samedi 26 septembre 2009

Quelques mots en passant...

Londres, 2004. Bar gay Compton's, Soho W1, un dimanche en fin d'apres-midi. Cliquez pour agrandir.

Dans le métro, vers 15h20.
J’en peux plus. J’en peux plus de mon boulot de survivants pour un salaire de survivance. J’en peux plus de cette impression de ne jamais sortir de la banlieue. Tama-Plaza, je t’en foutrais, moi… Quitter Bondy pour atterrir à Tama-Plaza, quelle ironie. Bien sûr, je pourrais être satisfait, après tout, j’habite au Japon, et tout le tralala, mais dans les faits, j’ai fui une banlieue à l’âge de 18 ans –et encore mes professeurs pourraient certifier sans trop de difficultés que dès l’âge de 15 ans, ils ne m’y voyaient plus, dans ma banlieue. Oui, Paris m’offrait une évasion à pas cher, le paradis du lèche-vitrine et des façades, la foule vivifiante contre le morne horizon d’un centre commercial en bordure d’autoroute. Alors Tama-Plaza…Un boulot avec rien autours… J’habite en bordure de Tôkyô, dans un arrondissement qui pourrait s’apparenter à une première couronne. Tama-Plaza, ce serait un peu comme Cergy ou Marne-la-Vallée. La zone, en quelque sorte. Une zone de classe moyenne. Un territoire pour le commerce sans culture et où l’histoire semble bannie au profit du présent vide des consommatrices. Une banlieue-dortoir, le paradis de Starbuck et MacDonalds. Je suis un promeneur. Je suis malheureux.

Promenade avec Nicolas en 1998 au cimetiere du Pere-Lachaise. Cliquez pour agrandir.

Dans le train, vers 19h55.
Je regarde les offres d’emploi, de nouveau. Le marché reprend dans ma « branche ». Mais est-ce vraiment ma branche, ou ne serait-ce pas plutôt un autre visage de la nécessité. Cette fois, un appel du confort, un aspect « pratique ». J’ai tellement envie de déménager, j’ai tellement peu d’argent. Mon loyer actuel, pourtant raisonnable, semble démesuré. Je réduis mon train de vie mois après mois et ne voit pas trop venir la différence. Finis les sandwichs au travail, les bentos. Je dis cela, mais je ne veux pas dire que je suis pauvre. En France, avec un loyer de 700 euros, je serais dans la même situation si mon salaire ne dépassait pas 2000 euros minimum, comme beaucoup de gens. Mais en France, les transports sont moins chers, et dans Paris, les distances, moins grandes, permettent d’éviter les sur dépenses alimentaires, c’est-à-dire les plats préparés. Cela peut être plus facile d’y faire des économies. Mais je m’aperçois à quel point j’ai été chanceux de vivre dans un appartement pour lequel je n’avais pas à payer de loyer. Ça change tout, on est immédiatement d’un tiers plus riche. Mes cours particuliers m’aident bien. Peu, mais c’est toujours cela.

Station Barbes Rochechouard, a Paris, en 2004, vers 22 heures. Cliquez pour agrandir.

Ce qui est le pire, ce sont les distances. Il m’est impossible de faire les trajets à vélo, comme à Paris. Je suis devenu sédentaire, alors que je ne l’ai jamais été et que je n’aime pas cela. Mais pour moi, prendre le métro est et reste un geste utilitaire, et je déteste le métro. Ce que j’ai toujours aimé, dans la marche et le vélo, c’est pouvoir tourner. Pas parce que c’est nécessaire, non, mais parce que l’idée m’est passée par la tête. À vélo, c’est un véritable plaisir car on peut se tromper : corriger le tir est très rapide. J’ai appris à aimer Paris de cette façon, en connaissant intimement ses recoins, ses impasses. Et puis, j’appartiens (je parle au présent car je ne pense pas qu’on change si facilement) à la race des PD de nuit. J’ai toujours aimé la drague nocturne. Et à mes promenades de jours ont longtemps succédé mes errances de nuit. Je dis errance car je pense que les homos de la nuit ont quelque chose de particulier, un rapport très intime avec la solitude. La nuit, on rencontre de drôle de gens, de drôles de types avec lesquels on ne rentrera pas forcément, et avec lesquels il ne se passera rien, si ce ne sont de longues conversations épuisantes. Des tapins. Des junkys. Des SDF. Des sans papiers. Des types qui ont été plaqués par leur femme. Toute une foule qui s’ennuie et qui finit toujours par s’agglomérer là où il y a un peu de monde. Chez « nous ».

Mon ancien quartier, ici cote 2e arrondissement, une nuit. Laquelle... ? Allais-je/ revenais-je des quais de la Seine, des jardins du Louvres... ? Vers 2002/2003. Cliquez pour agrandir.

La drague de nuit est un exercice solitaire en mileu urbain. Le silence règne, au milieu des voitures et d’êtres fantomatiques. Avec mon vélo, il m’arrivait de passer à l’un, à l’autre, et puis d’abandonner : Paris m’a souvent détourné de mon but. Une brume épaisse, une terrasse bienveillante ou une âme solitaire entrevue le long d’un boulevard, et j’oubliais bien vite ces lieux qui continueraient à exister très bien sans moi… Il m’arrivait aussi souvent de prendre des photos. Maintenant, j’habite trop loin des quartiers que j’aime pour m’y promener : où j’habite, une promenade ressemble à une expédition. Et je ne parle pas de mon école… Je rêve de déménager… et en attendant dépérit, condamné à une sédentarité que je déteste, à des trajets en métro obligatoires qui me dépriment.
Pourtant, et c’est le mérite de la stabilité retrouvée, je recommence à beaucoup bouger, et en tout cas quand je le peux. J’ai commencé par exemple à faire le trajet en vélo pour mon cours particulier du lundi. Je suis décidé à garder ce rythme. C’est peu, mais cela transforme l’entreprise en promenade. Je me suis acheté un vélo de ville pas cher cet hiver, mais heureusement, je n’ai pas jeté mon vélo acheté chez MUJI : je vais le customiser. Il en a besoin : la chaîne est rouillée et les pneus sont morts. Mais un vélo « sport », c’est bien plus confortable sur de longs trajets ; et puis, avec Jun, nous allons pouvoir nous balader à deux.

Celle-la, je m'en souviens tres bien! Ce sont les toilettes du Compton's, en 2004. J'etais saoul. J'ai sorti mon appareil, les types sont tous sortis. Il y en avait que j'ai interrompu. Erections malheureuses... J'ai explose de rire! Helas, une fin de pellicule (traces) et un eclairage pauvre (grain). Cliquez pour agrandir.

Professionnellement, on verra bien, mais en tout cas, c’est vrai que je suis fauché, que la distance me tue : je rentre chez moi à onze heures, je mange vers onze heures trente et je dors donc en général vers une heure - deux heures. Je suis un « du matin » qui déborde sur la nuit. J’aime me lever à 6 heures et demie, mais me coucher également dans la nuit ne me fait pas peur. Mon rythme professionnel bouscule ce rythme naturel : plus de une heure de train le soir tard et un dîné par-dessus, ça lessive…J’aime en effet dîner vers 7 heures. Comme ça, après, je peux « voir » ce que je vais faire. C’est râpé d’avance.

Londres, 2000. Mais ou donc ? Cliquez pour agrandir.

Je ne sais pas trop par quel bout attaquer. Le vélo, c’est pas mal. Un régime et des exercices, ce serait idéal (j’ai beaucoup grossi quand j’étais au chômage). Lire et écrire, voir des films « chiants », c’est vital (tiens, ça me fait penser, j’ai vu Harvey Milk – pas chiant- et The Time of Harvey Milk, le documentaire… étonnant, ce type d’histoire d'avant le SIDA...)
Mais je crois quand meme tenir le bon bout...

Je vous laisse avec quelques photos "argentiques", la suite de mes scans.

Madjid

























































jeudi 3 septembre 2009

Suite, divers et varié

Dans le métro. Ici, la station Monzen Nakachô. Temps couvert sur Tôkyô, plutôt humide ; décidemment, le typhon de cette semaine était très particulier. Non seulement les températures ont chuté, mais surtout le temps est resté couvert :en général, ce que j’aime dans les typhons est qu’ils nettoient le ciel et qu’ils sont suivis par un grand beau temps, au moins jusqu’au prochain. Cette fois-ci, rien de tout cela, ça s’est même vaguement dégradé à mon avis. Lundi, le temps était simplement glacial.
Je suis vaguement remis de ma purge hier. Je n’arrive toutefois pas à comprendre… On m’avait qu’il lui arrivait de faire des fixations et qu’il avait ses travers : je viens d’y goûter. En revanche, il a entièrement remis en cause une décision : celle de tenter de rester dans l’éducation et de progressivement y faire ma place. Je ne sais pas si cette révision sera suivie d’effet, mais à partir de maintenant, et je ne sais trop jusqu’à quand, je considère que mon travail est subi, et non choisi. J’ai suffisamment fait le point sur mes ambitions et sur ce que je peux faire, ce que je désire faire, ce que je vaux aussi, pour subir une espèce de purge comme on en fait parfois subir aux enfants quand on a les nerfs à vifs. Bien sûr, je peux reconnaître que certaines remarques étaient justifiées, mais cela ne méritait absolument pas ce coup de pression.
Ce matin, je suis allé donner ma leçon hebdomadaire à Hiromi, hier c’était Mari et mardi Yûko. Trois cours particuliers, à chaque fois un niveau différent, chacune une étudiante que j’apprécie. Mari est bien sûr la plus intéressante car elle s’exprime plutôt bien. Je la fais travailler en B1, ce qui est un niveau déjà assez avancé : c’est un niveau « intermédiaire » selon le cadre européen de référence. Comme elle le faisait dans le passé, elle a d’ores et déjà épluché les premier chapitre. Pour elle, j’axerai sur la rédaction (à la maison), et des questions de compréhension (à l’oral). Pas besoin de « voir le vocabulaire », elle fait ça très bien toute seule et je peux donc directement me concentrer sur sa mise en contexte. Pour Yûko, le mécanisme d’auto-aquisition n’est pas en place : elle doit utiliser un dictionnaire et n’arrive pas à comprendre en contexte, notamment dans le cas où une même situation est expliquée deux fois en des termes différents. Hiromi est une débutante studieuse à qui je peux donner pas mal de devoirs. Elle essayait de forcer un peu son niveau au début car elle avait appris durant quatre mois en France, mais elle s’est vite aperçue,je pense, que ce qu’elle avait appris méritait d’être revu. En revanche, elle s’applique à mobiliser ce qu’elle a appris dès que cela est possible, et elle s’en sert assez bien. Les progrès de Hiromi, mais également ceux de mes élèves à l’école m’encouragent et me confirment dans ma certitude d’être un bon pédagogue.
Ce soir, ce sont trois classes de français, la dernière étant la plus avancée, du niveau de Mari. Je les aime bien, ils ont vécu en Europe et sont assez relax.
Je donne mes cours dans un café à Kyôbashi, près de Tôkyô. Un établissement ayant la double qualité d’être abordable et d’être calme. Le café y est bon, et c’est le « plus ». Parfais pour enseigner. Cette semaine, à côté de chez moi, un « café de Belle Époque » a ouvert. Je n’y suis pas encore allé, mais ce pourrait être un cadre idéal pour travailler, le matin, de temps en temps. Ce café est en fait la cafétéria de l’école-centre de formation situé au-dessus : les étudiants doivent y être nombreux. Ce peut être amusant, une ambiance étudiante dans ce voisinage autrement essentiellement réservé aux femmes aux foyers et aux « mères ». Comme je l’ai déjà écrit, malgré un certain calme « banlieusard », j’aime bien mon quartier. Il est très pratique, bien desservi et, bien qu’excentré, on gagne le centre en moins de 10 minutes en métro.
Le nouveau gouvernement, ce sera le 16 septembre. Comme je regarde essentiellement AsahiTV (centre gauche), j’ai eu droit ce matin aux gossips concernant le nouveau Premier Ministre, ou plutôt sa femme, la « first lady », comme les journalistes l’appellent. Je crois qu’elle va être la première à devenir à ce point public. Koizumi était divorcé, Fukuda était avec une vielle genre Madame Barre. Cette fois, c’est une femme élégante, montrable. Nul doute que le marketing utilisera cette aubaine quand la popularité vacillera… Les débats ici rappellent ceux de la France de 1981 : il y en a qui veulent déjà modérer un programme jugé trop radical… Avec l’expérience Mitterrand en tête, je ne saurais que trop conseiller d’appliquer le maximum de choses de suite,quitte à réviser ensuite et faire un plan de rigueur (en augmentant les impôts de plus riches, comme le fit Mitterrand et comme s’apprête à le faire Obama et comme l’a dors et déjà fait Gordon Brown). Si Mitterrand n’avait pas augmenté les minimas, le SMIC, fait la 5ème semaine, l’abolition de la peine de mort ou le remboursement de l’IVG (entre autres), non seulement il n’aurait pas tenu 5 ans, mais en plus la gauche se serait discrédité pour au moins 20 ans… C’est parce qu’il y a eu ces avancées sans désastre économique que les gens ont revoté Mitterrand en 88 : on pouvait dire à l’arrivée que la gauche, c’était quand même moins pire (ce sera d’ailleurs la même chose avec Sarkosy !). Bref, j’espère que le Parti Démocrate foncera tête baissée dans son programme, quitte à se planter : les électeurs lui sauront gré d’avoir essayé de bouger. Faute de quoi, ils seront regardés comme les autres et dans ce cas, les gens préfèrent généralement l’original à la copie.
Je suis en fait dans le métro, dans l’autre sens. Les cours se sont bien passés. L’orage est passé. Comme je n’ai pas publié mon post d’hier, je pourrais très bien ne le publier, mais comme j’ai choisi une certaine forme d’honnêteté avec moi-même et avec vous dans ce blog, je le publie donc. Soyez juste informés que l’incident était clos. Et aussi que j’avais compris également que je devais trouver autre chose…J’ai mon correcteur de grammaire activé, je me demande si je devrais pas désactiver ce machin, il me propose parfois des corrections avec lesquelles je ne suis pas d’accord (synonymes, écrémage de mes utilisations « limites » de la langue française… Un dictionnaire ignore l’intentionnalité d’une faute de grammaire, le double sens créé, le faux-sens utilisé, le contraste des termes associés. Un petit grand. Ah, tiens, là, il ne me suggère rien…Je n’ai pas choisi ; en fait il s’est installé lors de ma réinstallation du système sur mon iBook. Des fois, il me fait des propositions vraiment très connes. (là,il m’a rappelé que « des fois » est une locution parlée, comme si je ne le savais pas, moi, ou alors il me refuse « là » et me conseille « cette fois » et « alors »… Quel crétin !).
Demain, je ne travaille que 1 heure et quarante minutes. Avec plus de deux heures de transports, ça tient presque du gâchis…
Conversation avec mes étudiants avancés du soir au sujet des élections. Je confirme, la droite japonaise est sonnée et les arguments utilisés sont les mêmes arguments de losers qu’en France en 1981. Un étudiant a invoqué : la faute aux médias (alors que les médias sont tenus par la droite). Les journalistes voulaient du sensationnel. Le pays va à la ruine. Les Démocrates n’ont aucune expérience. Ce n’est pas avec ça que la droite va revenir
Un autre étudiant a lui tout à fait approuvé quand j’ai dit que le Japon devait bouger et s’ouvrir car il ressemblait à une cocotte-minute. Il a justifié son vote pour la DPJ car il faut « améliorer la vie quotidienne des Japonais ». Je commence vraiment à penser que ce vote traduit un bouleversement extrêmement profond, et que la comparaison avec la France de 1981 est vraiment pertinente. Je suis heureux d’être dans le Japon de ce possible.
J’ai lu un article crétin dans le Financial Times au sujet du Japon, un truc écrit par un type qui connaît le Japon des guides touristiques fortunés et qui n’en a perçu que la vitrine (ah, le tatemae, ce talent des Japonais à ne paraître que ce qu’ils veulent paraître pour cacher ce qu’ils sont vraiment, un des thèmes de la littérature Kwaidan, ces histoires qui font peur, avec leurs êtres à deux visages, leurs femmes des neiges, leurs fantômes…). Le Japon est pour ce crétin un pays riche, ultramoderne , créatif et ouvert au design et à la gastronomie raffinée. Ils me font rire, ces crétins. Ils n’ont jamais mis les pieds dans Kôtô-ku, Edogawa-ku…Et encore, je ne parle que de Tôkyô. Qu’ils aillent donc admirer Saitama ou Gunma admirer ces poches de sous développements aux bordures de la capitale. Qu’ils les voient une fois, ces vieux avec leurs béquilles en bambou, comme dans le tiers-monde. Ces régions entières faites d’ennui, de misère, peuplées de vieillards dans leurs baraques en tôles ondulées rouillées. Tôkyô et le désert Japonais. (à suivre)
Madjid

mercredi 2 septembre 2009

Embrouille

Train, vers 21 h 45. J’ai pas mal de chance, de pouvoir être assis tout le long du trajet, tous les jours : dans Tôkyô, les trains sont tellement bondés… Et dans la direction opposée, de Tôkyô à cette gigantesque banlieue-dortoir de l’Ouest … Mais comment peut-on aimer l’ouest de Tôkyô vers Kanagawa. Quand on a des enfants, je comprends, mais un célibataire, là, je ne comprends pas.
Je me suis fait passer un savon par le directeur, le genre de coup de pression dont je suis assez peu familier. La dernière fois, c’était il y a environ 5 ans, à BNPP. J’avais mené une investigation de mon propre chef, sur un incident récurant qui n’intéressait personne sauf moi car je devais reporter un coût qui augmentait chaque mois un peu plus pour une activité sensée ne rien coûter (je parle de coûts liés à des incidents). Un méga-big chef avait fini par s’intéresser à ce problème car il avait été associé à la mise en place de la procédure (Swapclear pour les connaisseurs). Qu’un légume vienne interroger un intérimaire avait mis hors d’elle la responsable du département (au demeurant quelqu’un avec qui je m’entendais par ailleurs bien et qui avait été avec moi particulièrement réglo, par ailleurs). Il s’avéra pourtant par la suite que mon analyse était judicieuse et que toute la procédure était fausse, « forcément ». Je me souviens en avoir éprouvé un sentiment d’injustice très vif. Mon chef m’a reproché des trucs insignifiants que normalement on note quand ils se présentent, comme avoir oublié une signature ici ou tiré la porte coulissante là… Ce genre de comportement me met hors de moi. En général, je fais remarquer les « problèmes » quand ils se présentent. Là, j’ai trouvé ça très violent, d’un coup, avec les reproches qui s’additionnent au fur et à mesure. Il n’a pas dû apprécier que je dise, hier, en discutant avec un collègue, que les Japonais ne savaient pas travailler (ben oui, les employés de bureau passent leurs après-midi au café…). Des reproches à la noix pour son école de merde. C’est ce que j’ai pensé. Je dis ça, mais je ne sais pas pourquoi il m’a allumé comme ça. En tout cas, je travaille dans une école de merde. Ça, j’en suis sûr.
J’ai eu de la chance, l’an dernier, finalement, à Lehman… Pareil pour BNPP (malgré cette histoire qui m’a un peu cassé je dois avouer). Un salaire de chiotte pour se faire purger comme ça sans crier gare, pour un travail sans aucun réel challenge (les écoles de langues ne sont pas faites pour enseigner, c’est un business). Bon, c’est sûr, maintenant que l’orage est passé, ce n’est pas bien grave, mais ça remet la situation en perspective. Y. a raison, on vaut mieux que ça. L’an dernier, je m’amusais bien, moi, à Lehman. Pas que je m’entendais bien avec tout le monde, non. Mais les métiers de la finance ont l’énorme qualité d’être mondiaux, très rapides et, parce qu’on y créé toujours de nouveaux outils qui créent de nouvelles difficultés (je ne suis pas trader mais un simple spécialiste en opérations -la gestion des contrats après qu’ils aient été passés), on doit y penser très vite et il n’est pas rare que vous finissiez par avoir une meilleurs expertise que ceux qui vous encadrent. Bref, ça bouge, ça change. On peut y rencontrer des gens intéressant car la finance emploie beaucoup de monde. Enfin, ça forge un regard sur le monde réel. On n’a pas la même vision du monde après avoir vu une salle de marché pour la première fois. Parce que tous ces écrans, ces types et ces filles qui crient, bougent et s’excitent devant leurs 5 écrans d’ordinateurs, sous des écrans télévisés diffusant Bloomberg, CNN, BBC World et LCI ou i-TV, c’est la pulsation du monde, sa vraie pulsation. Une pulsation planétaire. C’est de la que coule l’argent qui inonde les marchés, votre banque, et qui créé ou détruit votre avenir. Rien ne se décide dans une salle de marché : on y crée la valeur de toute chose, et on la détruit avec encore plus de rapidité que tout. Je n’y ai pas beaucoup travaillé, mais ça marque. Moi, ça a toujours été les plateaux, plus ou moins grands – le plus grand étant celui de Lehman, avec ses plus de 200 personnes…J’en ai gardé l’habitude de saluer à travers la salle... (à suivre)
Madjid

mardi 1 septembre 2009

Un mardi ordinaire

(cliquer pour agrandir). Canary Wharf a Londres, vu du Parc de Greenwish, en 1999. Il y a 10 ans, une seule tour a Canary Wharf. De nos jours, un peu co;;e La Defense...
Mardi. C’est reparti jusqu’à samedi… Le Japon n’a pas changé depuis dimanche, mais il a en profondeur profondément changé : ce n’est plus le même pays. Je n’attends rien de particulier du nouveau gouvernement, d’autant que les étrangers sont totalement absents du débat national, et en tant que personne, et en tant que sujet de société. Tout au plus peut-on noter ici et là des expressions japonéo-centrées renvoyant les étrangers à une masse indéfinie, sans nationalité, ni origine ni culture. Les étrangers sont globalement « américains » ou « asiatiques » sans autre distinction. Dans un cas, pour certains, vous êtes visiblement une sorte de bête curieuse analphabète qui ne comprend rien à rien et à qui il faut sourire et dire « sankyû » ou « ixiouzmi » en n’en pensant pas moins. Et dans l’autre cas, une sorte de barbare sous-développé venu tout droit de sa campagne. Je me demande si ce n’est pas la raison pour laquelle le film de Y-L Bertrand, « Terre » n’a pas été distribué ici, malgré le très grand succès de ses albums de photographie « la terre vue du ciel », produit pas Luc Besson, autre géant au Japon. Jun a été véritablement vanné quand il a vu les images de la Chine. Ici, la Chine, ce sont des gyôza frelatés, des campagnes de crèvent la faim qui travaillent dans des usines pour 1 yen de l’heure.

(cliquer pour agrandir) Big Ben, Londres, 1999
Or, le film nous montre ce qui est en passe de devenir la première économie du monde : Tôkyô, à côté de Pékin, Shangai ou Shangsen, c’est une petite ville de province. La classe politique de droite parle ici toujours du « futur », mais c’est un futur globalement mis en scène par le dessinateur Tezuka dans les années 50. À la vue du film, on comprend vite que le futur appartient à la Chine, et que le futur, c’est déjà le présent. Le nouveau gouvernement parviendra-t-il à changer cette représentation erronée ?
Bref, les étrangers, généralement victimes de préjugés hérités de l’histoire, ne font pas l’objet de réflexion particulière. Présents, ils sont absents de toutes les représentations que le Japon se donne de lui-même : le « parti unique au pouvoir » a bâti, avec l’aide d’intellectuels nationalistes acquis à sa cause, la légende du Japon, pays « homogène » peuplé par une race particulière…
Mensonge, bien entendu, comme le prouve l’interdiction de faire des fouilles dans les tombeaux des anciens empereurs : on y découvrirait en effet certainement les preuves matérielles –objets, vêtements, correspondances, etc.- des origines Chinoises et Coréennes de la dynastie…Le nationalisme se nourrit toujours des mêmes mythes…

(cliquer pour agrandir) CXR79, Londres, 1999
Le plus intéressant, c’est dans les séries TV qu’on le trouve : aucun étranger ! Les seuls étrangers visibles sont une sorte de décor. Ils demandent une adresse, toujours en anglais ou avec un accent à couper au couteau. Ils sont chefs, serveurs. Ils remplissent la foule des inaugurations ou des mariages chics. Une sorte de bruit de fond avec lequel on a, finalement, bien peu à voir. Je n’ai jamais vu, dans un seul feuilleton, un étranger « ami » ou « petit ami ». Parfois, il leur arrive de parler japonais ; l’effet désiré est un effet de surprise, un effet comique. Le seul feuilleton qui ait abordé une relation « mixte », Tôkyô wenkei. Et encore… En fait d’étranger, un Coréen de 2ème génération, né et scolarisé au Japon et une Japonaise, le tout présenté sous l’angle de « ce douloureux problème ».
(cliquer pour agrandir), Londres, 1999
Le Japon a un réel travail à faire sur lui-même, sur son idée de lui-même et sur sa représentation du monde. Le plus étonnant est que cette fermeture totale aux autres se double d’une boulimie d’écoles de langues étrangères, qui sont un des business les plus florissant de l’archipel. Je pense que tout cela est prêt à changer, mais cela se fera à la Japonaise, d’un coup. On verra la TV dans 5 ans. En tout cas, si vraiment le Japon veut s’en sortir, il est clair qu’il lui faudra regarder ses voisins comme des voisins, et non pas comme des sauvages.
Je viens d’arriver à l’école…
Hier, ce midi aussi, j’ai scanné des pellicules. C’est incroyable le nombre de pellicules que je peux avoir de Londres. C’est la première fois que je les vois en grand, car jusqu’ici, je n’avais que les planches contact. Ma première réaction est une très grande déception. Mon ancien appareil n’avait pas une super optique (un Praktica assez vieux acheté d’occasion, pour ceux qui connaissent) et de plus je faisais pas mal de photos de nuit, sans pied, en vitesse très lente : très flou. Je vais pourtant en mettre en ligne. Elles racontent mes promenades, la nuit dans une ville qui me manque parfois pour la très grande nonchalance qu’on y éprouve. Londres, c’est électrique et cool. En même temps.
Dans le train, vers 21 heures 50. Voilà une nouvelle journée de passée : comme le temps passe vite…Aujourd’hui, nous avons eu un temps remarquablement chaud, plus de 30 degrés, mais déjà la pluie revient et la température a baissé. Hier, un typhon est passé, mais nous avons eu des températures incroyablement fraîches. Il a énormément plu, le vent a soufflé assez fort, mais rien de bien dramatique finalement. Ce rafraîchissement était lui très inhabituel. C’est le pendant météo de la victoire du centre gauche, en quelque sorte.

(cliquer pour agrandir) Big Ben, Londres, 1999
Ce matin, c’était ma leçon avec Yûko Y., vers Tôkyô, comme toujours. Mon planning de leçons privées a été assez bouleversé ces derniers temps ; normalement, je ne travaille pas le lundi matin, mais le typhon a tout décalé. Seule Mari K., a qui je commence à donner une leçon hebdomadaire à partir de demain, a « réservé » sur un mois complet, ça donne de la visibilité. Jeudi, c’est Hiromi N.
Sinon, Youtube, c’est de plus en plus « fermé ». On ne peut plus y télécharger la plupart des vidéos… La prochaine crise du capitalisme, ce ne sera pas à la bourse. Ce sera quand on nous proposera de payer pour des services gratuits aujourd’hui :ce sera le signe que nous sommes bel et bien entrés dans une phase de baisse du taux de profit. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Vous verrez par exemple apparaître Youtube (gratuit) : vidéos de promotions des maisons de disques et des majors du cinéma, recherche Google intégrée et vidéos amateurs d’une durée de 5 mn maximum. Youtube « club », Youtube comme aujourd’hui, avec de la pub en début de vidéo « pour seulement 5 euros par moi ». « My Youtube », Youtube avec la possibilité de créer sa webradio, sa chaîne vidéo, uploader ses propres vidéos, Youtube comme aujourd’hui et une option « full upload » de 1 heure, 2 heures, etc, illimité… On en est encore loin : c’est pas la crise et on n’est pas encore assez à croc. Bref , moi, comme beaucoup, je profite de cet âge d’or de vidéos gratuites. De toute façon, je ne les aurais pas achetées : où est le « vol » ?
(cliquer pour agrandir) Compton's, Soho, Londres, 1999
Et puis ils n’ont qu’à faire des concerts!
Madjid