors, le ciel gris de l'été qui arrive.
J'ai pensé reprendre l'écriture maintes fois, j'ai tellement à vous dire, tant à partager
Je suis un être aux identités multiples et brassées, recomposées.
Par exemple, Suppaiku a milité au parti socialiste, il a aussi quitté ce parti, puis il y est revenu enrichi, fertilisé par une aventure "gauchiste" régénérante. Il a alors créé sa propre section socialiste qu'il a imprégné d'une personnalité particulière sans vraiment savoir alors que c'était d'abord la sienne. Et puis il a re-quitté pour ne plus revenir. Suppaiku/Madjid passant à la télévision, deux fois, sur Canal Plus. Comment n'a t'il pas, comment n'ai-je pas compris que JE suis une partie de la vraie rénovation dont le socialisme a besoin... Je souffre de mon identité socialiste. Je souffre d'une bousouflure mitterrandienne qui enfle a proportion que la médiocrité des socialistes enfle. Qu'ils n'aiment pas Ségolène, certe. Qu'ils préfèrent disparaître plutôt que lui donner le parti est un crime qui justifira encore plus d'abstention. Je les rêve vaincus, tous ces barons de Région bousouflés par leurs notes de frais, satisfaits de leurs travaux publics et du pli impeccable du caleçon acheté par madame.
Par exemple. Suppaiku rêvait d'être couturier. Pas styliste, non, couturier. Faire des vêtements, d'abord. Pour en faire ce qu'il voudrait. Je rêve toujours de restructurer, et je suis arrivé très récemment à des conclusions surprenantes sur ce sujet. J'en garde un goût pour certaines époques, leur allure, et il m'arrive de communiquer avec des êtres morts en regardant ce qu'ils nous ont légués. Je me souviens une fois, au Musée Carnavalet, de chaussures datant de la fin du XVIIIème siècle, réparées maintes fois, bref, portées par des pieds différents peut-être une bonne vingtaine d'années. Marianne ou Éloïse, Fanchon ou anonyme porteuse d'eau à la Samaritaine, fille du quartier Saint-Denis.
Par exemple, Suppaiku/ Madjid garde pour l'histoire de l'ancien régime une passion intacte. En ce moment, je lis le premier tome du dictionnaire de la Révolution Française de Mona Ozouf et François Furet. Cette bordure de l'ancienne France est passionnante.
J'y trouve d'ailleurs la musique que j'aime, et qu'on interprête désormais de manière magnifique, entre violence et passion, aux lisières de l'agonie, de la folie, du bonheur et de l'extase, et de la sage tempérance quand passe la main d'un compositeur Français. Suppaiku a fait de la flûte traversière durant sept ans : il adorait Vivaldi. Vivaldi, le fil conducteur de toute une vie de déjà 43 ans...
Et puis il y a le père, et il y a la mère. L'Algérie, la Kabylie d'abord, la culture Arabe. Très peu, finalement, mais quelque chose quand même. Il faut visiter l'Alhambra pour comprendre la puissance de cette civilisation il y a un millénaire. On y lisait déjà Aristote quand on brûlait ses lecteurs en Occident. Cruel retournement... Très peu, mais quelque chose du côté de la culture Berbère. Que mon père, le Kabyle, excécrait et auquel il preférait l'Arabe. Le son d'une langue pourtant... Et puis l'ouest de la France comme de solides racines. Oui, mes racines de l'ouest, fermes et profondes. Le goût du beurre, la crême fraîche, les pommes et les rillettes. On ne refait pas les goûts de l'enfance, ils nous font pour toute notre vie. En moi la délimitation, si longtemps conflictuelle, entre la part Algérienne et la part Française, s'est résolue dans le fantastique bouillon de culture Parisien, se muant de part en apport. Et si l'apport du Maghreb est léger en comparaison à l'apport Européen, j'ai appris à le cultiver et à y trouver un réel plaisir. Et comme mon père, mais bien mieux que lui, je suis en mesure d'apprécier la culture arabe et sa très grande richesse. La Berbérie, loin du mythe, s'est enlisée dans les terres ancienne de l'Antiquité en refusant de se transmuer, de devenir autre. Sur Youtube, les musiques populaires Kabyles me font penser aux chansons qui me faisaient rire autrefois pendant les soirées familiales Eurovision: Malte, Yougoslavie, les ringards éternels...

Arnantulfe Blazor, 1994
Barzandrille, 1994

Un fils de pauvre, je l'ai déjà raconté. Mon père en fin de droit, et puis mes parents qui ramassent les fruits à la fin des marchés, et puis les vêtements récupérés. Et puis moi qui va à l'Université. Suppaiku manquait alors cruellement de culture et n'avait de la liberté qu'une idée égoïste, enfantine. Je dois à cet épisode gauchiste entre 1993 et 1994 un réel changement que le début de mon analyse avait rendu possible. Car désormais, bien qu'imparfaitement, je savais vivre avec les autres. Les tiraillements des origines et de la pauvreté, de la culture et de ma "liberté" avaient cédé la place à des possibles. Je ne me suis jamais autant enrichi qu'avec Spont'Ex, avec LES Spont'Ex. Nous avons été un OVNI politique au détours d'un hivers où le désespoir pointait, prenant alors le visage de Balladur. Spont'Ex, bien sûr, c'était moi, Arnantulfe Blazor, mais ce moi ne fut possible que parce que j'étais prêt à recevoir des autres. Un télescopage.
Il y a le fil Vivaldi qui me raconte très bien. Mais il y a mon moment Beauvoir, et mon temps Sartre. Beauvoir, ce fut l'été 88 alors que je frisais, déjà, sans même le savoir, le suicide. Beauvoir m'a raconté le Brésil (la force des choses) et a réveillé mon envie de vivre, au moins pour un temps. C'est avec mon analyse que j'ai commencé à comprendre pourquoi. Alors le temps Sartre a commencé. Avec un mal de ventre qui a duré une semaine après ma lecture de La nausée. Les Chemins de la Liberté m'ont réveillé, j'ai pu découvrir Dos Passos (en fait, j'adore l'écriture du 2ème tome des Chemins, certainement repris de Manhattan Transfert ou Farenheit 431 que Sartre avait lus, en gros consommateur de littérature américaine qu'il était). Et grace à Sartre, je suis revenu à Beauvoir qui reste mon personnage du 20ème siècle préféré : elle est ma mère en culture. Je lui dois d'avoir lu Faulkner, Gide (presque tout), Fitzgerald, Hemmingway, Dos Passos (ben oui, les mémoires...), Kafka, Balzac, Flaubert, plein de romans policiers, Genet (je suis très fier de ne pas avoir lu l'homosexuel, mais l'écrivain), etc... Les mémoires de Beauvoir, ça donne envie de remplir sa vie. Je suis au Japon grace à Beauvoir.
J'ai parlé de Genet. Bien sûr, j'ai mon identité Homosexuelle. C'est extrèmement solide. Je suis homosexuel, tante, pédale, tarlouze, tafiole, PD, pédé, gay. Je ne suis pas queer, ce produit "Tendance", version "fashion" de l'âge internet. Pour moi, une vraie révélation de l'ordinaire, ce fut ce reportage TV sur ce type brûlé/battu dans le nord de la France. Il apparait, défiguré, aux côtés de son compagnon -un peu folle. Il parle. Je suis PD, ce qu'il dit, je connais, et mon oeil commence à balayer l'écran. Un napperon en dentelle sur la télé, une majorette. Des beaufs. Du "upper prolétariat". Des homos de pavillon de banlieue en vêtements Carrefour. De l'anti-queer. Le surgissement du réel, loin de la nouvelle petite bourgeoisie des grands centres urbains, là où c'est facile d'être pédé. Là où ça ne mange pas de pain de faire son "coming out". Quitte à prendre un pseudonyme pour les médias. Je ne suis pas Queer. Du tout. Je suis un homosexuel. Ca, au moins, les homophobes, ils comprennent, et ça leur donne envie de protéger leur derrière. Queer, ça leur fait penser, "tu sais, comme l'autre, à la télé, qui bouffe des extas" "ah, ouais, il était dans l'émission avec Cathie Guetta, putain, elle est bonne pour ses 45 ans, ça l'air grosse pipeuse" etc.
J'ai comme tous les gays été imprégné par la culture du SIDA en temps que séronégatif "conscient". Pour le coup, le SIDA a été un élément déterminent dans mon état suicidaire dès 1984/85. Nous avons été un certains nombres à ne pas savoir gérer ça. Être séronégatif... J'ai même adhéré à ACT-UP. C'était naturel, pour moi, le militant. Je suis un ex-seronegatif.
Arnantule ou Barzador, Suppaiku ou MBC, derrière mes signatures mutiples se cachent des moments et différentes facettes d'une personnalité que j'ai mis beaucoup de temps à construire, et enfin à rassembler.
Je vous souhaite de nouveau, comme au premier jour, bienvenue. Car malgré tout ce que j'ai pu écrire, j'écris pour vous, parce que je ne vaux que par vous (vous ne valez d'ailleurs que par moi) et je ne vaux, finalement, que pour vous (vous ne valez d'ailleurs que pour moi).

Bienvenue sur le blog de Madjid.