dimanche 30 août 2009

Vous l'avez fait! Bravo!

Le PLD, sorte de parti unique Japonais vient de se faire renvoyer sans appel aux élections après plus de 50 années de domination. Le Japon a enfin son 10 mai 1981.
Le vainqueur est le DPJ, Parti Démocrate, de centre-gauche, allie aux socialistes (réduit ade groupuscule, mais très présent sur les questions des femmes seules et de la précarité ainsi que sur le pacifisme), quelques dissidents de droite et une certain l'etat ne bienveillance critique des communistes (en pointe sur les questions des retraites).
Je vous laisse avec un des clips de campagne du DPJ, honneur aux vainqueurs ! Au passage, le vrai vainqueur est Ozawa, une sorte de Mitterrand venu de la droite, leader de ce parti de 2006 au printemps de cette année. C'est lui qui a ouvert le DPJ aux partis de gauche, rendant possible des candidatures uniques. Il a été victime d'une campagne de la droite (bref, tous les médias) et a du laisser la place a son fidèle dauphin, Hatoyama, que vous verrez sur la video. Ce sera vraisemblablement le prochain premier ministre, même si chacun sait que Ozawa sera derrière lui.
A priori, une allocation familiale sera créé très prochainement (environ 25,000 yens par mois par enfant soit environ 180 euros) et le système de sécurité sociale sera remis a plat. Le tout devrait être finance par la fin des grands chantiers clientélistes destines a arroser l'industrie du bâtiment depuis 15 ans. A titre d'exemple, un aéroport a été récemment inaugure a Ibaraki. Aucun avion ne s'y pose ni n'y décolle. Normal, c'est en pleine campagne...
Allez, un clip de campagne du DPJ. Ca fait du bien, se réveiller dans "un pays de gauche"...
マジッド

samedi 29 août 2009

Week-end en vue!

Gare de Tama-Plaza, cet après-midi. Le candidat du Parti Démocrate, en très grande forme. Ses militants, heureux. Plus loin, le candidat de droite PLD, faisait triste mine. c'est bien fait... Parfum de 1981 au pays du Soleil Levant...
Bonne chance!
École, samedi matin. Autour de moi le bruit du week-end, qui me rappelle NOVA. Heureux de trouver les commentaires de n., hier soir. La réalité de l’enseignement du français est assez malheureuse. En fait, et cela fera la réelle différence avec l’enseignement de l’anglais où on peut cumuler les heures ici et là avec un salaire correct à l’arrivée, quand on enseigne le français, on a plutôt intérêt à avoir un réel intérêt dans le pays sous peine de réelle dépression nerveuse… n. a une certaine chance : il habite le Kansai, vers Kyôto. À Tôkyô, c’est plus difficile à certains égards, mais cela a aussi des avantages : il y a du travail, et la ville a tout de même certains aspects véritablement fascinants.
Aujourd’hui, grand beau temps mais cela ne va pas durer car non seulement nous avons une perturbation qui arrive cet après-midi,mais aussi le typhon numéro 11, et nous fonce droit dessus. Les charmes du Japon.
Mon ex-camarade de section Montesquieu et ami Manuel, qui habite depuis plusieurs années à Dublin en Irlande, prépare activement son premier séjour au Japon. Il a compris ce que peu de gens veulent comprendre : il ne faut pas sacrifier Kyôto. Il visitera également la région de Nagano, les Alpes Japonaises, et visitera donc le Château de Matsumoto. Il restera 3 jours à Kyôto, ce qui est peu mais très correct quand même. Il a raccourci son séjour à Tôkyô à 5 jours… 12 jours, ça passe très vite… Il compte faire une halte à Nagoya :ça, je n’aurais pas fait car Nagoya ne m’intéresse pas (je vais lui écrire à ce sujet). Nagoya, c’est d’abord la ville de Toyota… Je trouve amusant qu’il visite le Japon. Ça fait longtemps que je n’ai pas revu quelqu’un que je connais…

Ce soir, avec Jun, nous sommes allés manger des soba (nouilles de sarrasin) vers Ochanomizu. Ici, soba no yu, l'eau des soba, que l'on verse dans la sauce avant de la boire. Délicieux.
J’ai installé Snow Leopard. Oui, on sent la différence. On sent qu’il « réagit ». Ce n’est pas psychologique. Il s’allume plus rapidement, s’éteint quasi instantanément. Mail surtout s’ouvre de suite malgré les 400 mails stockés et les 5 messageries synchronisées. IPhoto, malgré plus de 45000 photos stockées sur un disque externe, s’ouvre plus rapidement ; je n’ai toutefois pas essayé les retouches, mais la vitesse –et surtout d’abord la réactivité- semble avoir vraiment été amélioré. Bref, je suis content. Et avec mes points, il ne m’a coûté que 1800 Yens, soit environ 14 Euros. Avec la mémoire que je lui ai rajouté dimanche dernier, je suis tranquille pour un moment.
Je suis à l’école, c’est l’après-midi. C’est intéressant, écrire à mon bureau en attendant mes étudiants. Dehors, il fait très chaud. Je suis sorti quelques minutes m’acheter des sushi au conbini en bas, la chaleur était éprouvante car il y a du soleil. On ne dirait pas qu’un typhon arrive…
J’ai appelé Jun tout à l’heure. Je le retrouve à Tôkyô (bref, la gare, devant Daimaru). J’espère que nous pourrons nous promener un peu car demain, je ne sais pas si nous le pourrons.
Train, maintenant. J’en ai pour une trentaine de minutes. La chaleur a baissé assez nettement. Avec le dernier étudiant, conversation sur les élections, le système électoral, les partis politiques…Je trouve cet événement de plus en plus intéressant. Il semble que la participation soit particulièrement élevée et que la victoire du PDJ soit proportionnellement élevée. Ce midi, au conbini, le vendeur m’a dit « thank you » avec un grand sourire. Un voisin de l’école, un type d’une trentaine d’année à l’allure vaguement patibulaire, genre Gokusen, m’a souri alors qu’il fumait sa clope. J’ai trouvé ça sympa, moi, je mangeais tranquillement. En Europe, on a l’habitude de faire la fête désormais, lors des élections. Y aura-t’il une fête ? Mon dernier étudiant, lui, m’a dit qu’il ne le souhaitait pas : les élections, c’est le début du travail, bref, on ne fait pas la fête. L’idée se tient. À la TV, les pétasses décolorées en décolleté plongeant qui mangent des sobas en disant que c’est bon (oishii) vont elles toutes retourner le bout de tissus imprimé qui leur sert de robe et passer « à gauche » ? Les Japonais sont tellement conformistes que ce serait bien possible. En tout cas, beaucoup de Japonais regrettent Koizumi. Plus que sa politique, il me semble que c’est le leadership qui leur manque. Le sentiment d’être gouverné et non pas, comme c’est visiblement le cas, le sentiment d’être laissé à l’abandon par une caste qui n’a rien à faire d’eux. Ce que peu voient est que le but de Koizumi était la privatisation de la poste. Sitôt menée à bien, il est parti…
Crevé, je vais faire la sieste jusque ma correspondance.
Madjid

vendredi 28 août 2009

Le jour du Geek est arrivé!

Kanon, 8 ans. Un petit groupes de trois diablesses que j'aime beaucoup. Vivantes, amusantes.
Je suis à l’école. J’ai eu du temps pour écrire, mais j’ai préféré surfer. C’est un choix … Ce matin, après avoir fait quelques courses et un peu de ménage, je suis allé à Akihabara, à Yodobashi Kamera pour acheter Snow Leopard, comme prévu. Ce soir, installation prévue ! Bref, j’ai cherché sur le net des informations susceptibles de m’intéresser. Un vrai geek, je vous dis…
Au Japon, quand on entend les chants des (grillons ?), le soir, en été, c’est que c’est déjà l’automne.
C’est l’automne.
Depuis quelques jours, malgré la chaleur, le soir, je ne mets plus la climatisation : l’humidité a disparu et on s’en passe très bien. La vie de tous les jours recommence, avec mon train du soir, ses salariman à moitié saouls et complètement claqués, ses office-ladies en costumes noirs et chaussures bas de gammes, les sourcils sur épilés. (En fait, et cela mériterait en soi tout un article, les Japonaises et les Japonais se coupent-taillent-rasent les sourcils ; c’est une pratique courante et certains dépassent les limites et cela donne des regards parfois effrayants, souvent grotesques et, comme la plupart le font mal ou pas assez souvent, pas très propres. Les hommes comme les femmes ont recours à ce procédé, les femmes n’hésitant pas à redessiner par-dessus. Enfin, les programmes insipides à la télévision regorgent de conseils et, s’il y a 4/5 ans, Hard Gay était l’icône du mauvais goût, c’est désormais Iko, maquilleur travesti, qui officie sur les plateaux.)
Dans le train, c’est le soir, maintenant. Dimanche, ce sont les élections. Vont-ils le faire ? Les gouvernements du Japon sont tellement mauvais, pour tout dire, de plus en plus mauvais… Depuis que je suis là, j’ai connu Koizumi le nationaliste bushiste, le suppositoire bourgeois néo-balladurien Abe, le papi à sa mamie Fukuda et maintenant Aso, un incapable de lire le Japonais qui a déclaré récemment que quand on était pauvre, on ne se mariait pas, après s’être demandé publiquement pourquoi on devait payer pour les vieux… Ça donne le niveau…
Bref, que cette bande de schtars s’en aille, ça ne peut que faire du bien. Mais ce que je demande à voir, ce sont les Japonais du lendemain. Il semblerait qu’on se dirige vers la raclée du siècle, or, cette raclée va être infligée électoralement, démocratiquement. Je pense que c’est une véritable onde de choc, un peuple qui dans le secret se détache des chefs qui s’étaient imposés à lui. Je n’attends rien de l’élection elle-même, j’espère juste que certains retiendront l’idée que « c’est possible ». Je suis content de vivre ce moment ; seront-ils souriants, lundi. Ressentiront-ils en eux la joie de la vengeance assouvie, cela libèrera t’il un peu de cette violence que l’on sent contenue, corsetée, dans cette société où chacun essaie de se donner le visage impassible de l’anonymat, au risque de souffrir de maladies de peau comme on n’en rencontre nulle part ailleurs sur terre certainement. Les Japonais ignorent le bonheur et en général le bienheureux est banni par le groupe : on va te le faire payer. Tôkyô est une ville aux rapports sociaux extrêmement violents où l’égoïsme prime.

Je suis sur la Tôzai. Le train est bondé, mais j’ai vraiment de la chance, je change à Kudanshita et le métro y est vide encore. Je me rapproche de la maison, ouf.
En fait, si pas mal d’étrangers, comme moi ressentent un malaise, le sentiment d’être ignoré, c’est d’abord parce que ce jeu existe déjà dans la société japonaise, entre Japonais. Il commence à l’école avec le bullying, qui atteint ici la proportion d’un phénomène de société. Le Japon met au ban nombre de ses enfants. L’étranger reçoit donc sa dose. Pas une méchanceté particulière, non, la méchanceté ambiante. Dans le métro, on me signale quotidiennement que je suis étranger : il n’est pas rare que les sièges à côté de moi restent vides alors que les autres sont pleins et que les personnes debout soient nombreuses. Une étudiante m’avait dit que c’était par politesse. Je lui ai répondu que c’est de la discrimination. Cette conne m’a regardé avec le sourire, sans répondre. Cause toujours, devait-elle penser. La même, une fois, a été outrée quand j’ai dit que l’ijime (bullying) conduisait beaucoup d’enfants à ne plus vouloir sortir de chez eux –otaku- se réfugiant dans des mondes virtuels. Certains ne sortent même plus de leurs chambres et leurs parents eux-mêmes en ont peur. J’ai conclu que les parents étaient responsables car ils n’en parlaient à personne, ni à leurs voisin, ni à un docteur. Et que la société japonaise dans son ensemble était responsable dans son ensemble de cette souffrance liée à une maltraitance à l’école et au déni de la société à son égard. Elle m’a répondu que c’est l’enfant qui était malade. J’ai dit que non, et que l’enfant était le révélateur de la violence de la société car, si cela n’était pas le cas, les parents pourraient exprimer leur situation et demander de l’aide autours d’eux plutôt que devenir le cadre d’un drame en vase clos, avec une mère devenant progressivement dépressive, un père refusant de se mêler de quoi que ce soit. Ce sont environ 40,000 familles qui vivent ainsi au dire de certains psychiatres et sociologues. Ça fait beaucoup, tout ce silence douloureux. Et cette conne qui me répondait que la famille ne devait pas se plaindre car ça ne se faisait pas, mais qu’il fallait juste enfermer l’enfant dans un hôpital.
Elle, elle votera Aso, dimanche.

Ce soir, mon programme est très simple : Snow Leopard. Et puis dodo. Demain, je suis à l’école à 10 heures, ce qui veut dire claquer la porte à 8 heures 30… Mais je ne me plains pas, le samedi, ça passe vraiment très vite.
J’ai vu que le CAC 40 était désormais à 3700 ! Je suis les débats sur pas mal de forums. Les amis de Ron Paul, l’ultra-droite républicaine monétariste, a le dessus mais la vigueur du cycle long d’expansion est plus forte. Cette crise est déjà finie (on me dira « et le chômage ? », je répondrais que le capitalisme n’est pas fait pour rendre heureux mais pour faire des profits, et c’est pour cela que je suis socialiste). En revanche, on a tiré toutes les cartouches dont on aura besoin d’ici 10 à 15 ans…J’ai beaucoup douté, mais en même temps, au fond de moi j’étais sûr que nous n’étions pas au bord d’un écroulement type 1929. En revanche, comme cette fois-ci on s’en sort pas trop mal (vu qu’on est dans une onde longue de prospérité, entendre, de profits en progrès) cet « accroc » sera considéré comme acquis, et on remettra ça. Je reste persuadé que la prochaine crise, qui commencera sans qu’on s’en rende compte d’ici environ 5 à 10 ans (pic de l’onde longue dans 5 ans), sera d’une grande violence tout en ressemblant à un soufflé qui tombe, en douceur, car elle cumulera pic de pétrole, réchauffement climatique, surendettement des états, vieillissement de la population en Occident mais aussi en Chine et en Inde, raréfaction de certaines denrées vitales, comme l’eau et les terres cultivables, limitation de l’efficacité des antibiotiques contre certaines maladies dont la tuberculose… ça fait en fait quelques années que je fais le parallèle entre le 21ème siècle et le 14ème siècle, parce que les 20ème et 13ème se ressemblent beaucoup trop et livrent beaucoup trop de déséquilibres « illogiques » aux siècles qui les suivent.
Ça peut paraître délirant, mais en tout cas, les faits donnent raisons à mes arguments. Il fallait du courage, à l’automne dernier, pour écrire que même si « on la sentirait passer », on en sortirait plus vite que prévu. Aujourd’hui, même si c’est pas folichon, on sent bien que ce n’est pas 29…
On verra bien.
Mon iMac vient de faire un « piinnnnn » de rallumage… Le fond gris du début à l’air plus gris. Vite! Je ne veut pas louper le « générique ».
Madjid

jeudi 27 août 2009

Le quotidien

Et re-métro. Ce matin, levé assez tard, 9 heures. Je ne parviens pas à me lever de bonne heure car je ne me couche pas de bonne heure non plus… Pourtant, je suis bien rentré avant 21 heures et j’ai ainsi dîné vers 21h00… J’ai mangé des pâtes froides avec une volumineuse salade de légumes ainsi que des œufs. J’ai surfé sur le net, je recherche des babioles pour ce blog, des animations Flash pour les photos, etc. de liens en liens, j’ai pu visiter des sites de « photographes » et je suis assez halluciné par ce que je peux voir appelé tel. Pas que je sois exigeant, non, mais ce doit être mon caractère homo : pour moi, un photographe est d’abord un artiste. Qu’il ne soit qu’un type qui possède un appareil photo et en vive me semble être le comble de la supercherie. Eh bien pourtant, ils sont légions, ces « photographes professionnels ». Pour la première fois de ma vie, j’ai osé penser qu’avec mon téléphone portable, je fais mieux ; peut-être parce que pour moi c’est un jeu. Mais vraiment, j’ai été surpris par l’absence de personnalité, la banalité des sujets et de leur traitement, par l’absence d’œil, tout simplement. J’ai vu aussi des sites magnifiques qui m’incitent à beaucoup de modestie. Mais bien souvent, la perfection technique, le doigté Photoshop qui tue, me faisait l’impression d’un cache misère : ce n’est pas Photoshop qui fait l’artiste. Bref, on peut être photographe sans être artiste. On n’a pas besoin de se réclamer de la photographie quand on est artiste. Martin me signalait dernièrement la première édition d’un magazine de Français aux Japon. Avec des photos. Il me suggérait de contacter ladite association. Je ne me sens pas « photographe ». Bref, je n’ai pas contacté. C’est comme quand autrefois on me demandait mon niveau d’anglais. Je disais « correcte », ayant une idée très haute de « courant ». Pourtant, en fait, je parle anglais couramment, mon accent n’est pas trop mauvais (pour ne pas dire qu’il est plutôt bon), je lis la presse et regarde les films sans sous-titre, je peux résumer instantanément ce que je viens de lire, traduire en instantané… Travailler à Lehman a été une révélation : devais expliquer mes problèmes, mes objectifs, écrire, téléphoner, tout en anglais ! Et ça ne me posait pas le moindre problème… L’anglais est plus que ma seconde langue. Quand je le parle, je ne pense qu’en anglais, je ne réfléchis pas, ça sort, tout simplement ! Je n’ai de difficultés qu’avec l’humour car je deviens là d’une lenteur redoutable. L’humour anglais, le vrai, est truffé de sous entendus que seul un natif sera en mesure de comprendre.
Je fais des photos, et je m’amuse bien avec. Je ne suis pas photographe, j’utilise la photographie comme j’utilise ce clavier ou, autrefois, mon stylo et mon gros cahier de 400 pages à petit carreaux, relié, à bord carrés, que j’achetais chez Joseph Gibert et qui me durait environ une année. J’ai apporté mes journaux au Japon, ils me sont très précieux. J’y écrivais d’une écriture minuscule ma vie, mon analyse, mes souvenirs, des recettes de cuisine, la visite de tel ou tel musée…Le blog est arrivé au bon moment : Joseph Gibert a cessé de fabriquer ces gros cahiers : visiblement, les clients préfèrent les spirales. Pas moi. J’aurais pu me rabattre sur le grand format 21x29,7, 400 pages petits carreaux relié à bords carrés comme je l’ai fait vers 1996/97, mais ce cahier, qui m’a duré une année et demi, m’a fait comme l’impression de ne jamais se terminé, et puis, je n’aimais pas qu’il se prolonge au delà des vacances d’été. Il m’a comme désynchronisé. Je suis un enfant de septembre qui aimait l’école. Pour moi, la nouvelle année, c’est en septembre. Le tableau est tout propre, le pot de colle n’a pas encore séché et sent bon les madeleines, les cahiers sont neufs, remplis d’espoirs de progrès et de promesses de futur. Ce cahier a duré longtemps, longtemps… Il contient le suicide de Philippe, la maladie de ma chatte Siouxsie, des photos, la campagne de Jospin en 1997 et la section Montesquieu, mon opération du ménisque et mon déménagement à Asnières. Là, j’ai commencé un nouveau journal. L’espace d’une minute, après avoir vu une photo de la table de travail de Goethe, je me suis pris à regarder ma propre table comme une réplique de celle du philosophe. J’y écrivais avec plaisir, mon dictionnaire à porté de la main, ma bibliothèque à côté de moi. Asnières… J’ai quitté ma table quand je suis parti vivre à Londres, et je n’ai plus jamais réussi à écrire comme avant.
Demain, vendredi, tous les Geeks de mon espèce vont courir les magasins pour faire leur achat de l’année : Snow Leopard, le nouvel opus de la saga Mac OS-X ; la version 10.6.0. J’en ferai partie. J’ai d’ailleurs d’ores et déjà down gradé mon iBook, puisque de tout façon,il ne pourra pas accueillir désormais les mêmes logiciels. Le voilà de retour à Tiger (10.4.11). Quand il s’agit de mon mac, je suis un vrai crétin. Mais mon iMac est un des meilleurs investissements que j’ai faits ces dernières années, et mon iBook continue de m’apporter bien du plaisir…Il fonctionne très bien. Incapable de traiter les photos rapidement, il est en revanche un très bon traitement de texte ainsi qu’un très bon outil pour le net (avec pas mal de limitations pour la vidéo Flash…). Je compte bien le garder. Et pour mon iMac, je lui ai ajouté de la mémoire. Les nouveaux sont plus rapides, mais j’avoue qu’il me suffit amplement. Il me fait office d’ordinateur, de lecteur DVD, de télévision, de chaîne stéréo…Son écran 20’ est idéal pour faire tout ça.
Je suis un Geek une fois tous les deux ans, à chaque fois qu’un nouveau système sort… Je me souviens mon premier mac en 2003, et le précieux coup de main de Mulgon Melta. À cette époque, les Freewares n’étaient pas nombreux pour mac, je me sentais un peu perdu. Les temps ont bien changés, aujourd’hui, les logiciels pullulent !
Je suis dans à l’école et mes deux élèves viennent d’arriver. Fin de la première partie.

Vers 22h00. Ce soir, je serai à la maison vers 23h… Je suis dans le train. Par ici, en fait, c’est le train, À partir de Shibuya, c’est le métro.
Ce matin, appel de Y.. Il y a une question que tout expatrié dans ce pays doit se poser à un moment ou à un autre : qu’est-ce que je fais ici, ça me mène où. Yann est en plein dedans, et le problème est que ça fait un moment que ça dure… Je crois avoir clarifié de mon côté. Et c’est marrant, accepter d’être ici a ouvert une gigantesque porte pour mes nostalgies et mes manques, comme si finalement je m’apercevais maintenant seulement que ce n’étais pas du jeu mais que je vivais bel et bien au Japon. Ça m’a également rappelé à moi-même, à des ambitions anciennes ou plus récentes. Je me souviens Mulgon, « partir, ça ne change rien », et c’est incroyablement vrai. En fait, on n’a beau changer de pays, on reste le même. Je trouve cela extraordinaire en fait. Et je suis bien content d’être le même qu’en France. Ca m’ouvre des horizons infinis, bien plus intéressant que le seul truc de « vivre au Japon ». J’ai mis 4 ans à comprendre ça… Vivre au Japon, c’est d’un banal, en fait… Ce n’est qu’un changement d’adresse. Mais être moi, Suppaiku, enfin, Madjid…
Discussion donc ce matin avec Y. au téléphone. Doutes quand à ce qu’il convient de faire. Le Japon traverse une crise économique très grave et il est très difficile de bouger professionnellement. Il travaille comme serveur malgré de réelles qualifications. Il parle, lit, écrit le japonais. Depuis un certain temps, il se pose la question que pas mal d’étrangers occidentaux se posent en ce moment au Japon : est-ce que ce ne serait pas le moment de rentrer ? Le Japon, peut-être plus que tout autre pays d’expatriation, ne supporte pas que l’on n’y ait pas de but, de concret. Car on peut y végéter des années, comme tous ces types mariés avec des enfants, piégés dans des écoles de langues minables, avec leurs costumes minables et leur mine à manger des bentô plus que ce qui est recommandé ; j’en vois dans le métro. Comme on le disait avec Y., est-ce que ça vaut le coup tant que ça ? Y. se pose la question depuis assez longtemps. Moi, j’y ai donc apporté une réponse inspirée par ce que m’a dit Mulgon avant mon départ : ce qui compte, c’est ce qu’on fait, où qu’on soit. Ainsi Martin. Sa carrière d’illustrateur décolle ici, mais son talent l’aurait de toute façon révélée en France ou n’importe où ailleurs. Tout au plus, si on est vraiment brillant avant le départ, vivre à l’étranger offre quelque opportunité dont la curiosité que l’on peut susciter n’est pas la moindre. Bref, un crétin restera un crétin. Pour le reste, comme ailleurs, une ambition personnelle, de la confiance en soi…Pour ma part, je ne souhaite pas rentrer en France. Que fera Y. ? J’ai pour ma part déplacé le problème suffisamment. Je suis bien, ici.
Madjid

mercredi 26 août 2009

En train

Métro. Direction le travail. Plus d’une heure de transports. Je dois avoir l’air ridicule avec mon vieux iBook sur les genoux, mais j’ai décidé aujourd’hui d’utiliser ce temps perdu pour écrire un peu, c’est toujours mieux que dormir, comme tout le monde –y compris moi- le fait si facilement… Pas facile, la frappe : clavier français (j’en ai perdu l’habitude) et touches effacées (c’était LE big problème du iBook, ces touches qui jaunissent et dont les caractères disparaissent).
Presque 15h20. Pas mal de monde. C’est fou le temps qu’on perd dans le métro ou dans le train, ici : les distances sont si longues. Cet après-midi ressemble à un gigantesque gâchis : je vais travailler de 16h30 à 19h15, mais en fait, je n’ai que deux cours dont un de 40 minutes. Je suis un travailleurs précaire de grand luxe, un marginal expatrié au Japon, mal payé et corvéable, esclave volontaire au bout du monde. C’est ce qu’on appelle un choix, et je crois que j’en ai pris mon parti, c’est comme ça. Cependant, je devrais essayer d’en faire quelque chose, je me dis des fois, et puis je retrouve mes étudiants sous les néons glacés de l’école, et puis je pense à ma paie –ridicule-, et puis je songe à la crise, à Alain qui quitte Londres le mois prochain, je tombe par hasard sur des photos de mon bureau a Sofia il y a quelques années, et puis mes T4 en forme de suspense incroyable, et un incroyable malaise me prend. Bon, qu’est-ce que je fais , maintenant ? Eh bien, c’est incroyable, mais j’en arrive à penser que je n’ai pas à envisager de suite, qu’en faite, je suis et je fais déjà. Loin d’être lamentable, mon sort est à certains égards enviable, car je l’ai choisi. J’ai juste été bousculé par le monde et sa marche inexorable, et ça s’appelle la contingence. Mais finalement, hein… Ca se bouscule pour y venir, au Japon !
Avant-hier, en revenant de Tôkyô (note : quand j’écris Tôkyô, comprenez le quartier appelé Tôkyô, c’est à dire vers Nihonbashi / Kyôbashi / Ôtemachi) où j’avais donné sa leçon hebdomadaire à madame Yamada, la gare était sonorisé par le PDJ (Minshuto, Parti Démocrate). Ca m’a fait drôle, tous ces distributeurs de tracts. Je me suis senti exclu, mais également totalement partie prenante de ces élections véritablement déterminantes. C’est qu’en fait, le Japon est à l’aube d’un changement à priori aussi important que la victoire de Mitterrand en 1981. Le même parti contrôle l’état depuis 1954. La gauche n’a jamais réellement gouverné. Cette fois-ci , donc, regroupée et coalisée autours d’un parti ayant fusionné divers petits partis allant du centre droit à d’ex-socialistes et des associatifs, elle est en passe de gagner et , semble t’il, en forme de raz-de-marée.
Bien, sûr, le socialiste que je suis n’attend pas grand chose. C’est comme la victoire d’Obama, qui était le candidat le plus « modéré » chez les démocrates Américains. Mais quelle respiration. Au Japon, cela va certainement bouleverser la donne. C’est une fantastique respiration démocratique qui rendra ce pays extrêmement attractif et excitant, dans les premiers mois en tout cas. Il faut juste espérer que les universitaires et les intellectuels profiteront de cette « fenêtre » pour exister. Être ici ce dimanche, c’est plutôt excitant.

J’ai « déterré » mon Olympus OM1 et je me sers enfin de Aperture et Photoshop de façon confortable même si je ne les utilise en fait que très rarement… En fait, je suis revenu à ma vieille distinction entre appareil digital est argentique. Il faut dire que mon Panasonic FX33 est certainement le pire achat que j’ai pu faire à ce niveau là. J’ai donc (re)changé de téléphone en avril, et je ne me sers plus que de mon téléphone. Un cybershot 8mpix qui travaille bien mieux que mon appareil photo ! A Kyôto, pour la première fois, je n’ai pas utilisé le Lumix, mais que mon téléphone. Et cela me suffit très largement pour faire clic-clac. Mais à force de refaire clic-clac avec plaisir, je me suis remis à photographier de la rouille et tout ce tas de babioles qui me plait particulièrement au Japon. Des trucs usés, des formes qui ne me sont toujours pas familières, et puis à Kyôto, il y a deux semaine, la problématique de la perspective. Toutes choses qui nécessite une véritable optique et une libération du soucis des Pixels. Parce que pour le moment, je continue de préférer le grain aux pixels. Je compte donc utiliser de nouveau l’argentique. Mon Olympus est un vrai petit bijoux.
40 minutes que j’écris dans le train. Ca passe très vite, et je me sens en très bonne compagnie avec moi-même. Je peux voir le soleil, il fait tr ès beau aujourd’hui. Ca y est, je suis arrivé.
Fin de la première partie.

Il est maintenant huit heures moins le quart. Ce soir, exceptionnellement, le salariman en costume noir qui vient le mercredi soir à 20h30 n’est pas venu. Je vais profiter de ce retour plus tôt qu’habituellement pour me coucher de bonne heure. Enfin, je vais essayer. Demain, je suis mis à ride épreuve avec une journée de 6 heures de leçon. Comme je termine à 21h30, je suis généralement exténué après. Mais bon, cela n’est-il pas pareil pour chaque travail ?
Le train est, dans cette direction, toujours quasiment vide à cette heure de la journée ; en effet, c’est l’heure où tout le monde rentre et moi, j’habite vers où ils travaillent et je travaille vers où ils habitent. Cependant, j’ai beau habiter Tôkyô, ma ligne de métro est une des plus bondée du Japon aux heures de pointe : infernale le matin, et provoquant une véritable nostalgie pour la ligne A ou la ligne B du RER aux mêmes heures pour son confort, la politesse des passagers ainsi que sa ponctualité (ça vous donne une idée de la ligne Tôzai …), elle est certes plus vivable le soir (les retours sont, eux, très étalés), elle n’en demeure pas moins très pleine et il m’arrive de faire le trajet debout. J’habite un arrondissement autrefois dévolu à la pêche et à l’agriculture, un de ces greniers qui approvisionnaient Edo. Vers chez moi, c’était encore de petits hameaux peu habités il y a encore une centaine d’années. L’expansion réelle n’a commencé qu’après la guerre, et vraiment qu’a partir des années 70. Vers chez moi, malgré la très forte population présente, il n’y a que la Tôzai… Plus loin, dans Chiba, il y a de nouveau des lignes de trains, JR, Tôbu, Keisei… Vers chez moi, que dalle… On a les autoroutes en bordure de Arakawa que vous voyez dans tous les doramas, avec bordure de gazon et piste cyclable, on a la mer et un grand parc au bord et Disney Land plus loin (pour le coup , là, une ligne dédiée a été construite, complètement excentrée et inutile…D’ailleurs, même à Tôkyô où est son terminus, il faut marcher au moins 10 mn pour rejoindre le centre de la gare et les autres lignes…). J’ai toutefois une chance, je change à Kudanshita et je peux m’asseoir. En général. Quand je travaillais à Lehman, l’an dernier, je devais changer à Kayabachô et je n’y coupais pas, j’en avais pour 10 minutes debout.

Côté faits-divers, mardi matin, j’ai été victime du progrès technologique et d’un de ces bugs qui l’accompagnent. Comme je l’ai écrit plus haut, j’ai un téléphone acheté cette année. Il est donc équipé d’un nouveau service : je reçois automatiquement les alertes du centre de la météorologie nationale, en charge des tremblements de terre. Or, à la suite d’une très légère secousse, les ordinateurs du centre ont visiblement fait une erreur de calcul et on transformer une légère secousse non décelable pour l’être humain en une alerte de secousse très violente survenue dans l’est de Chiba (le message invitait à se protéger de toute urgence.) Je dormais, il était aux environs de 6h30. Soudain, j’ai été réveillé par une alarme stridente que je n’avais jamais entendu, un truc qui vous fait bien comprendre que vous allez mourir dans moins de 10 secondes. J’en ai perdu deux à comprendre ce qui se passait. Puis, une environ à vérifier que c’était bien mon téléphone, une à l’ouvrir et une dernière pour lire le message. Plein de kanji , bien sur, mais 地震, je sais lire très facilement. À partir de là , j’ai attendu que ça passe, je ne savais pas trop quoi penser, ces derniers temps, on en a eu pas mal et il n’y avait pas eu d’alarmes. Le temps est passé, et rien n’est venu. Les serveurs s’étaient trompés. La prochaine fois, je pourrai économiser 5 secondes car je n’aurai pas besoin de lire le message : en fait, si on se fie à son instinct, la sonnerie est suffisante. Ça craint, ça craint, ça craint, ça craint, …, qu’elle semble dire, iiii, iiii, iiii, iiii, iiii….

Environ 20h30, comme ça passe vite, et comme je suis content de ne pas avoir perdu tout ce temps dans ces transports absurdes. A côte de moi, un type avec une Nintendo, devant moi, un autre avec une Nintendo aussi, un autre plus loin avec une PSP et la plupart des autres les yeux collés à leur téléphone. Quelques uns qui lisent, d’autres qui dorment. Peu de masques, en fait un seul. Moi, j’ai oublié les miens à la maison. Un type vient d’éternuer. On va s’amuser cet automne, je le sens…

Madjid

lundi 24 août 2009

Ce blog a 5 ans...

法隆寺 / Horyu-ji (奈良 / Nara), 15 aout 2009 (cliquer pour voir en couleur)

...Et je n'en reviens pas moi-même...!

dimanche 23 août 2009

Quelques photos prises aujourd'hui

Il faisait beau et tres chaud aujourd'hui, humide... Promenade de quelques kilometres a l'ouest de Ikebukuro dans un quartier assez peu connu et finalement pas si desagreable. Premiere visite d'abord au Echika, longue avenue commercante du metro, perdue au milieu des autres, mais reconnaissable a son aspect "metro Parisien". C'est tres bof et je prefere cella de Omotesando avec sa boulangerie Jean-Francois. Ici, c'est Kobeya, et Kobeya, c'est plutot cra-cra "fugna-fugna" (ramolo). Stop a l'universite catholique Rikkyu. Batiments en briques rouges, depaysants. Beaucoup de verdure, aussi. Nous avons continue, mais il faut avouer que le guide que nous utilisons est tres japonais, et beaucoup des endroits cites sont assez quelquonques. J'ai eu la flemme de pousser dans le campus pour voir la maison de Edogawa Rampo... Il faisait mega lourd, et nous avons ete accompagnes en permanence d'une sorte de crachin intermitant, peu engageant. Au cours de la promenade, nous avons eu confirmation de la reputation de ce quartier. Ancien, dans le sens "apres-guerre" du terme. Plutot pauvre derriere Ikebukuro, dans le sens general du terme. On dirait que la prosperite des annees 60/80 n'a pas visite tout le pays, ni meme toute la capitale... En cela, en France, le progres s'est mieux diffuse et est plus visible. Les taudis sont tres nombreux au Japon, cela se renforcant par la tres pauvre qualite de constructions des maisons dans l'apres guerre. En se rapprochant de Mejiro, les maisons se font plus belles, pimpantes, bien que souvent tres vulgaires avec leur facades criardes sensees incarner le "reve americain" du Japonais de classe moyenne superieure. Enfin...
Malgre cela, grand bonheur de marcher des kilometres dans la chaleur, en compagnie de Jun. La semaine prochaine, je reprends le travail bref, nous ne nous verrons plus que le samedi soir et le dimanche... Les conges s'achevent...
Bonne promenade!
Cliquez sur chaque photo pour la voir en plus grand et en couleur...
Madjid


















vendredi 21 août 2009

Ah, la modernité de la droite japonaise...

Suite de mon post de ce midi. Elections au Japon.
L'avenir, a Tokyo, commence avec les brocolis...

















Le leader de la branche politique de la secte pseudo-bouddhique Soka-gakkai. J'adore cette photo, de style "la mienne est plus grosse que la tienne". Bigots, de droite du style "pour les enfants". Le patron de la Soka passe son temps autours du monde, recu par des personnalites, comme representant de la paix. Il y a vraiment des cons. Au fait, en France, quand detruisez vous la branche de la Soka-Gakkai.





Yosh! L'avenir, c'est redresser ses manches!

















"construire un Japon lumineux et fort". On y croit... Allez, Shimamura Yoshinobu-san, a la retraite!
















Avec une dette publique 3 fois superieure a celle de la France (environ 220%), une croissance economique atone depuis 15 ans, une precarite grandissante et visible, un systeme de sante archaique et inegalitaire, une education publique inadaptee, chere et cretinisante, le taux de natalite le plus faible au monde, des scandales a repetitions portant sur des sommes inimaginables ou des produits alimentaires frelates et debouchant sur des excuses publiques mais sur aucun emprisonnement, nos trois lascars nous proposent de remettre ca pour encore 5 ans. Allez, on tire la chasse!

Pas gentil... A J-3

Oui, on ne peut pas dire que je sois tres gentil avec vous... Cela fait presque un mois que je n'ai rien ecrit sur ce blog. Lamentable... Et pourtant, tellement facile, explicable. Sans excuse. Enfin...
Je regarde les resultats malheureux de mon compteur de visiteurs, et c'est vraiment comme repartir de rien, a zero. Ca ne me plait ni ne me deplait. Deux periodes de chomage m'ont use, c'est dur de se remettre. Certains me diront que j'ai eu du temps, oui, c'est vrai. Surtout pour penser a mon retour en France, involontaire, precipite, et a l'abandon de Jun. Impossible...
Je commence a integrer une nouvelle donnee personnelle et professionelle. Enfin, quand je dis que je commence, je me suis dors et deja fait une raison. Je ne crois pas que je remettrai les pieds dans un middle-office. Pas a mon age... ou alors il me faudrait une chance incroyable. Je me resigne donc a envisager l'avenir autrement. Ce n'est pas si mal, mais cela sera plus difficile. Peut-etre est-ce la une opportunite... ?
C'est fou tout ce qui peut se passer en un mois... La meteo qui n'a pas ete au rendez-vous, par exemple. On attendait une grose chaleur, nous avoisinons poussivement les 30 degres. Meme a Kyoto ou Jun et moi avons passe quelques jours la semaine derniere, il n'a pas fait la chaleur eprouvante dont tout le monde parle. Cela n'a pas empeche les coups de soleil, mais cela reste tout de meme tres decevant. Ensuite, depuis une dizaine de jours, les secousses se succedent. Dimanche apres-midi, vers 15 heures, Jun et moi avons eu assez peur. La secousse a ete tres longue, une bonne minute, et elle s'est decomposee en deux temps. Pendant une premiere partie, une forte oscillation horizontale, donc a priori "peu" dangereuse, un peu comme un bateau. Brutal mais acceptable. Suffisament forte toutefois pour creer le doute : c'est "3" sur l'echelle Japonaise de Shindo basee sur les sensations physiques et mentales. La secousse a eu tendance a s'adoucir. J'ai ferme les rideaux, comme par reflexe, au cas ou ce fut un reel tremblement de terre, les vitres pouvant se briser. Et la, une nouvelle secousse a commencee, plus heratique et melant mouvements horizontaux et mouvements verticaux : ca, cela peut etre tres dangereux. La porte fermee faisait du bruit, gatagata (onomatopee du bruit de la porte pendant un tremblement de terre). Rien n'est tombe mais si les secousses s'etaient intensifiees, il s'en serait fallu de tres peu. Sur Tokyo, c'est un tremblement de terre shindo 3 (secousses fortes et sentiment de peur) et parfois shindo 4 (certains objets peuvent tomber et les gens ne se sentent plus en securite chez eux). C'etait en fait un tres violent seisme, mais loin de la cote, dans l'ocean. Mardi, dans la nuit, deuxieme secousse. Nous n'avons rien senti, mais moi je me suis reveille, sans comprendre pourquoi, et apres un reve etrange et angoissant, exactement a l'heure. Je n'ai compris que quand j'ai vu a la television. Ce jour la, les nouvelles ont oscille entre les 2 typhons 8 et 9 - 9 passant au large de Tokyo- et le seisme qui avait touche Shizuoka. La secousse a ete de Shindo 4 a Tokyo et Shindo 6- a Shizuoka (la, ca secout vraiment et se maintenir debout demande de veritables efforts, les objets tombent et on est paralyse par la peur). Ce genre d'information m'aurait effraye en France, et je m'etonne de m'y etre si bien acoutume...
Nous sommes partis pour Kyoto mercredi mation par le Shinkansen de 7:30. L'ete dernier, Jun etait arrive en courant une minute avant le depart du train... Il y a un an et demi, j'etais arrive a peu pres avec autant de quasi-retard. Cette fois-ci, bonne synchro : nous sommes arrives avec 15 bonnes minutes d'avance l'un et l'autre! J'aime beaucoup le Shinkansen, et je suis toujours etonne de voir un train marcher aussi bien, aussi propre et confortable...
Le Japon vote dans dix jours maintenant et, a moins d'une surprise de derniere minutes dont les medias japonais, de droite, ont la specialite, la gauche et le centre-gauche devraient l'emporter. Personne ne sait exactement ce qui pourra changer ni si ca changera vraiment, mais cette respiration democratique dans ce pays domine par la meme ploutocratie depuis plus de 60 ans, ca ne pourra que faire du bien. Comme je le disais a Jun, on ne sait pas trop ce que valent les "democrates", mais quand on les voit a la TV, ils sont humains. Les vieilles badernes du PLD ne sont pas des humains: ils retiennent leurs excrements depuis des siecles, et cela est tres visible sur leurs visages boursouffles par la corruption, les valises d'argent echangees sous les grilloirs de yakiniku qui sentent la graisse animale grillee, emballes dans un air de suffisance et de dedain qui n'est pas parfois sans rappeler certains airs de Jean-Marie Le Pen, avec qui ils partagent au passage a peu pres l'integralite de l'agendas. Comme le PLD est au pouvoir depuis l'apres-guerre, qu'il est dirige par un certain nombre d'ultras nationalistes et qu'il s'est allie a la mafia (avec l'aide de la CIA) pour casser les greves des annees 50/60, au Japon, tous les evenements arrives en Asie dans les annees 30/40 (deportations 200,000 femmes Coreennes dans le but de prostitution dans des bordels militaires, gazage a grande echelle de populations civiles Chinoises afin de tester des armes biologiques (peste, typhus), travail jusqu'a la mort de millions de femmes et d'enfants dans des mines de charbon (environ 20 millions de victimes au total) sans parler des pseudo-"experimentations medicales" (greffes de tetes, ablations d'organes, inocculations de plusieurs maladies, etc) realisees sur de jeunes paysans Chinois, tous ces evenements qui ont valu a certains de leurs auteurs d'etre juges pour crimes contre l'humanite au Tribunal de Tokyo entre 1945 et 1947 sont desormais de vagues points de details de "la guerre" dont les enfants et adolescents des ecoles sont invites a penser que "la guerre, ce n'est pas bien" car les gens meurent, comme a Hiroshima. De critique d'un gouvernement militaire putshiste, du meurtre a grande echelle des opposants socialistes, communistes, democrates, rien. Des crimes de guerre, rien. Et quand on evoque ces sujets a la TV, c'est pour insinuer que les historiens sont divises sur ces questions et qu'il ne faut pas sombrer dans le masochisme anti-japonais qui profite a la Coree du Nord (je site en gros le discours ambiant sur cette question). Ici, les Americains ont gagne la bataille, mais c'est Le Pen qui a gagne la guerre... Je ne pense pas que cette propagande sera renversee rapidement par le nouveau gouvernement (la mafia s'occupe du sort de ceux qui osent denoncer l'agression du Japon nationaliste), mais en tout cas, la purge continuelle des manuels scolaires pourra t'elle etre stoppee.
Ce blog aura 5 ans dans 5 jours...